Tome IL 5'j
ÉTHER HYDRIODIQUE.
La découverte de cet éther est due à M. Gay-Lussac. Il n'est pas encore employé dans l'art médical, mais, participant de l'iode, il pourrait devenir le sujet d'études tliérapeutiques d'un jjrand intérêt. M. Gay-Lussac l'a obtenu en faisant un mélange de deux parties d'alcool en volume et d'une partie d'acide Lydriodique coloré , d'une pesanteur de i ,7000, distillant le mclau;;e au bain-marie, et étendant d'eau le produit distillé. L'étber se précipite sous forme de petits globules, laiteux d'abord, mais qui se réunissent pour former un liquide transparent, qu'on purifie eu le lavant à l'eau froide à plusieurs reprises. L'étber bydriodique ne rougit pas le tournesol ; son odeur est analogue à celle des autres étbers ; sa densité à 22°, 3, est de i ,9206. Au bout de quelques jours il se colore en rose ; mais cette couleur n'augmente pas d'intensité avec le temps , et peut être enlevée par le mercure ou la potasse <ju'on y ajoute. Ce produit bout à 68", 8 ; sous la pression de o™,76, il ne s'enflamme point à l'approcbe d'un corps en combustion. Versé sur des cbarbons incandescens, il laisse dégager des vapeurs d'une belle couleur pourpre ; le potassium, la potasse, le cblore, les acides nitrique et sulfureux ne l'altèrent pas ; l'acide sulfurique concentré le brunit.
Cet éther, placé parmi les étbers formés d'acide et d'hydrogène carboné, est composé, d'après M. Gay-Lussac, d'acide bydriodique et d'une matière végétale diflerente de l'alcool.
ÉTHER HYDRO-CHLORIQUE.
Éther muriatique.
La découverte des étbers sulfurique et nitrique conduisit les chimistes à essayer si , par la réaction de l'acide bydro-cblorique sur l'alcool , on n'obtiendrait pas un produit analogue. Divers chimistes s'occupèrent de résoudre cette question , et
les essais qu'ils firent donnèrent lieu à d'excellens mémoires sur ce sujet. Ces travaux sont principalement dus à MM. Basse, Gehlen, The'nard et Roullay. M. Basse fut le premier qui le prépara en assez grande quantité. On l'obtient en agissant de la manière suivante. On prend parties égales en volume d'alcool et d'acide hydro-clilorique ; le premier doit être à 40"? et le second à 3.5 au moins. Si l'acide était faible , il serait sans action sur l'alcool et l'on n'obtiendrait qu'un mélange d'acide et d'alcool. Celui-ci, pour la même raison , doit être très concentré, parce que, contenant luoins d'^au, 'il' jCst d'une dé-''' composition plus facile. On choisi tune cornue de verre capable de contenir le mélange , seulement Hans sa panse ; on y verse l'alcool , ensuite l'acide , en ayant l'attention d'agiter , afin de mettre plus exactement en contact les molécules des deux liquides. On jette ensuite dans la cornupufuelques grains de sable un peu gros , afin d'éviter les soubresauts qui , sanscette précaution, pourraient avoir lieu dans lefoui^ de ^'-cxpération. Cela fait, on place la coru'.ie au bain de 8able<6u.à feu; nu, sur un fourneau ordinaire, au moyen d'un grill'a{Te de.fils de fer, et l'on y adapte un tube à la Weltes qnirva se- rendre au fond d'un flacon double en capacité de :1a- cornue et à moitié plein d'eau à i5 ou 20°. La seconde tubulure porte un tube droit de .«JÛreté , et de la troisième part un;tube recoûlîbé (^.«i. plonge au fond d'une éprouvette longue,' létroiftel,. bienisècliey et entourée de glace pilée ou d'un mélange réfrigérant. Comme la vapeur d'élher arrive seule dans cette éprôuvett-e ets'y liquéfie entièrement , on pourrait , une foisqueles vaisseaux sont purgés d'air, supprimer toute. communication avec l'atmosphère ; cependant il est plus prudent de pereerd'un tiès petit trou le bouchon dont on ferme l'épi-oi^vette , afin de laisser 'dégager la vapeur d'élher qui pourrait ne se pas condenser.
