‹ Manuel du pèlerin à la Bonne Sainte-Anne de Beaupré [microforme]Chapitre 7 sur 82 · partie par M · texte numérisé non relu

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Les commencements de la seconde église de Sainte-Anne de Beaupré datent, comme nous venons de le dire, de l’année 1660. L’honneur et le mérite principal de cette œuvre reviennent à un honnête cu/tivateur de la paroisse, du nom de Etienne Lessard, un des ancêtres de cette dame Lessard qui, en 1871, a fait don d’une certaine étendue de terrain, afin de permettre l'érection des nouvelles bâtisses là où elles sont. Ce brave homme, désirant que le bon Dieu eût, au milieu de ses enfants, une maison digne de lui, alla, un jour, trouver M. de Queylus, curé de Québec, pour lui offrir en don une terre de deux arpents de front sur une lieue et demie de profondeur. La stipulation était que l’on commencerait, sous peu de temps, la construction d’une nouvelle église. Cette propriété fut agréée le 8 mars 1658, et, le 25 du même mois, M. Vignal descendit à Sainte-Anne bénir l'emplacement sur lequel elle devait être bâtie. Il était accompagné de M. d’Aillebout, gouverneur de la Nouvelle- France, veuu exprès pour la pose de la première pierre.

Comme pour faire connaître que ce lieu était bien réellement celui qu’elle avait choisi pour le théâtre de ses merveilles, la Bonne Sainte Anne donna deux grandes preuves de sa puissance lorsque l’on jeta les fondations de l'édifice.

La première personne dont la foi fut récompensée fut un nommé Louis Guimont, affligé

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de violentes douleurs dans les reins. Etant allé, jar un motif de dévotion, poser trois pierres dans les fondations de l'église, il se trouva guéri soudainement.

Cette première guérison fut, peu de temps après, suivie d’une autre non moins frappante. La femme d’un nommé Elie Godin, Marie- Esther Ramage, atteinte depuis assez longtemps d’une infirmité qui l’obligeait de se tenir constamment courbée, se mit à invoquer sainte Anne, sur le récit que lui avait fait son mari de la guérison de Guimont. Au même instant, elle se redressa, ayant complétement recouvré l'usage de ses membres. Les guérisons commencèrent à se multiplier, et établirent vers ce sanctuaire privilégié un courant de pieux visiteurs qui n’a cessé de grossir depuis ce temps. Quelques années plus tard, on voyait dans ce lieu de merveilles, le jour de la fête de sainte Anne, mille à mille deux cents pèlerins, —nombre considérable, si nous tenons compte du chiffre de la population à cette époque, et de la difficulté des communications.

La Bonne Sainte Anne fut si prodigue de ses faveurs pendant les années qui suivirent la fondation de l’église, que la vénérable Mère de l'Incarnation (1), dans une lettre à son fils, du 30 septembre 1665, lui parle de grandes merveilles opérées par cette sainte, dans une église

(1) Les Dames Ursulines de Québec ont obtenu, l’anre dernière, le décret de vénérabilité de leur fondarice,

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située à sept lieues de Québec, dans un bourg appelé le Petit Cap.

En 1668, M. Morel, missionnaire chargé de la desserte de cette paroisse, fit un recueil des guérisons qui s’y étaient opérées, et que Monseigneur de Laval déclara, après examen, être conformes à la vérité (1). Il terminait son jugement en confessant que rien ne l'avait plus aidé dans sa charge que la dévotion des habitants du pays à la Bonne Sainte Anne.

Cette deuxième église qui a servi au culte, jusqu'en 1876, construite en pierre, était située au pied de la colline, sur uùe légère élévation, à l'endroit précis où est érigée aujourd'hui la chapelle des processions. Comme presque toutes les églises du pays, elle avait deux chapelles latérales, dédiées : celle du côté sud à la sainte Vierge, et celle du côté nord à saint Joachim. Dans les commencements, un certain espace, en arrière de l'autel, servait de sacristie. La résidence du missionnaire, jusqu’en 1703, fut là où est aujourd'hui le cimetière, et le cimetière était placé au nord-est de l'église.

