‹ Manuel du pharmacien; ou, Précis élémentaire de pharmacieChapitre 122 sur 254 · PARAGRAPHE VII · texte numérisé non relu

PARAGRAPHE VII

ETHEKS.

Les éthers sont des produits liquides qu'on obtient par distillation, et qui résultent de l'action des acides sur l'alcool. Ces liquides, quoique provenant d'ope'rations analogues, ne sont pas de la même nature ; leur différence est due à ce que les acides employés n'agissent pas de la même manière sur l'alcool. Ainsi , lorsqu'on mêle l'alcool à divers acides , ceuxci peuvent agir de trois manières différentes: les uns lui enlèvent de l'oxigène et de l'hydrogène dans les proportions nécessaires pour former de l'eau , et ne se combinent point avec lui ; les autres le transforment eu hydrogène bi-carboné , et se combinent avec lui ; quelques autres enfin se combinent avec lui sans éprouver ni lui faire éprouver de décomposition sensible. De là les trois genres d'éthers admis par les chimistes modernes.

Le premier genre renferme ceux qui , après leur rectification , ne présentent aucune trace des acides qui ont concouru à les former; ils résultent de l'action qu'exerce sur l'alcool un acide très avide d'eau et peu volatil lorsqu'il est uni à l'eau ou à l'alcool. Ils se composent des mêmes élémens que celuici ; ils n'en diffèrent qu'en ce qu'ils contiennent moins d'oxigène et d'hydrogène , mais plus de carbone. On peut les regarder comme de l'alcool moins de l'eau , ou bien comme le résultat de la réunion de deux volumes d'hydrogène bi-carboné, et d'un volume de vapeur d'eau. Ces éthers sont : les éthers phosphorique , sulfurique , arsenique ei Jltio-borique. L'identité de leur composition a porté MM. Ampère et Chevreul à les confondre sous la dénomination commune d'élher hydratique. Il en résulte que le premier genre ne renferme qu'une seule espèce.

Le deuxième genre comprend les éthers formés d'hydrogène bi-carboné et de l'acide. Cçs produits sont formés de volumes

égaux d'iiydroyène bi-carboné et d'un acide hydroge'né : ils sont au nombre de deux , les éthers hjrdro-chlorique et hydriodique.

Dans le troisième genre , on place les éthers composés d'alcool et d'un acide oxigéné : ce sont les éthers acétique , nitrique ou plutôt nitreux , benzoïque , oxalique , citrique , gallique , taririque. Ces éthers, selon MM. Dumas et Boullay, sont formés d'éther hydratique et d'un acide.

Chaque éther porte le nom de l'acide qui a servi à sa formation. Nous n'examinerons que ceux employés en Médecine, savoir, le sulfuriqucj Yhjdro-chlorique , le nitreux et Yacé-, tique.

PREMIER GEJYRE.

ÉTHER HYDRATIQUE.

Cet éther peut s'obtenir avec les acides phosphorique , avsenique , sulfurique ou fluo-borique. Quel que soit celui de ces quatrè acides qu'on prenne , le produit n'offre aucune différence dans sa coinposition chimique ni dans ses propriétés physiques et médicales. Comme l'acide sulfurique est le plus généralement employé, l'éther porte le nom de cet acide; aussi l'on dit communément éther sulfurique.

L'éther sulfurique est la préparation de ce genre la plus ancienne et la plus usitée. L'auteur de sa découverte n'est pas connu, qt les premiers ouvrages qui en ont parlé rejnoulent au seizième siècle. La Pharmacopée de Volerius Cordus , publiée en i54o, contient la description d'un procédé de préparation de ce produit , procédé qui fut ensuite transcrit par Conrad Gesner, dans un traité sur les remèdes secrets. Les écrits de Basile Valentin, de Paracelse, de Boyle, font mention de cet éther. Cependant ce ne fut qu'en 1 780 que l'attention des chimistes se porta sur ce sujet ; et ce changement fut dû à un Mémoire publié par un Allemand, Tretscharus ou Frobenius, dans les Transactions pliilosophiques pour 1730, YqI. XLI. Les chimistes qui, depuis cette époque, se sont

occupés de l'étude de ce produit sont assez nombreux , et l'on peut citer parmi eux Proust, Lowitz , Théodore de Saussure, Ingenhouss , Dalton , Gay-Lussac , Fourcroy , Vauquelin , Lauraguais , Favre , Dumas , Henry , BouUay père , Boullay fils , Planche , Scrullas , etc. , etc.