L'appareil ainsi disposé, on en lute les jointures , on chauffe peu à peu la coniue ; 20 à 25 minu-tes après que le feu est appliqué , on voit des bulles s'élever de ia partie inférieure de ce vase , et surtout de la surface des grains de sable. Elles ne tardent point à se multiplier, et le mélange entre en ébul-'
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lition ; ou tâche de la maintenir constante et inode'rée. La conduite du feu est de la plus haute importance pour le succès de l'opération : s'il est trop faible, il n'y a pas production d'e'ther; s'il est trop fort, il s'en produit peu ; on doit donc tenir un juste milieu. Le déjjagement des bulles peut servir de guide ; il ne doit être ni trop lent ni trop rapide. Lorsque le mélange bout , l'éther se forme ; il se dégage , entraînant avec lui de l'eau , de l'alcool et de l'acide. Mais, comme une température de i5° n'est pas suffisante pour volatiliser ces derniers corps, il en résulte qu'en traversant l'eau du premier flacon l'éther s'en dépouille, les laisse en solution, et va se rendre très purifié dans l'éprouvetle , où il se condense. D'une livre d'acide et d'un volume d'alcool égal à celui de cette livre , on peut retirer vingt et quelques litres de gaz éthéré , et un peu moins de deux onces d'éther liquide.
Théorie. L'alcool, par l'action qu'exerce sur lui l'acide hydro-chlorique , se partage en hydrogène carboné et en eau. L'hvdrogène carboné se combine avec une portion de l'acide r»our former l'éther.
Les principaux caractères de l'éther hydro-chlorique sont d'être incolore, très limpide , extrêmement volatil. Sous la pression atmosphérique ordinaire , il ne peut rester liquide que jusqu'à ii°; au-dessus, il est gazeux. Quoiqu'il soit bien plus volatil que l'éther sulfurique et que l'alcool , non-seulement il est plus lourd que le premier, mais encore plus lourd que le second de ces deux corps ; il marque 26° Baume ; il brûle avec une flamme d'un vert d'émeraude, et répand des vapeurs blanches formées d'eau , d'acide carbonique et de beaucoup d'acide hydro-chlorique. Il se dissout très bien dans l'alcool, ne se dissout qu'en très faible quantité dans l'eau. Celte solution a une saveur sucrée et analogue à celle de la menthe. Il est sans action sur le tournesol et sur le sirop de violettes. Ce n'est qu'au bout de plusieurs jours qu'il forme un précipité avec le nitrate d'argent et le proto-nitrate de mercure , ce qui démontre la combinaison intime qui existe entre l'hydrogène carboné et l'acide hydro-chlorique. Il est
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formé d'uo volume Je cliacim de ces deux gaz condeusés en un seul. On s'en assure en le faisant passer à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge obscur. Pour conserver ce produit à l'état liquide , il faut le renfermer dans des flacons bouchés à l'émeri et l'ecouverts avec de la peau serrée par quelques tours de fils ; on tient ces flacons renversés et à la cave.
L'expansibilité de l'étherhydro-chloriqueest si grande, qu'il se volatilise en entier lorsqu'on veut l'introduire dans quelques préparations médicamenteuses ; c'est pourquoi , pour les besoins de la Médecine , on le mêle avec partie égale d'alcool. Celte liqueur est connue dans les pharmacies sous le non) dViher murialique alcoolisé. Lorsqu'on l'emploie, il faut alors se rappeler que deux parties d'cther alcoolisé ne correspondent qu'à une partie d'éther hydro-chlorique.
TROISŒME GENRE.
ÉTHEn ACÉTIQUE.
Trois procédés sont usités pour la préparation de cet éther : celui de Pelletier etceuxdeMM.Thénard, Laplanche et Martin.
Procédé de Pelletier. Il consiste à soumettre à la distillation un mélange à parties égales en poids d'alcool cl.d'ucide acétique concentrés, jusqu'à ce que le résidu qui reste dans la cornue ait acquis une consistance semi-fluide et une couleur brune ; à cohober 3 ou 4 fois le produit sur son résidu ; à le mettre en contact avec du sous-carbonate de potasse pour le débarrasser de l'acide surabondant qu'il peu contenir ; enfin ù le laisser reposer , le décanter et le distiller de nouveau à une très douce température.
Ce procédé est presque entièrementabandonnéaujourd'hui,à cause de la lon;^;ueur des manipulations , de lu grande quantité d'acide qu'il exige, et delà perte considérable d'éther qu'il occasione. Les deux suivans peuvent seuls èti'e employés avec avantage.
