MORPHINE
La morphine est une base salifiable végétale qui fut découverte dans l’opium par un pharmacien allemand nommé Serluerner. La découverte de cette substance , dans laquelle réside une grande partie des vertus médicales de l’opium , conduisit un grand nombre de chimistes à rechercher dans divers végétaux employés en médecine les principes auxquels i*s doivent leurs propriétés.
Pour obtenir la morphine , divers procédés sont employés. Le premier, qui est celui de Serluerner, consiste à traiter l’opium du commerce par l’eau chaude, pour épuiser ce produit de toutes les matières solubles , à traiter ensuite la solution par l’ammoniaque.
On fait digérer à plusieurs reprises de l’opium du commerce avec de l’eau distillée. Lorsque l’eau n’enlève plus de parties solubles, on réunit les liipieurs, qui vent porter 8°; on les précipite alors par l’alcali volatil, dont on ajoute par petites portions jusqu’à ce qu’il y en ait en excès. Lors du mélange de l’ammoniaque à la liqueur, il y a précipitation d’une certaine quantité d’une matière en flocons d’une apparence gélatineuse ; on enlève promptement cette matière. Il se forme ensuite un second précipité floconneux , grisâtre , brillant ; ce pré-
DU PHARMACIÈN. 807
cipité êe dépose au fond du vase où s’est faite l’opération,
On recueille sur un fd tre I0 précipité ; on le lave avec de l’eau jusqu’à ce que ce liquide eu sorte clair et sans saveur. Lorsqu’il est ainsi lavé, on le fait sécher, on le détache du filtre, et on le traite par l’acide sulfurique en quantité convenable pour forraer un sulfate. On décolore ce sel liquide par le charbon animal privé de carbonate et de phosphate de chaux; on filtre la liqueur décolorée , et on la décompose ensuite par l’ammoniaque en excès. La morphine étant mise à nu par cet alcali , elle se précipite sous forme d’une poudre trèsblanche. On recueille cette poudre sur un filtre , on la lave avec de l’eau , ôt on la met à sécher. Lorsqu’elle est sèche , on la la' avec de l’alcool à 29®; quand l’alcool à ce degré ne lui enlève plus de matière colorante, on fait bouillir sur la partie non dissoute de l’aîcooi à 56°. On filtre ce liquide bouillant : par refroidissement il laisse précipiter de la morphine ; on la recueille sur un filtre , et on la laisse égoutter et sécher ; on fait évaporer ensuite les eaux-mères , qui donnent une nouvefle quantité de produit.
PROCÉDÉ DE M. RoBIQÜ ET.
On prend de l’opium du commerce , que l’on a soin de choisir pur et le plus sec possible ; on le divise en petits mor-f'eaux âu moyen d’un couteau à racine , et on met ces morceaux avec de l’eau froide , ayant soin de laisser macérer pendant cinq à six jours. Au bout de
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ce temps , on sépare l’eau qui a servi à celte opération , et on malaxe la partie insoluble clans de l’eau ordinaire : on fait cette opération afin d’épuiser l’opium de tout ce qu’il contient de soluble dans ce véhicule. On réunit le maceratum et l’eau de lavage ; on y ajoute de la magnésie calcinée dans la proportion de 5 parties de magnésie pour loo d’opium employé ; on lait bouillir pendant un quart d’heure. La magnésie décompose le
méconate de morphine qui est en solulton dans le liquide , forme avec l’acide un sous-sel , qui se précipite avec la morphine. On recueille sur un filtre le précipité qui s’est formé; on le lave ensuite avec de l’eau jusqu’à ce que ce véhicule passe sur ce précipité sans prendre de couleur ni de saveur. On met le filtre à égoutter ; ensuite on le fait sécher. On détache le précipité du filtre , on le réduit en poudre fine , qu’on fait digérer à une douce chaleur dans une quantité suffisante d’alcool à 2 2®. Lorsque l’alcool s’est chargé de la plus grande quantité possible de matière colorante, on décante ce liquide, qui est coloré ; on lave de nouveau le précipité avec de falcool froid portant le même degré (22®) jusqu’à ce que ce véhicule n’enlève rien à cette substance et qu’il passe presque incolore. On laisse égoutter (1) ; on traite ensuite le résidu par l’alcool à 52® à l’aide de la chaleur ; on filtre le liquide bouillant ; après quelques minutes d’ébullition , ce liquide , qui a dissous la morphine, la laisse précipiter en partie par refroidisse-
(1) L’alcool qui a servi à ces opérations doit être redistillé pour servir à de nouvelles opérations.
