‹ Manuel du pharmacien; ou, Précis élémentaire de pharmacieChapitre 131 sur 254 · STRYCHNINE · texte numérisé non relu

STRYCHNINE

La strychnine est un principe actif alcalin, découvert eu 1818 par MM. Pelletier et Caveutou dans plusieurs strychnos {la noix vomique , la fhve Saint-fgnace , le bois de couleuvre, etc. ) ; cet alcali est accompagné d'un autre alcali végétal , la brucine.

La strychnine pure se présente sous forme de petits cristaux prismatiques quadrilatères , terminés par des pyramides à quatre faces et surbaissées. Lorsqu'elle cristallise rapidement, elle est blanche et d'une forme grenue. Cette substance est inodore, d'une saveur amère excessivement forte, et la saveur a une telle intensité, que des atomes de strychnine dissous dans un liquide lui communiquent une saveur amère insupportable. Elle est peu soluble dans l'eau et dans l'élher , très soluble dans l'alcool.

La strychnine se prépare en traitant la décoction de noix vomique , ou l'extrait de ce fruit dissous dans l'eau , par une solution d'acétate de plomb en excès. Ce sel précipite les matières étrangères en solution avec la strychnine et la brucine, et laisse les deux bases dans la liqueur, mêlées à l'excès d'acétate de plomb. On sépare l'acétate de plomb par l'acide hydrosulfurique en excès. Cet acide décompose ce sel et produit un sulfure de plomb qui se précipite , tandis que les deux bases restent en dissolution, On filtre la liqueur ; on la fait bouillir

pour chasser Texcès d'acide hydro-suif urique ; on ajoute ensuite un excès de magne'sie, et l'on fait bouiUir. Les sels de brucine et de strychnine sont de'compose's , et les deux bases se précipitent mêlées à un excès de magnésie. On recueille le précipité sur un filtre , on le lave avec de l'eau froide. Lorsqu'il est égoutté , on le traite par l'alcool : ce véhicule sépare la strychnine et la brucine de la magnésie , qui est insoluble. On filtre le liquide encore bouillant, on le fait évaporera siccité; on obtient alors un extrait alcoolique, qui est un mélange de brucine, de strychnine et de matière colorante. On fait macérer ce mélange avec de l'alcool faible : ce véhicule dissout promptement la brucine et la matière colorante; la strychnine reste sous forme pulvérulente. On traite de nouveau par l'alcool rectifié bouillant, qui dissout la strychnine et la laisse déposer par refroidissement. On a soin de laisser un peu d'eau- mère , parce qu'une petite quantité de brucine qui a échappé à l'alcool faible reste dissoute dans ces eaux.

On peut purifier la strychnine en la réduisant à l'état salin, décolorant par le charbon , filtrant la solution saline , la précipitant ensuite par un alcali; recueillant le précipité sur un filtre , lavant ce précipité et le traitant de nouveau par l'alcool bouillant, filtrant, et faisant cristalliser,

M. Ferari , pharmacien de l'hôpital de Vigerano, emploie les acide^ pour obtenir la strychnine. Son procédé est le suivant.

On fait bouillir pendant 2 heures 3 livres de noix voniique avec 3o livres d'eau acidulée par 6 onces d'acide hydro-chlorique. On passe le décoctum acide à travers une toile serrée et mouillée d'avance. On renouvelle la décoction trois fois de suite avec de nouvelles quantités d'eau et d'acide ; on réunit les diverses décoctions, et après le refroidissement du liquide, on ajoute peu à peu du lait de chaux en excès : ce liquide alcalin détermine un précipité. On laisse déposer, on décante, on jette le précipité sur un filtre. On recueille les eaux qui s'en écoulent , on lave avec de l'eau , puis on laisse égoutter et sécher ; on réduit en poudre, en prenant soin de ne pas respirer de cette poudre pendant la pulvérisation.