Procédé de M. Thénard. On prend 3 kilogrammes (6 livres )
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d'alcool à 40" ; 2 kilogrammes (4 livres) d'acide ace'tique à 10**; 625 grammes (1 livre 4 onces) d'acide sulfiiriiiue à 66°; on introduit dans une cornue de verre l'alcool, on verse dessus l'acide acétique à diverses reprises, et .toujours en agitant. Le mélange s'écliaufle. On ajoute en second lieu , et toujours par petites portions , l'acide sulfurique ; on agite de nouveau , afin de mettre en contact les molécules des trois liquides. Une augmentation très sensible de température a lieu. On place la cornue au bain de sable, ou à feu nu sur une grille de fer recourbée , on lui adapte une allonge renflée qui se rend dans un ballon tubulé enveloppé de linges moudlés, et supportant un long tube effilé, destiné au dégagement de la vapeur. On chauffe la cornue par degrés, de manière à faire entrer le mélange en ébuUition ; on l'y maintient jusqu'à ce qu'on ait obtenu 4 kilogr . (8 livres) de produit distillé. A cette époque, l'opération est terminée. Ce produit est de l'éther mêlé d'eau, d'alcool et d'acide acétique. Pour l'avoir parfaitement pur , il faut le rectifier. A cet effet, on le laisse en contact pendant quelques heures avec du sous -carbonate de potasse, en ayant soin d'agiter de temps en temps le flacon. Il se forme deux couches : l'une , inférieure , très mince , qui est de l'acétate de potasse eu dissolution dans l'eau et dans l'ajcool ; l'autre, supérieure, très épaisse, qui est l'éther pur. A l'aide d'un entonnoir à longue tige , on sépare l'éther, et on le soumet , dans le même appareil , à une nouvelle distillation. On en retire environ 3 kilogrammes (6 livres) à 23' Baume.
L'acide sulfurique dans cette opération, n'agit que parla grande avidité qu'il a pour l'eau ; il concentre davantage l'alcool et l'acide. Sans lui, l'alcool, qui est plus volatil que l'acide acétique, passerait le premier à la distillation , et l'union entre ces deux corps ne serait intime qu'autant qu'on recohoberait plusieurs fois le produit.
Procédé de Laplanche et Martin. On prend 2 kilogrammes et demi (5 livres) d'acétate de plomb, i kilogramme (2 livres) d'acide sulfurique concentré, et 1 kilogiamme (2 livres) d'alcool ù 38" ; on introduit l'acétate concassé dans la coruuc,
DU PHARMACIEN. QOS
et l'on y verse le mélange d'alcool et d'acide suUurique. Si l'on réduisait l'acétate en poudre, il serait à craindre que le sulfate de plomb qui se forme ne l'enveloppât trop exactement et ne s'op[tosàt à son entic-re décomposition. On ajoute à la cornue rallon;^;e et le ballon, et l'on distille jusqu'à ce qu'on ait obtenu un produit égal aux quatre cinquièmes de l'alcool employé. On agite ensuite cet éther avec du souscarbonate de potasse, et, par une distillation nouvelle, ou l'amène à une pureté parfaite.
L'acide sulfurique, dans ce procédé comme dans le précédent, n'étljérifie point l'alcool, mais le coiiceatre davantage en lui enlevant une portion d'eau. De plus, il se porte sur l'oxide de plomb, s'en empare , et met en liberté l'acide acétique , qui, rencontrant l'alcool, s'y unit intimement pour former l'étlier. Ce procédé nous semble préférable au précédent, en ce qu'il donne avec plus d'économie un élber plus suavQ.