ment. On lave à plusieurs reprises le résidu avec une nouvelle quantité d’alcool , et on l’épuise ainsi de toute la morphine qu’il contient. Lorsque les liqueurs alcooliques ne laissent plus déposer de morphine , on les fait évaporer à une basse température; elles donnent par ce moyen une nouvelle quantité de produit. Si la morphine obtenue n’était pas entièrement blanche, il faudrait la dissoudre de nouveau dans l’alcool , ajouter à cette solution une petite quantité de charbon animal, faire bouillir, et filtrer le liquide bouillant.
M. Hotlot, pharmacien, a présenté à la société de pharmacie de Paris le procédé suivant , comme une modification de relui qui a été décrit par Thompson dans les Annals of pliilosophj, 1820.
PROCÉDÉ DE M.HoTTOT.
On prend un kilogramme d’extrait d’opium du commerce pur et sec (1) , on le fait macérer dans une quantité d’eau suffisante , on le malaxe ensuite dans de nouvelle eau pour l’épuiser. On réunit les liqueurs, on les amène à une densité de 2® à l’aréomètre ;‘on y verse alors de l’ammoniaque en quantité suffisante pour que la liqueur devienne neutre ou peu alcaline. Cette addition d’alcali donne lieu à la précipitation d’une ma-
(1) L’un de nous, nommé commissaire pour faire conjointement avec M. Pelletier le rapport sur le procédé de M. Hottot, s’est livré, à l’occasion de ce travail , à quelques recherches sur la quantité d’eau contenue dans l’opium qu’on trouve dans le commerce. Cette quantité d’eau est assez considérable pour demander de la part du pharmacien une attention toute particulière.
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tière floconneuse. On laisse déposer, on décante, puis on filtre; ensuite on verse dans la liqueur filtrée deux onces d’ammoniaque. Celte nouvelle addiiion détermine la précipitation de la morphine. On fait jeter un bouillon à la liqueur, on recueille ensuite le précipité qui s’est formé , on le lave à l’eau froide. Lorsqu’il est sec , on le traite par trois kilogrammes d’alcool à 34®, On ajoute au mélange 64 grammes de charbon animal, on faitchaufîer au bain-marie jusqu’à ce que l’alcool soit en ébullition. On filtre alors l’alcool étant bouillant. La morphine se précipite par refroidissement. Les eauxmères alcooliques soumises à la distillation, on en retire l’alcool pour des opérations ultérieures.
L’opium est mêlé d’un autre principe que la morphine , cette substance , qu’on a nommée narcotlne y se trouvant mêlée à cette base , peut nuire à son action thérapeutique, ou tout au moins la modifier. On peut prévenir ces modifications en traitant l’opium du commerce par l’éther sulfurique à plusieurs reprises, et jusqu’à ce que ce véhicule ne dissolve plus de narcotine.
La morphine est une substance cristalline blanche , transparente, cristallisant en prismes rectangulaires. Elle est inodore. Mise dans la bouche, elle y cause au bout de quelques instans une saveur amère. Elle est insoluble dans l’eau froide, soluble dans une grande quantité d’eau à ioo®centig., soluble dans l’alcool bouillant; mais elle précipite par refroidissement. Elle bleuit le papier de tournesol rougi , s’unit aux acides, et forme des sels qui sont susceptibles de cristalliser.
D ü PHAPiMACIEN. 8l !
Parmi les caractères qui servent à faire reconnaître la morphine , on doit considérer Faction de la chaleur et celle des acides. La morphine , exposée à Faction de la chaleur, entre en fusion, et par refroidissement elle se prend en une masse transparente et rayonnée. Les acides faibles forment avec la morphine des sels qui sont décomposables par les alcalis , qui précipitent cette base.
L’acide nitrique mis en coi^tacl avec la morphine , lui fait prendre une couleur rouge de sang. L’acide sulfurique la charbonne.
La combinaison de l’acide sulfuriqueet de l’acide acé- ! tique avec la morphine donne naissance à deux sels, qui sont le sulfate et l’acétate de morphine. Ces deux sels sont employés en médecine , et se préparent de la manière suivante.