L'éther sulfurique se prépare , soit en grand , dans des manufactures, soit en petit dans diverses officines, et pour la consommation de ces établissemens. L'appareil en grand consiste en un alambic ordinaire doublé de plomb, auquel on adapte un chapiteau et un tube qui sert à conduire l'éther dans un serpentin. Cet alambic est scellé sur un fourneau dont la porte doit être placée en dehors de l'atelier, afin d'éviter parla les accidens qui pourraient résulter de l'inflammation des produits par une circonstance (i) quelconque. On introduit dans l'alambic le mélange destiné à la fabrication, et l'on procède à la distillation , puis à la rectification, qu'on pratique dans le même appareil. Un appareil mis en usage dans l'Apothecary's-halljà Londres , a été décrit par M. Payen ; il consiste en une grande jarre en grès, autour de laquelle est une double enveloppe en cuivre , qui est close hermétiquement à l'aide d'une armature garnie de filasse et serrée à l'aide de vis ; un large tuyau fixé à cette enveloppe sert à conduire les vapeurs et à ramener à la chaudière l'eau qui s'est condensée. Les bords supérieurs de la jarre forment une gorge circulaire dans laquelle s'adapte et se ferme hermétiquement, avec de l'eau , une calotte en cuivre, munie d'un ajutage , communiquant , par un tuyau à brides, avec un serpentin plongé dans un réservoir d'eau; l'extrémité du serpentin s'adapte avec un ajutage qui porte

(i) De frcqaens accidens atteslent les précautions h prendre lors de la préparation de réthcr. De grands incendies, et celui qui détruisit , il y a quelques années, la fabrique de M. Rivet, à Passy , sont des exemples à méditer pour ceux qui s'occupent de cette fabrication. L'appareil où la préparation de l'éther se fait à l'aide de la vapeur il'eau est le plus convenable j il tranquillise le fabricant sur les justes inquiétudes qu'il peut «voir lors de la confection de ce produit.

un manchon circulaire ; celui-ci plonge dans l'eau et dans la tubulure à gorge d'un récipient en grès d'une forme arrondie très régulière ; les bords supérieurs de ce vase reçoivent un couvercle en grès dont les bords inférieurs s'engagent jusqu'au fond de la gorge , en sorte qu'en versant de l'eau dans celleci, on ferme hermétiquement sans aucun lut; les bords supérieurs du couvercle sont rabattus en dehors , ce qui permet de l'enlever aisément. Une rainure circulaire est pratiquée en cet endi'oit à l'intérieur , et un disque en verre y est ajusté ; il laisse voir à l'intérieur la hauteur du liquide dans le récipient ; à la partie inférieure de ce vase est une tubulure usée à l'émeri, qui reçoit une cannelle s'adaptant exactement sans aucun lut. Lorsqu'on veut opérer, on chauffe un peu la jarre avant d'y introduire le mélange chaud d'acide et d'alcool, ensuite on fait arriver la vapeur. Pendant le cours de l'opération , on obtient une température égale pour toutes les parties de l'appareil en contact avec la vapeur ; à l'aide de robinets , on peut entretenir la chaleur au degré nécessaire , qui peut être indiqué par un thermomètre. En supprimant l'arrivée de la vapeur et en laissant échapper celle contenue dans la double enveloppe, à l'aide de robinets, on peut obtenir un prompt refroidissement. La cannelle adaptée au récipient permet de fractionner les produits pendant l'opération. Quelques-uns de ceux-ci sont propres à être employés sur-le-champ , d'autres ont besoin de subir des rectifications ; pour cela on se sert du même appareil. L'emploi des appareils destinés à préparer en grand l'éther sulfurique ne pouvant convenir à la plupart des pharmaciens, on peut se servir de celui que nous allons décrire. On prend une cornue (i) de verre tubulée, on la place dans un bain dé sable; on fait communiquer, par l'intermédiaire d'une allonge , ce vase avec un ballon à deux tubulures ; la latérale reçoit l'extrémité de l'allonge ,