L'étlier acétique est un liquide transparent , incolore , d'une odeur très agréable, qui tient le milieu entre celle de l'étlier sulfurique et celle de l'étlier acétique. 11 est plus lourd que l'alcool, mais plus volatil que lui. Il brûle avec une flamme allongée d'un blanc-jaunâtre, et donne de l'acide acétique , de l'acide carbonique et de l'eau. Il s'unit en toutes proportions à l'alcool, se dissout daos cinq à six fois son poids d'eau. Lorsqu'il est dissous dans l'alcool , une quant'rté même considérable d'eau ne l'en sépare qu'en partie ; c'est ce qui le distingue du mélange d'étlier sulfurique et d'acide acétique qu'on lui substitue quelquefois. Il est un autre moyen de reconnaître la fraude , c'est d'essayer l'éther avec la teinture de tournesol ou le| carbonates alcalins. Il rougit la première et fait effervescence avec les seconds ; tandis que l'éther acétique pur est sans action sur ces corps. Il dissout plusieurs substances végétales et animales , le camphre , les résines , les huiles essentielles, la. plupart des corps gras, le principe actif des cantharides, etc. Il se compose uniquement d'acide acétique et d'alcool. Lors même qu'il a été obtenu par l'addi-
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tion d'acide sulfurique , il ne contient point d'éther sulfurique* Pour le prouver , on le dissout dans l'eau et onle met en contact avec la moitié de son poids de potasse caustique. En soumettant ensuite ce me'lange à la distillation, on retire de l'alcool, et l'on obtient pour résidu de l'acétate de potasse. Cette opinion a cependant été combattue par MM. Dumas et BouUay fils, qui pensent que l'éther acétique est de l'étherhydratique qui, combiné à l'acide acétique , donne lieu au produit connu sous le nom d'éther acétique. On se sert de cet éther pour préparer le sa^'on acétique é thé ré de M, Pelletier et le baume acétique camphré , dont nous allons donner la formule. ^
Savon acétique éthéré de M. Pelletier. Savon animal 4 grammes (i gros); ctlier acétique, 32 grammes ( i once). On fait dissoudre le savon dans l'éther acétique à la chaleur du bain-marie , et l'on filtre.
Baume acétique camphré. Savon animal ; 4 grammes ( I gros) ; camphre, 4 grammes (i gros) ; essence de térébenthine , 10 gouttes ; éther acétique , Sa grammes ( i once ). On opère comme pour le savon acétique.
-ÉTHER MTflIQUE.
Éther nitreux, Éther hypo-nitreux.
Parmi les composés chimiques employés en Médecine , il en est peu qui présentent dans leur préparation autant de difficultés à vaincre que l'éther nitreux ; aussi pour l'obtenir a-t-on proposé un fort grand noml)re de procédés. Nous n'en décrirons que trois , qui appartiennent à MM. Thénard , Pétroz et Durozier. <•
Procédé de M. Thénard. On prend parties égales en poids d'alcool à 36° et d'acide nitrique à 34° ; on en fait le mélange, qu'on introduit dans une cornue de verre double en capacité du volume qu'elle contient ; ou la place sur un triangle de fer de manière à pouvoir placer et retirer à volonté le fourneau ou la lampe destinée à l'échauffer. A la cornue, on adapte une
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allonge qui se rend dans un ballon communiquant avec trois ou quatre flacons réunis entre eux à l'aide de tubes recourbés, dont la plus grande branche plonge jusqu'au fond du flacon qui la reçoit. On remplit à moitié chaque flacon d'eau saturée de sel, et on les place dans un mélange réfrigérant. On lute lesjointures exactement, en laissant cependant au dernier flacon une petite ouverture pour que le dégagement des vapeurs qui ne se condenseraient pas puisse s'opérer. La solution saline est destinée à ralentir par sa densité le dégagement très rapide des gaz et vapeurs qui se forment dans le cours de l'opération.
L'appareil ainsi disposé, on porte sous la cornue le fourneau garni de quelques charbons incandescens , et l'on tient près de soi quelques seaux d'eau froide. On observe attentivement le mélange. Aussitôt que les premières bulles se dégagent de la partie inférieure de la cornue, on retire le feu. L'ébulU— tion , en eflet , se manifeste avec violence , et si la cornue n'est pas assez grande , une portion du mélange passe dans le ballon. Quelquefois même cette ébuilition devient si rapide, qu'il est urgent de la modérer en versant abondamment de l'eau froide sur la cornue. Les gaz, en traversant la solulioa de sel marin , en augmentent le volume et la température : lorsque l'ébullition cesse d'elle-même, l'opération est terminée. A cette époque, le résidu qui se trouve dans la cornue équivaut à peu près au tiers du mélange. Ce résidu est formé d'eau, d'alcool, d'acide nitrique, d'une petite quantité d'acide acétique et d'une matière facile à charbonner. On délute l'appareil , et l'on trouve dans le ballon le mélange indiqué, puis dans les flacons, à la surface de la solution saline, une couche liquide d'un jaune-verdâtre : cette couche est formée d'éther altéré par de l'acide nitreux et par de l'alcool. On sépare , à l'aide d'un entonnoir à longue lige, ces diflerentes couches , qui sont de moins en nîoins considérables, selon que les flacons sont plus éloignés de la cornue; on les réunit au liquide contenu dans le ballon ; on introduit cet éther impur dans une cornue de verre communiquant à un talion entouré de glace, et on le soumet à la distillation à
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une très douce chaleur. Malgré cette rectification, l'éther nitreux est encore acide, ce qui oblige de l'agiter dans un flacon avec un peu de clianx e'teinte ou avec du lait de chaux , qui absorbe l'acide nitreux, et de le décanter ensuite ; il marque 26° Baïuné.