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Le liquide d'oii l'on a sépare' le pre'cipité par la chaux doit être additionne' d'une petite quantité' d'acide hydro-chlorique dont on met unle'ger excès ; on fait ensuite évaporer le tout pour le réduire à quelques livres. On traite cette liqueur par le lait de chaux en excès. Cette addition détermine un nouveau précipité, qu'on recueille sur un filtre, et qu'on lave à grande eau. On le fait sécher , on le réduit en poudre, et l'on réunit cette poudre à la première. On traite le mélange de chaux et de strychnine réduit en poudre par l'alcool à 36° à l'aide de la chaleur et à plusieurs reprises, jusqu'à ce que l'alcool en ait extrait toute la matière amère. On réunit toutes les liqueurs alcooliques, on les soumet à la distillation au bain-marie, pour obtenir la plus grande partie de l'alcool. Lorsque la distillation tire à sa fin, on démonte l'appareil. On trouve dans le bainmarie une liqueur jaune, amère et trouble ; plus une certaine quantité de strychnine impure. On sépare celle-ci du liquide. On traite cette base par de l'eau acidulée par l'acide nitrique, en ayant soin de n'ajouter de cet acide qu'en quantité convenable pour ne pas dépasser le point de saturation. Lorsque toute la strychnine est parfaitement saturée , on réunit les liqueurs , on les traite par le charbon animal lavé , et l'on filtre le liquide bouillant. Ce liquide , s'il est assez concentré , donne par refroidissement des cristaux de nitrate de strychnine : ces cristaux sont en aiguilles réunies entre elles; mais ils sont ordina-irement colorés. L'eau-mère qui a fourni les cristaux de nitrate de strychnine doit être réunie au charbon dont on s'est servi pour décolorer le nitrate , ainsi qu'à la liqueur ti'ouble qu'on a trouvée dans le bain-marie. On sature le liquide qui surnage le charbon avec de l'acide nitrique étendu. On fait ensuite bouillir, en ajoutant de nouveau du charbon animal , et l'on filtre la liqueur encore chaude. Celleci laisse déposer des cristaux. On fait évaporer pour épuiser l'eau-mève de tout le sel qu'elle contient.

On réunit sur un filtre le nitrate cristallisé , on le lave à plusieurs reprises avec dorélher; puis, quand il a été ainsi lavé, on le fait dissoudre dans l'eau et on le décompose par l'a m-

moniaque. Il faut avoir soin de dissoudre le nitrate dans une petite quantité d'eau , seulement pour ne pas fournir à la strychnine un véhicule dans lequel elle puisse être soluble.

M. Ferari a remarqué que les sels acides de strychnine sont volatils à la température de loo* centigrades, toutes les fois que les solutions concentrées contiennent un excès d'acide. La même remarque est applicable aux sels de quinine; mais c'est M. Callaud qui a reconnu que les vapeurs qui s'élèvent par l'ébuUition des solutions concentrées de sulfate de quinine sont très amères.

D'après MM. Dumas et Pelletier , la strychnine est un produit azoté; ils ont trouvé que la moyenne de la compositiou de cette base était la suivante. Carbone , 78,22 ; azote , 8,92 ; hydrogène, 6,54; oxif>,ène, 6,32. La strychnine est un médicament qui , à très petite dose, a une action très énergique. On ne doit la délivrer qu'avec les plus grandes précautions et sur l'ordonnance d'un médecin bien connu. Un tiers, un quart et même un huitième de grain, produisent sur l'homme des effets très marqués.

On prépare avec la strychnine des médicamens destinés à remplacer les extraits et les préparations de noix vomique; préparations qui peuvent n'être pas identiques, et qui varient, soit par suite des modes de préparation usités, soit parce que les substances cpai servent à les préparer ne sont pas de mêmes qualités.

M. Magendie a fait connaître diverses formules pour l'emploi de ces médicamens. Ces formules , qui sont consignées dans plusieurs dispensaires , sont les suivantes.

Pilules de strychnine .