(i) On se sert quelquefois de cornues de cuivre De cei cornues sont eniwlcydes dans le laboratoire de M. BouHay.

et l'inférieure plonge dans un flacon garni à sa base d'un robinet qui permet de retirer l'étlier à volonté. Dans ce cas encore , il est indispensable de ménager une petite issue aux vapeurs, ou de prendre pour récipient un flacon bitubulé dont la seconde tubulure porte un tube droit ou un tube recourbé plongeant dans l'alcool. Si l'on ne prenait cette précaution , on pourrait déterminer la rupture des vases par suite de la force d'expansion de la vapeur. Cet alcool peut servir, soit à l'opération suivante, soit à la préparation de la liqueur d'HofFman. C'est à ce dernier appareil que nous donnons la préférence, parce qu'il est fort simple et qu'il suffit pourtant à la préparation de tout l'éther que peut consommer une grande pharmacie. Ajoutons que, pour condenser plus facilement l'éther à mesure qu'il se forme, on doit plonger le flacon récipient dans l'eau, et faire tomber continuellement un filet d'eau froide sur le ballon enveloppé d'un linge , afin que l'eau se distribue plus également sur toute sa périphérie. Les jointures doivent êtrelutées, et la cornue doit être assez grande pour que le mélange ne la remplisse qu'à moitié. L'appareil établi à la Pharmacie centrale ne diffère de celui-ci qu'en ce que deux cornues , placées chacune sur un fourneau différent , communiquent avec un même ballon à trois tubulures : les deux latérales pour les deux allonges, et l'inférieure pour le flacon récipient à robinet. Cet appareil ne se démonte jamais ; lorsque, dans le cours de la même opération, l'acide est trop affaibli par l'alcool qu'on lui ajoute à plusieurs reprises , on vide les cornues avec un siphon ; l'addition de l'alcool se fait à l'aide d'un entonnoir à la Boullay que porte la tubulure de chaque cornue.

Lorsque l'appareil est disposé , on lute exactement les jointures avec le lut de farine de lin ; on recouvre ce lut de bandes de toile enduites de chaux et de blanc d'œuf ; on laisse sécher ; on chauffe légèrement le bain de sable ; on fait, dans une terrine vernissée , un mélange à parties égales d'acide sulfurique à 66° et d'alcool à 36°, en ayant soin de verser d'abord l'alcool dans la terrine, puis d'ajouter l'açidç

peu à peu , en agitant continuellement. Lorsque le mélange est fait, on l'introduit dans la cornue à l'aide d'un entonnoir à longue tubulure.

Le volume du mélange n'est point indifférent : s'il est trop faible , l'opération marche mal ; s'il est trop fort, l'opération est difficile à conduire. Les propoi'tions les plus convenables sont 10 livres de cliaque liquide. On pourrait, au besoin, faire le mélange dans une cornue, et l'adapter ensuite au reste de l'appareil; mais, comme ce vase s'échauffe considérablement à mesure qu'on l'agite , on est alors obligé de l'envelopper d'un linge , et quelquefois elle peut échapper des mains ; il est donc plus prudent de se servir d'une terrine de grès vernissée pour faire ce mélange , en versant par petites portions , et toujours en agitant avec un tube de verre , l'acide sur l'alcool ; car , si l'on versait l'alcool sur l'acide , on donnerait lieu à la volatilisation d'une partie de l'alcool , ou bien encoi'e à une décomposition partielle. A mesure qu'on réunit les deux liquides, une odeur vive et suave se dégage, le mélange s'échauffe , il se colore en rouge-brun , et très souvent il se forme un petit précipité grisâtre, dû au sulfate acide de plomb qui était en dissolution dans l'acide sulfurique du commerce.