La théorie la plus généralement admise est la suivante. L'alcool et l'acide se partagent cliacun en deux parties ; une portion de l'alcool enlève tout l'oxigéne à une pariie de l'acide nitrique , et transforme le reste eu acide nitreux : de là formation d'eau, d'acides carbonique, acétique et probablement oxalique, de gaz azote, de deuloxide d'azote, de gaz nitreux, et d'une matière facile à charbônner ; tandis que l'alcool non décomposé se combinant avec l'acide nitrif[ue ramené à l'état d'acide nitreux , constitue l'élher.
Les principaux caractères de l'éther nitreux sont d'être d un blanc jaunâtre , plus lourd que l'alcool, mais bien plus volatil. Son odeur est très forte , agréable, analogue à celle des pommes de reinette. Sa saveur est chaude et piquante j il brûle avec une flamme blanche, sans laisser de résidu. Traité par l'eau , il se sépare en 3 parties : la première se volatilise , ia deuxième se dissout, et la troisième se décompose en alcool et en acide nitreux ; la solution devient acide, et si on la sature par la potasse et qu'on la soumette à la distillation , on obtient de l'alcool et un résidu formé de nilrite de potasse. Cet éther ne se conserve que difficilement ; car en peu de temps, même dans un flacon bien fermé, il devient acide. Sa décomposition est plus prompte s'il est exposé à la chaleur.
La grande tlifficalté de le conserver a donné l'idée de lui substituer pour les besoins de la Médecine, Vélher iiiln'que alcoolisé, la liqueur anodine nitreuse. Il se prépare avecl'apparoil employé pour préparer l'élher nitreux par le procédé de M. Thénard, mais on remplace l'eau salée par de l'alcool. L'éther s'y unit, et l'on continue l'opération jusqu'à ce que l'alcool ait acquis le double de son poids primitif; il marque alors 32" Baume.
Procédé de M^ Pétroz. M. Thénard ayant prouvé que l'é-
DU PKAr.MAClEX. QOy
tber nitrique était formé d'acide nitreux et d'alcool, de plus, d'un peu d'acide acétique, qu'il soupçonnait être un produit accidentel, et M. Gay-Lussac ayant annoncé {Annales de Phjsiqite et de Chimie, toni, XII, pa^'. iio) qu'on pouvait former immédiatement de l'éther nitreux en mêlant ensemble l'alcool absolu et l'acide nitreux obtenu par la décomposition du nitrate de plomb desséché , M. Pétroz crut d'abord qu'il suffisait de rechercher les doses les plus convenables d'acide et d'alcool pour obtenir avec plus de facilité et d'économie un produit semblable à celui que donnent les procédés déjà connus. Mais, après un grand nombre d'essais infructueux, il parvint à reconnaître que la formation de l'éther nitreux exigeait plusieurs conditions et présentait des phénomènes qui peuvent engager à regarder cet éther, non comnie une combinaison de l'acide avec l'alcool absolu, mais plutôt comme un composé d'acide et d'un autre corps dérivé de l'alcool (i). Voici ce qu'a dit ce praticien.
« La première condition pour la préparation de l'éther ni- » treux est la concentration de l'alcool ; il doit être exempt » d'eau. Lorsqu'on l'emploie à 4o" Baume , et qu'on le réunit » ensuite à l'acide nitreux , on n'obtient qu'un éther très im- » parfait qui contient toujours de l'alcool et de l'acide ni- » trique à l'état de mélange. I/alcool dont je me suis servi » dans mes expériences marquait 44° Bami^é à la température » de o; je l'avais obtenu en laissant macérer pendant vingt-
(i) Nous pensons, avec beancoup de chimistes, que I.t nature de plusieurs e'thers, particulièrement celle de Tether nitreux, est loin d'être parfaitement connue; ainsi, quoique les opinions de M. Pélroz sur l'ctherification de l'alcool par l'acide nitreux soient contraires à celles ge'neralem^nt admises, comme elles sont neuves, et qu'avant de les rejeter il convient tVi^n appeler de nouveau à l'expérience, nous nous alistiendrons de toute observation critique , et nous nous bornerons Ji ra|)porter les observations de cet linnorable académicien telles qu'il les a lues à la Société de Pharmacie de Paris en 1820, et telles qu'd a eu la bonté' de nous les communiquer. Depuis, d'autres opinions sur l'e'ther ont e'té publiées par divers auteurs. {K. le Journal de Pharmacie, t. XIV, pi)
>• quatre lieures , sur une grande masse de chlorure de cal >* cium , de l'alcool rectifié , et le distillant ensuite goutte à » goutte. Cet alcool réussit très bien et forme de l'excellent » étber lorsqu'on le mêle avec l'acide nitreux anhydre.
