PROPRIÉTÉS GÉNÉRALES DES MUSCLES A L’ÉTAT DE REPOS
18. Élasticité. — Observation 1. — Préparez le muscle gastrocnémien d’une grenouille, comme il a été indiqué au chapitre précédent, mais en négligeant complètement le nerf. Fixez le fémur au bras horizontal supérieur de la chambre humide et attachez le muscle au levier. Ayez soin que le levier soit parfaitement horizontal.
Tracez sur le cylindre enregistreur une ligne verticale, divisezlà en parties égales et, à partir du zéro, tracez des abcisses aux divisions 10, 30, 50, 100, 150, 200, 300, 400, etc.
Si l’on fait abstraction du levier (ou du plateau, etc., quand on emploie l’appareil d’Helmholz), on peut supposer que le muscle présente sa longueur naturelle quand on ne le charge d’aucun poids. C’est ce que l’on indique en portant la pointe du levier vis-à-vis le zéro du cylindre enregistreur. Faites mouvoir ensuite le cylindre jusqu’à ce que la pointe du levier soit vis-à-vis la division 10. Placez alors 10 grammes dans le plateau, ou suspendez au levier un poids équivalent, l’extrémité de ce dernier s’abaissera en suivant une’ ligne d’une certaine étendue. Cet abaissement indique le degré d’allongement subi par le muscle et correspondant à une charge de 10 grammes.
Enlevez avec précaution le poids; l’extrémité du levier reprendra la position qu’elle occupait avant l’application du poids.
La distance du point d’attache du muscle et celle de l’extrémité du levier à partir du jarret étant connue, on peut déduire l’allongement du muscle sous une charge de 10 grammes, de la longueur de la ligne tracée sur le cylindre.
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Les muscles possèdent une élasticité très faible ; mais cette élasticité est parfaite.
Observation II. — Faites mouvoir le cylindre enregistreur jusqu’à ce que la pointe du levier soit vis-à-vis la division 30; placez 30 grammes dans le plateau et procédez comme dans l’expérience précédente. Recommencez avec des poids de 50, 100, 200 grammes, etc. Avant d’employer des poids plus élevés (300, 400 grammes), assurez-vous que tout soit bien en ordre et que le fémur et le tendon soient solidement fixés, le premier au bras horizontal et le second au levier. En général, le muscle finit par céder à son insertion sur le fémur.
Avec les poids les plus lourds, on remarque qu’après l’enlèvement de la charge, le muscle revientvers son état primitif, d’abord rapidement, puis de plus en plus lentement, et que, même au bout de quelques minutes, il ne reprend plus entièrement sa longueur primitive.
Ce fait est dû à l’épuisement du muscle (voy. Observ. IV). L’étudiant fera bien, dans une série d’observations, de partir chaque fois du point de l’ordonnée où le levier s’est arrêté après l’extension précédente et en même temps du point suivant des abscisses, et, dans une autre série d’observations, d’abaisser le cylindre à chaque fois de façon que le levier parle toujours de la ligne des abscisses. Le levier doit être horizontal au début de chaque observation. Le plateau, ou le poids, ne doit s’abaisser que très graduellement et lentement. Quand l’appareil, dont on dispose, ne permet pas dé conserverie style sur une ligne droite, on fait passer une ligne horizontale au sommet de chaque courbe ; une ligne verticale tracée à partir du point de départ et coupant la ligne horizontale donne la distance verticale parcourue par la pointe du levier. 11 est à peine besoin de dire que cette ligne ne représente pas la mesure exacte de l’allongement du muscle. Mais cette exactitude approchée est plus que suffisante pour l’objet que l’on se propose dans ces expériences, qui est de démontrer que, quoique l’allongement augmente à mesure que la charge est plus forte, cependant celte augmentation est de plus en plus faible, à mesure que les poids sont plus considérables. L' allongement du muscle n'est donc pas proportionnel aux
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poids , mais va en diminuant continuellement. Si l’on fait passer une ligne par les points qui indiquent chaque fois la limite de l’allongement, cette ligne ne sera pas droite, comme cela devrait être si l’allongement était proportionnel à la charge, mais elle s’incline d’abord très rapidement, puis de plus en plus lentement jusqu’à ce qu’elle devienne presque horizontale.
Observation III. — Pour éliminer les effets de l’épuisement du muscle, qui introduisent une cause d’erreur dans les résultats, il faut répéter les observations avec le muscle non séparé du corps (voy. § 11) , et mettre suffisamment d’intervalle entre les observations, pour que le muscle soit complètement reposé.