Le mélange éiant introduit dans la cornue, on ferme la tubulure de la cornue, on augmente graduellement, mais avec rapidité , le feu jusqu'à porter le mélange à l'ébuUition, qu'on maintient égale jusqu'à la fin de l'opération. Tant que le mélange ne bout bas , il ne passe dans le ballon que de l'alcool faiblement éthéré et un peu d'eau ; mais dès que l'ébullition commence, l'éther se forme, et en se posant de manière à placer l'allonge entre l'œil et la lumière, on aperçoit un gaz simulant un ruban légèrement ondulé qui passe du bec de la cornue dans le corps de l'allonge. Lorsqu'on a retiré en éther le cinquième environ de l'alcool employé , on introduit dans la cornue de l'alcool à 4o" ^^ concentration en quantité égale à celle du produit qu'on vient d'obtenir; on répète à plusieurs reprises cette addition, jusqu'à ce que l'alcool ainsi ajouté soit égal aux deux tiers de l'alcool mêlé primitivement à l'acide.

L'alcool ne doit se verser que par petites portions ; pour cela, il est très avantageux d'avoir un entonnoir à la Boullajr. Cependant, si l'on en manque, on peut le remplacer par un tube en S dont l'extrémité' infe'rieure plonge presque au fond de la cornue , tandis que la supe'rieure , munie d'un |>etit entonnoir , reçoit le robinet d'un flacon gradué contenant de l'alcool. Ce tube doit être fixé darts le centre de la panse de la cornue , de manière à se trouver à une égale distance de ses pai'ois et à 2 pouces au-dessus de son fond; s'il reposait directement sur la partie inférieure de la cornue ^ on aurait à craindre que l'alcool froid qui viendrait subitement se mettre en contact avec elle ne la fît casser. On s'exposerait à un danger certain, si le tube ne plongeait pas dans le mélange , toujours par la même raison": c'est que l'alcool froid, frappant des parois très chaudes , en déterminerait à l'instant même la rupture

Lorsque l'on aperçoit dans le dôme de la cornue des vapeurs blanches, ce qui a lieu lorsque le produit distillé équivaut à peu près aux deux tiers de la totalité de l'alcool employé , on se hâte de retirer l'éther du récipient et d'arrêter le feu. Si l'on continuait l'opération, on n'obtiendrait plus d'éther, mais tous les produits qui résultent de l'action d'une grande quantité d'acide sur une petite dose d'alcool, savoir: du gaz sulfureux , de l'huile douce de vin , de l'hydrogène bi- carboné ongaz oléjianl, de l'acide carbonique et de l'eau. Enfin il passerait dans le récipient un liquide noir, consistant, formé d'éther, de charbon , d'acide sulfureux et d'une huile jauue épaisse, qu'on isole en délayant ce composé dans l'eau , et lui ajoutant un peu de potasse, qui sature l'acide. Le résidu de la cornue se boursouflerait, et se convertirait ensuite en un charbon poreux. Le résidu de l'éther suif uri que peut s'employer à differens usages : on en prépare des sulfates de fer ou de cuivre. Il peut également servir à la fabrication du phosphate acide de chaux (i).

fi) Si l'on ti«u à décolorer ce piodnit, il faiu Telendrc de 3 parties d'eau.

Si l'on arrêtait l'opération avant l'apparition des vapeurs blanches , l'éther pourrait , de suite, servir aux besoins de la Me'decine , car il ne contiendrait qu'un peu d'alcool et d'eau qui passent au commencement de la distillation. Mais comme on ne la suspend qu'au moment où les vapeurs se forment , parce qu'on n'a pas d'autre moyen de reconnaître que tout l'alcool est e'thérifié, il en re'sulte que l'éther est non-seulement affaibli par de l'alcool et de l'eau, mais encore qu'il est altéré par du gaz sulfureux et par de l'huile douce qu'il est indispensable de lui enlever ; pour cela, on le rectifie. On a proposé différens intermèdes pour la rectiflcation de l'éther ; le plus généralement employé et le plus convenable est la potasse à la chaux , indiquée par M. Henry. On fait digérer l'éther avec un quinzième environ de son poids de pierre à cautère dans un flacon à l'émeri qu'on agite de temps en temps ; au bout de quelques jours de digestion, on le décante, on l'agite avec une très petite quantité d'eau, on le décante de nouveau, enfin on le distille sur du chlorure de calcium. La potasse caustique fixe le gaz sulfureux, saponifie en partie l'huile et la