» Il n'est pas indifférent de mélanger brusquement les deux >• liquides ou d'ajouter par petites portions l'un des deux dans >• la totalité de l'autre. La température des deux corps influe » aussi beaucoup sur la nature du résultat. Lorsqu'on fait, » comme M. Gay-Lussac, le mélange brusquement et à .la » température ordinaire, il se produit beaucoup de chaleur, » et il y a formation d'éther. Le phénomène a encore lieu , " mais d'une manière beaucoup moins marquée , lorsqu'on » mêle par parties l'acide avec la totalité de l'alcool. Mais , si » l'on refroidit préalablement les deux liquides dans un mé- » lange de glace et de sel marin , et qu'on les l'éunisse peu à » peu au inilieu de ce bain réfrigérant , alors il ne se produit • point de chaleur très sensible, et le mélange, au lieu de » sentir l'éther , n'a que l'odeur de l'acide alcoolisé. Si l'on >' expose le mélange à la température ordinaire , l'odeur éthé- » rée ne se développe pas davantage ; tandis que dans le » mélange brusque elle est très sensible.
«' Ces résultats prouvent que la température influe beau- >• coup sur la formation de l'éther nitreux, et c[u'on ne l'ob- » tient point dans toutes les circonstances où l'on mélange » l'acide et l'alcool.
» Un mélange d'une partie d'acide nitreux et de trois par- » ties d'alcool absolu, fait avec précaution et soumis à la dis- » tillation dans une cornue qui communique avec un petit » ballon entouré de glace, donne, à une très douce chaleur, » 1°. de l'éther nitreux d'une odeur très suave; 2°. un peu » d'alcool nitrique mêlé d'acide nitreux ; 3°. un résidu qui » consiste dans un mélange d'acide nitrique, d'alcool et d'eau. » Il est très facile de diviser les produits ; car quelques char- » bons incandescens suffisent pour faire bouillir le mélange. » L'ébullition se continue ensuite d'elle-même jusqu'à ce que la » plus grande partie del'éther nitreux soit volatilisée; alors elle
DU PHARMACIEIV. gOg
» diminue sensiblement, et c'est le moment de l'arrêter ou » de changer de récipient. Il passe encore un peu d'e'ther, de » plus beaucoup d'alcool nitrique et de l'acide nitreux. Si , à » cette époque , on augmente le feu , le résidu entre en ébul- >■ lition , et il se dégage une énorme quantité de vapeurs ruti- » lantes qui remplissent toute la capacité de l'appareil.
» Ces phénomènes sont constans : on les a observés dans » un grand nombre d'expériences faites avec des proportions » diverses d'alcool et d'acide. Ils prouvent, ce me semble , » i". que l'acide nitreux, mélangé avec l'alcool absolu, déter- » mine la formation d'une certaine quantité d'eau qui pro- » duit ensuite de l'acide nitrique avec une portion de l'acide » nitreux ; 2°. qu'il est impossible d'avoir de l'éther nitreux » pur en mélangeant instantanément de l'alcool absolu avec » de l'acide nitreux anhydre ; 3°. que le produit de ce mélange » est de l'éther nitreux , plus de l'alcool, de l'acide nitrique » et de l'eau.
« On pourrait en tirer encore cette conséquence, que la » composition de l'éther nitreux ne consiste pas dans la corn- » binaison de l acide nitreux avec l'alcool absolu , mais bien » dans l'union du même acide avec la portion de l'alcool qui a » cédé les élémens propres à former de l'eau et à convertir Va- » cide nitreux en acide nitrique. De quelle nature est cette M portion d'alcool ainsi modifié ? Est-ce de l'hydrogène per- » carboné ? Cela serait très possible ; mais pour l'affirmer il est » besoin de nouvelles expériences. Toutefois il est permis de » dire que l'éther nitreux doit être séparé des éthers qu'on re- » garde comme formés d'acide et d'alcool.