Quelques arinées après sa construction, cette église ne pouvait déjà plus contenir toute la population, et en 1694, M. Herbery, qui desservait alors la paroisse, la fit agrandir, et fit faire le clocher. Le premier curé de Sainte-

(D) M. le curé Gauvreau a obtenu di Séminaire de Québec, pour la paroisse de Sainte-Anne, une copie du manuscrit de M, Morel.

Anne, M. Chabot, fit faire le retable en 1703, et à peu près dans le même temps, M. Leblond, curé de la Baie Saint-Paul, aidé de ses élèves, sculpta et dora le tabernacle du maître-autel, tel que nous le voyons encore aujourd’hui dans la nouvelle église.

Telle fut la deuxième chapelle de Sainte- Anne jusqu'à l’année 1787, époque à laquelle elle fut reconstruite presque totalement. Les murs, dit M. Gaillard, furent jetés à terre, et refaits depuis la porte de la sacristie jusqu’à l'angle que fait le rond-point avec les chapelles. Pour empêcher l'eau qui descendait du cap de détériorer le pignon, on creusa un canal sous les pilotis. En 1788, les planchers du chœur, de la nef et de la sacristie furent renouvelés, on construisit le quai en pierre que nous voyons encore au nord du chemin, et, en 1789, le toit fut couvert en bardeau pour la première fois. Avant 1789, dit encore M. Gaillard, le toit de l'église était couvert en ardoise, comme j'ai pu le constater, dit-il, par une partie de la couverture du rond-voint qui n'avait pas été renouvelée.

M. Gauvreau dit aussi, dans une note insérée dans les registres, que cette partie du rondpoint était encore couverte en ardoise en 1876.

Lorsqu'il fut question, en 1787, dit M. Gaillard, de commencer ces grandes réparations, l'accord ne fut pas aussi unanime que lorsqu'il s'était agi, un peu plus d’un siècle auparavant, de bâtir l'église plus loin du rivage. Les pa-

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roissiens se divisaient en deux camps : les uns consentaient à la rebâtir, selon l’avis des supérieurs ecclésiastiques, environ vingt arpents plus au nord-est, sur un joli plateau situé sur la terre de Augustin Simard; les autres s’opposaient énergiquement à en changer le site, et aucune considération ne fut capable de les réconcilier à l’avis des premiers. Les autorités ecclésiastiques craignant, avec raison, d’éterniser cette division, décidèrent que l’église serait rebâtie au même endroit. Immédiatement, tout désaccord cessa comme par enchantement. Les travaux furent commencés et terminés sans que rien ne vint raviver les anciennes disputes.

Le pèlerinage prit un nouvel élan lorsque la reconstruction de l’église fut terminée. Elle devint, surtout pendant les beaux mois de l’été, le rendez-vous d’une foule de ffrsonnes de tout âge, de tout sexe et de toute condition, qui regardaient comme un bonheur de visiter cette modeste chapelle, remplie, pour ainsi dire, de la grandeur et de la puissance de sainte Anne.

La bienveillance de cette grande sainte ne se démentit pas non plus, et les monceaux de bâtons et de béquilles suspendus aux corniches et aux murs, en étaient un éclatant témoignage.

Qui pourrait énumérer le nombre de ceux qui ont retrouvé le bonheur et séché leurs larmes dans ce sanctuaire ? Combien de personnes mortes à la vie de la grâce, sont sorties de cette maison de prière, ressuscitées jet trans-

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formées! Qu'il est considérable le nombre de paralytiques, d’aveugles et d'infirmes de tout genre qui y ont obtenu leur guérison !

Combien de merveilles qui resteront toujours inconnnes, y ont été opérées ! |

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