Quand il est froid . on le verse doucement sur une toile claire tendue et couverte d'une feuille de papier. La liqueur passe très bien et se clarifie en laissant du charbon sur le filtre. On en charge ensuite une cornue, qu'on met à feu nu sur des fils de fercourbe's avec un petit morceau de fer-blanc place' au centre , et couvert de quelques lignes de sable. La liqueur prend rcbnlliiioa sans se tume'fier, et se laisse concentrer jusqu'à 148°. Sur la fin, quand l'ebullition baisse, on couvre la cornue de son re'vcrbère. On reprend ensuite cette huile de vitriol noire pour la distiller de la même manière avec un gros etdcmi au plus de nitre par livre. Sa concentration s'opère; elle blanchit à vue d'œil, et l'on arrête lorsqu'on voit qu'elle cesse de fournir des produits aqueux. L'acide qu'on recueille par ce proce'de' sort commune'mcnt très blanc, quelquefois cependant un peu ambre. En soutenant le feu avec me'nagement, on en porte la concentration à 186 et 187», terme infiniment supérieur à celui des bonnes huiles de vitriol dn commerce. L'acide sulfurique, pendant l'opération, a éprouvé un commencement de décomposition; il est ramené en uu acide susceptible de former des sels solubles, avec la chaux et la baryte, acide signalé par M. Dabit, puis par Fourcroy et Vauquclin , et dont l'existence n'est bien démontrée que d<^puls quelques années sous le nom diacide Sfiljo-viniquc.

DU PHARMACIEN. 8g5

rend soluble (i) ; l'eau dissout l'alcool et k savonule ; enfin, le chlorure absorbe l'eau que l'étber pouvait retenir. La pierre à cautère est bien préférable aux sous-carbonates alcalins ; car leur acide carbonique, dégagé par l'acide sulfureux, entraîne une grande quantité d'éther. Cette rectification peut se faire dans l'appareil primitivement employé, ou plus simplement dans un alambic bien luté. A la Pharmacie centrale, on la fait dans un alambic chauffé à la vapeur {voj-ez l'appareil de M. Henrj ) ; et , pour éviter les accidens , on a établi entre le fourneau et l'alambic une cloison en briques que traverse le tuyau conducteur de la vapeur, de manière que le feu est dans un cabinet et l'éther dans un autre. Par ce moyen, on n'a pas à craindre qu'un courant d'air vienne projeter la vapeur d'éther dans le foyer et déterminer une combustion qui entraîne toujours la perte du produit , et compromet souvent les jours de l'opérateur (?,). En fractionnant le produit de la rectification, on obtient les deux tiers de l'éther à 56 ou 60° Baume : ce qui passe ensuite ne marque qu'environ 46° ; on peut l'employer pour la liqueur d'Hoffmann.

Il est deux théories, ou , ce qui revient au même, plusieurs

(i) Il est impossible d'enlever, par ce moyen, toute l'iuiile <louce de vin que contient l'etlier ; car les alcalis n'ont pas la propriété' de saponifier les huiles volatiles. Si l'on voulait avoir de l'e'ther parfaicemenl pur, il faudrait le traiter d'abord par la pierre à cautère, l'agiter dans une grande quantité d'ein , qui dissoudrait l'éther sans toucber à l'huile douce, retirer par la distillation au bainmarie, la quantité' environ d'tther employé; enfin rectifier le produit sur du chlorure de calcium.

(2) Dans les pharmacies dont le laboratoire n'est point assez vaste pour y e'tablir la cloison dont on parle ici, on peut encore rectifier l'e'ther dans un alambic sans feu. On fait chauffer de l'eau dans une cour, par exemple, et lorsqu'elle est bouillante , on la verse dans la cucurbite. Quand elle s'est refroidie , on la soutire h l'aide d'un siphon , et on la remplace par de l'eau chaude nouvelle. On sait qu'il faut à l'eau 100° centigrades pour entrer en ébnllition, et que l'e'ther n'exige que 36° au plus. On pourrait encore se servir de la chaleni de'veloppce lors de l'extinction de la chaux vive h l'aide de l'eau; dejh j'ai applique ce mode de faire en diverses circonstances où il y avait Ji craindre d'introduire du feu dans le lieu où se faisaient les opérations.