» La grande volatilité de l'acide nitreux et de l'alcool étant » un obstacle à leur facile réaction , j'ai cru devoir ajouter au ». mélange une petite quantité d'acide sulfurique , afin de «cohercer davantage les deux fluides, et d'absorber l'eau qui, » en convertissant eu acide nitrique une portion de l'acide >> nitreux , dérange les rapports dans lesquels les deux corps » sont primitivement réunis. De nombreux essais m'ont prouvé " que les proportions suivantes réunissaient les conditions les
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» plus avantageuses. Alcool absolu , 60 {»rain. ( i once 7 gros) ; » acide nitreux , 20 grammes ( 5 gros ) ; acide sulfurique , « 5 grammes (i gros 18 grains).
n On mélange d'abord l'acide sulfurique et l'alcool , on » laisse refroidir, ensuite on ajoute l'acide nitreux. On intro- » duit le tout dans une petite cornue de verre tubulée, mu- » nie tl'un récipient, et l'on distille à l'aide dé deux ou trois )) charbons iiicandescens, jusqu'à ce qu'on ait obtenuenviron » 2 grammes de produit. C'est un excellent éther nitreux qui, » pour être parfaitement pur , n'a besoin que d'être mis pen- » dant quelques instans en contact avec un peu de magnésie » calciiiée qui s'empare de l'acide nitreux en excès. Nous » avons opéré en diverses proportions sur 16 grammes seule- » ment; nous avons retire un produit aussi bon que celui » obtenu de quantités plus considérables.
» Les avantages de ce procédé sont incontestables ; il donne » la facilité de préparer sur-le-champ , et en aussi petite quani> tité qu'on le désire , un éther nitreux aussi pur et peut-être » en plus grande quantité que par le procéilé de M. Thénard. » 11 dispense de l'emploi de l'appareil de Woulf, qui est ex- »' trêmement con»pliqué, et avec lequel il arrive souvent des » explosions qui sont dangereuses pour l'opérateur. L'étber » qu'il donne paraît se conserver bien plus long-temps que « celui fourni par les autres moyens; car j'en ai conservé pen- » dant plus de dix mois, et au bout de ce temps à peine rou- » gissait-il le papier de tournesol. Enfin , quant à l'économie « qu'il présente, il est facile de la calculer par les données » suivantes:
» i58 grammes de plomb et ^oo grammes d'acide nitrique M du commerce ontdouné 200 gram. de nitrate de plomb sec, i)"Ct 100 gram. de ce nitrate ont produit 20 gram d'acide ni- » treux anhydre. La quantité de cet acide devrait être beau- )> coup plus considérable; mais 20 gram. sont tout ce qu'on » peut retirer à Vétat liquide , en évitant autant que possible >• toutes les causes de perte. Quant au degré de concentration « de l'alcool, des expériences ultérieures m'ont fait reconnaître
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» qu'il n'était pas absolument nécessaire qu'il fût à 44°» » qu'avec ^o° couverts on obtenait un éther parfait. »
Procédé de M. Durozier. Pour éviter l'inconvénient qui résulte le plus souvent de l'application du feu dans la préparation de l'élher nitreux , et agir avec plus de sécurité, M. Durosier développe , au sein même du mélange , le degré de chaleur nécessaire à la réaction de l'acide sur l'alcool et à la formation de l'étber. Pour c(da, il emploie l'acide sulfurique. On place dans un bain de sable une cornue tubulée d'environ 6 pintes ; son col entre immédiatement dans un serpentin , à la sortie duquel est adapté un ballon qui repose dans un vase plein d'un mélange réfrigérant. De la tubulure supérieure du ballon part un tube de sûreté qui va se rendre dans un flacon dans lequel on met un peu d'alcool, qui reçoit ce qui peut s'échapper d'éther , et sert, soit à l'opération suivante, soit à la préparation de l'élher nitrique alcoolisé.