Strychnine pure, 1 décigramme (2 grains); conserve de roses, 2 grammes ( I demi-^ros). On réduit en poudre très fine la strychnine; on l'incorpore à la conserve de roses; on piste long-temps le mélange, afin qu'il soit bien homogène, et l'on en fait ensuite 24 pilules bien égales , que l'on ai-gente

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et que l'on conserve. Ces pilules contiennent chacune un dou- Eième de grain de strychnine.

Teinture de strychnine.

Alcool à 36°, 4 grammes (i gros); strychnine, i5 centigrammes (3 grains). On fait dissoudre la strychnine dans l'alcool, et l'on conserve cette teinture pour la délivrer d'après les ordonnances. M. Magendie fait aussi entrer la strychnine dans.des potions stimidantes.

Potion stimulante.

Eau distillée , 64 grammes (2 onces) ; sucre blanc , 8 grammes (?. gros); strychnine pure, 5 centigrammes ( i grain); acide acétique, 2 gouttes. On met la stryclmine et l'acide acétique dans un mortier de verre ; on triture pour mêler ces substances; on ajoute ensuite l'eau et le sucre. Cette mixture peut être regardée comme une préparation d'acétate de strychnine.

VÉRATRINE.

La vératrine est un principe alcalin découvert par MM. Pelletier et Caventou, dans la cévadille, la racine d'ellébore, dans le colchique ; elle est unie à un acide que ces deux chimistes ont reconnu pour être de nature particulière , et auquel ils ont donné le nom d'acide cévadiqiK.

La vératrine est blanche, pulvérulente, très acre, inodore, peu soluble dans l'eau froide , un peu plus soluble dans l'eau bouillante , très soluble dans l'alcool , moins dans l'éther. Soumise \\ l'action de la chaleur à une température de 5o°, elle est fusible ; soumise à la distillation dans une cornue de verre placée à feu nu , elle se boui'soufle , se décompose , eu donnant de l'eau , de l'huile , de l'ammoniaque, enfin les produits qu'on obtient des végétaux azotés. Combinée aux acides, la vératrine les neutralise lorsqu'elle est en excès et dans une

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liqueur concentrée; mais si l'on ajoute de l'eau sur ces sels, ils présentent aussitôt des traces d'aciditu. Le sulfate est le seul qui offre des traces de cristallisation ; les autres ont une apparence gonimo-jjélatineuse.

Pour obtenir la vératrine, on agit de la manière suivante. On fait une forte décoction de cévadille ; on la passe à travers une toile. Lorsqu'elle est passée ^ on y verse de la solution d'acétate de plomb, continuant d'en ajouter jusqu'à ce qu'elle ne produise plus de précipité ; on recueille le précipité sur un filtre , on le lave avec un peu d'eau ; on traite ensuite par l'acide hydro-sulfurique le liquide d'où le précipité a été séparé , et dans lequel se trouve la vératrine combinée à de l'acide acétique et à de l'acétate de plomb. Cet acide décomoose le sel de plomb , en précipite le métal à l'état de sulfure. On recueille le sulfure sur un filtre , on fait bouillir la liqueur pour chasser l'excès d'hydrogène sulfuré; on y ajoute ensuite de la magnésie caustique et l'on fait bouillir. La magnésie s'empare de l'acide acétique, qui abandonne la vératrine, avec laquelle il était combiné. Cette substance mise à nu , se précipite , mêlée à un excès de magnésie. On recueille le précipité sur un filtre ; on le lave à l'eau froide ; puis on le traite, lorsqu'il est sec, par de l'alcool bouillant. Ce véhicule dissout la vératrine , qui se dépose par refroidissement et par évapora tiou.

La vératrine est un médicament très énergique, qui doit être délivré avec les plus grandes précautions et sur l'ordonnance de médecins bien connus : elle est employée en Médecine. Les préparations de vératrine sont les suivantes.

Alcool de vératrine.

Vératrine, ^ décigrammes (4 grains) ; alcool, 32 grammes (i once). On fait dissoudre. Cette solution se donne à la dose de 10 à 25 gouttes dans une tasse de tisane. C'est particulièrement contre l'hydropisie et l'anasarque. A l'extérieur, on la fait servir en frictions contre la goutte.

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