894 MAJfUEL

mauièies ingénieuses d'expliquev l'étLerification de l'alcool par l'acide suUurique ; voici la première.

L'acide sulfurique s'empare de l'oxigène et de l'hydrogène de l'alcool dans les proportions nécessaires pour faire de l'eau, doat il se saisit, et les autres élémens réunis constituent l'éther. Le gaz sulfureux , l'huile douce , l'hydrogène bi-carboné, l'acide carbonique, l'eau, l'acide sulfo-vinique, proviennent de ce au'à mesure que l'opération s'avance , les conditions dans lesquelles se trouvaient primitivement les deux corps changent ; que la quantité d'alcool diminue de plus en plus , tandis que celle de l'acide reste la même ; en sorte qu'il arrive une époque à laquelle on doit obtenir absolument les mêmes produits que si l'on traitait de suite l'alcool par 4 ou 5 fois son volume d'acide. Ce qui le prouve, c'est que, si l'on pouvait, arrêter l'opération un peu avant l'apparition des vapeurs blanches, on n'obtiendrait que de l'éther dans le récipient, et ce qui resterait dans la cornue serait un simple mélange d'un peu d'alcool avec l'acide modifié. C'est pour maintenir le plus long-temps possible les deux corps dans les proportions convenables que M. Boullay a eu l'heureuse idée de remplacer l'alcool qui s'éthérifîe par de l'alcool nouveau. Mais , comme à mesure qu'il absorbe de l'eau l'acide s'affaiblit, il convient, pour lui conserver une force de réaction suffisante , de lui présenter de l'alcool de plus en plus concentré. C'est la raison pour laquelle M. Boullay emploie de l'alcool à /{o°; c'est aussi la cause pour laquelle , à une certaine époque , l'acide ne peut plus opérer l'éthérification (i). Pour expliquer la formation des produits étrangers à l'éther, il suffit de se rappeler, 1°. que l'huile douce n'est que de l'éther moins de l'eau ; 2". qu'en enlevant à l'huile douce tout son oxigène et une quantité convenable d'hydrogène, on la convertit en eau et en hydrogène bi-carboné; 3°. enfin que l'alcool, en enlevant par son hydrogène

(i) Si l'on a craployc 9 livres d'alcool ù 3G°, 9 livres d'acide sulfurique k 66", la quantité' d'alcool à 40° à ajouter serait de G livres.

DU PHARMACIEN. SqS

et son carbone une portion d'oxigène à l'acide sulfurique , le transforme en acide moins oxigéne' ou sulfureux , en mêjne temps qu'il se convertit lui-même en eau , en acide carbonique et en charbon.

Dans la seconde , on explique la formation de Télher de la manière suivante.

L'alcool se partage en 2 parties : la première s'éthe'rifie eu abandonnant de l'oxigène et de l'hydrogène dans les proportions ne'cessaires pour faire de l'eau ; l'hydrogène s'empare d'une portion de l'oxigène de l'acide sulfurique et le convertit en acide hypo-sulfurique ; l'oxigène, en se combinant avec la deuxième partie de l'alcool , constitue une matière végétale qui s'unit à l'acide hypo-sulfurique et forme avec lui un acide nouveau , connu sous le nom d'acide suljb-vinique, qu'on retrouve dans le résidu. Les gaz sulfureux , acide carbonique , l'huile douce, l'hydrogène bi-carboné , l'eau et le charbon proviennent de la décomposition par le feu de la matière organique et de l'acide hypo-sulfurique (i).

C'est à cette dernière théorie que nous donnons la préférence, surtout depuis que M. Lassaigne a prouvé que si les acides phosphorique et arsenique donnaient avec l'alcool un produit absolument le même que celui qu'on obtient par l'acide sulfurique , ils subissaient aussi le même genre d'altération que ce dernier, c'est-à-dire qu'il se formait toujours de l'eau aux dépens de l'alcool, et que les acides, ramenés à un moindre degré d'oxigénalion, se combinaient avec une matière organique pour fornaer des acides nouveaux semblables à l'acide sulfo^ inique, et qu'on retrouve comme lui dans le résidu de l'opération.