L'appareil ainsi disposé, on prend i5oo grammes ( 3 livres) d'alcool à 36°, on y mêle 760 grammes ( i livre 8 onces) d'à-cide nitri(|ue à Zi°. On introduit le tout dans la cornue par le moyen de sa tnbulure, et, aussitôt après, on y verse 375 gram. ( 12 onces ) d'acide sulfui'ique concentré; on referme la tubulure , on la ficelle et on la !ute. Cinq minutes après l'immersion de l'acide suUuriqne , l'ébuUition se nianifiste, des stries d'éther tapissent les parois de la cornue ; bientôt après on voit l'éther couler abondamment de la partie inférieure du serpentin. Dès que l'ébuUition cesse, on enlève le produit brut du ballon ; il pèse environ ^36 grammes ( ?.3 onces ) ; on le laisse en contact avec un lait de chaux pendant un jour , en ayant soin de l'agiter de temps en temps. Lorsqu'il est reposé, on le décante ; il pèse environ 336 gram. ( lo onces 4 gi'os).
Des trois procédés que nous venons d'examiner, c'est à celui de M. Pétroz que nous croyons devoir accorder la préférence ; celui de M. Thénard est d'une exécution assez difficile : celui de M. Durozier , par sa grande simplicité, dispense , il est vrai, de l'emploi de l'acide nitreux , que l'on n'a pas dans toutes les pharmacies, mais la quanti Je d'acide sulfurique nous
g; 2 MANUEL
semble beaucoup trop considérable ; c'est aussi l'opir^ion émise par M. Thénard , qui, dans son Traité de Chimie, 4*^ édition, t. IV, p. 160, s'exprime ainsi : mais la présence tVune si grande quantité d'acide sulfurique ne délerm,ine-t-elle pas la formation d'un peu d'éther sulfuriquel
DES BASES SALiriABLES VÉGÉTALES.
Alcalis végétaux , Alcalis organiques.
On a nommé alcalis végétaux^ alcalis organiques , des corps particuliers nouvellement découverts dans les végétaux ; ces corps, qui résultent de la combinaison de l'oxigène avec le carbone , l'hydrogène et l'azote , sont susceptibles de ramener au bleu le papier de tournesol rougi par les acides , de s'unir aux acides, de les saturer, de former avec eux des sels.
La découverte de ces nouveaux principes fut attribuée à uti chimiste allemand, Sertuerner , puis revendiquée par les chimistes français. Quoi qu'il en soit, le travail publié par Sertuerner sur l'opium et la découverte de la morphine fut le sujet de nombreux travaux , et bientôt en France MM. Pelletier, Caventou, Labillardière, Lassaigne, Feneule, BouUay, Desfosses, Dulong (d'Astafort), firent paraître des mémoires sur de nouvelles substances qu'ils avaient découvertes dans les végétaux et qu'ils en avaient isolées.
Les bases salifiables végétales possèdent des caractères particuliers qui peuvent les faire distinguer des substances vé{;é-, taies formées des mêmes principes. Ces caractères sont : 1°, l'alcalinité , c'est-à-dire la propriété de ramener au bleu le papier de tournesol rougi par les acides, de verdir le papier de mauve, le papier de dahlas, le sirop de violettes ; 2°. la presque insolubilité dans l'eau , la solubilité dans l'alcool froid et mieux encore dans l'alcool bouillant; 3°. la couleur blanche, la forme cristalline , chez la plupart ; 4°- l'action de la chaleur , qui les décompose en donnant des produits semblables à ceux qu'on obtient des substances végétales azotées. Quelques chimistes
DU PHARMACIEN. QlS
avaient émis l'opinion que la propriété' de bleuir le papier de tournesol rougi , de verdir celui de mauves et de violettes, de saturer les acides était due , non aux alcalis végétaux euxmêmes, mais aux alcalis employés pour les obtenir. Cette opinion, combattue par M. Pelletier , était le sujet d'un examen particulier de l'un de nous, lorsque des expériences publiées par l'un de nos collègues, M. Robinet, ont rendu ce travail inutile (i).
Les alcalis organiques existent dans les végétaux à l'état de sels, et le plus souvent de sels acides. D'après les essais qui ont été tentés sur les alcalis découverts , il est démonti é que les végétaux d'où l'on a retiré ces produits leur doivent leur efficacité.
Le nombre des substances alcalines découvertes ne peut être fixé exactement ; un grand nombre de substances ayant été annoncées comme des alcalis organiques sans que l'on ait acquis depuis des preuves suffisantes de leur existence et de leur alcalinité ; d'autres déjà annoncées ont été ensuite mises en doute, lorsqu'on se livra à de nouvelles recherches. Dans ce chapitre , nous ne traiterons que des alcalis dont l'existence est démontrée; dans un chapitre suivant, nous nous occuperons des substances extraites des végétaux employés en Médecine et qui se rapprochent , par quelques-unes de leurs propriétés , des alcalis organiques.