Observation IV. — Tuez le muscle (soit le même muscle ou un muscle frais), en le plongeant pendant 5 minutes dans de l’eau à 40°.
Répétez les observations I et III sur un muscle ainsi tué, vous remarquerez que l’allongement est bien moins considérable, et qu’après l'enlèvement de la charge, le muscle ne reprend point sa longueur primitive.
Le muscle mort comparé au muscle vivant est plus élastique , c'est-à-dire est moins extensible; mais son élasticité est très imparfaite, puisque jamais il ne revient à sa longueur primitive.
19. Réaction. — Observation V. — Détruisez la moelle épinière et l’encéphale d’une grenouille, introduisez une canule dans l’aorte, fendez l’oreillette droite et chassez tout le sang en injectant une solution normale parfaitement neutre de sel. Disséquez un des deux gastrocnémiens avec des instruments parfaitement propres, et divisez-le en travers vers le milieu de son ventre. Prenez deux petits morceaux de papier de tournesol, l’un légèrement rouge, l’autre légèrement bleu; appliquez-les chacun sur une des surfaces de la section du muscle. Sur le papier rouge, on apercevra une tache bleue distincte; sur le papier bleu, il ne se produira pas de coloration rouge, ou s’il s’en produit une, elle sera bien moins intense que la coloration bleue sur le papier rouge.
La réaction du muscle vivant, débarrassé autant que possible du sang, est légèrement alcaline.
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Observation VI. — Tuez par immersion clans de l’eau à 40° le gastrocnémien de l’aulre jambe. Répétez l’observation précédente; le papier bleu sera très distinctement coloré en rouge ; le papier rouge ne présentera aucune modification. Dans ce cas-ci, il faut employer un papier d’un bleu plus foncé. La réaction est permanente et n’est pas, par conséquent, due à l’acide carbonique.
Les muscles morts ou présentant les phénomènes de la rigidité cadavérique deviennent distinctement acides.
Observation Vil. — Conservez un de ces muscles rigides dans un récipient chaud et humide. Essayez de temps à autre sa réaction. La réaction d’acide devient peu à peu alcaline et dépasse rapidement en intensité la réaction normale ; cette alcalinité provient de décompositions.
En même temps le muscle s’est beaucoup allongé et présente à peine quelques traces d’élasticité.
Observation VIII. — Divisez en deux un muscle frais, plongez pendant quelques minutes une moitié A dans de l’eau à 40°, et l’autre moitié B dans de l’eau bouillante ; essayez la réaction de ces deux parties. A a une réaction acide par suite de la rigidité cadavérique; B a une réaction alcaline. Avant que la rigidité cadavérique n’ait eu le temps d’apparaître, l’albumine du muscle s’est coagulée. Cette coagulation a mis en liberté une certaine quantité d’alcali; delà la réaction (Yoy. 3e partie, cliap. i).
20. Transparence. — Observation IX. —Enlevez sur une grenouille une portion d’un muscle plat, tel que le mylo-hyoïdien ou le couturier (fig. 114, s). Le muscle doit être parfaitement frais et on doit avoir soin que sa partie médiane au moins soit tout à fait intacte. Placez-le dans la solution normale de sel, ou dans du sérum sur une platine chauffante et examinez-le avec l’objectif n° 5 deNacheL
Fig. 114. — Muscles de la face antérieure de la cuisse chez la grenouille. — S, couturier; ad. m, grand adducteur; r.i, grand droit interne; v. i, vaste interne; ad. /, long adducteur, ad. b, petit adducteur ; t , petit droit interne.
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Mettez au point de façon à voir un objet (vaisseau sanguin, etc.) placé au-dessous des fibres de la partie médiane du muscle. La netteté avec laquelle vous apercevez l’objet, sert de mesure à la transparence du tissu musculaire.
Chauffez la platine chauffante, tout en maintenant l’œil fixé sur l’objet. Quand la température du muscle atteindra 40° (ou même un peu moins), l’objet ne sera plus aussi distinct ou sera même totalement invisible.
Quand apparaît la rigidité cadavérique la fibre musculaire devient opaque.
Le muscle vivant est très extensible, parfaitement élastique, sa réaction est alcaline et sa transparence considérable. Quand apparaît la rigidité cadavérique il perd son extensibilité; son élasticité devient très imparfaite, sa réaction acide, et il est opaque.
EXCITATION DES NERFS ET DES MUSCLES