Les principaux caractères de l'éther sulfurique sont les suivans. Il est liquide, incolore, très léger, d'une odeur péziétrante et suave ; il est très volatil ; il brûle avec une flamme

(i) Des travaux sur l'ëther, travaux de la plus haute importance , sont dus h MM. Hennel, Damas, Bonllay fils et Serullas. ( P^. les Annales de Chim., le Journal de Pharmacie et le Journal de Chim. méd., année 18^9^

8g6 MANUEL

d'un bîanc-jaunàtre et donne de l'eau , de l'acide carbonique et un charbon le'ger, analogue au noir defume'e.Sous la pression de o^j'jô, il bout à 35°, 66 ; sa vapeur est deux fois et demie aussi pesante que l'air. Pour se convaincre de sa pesanteur, il suffit de tenir à la main un flacon d'éther de'bouché : on voit la vapeur qui tombe en abandonnant le goulot ; elle s'e'tend au loin et s'enflamme, si elle rencontre sur sa route un corps en ignition ; aussi doit-ron e'viter de verser le soir de grandes quanti te's d'éther d'un flacon dans un autre. Il est peu soluble dans l'eau , il l'est en toutes proportions dans l'alcool ; il dissout très bien le sublime' corrosif , aussi l'emploie-t-on pour reconnaître de très petites portions de ce sel étendu dans un liquide. Tl suffit d'agiter avec précaution de l'éther, dans un sirop, par exemple, qui contient du sublimé corrosif : l'éther vient surnager dans le goulot de la bouteille ; si on le décante dans une capsule, il se vaporise subitement, et le sublimé reste sous forme d'une poudre blanche. 11 réduit les dissolutions d'or ; il dissout très peu le phosphore et le soufre ; il dissout très bien les huiles volatiles , les résines , le camphre et en général toutes les substances très hydrogénées.

Dans un travail nouveau et très étendu, M. Henry père a établi, comme l'avait déjà fait M. Planche, qu'il y avait, et au contact de l'air , et à l'abri de la lumière , formation d'acide acétique dans l'éther suif uri que mis en contact avec de l'eau ou de l'air, dans des flacons. Ce phénomène, suivant M. Planche, est dû à la décomposition d'une petite quantité d'éther sulfurique. Selon M. Henry, cette production d'acide est due à une autre cause. H a reconnu que l'éther sulfurique préparé avec beaucoup de soin renfermait toujours un peu d'acide acétique, provenant de l'action de l'acide sulfurique sur l'acide acétique contenu dans l'alcool. L'éther acétique formé se décompose, l'acide acétique est mis à nu. Si l'éther sulfurique, devenu acide , est mis en contact avec des métaux facilement oxidables ou avec des oxides métalliques, il en résulte des quantités notables d'acétates.

M. Henry a reconnu que le phosphore, le soufre, dissous

dans l'éther sulfurique fournissaient des cristaux , et que le proto-chlorure de fer donnait une cristallisation de ce sel en prismes rhomboïdaux et en octaèdres d'un vert d'e'meraude. L'addition d'une petite quantité de magne'sie a e'te' recommande'e pour aider à la conservation de ce produit , qui alors ne devient pas acide, ou, peut-être, la magnésie sature l'acide formé.

Ce qu'on connaît sous le nom de liqueur anodine d'Hoffmann, est un simple mélange à parties égales d'éther et d'alcool. Ce mélange doit marquer 46" Baume. On peut encore l'obtenir en soumettant de suite à la distillation 2 parties d'alcool avec une partie d'acide.,

L'éther et la liqueur d'Hoffmann doivent être conservés à l'abri du contact de l'air, dans des flacons bien fermés ; les flacons qui le contiennent doivent être mis au frais; on doit, en outre , engager les pharmaciens à n'en tenir qu'une petite quantité dans les flacons de débit, afin de renouveler plus souvent et d'éviter aussi des accidens dont nous avons vu de nombreux exemples.

Page 1