OXIDE DE MERCURE ROUGE
Peroxide de mercure préparé par V acide nitrique.
La difficulté de se procurer une grande quantité d'oxlde rouge de mercure, àxx précipité per se , a. an isàre chercher des moyens de l'obtenir à l'aide de procédés faciles moins longs et moins dispendieux que celui que nous venons de rapporter.
Pour l'obtenir plus facilement , on a recours à la calcination dunitrate; mais ce procédé ne donne pas constamment un précipité d'une belle nuance rouge, etsouvent le produit vairie dans sa texture. L'un de nos plus savans chimistes^ M. GayrLussac, a reconnu que les variétés dans le grain et dans la couleur de l'oxide rouge obtenu par ce sel dépendent de l'état cristallin da lîitrate que l'on a employé. Si l'on prend du sel bienbrové, on obtient un oxide jaune-orangé en poudre; sil'oxide provient de la calcination des cristaux volumineux et denses, on obtient unoxide d'une couleur orangée foncée; si le nitrate est en petits
grains cristallins , l'oxide est cristallisé et d'un rou^je-orange'. La quantité' et la pureté du métal et de l'acide employés, et le degré de chaleur apporté à la calcination , influent aussi sur la beauté du produit.
Procédé du Codex. Pour obtenir le précipité rouge par le procédé décrit dans le Codex, on introduit dans un matras à fond plat 160 p. de mercure revivifié du cinabx'e; on y ajoute i8o p. d'acide nitrique exempt d'acide hydro-chlorique et marquant 32° à l'aréomètre. On met le matras (ou les matras, si l'on fait plusieurs opérations à la fois ) sur un bain de sable placé sous une cheminée tirant bien ; on recouvi'e ce vase de sable jusqu'au col ; on chauffe doucement , afin de faciliter la dissolution. Quand cette dissolution est opérée, on augmente le feu, et on le continue jusqu'à ce que l'on ne remarque plus de dégagement de vapeurs nitreuses et qu'il y ait dégagement de gaz oxigène , ce que l'on reconnaît en plongeant une allumette dans le gaz qui se dégage. Cette allumette, lorsqu'il y a dégagement de gaz oxigène , brûle avec une flamme très vive , et si on l'éteint et qu'on la plonge de nouveau dans ce gaz , elle est promptement rallumée. On ferme alors le matras, et on le laisse refroidir lentement dans le bain de sable; lorsqu'il est froid , on l'enlève pour en retirer l'oxide obtenu.
Le mode suivant a été indiqué par M. Payssé, qui a suivi les travaux des fabricans de Hollande , qui obtiennent ce produit d'une grande beauté et en grande quantité à la fois.
On prend 5o parties de mercure pur et exempt de toute autre matière métallique; on l'introduit dans une cornue à fond plat, on le met en contact avec 70 parties d'acide nitrique pesant de 34 à 38°. On fait dissoudre le métal dans l'acide , en aidant à la dissolution au moyen d'une douce chaleur, plaçant la cornue dans un bain de sable et la recouvrant convenablement de ce corps. A la cornue est adapté ua récipient qui peut servir à recueillir une partie de l'acide qui n'agit pas sur le métal, et qui peut être employé à une autre opération. Quand la dissolution est opérée, on continue l'évaporation dans la cornue , et lorsque les vapeurs nitreuses ,
qui se manifestent , annoncent la décomposition du nitrate mercuriel , on retire le récipient, et l'on fait usage d'une température constante et modérée, de manière à entretenir le dégagement du gaz. Lorsque l'opération tire à sa fin , ce que l'on reconnaît à ce que le gaz nitreux ne se dégage plus qu'en petite quantité , on élève un peu la température , et l'on entretient alors la chaleur jusqu'à ce qu'il y ait dégagement d'oxigène; on cesse le feu, on bouche le col de la cornue , et on laisse lentement refroidir l'oxide dans le vase distillatoire.
Si, malgré toutes les précautions indiquées, la masse n'était pas brillante et ne présentait pas l'aspect cristallin que l'on recherche, il faudrait la réduire en poudre grossière, l'introduire dans un vaisseau de verre , au fond duquel on aurait mis un peu d'acide nitrique en quantité convenable pour l'imprégner seulement , et chauffer cette masse au bain de sable pendant une heure ou deux. Cette opération suffit pour faire prendre à l'oxide la couleur rouge et brillante et la forme cristalline que l'on désire. M. Payssé insiste sur la pureté de l'acide nitrique , sur le degré de cet acide, qu'il indique , sur une évaporation de la liqueur à une chaleur modérée dans un vaisseau dont le fond soit suflisamuient évasé pour que la masse du mercure nitrate présente beaucoup de surface , et puisse facilement être échauffée sur tous les points à la fois ; enfin que la chaleur soit graduellement augmentée à mesure que la décomposition du nitrate avance. Il est de toute nécessité, pt)ur obtenir un produit d'une belle couleur rouge, de laisser refroidir lentement l'oxide , le matras étant fermé.
Procédé de Brugnatelli pour obtenir l'oxide rouge. Ce procédé, peu connu, nous a paru devoir être rapporté ici. On prend i partie de nitrate de mercure pur, on verse sur ce sel 3 parties d'eau distillée bouillante : une petite quantité de sel se dissout, le reste se convertit en une poudre blanche concrète. Cet oxide , traité de nouveau par 5 à 6 parties d'eau chaude , acquiert une couleur écarlate, et se convertit en précipité rouge ; on le jette sur un filtre , et on le lave ; on le fait
dessécher convenablement pour le serrer dans un flacon placé à l'abri de la lumière.
De la falsification du deutoxide de. mercure. Quelques fabricans, poussés par la cupidité, falsifient quelquefois l'oxide rouge de mercure par des substances d'une moindre valeur, de la brique pilée, de l'oxide rouge de plomb., et d'autres matières de vil prix. Le pharmacien doit , s'il n'a pas préparé lui-même cet oxide , le soumettre à l'examen chimique : cet examen est d'autant plus facile, que l'oxide rouge de mercure est volatil , et qu'à l'état de pureté il se sublime en entier. Si l'on voulait déterminer la quantité de matières qui servent à la falsification, on en prend. lo grammes, on les place dans une capsule de porcelaine très mince, et l'on soumet à l'action du feu ; s'il y a un résidu , on le pèse , et le poids indique la quantité des substances étrangères que l'on y atait ajoutées. On peut ensuite reconnaître par d'autres expériences quelle est la nature des substances qui avaient servi à le falsifier. Les propriétés de l'oxide rouge bien préparé sont les mêmes que celles de l'oxide rouge per se ; il est employé dans les mêmes circonstances.