‹ Manuel du speculateur à la BourseChapitre 195 sur 210 · IV. SOCIÉTÉS D'ÉCHANGE · texte numérisé non relu

IV. SOCIÉTÉS D'ÉCHANGE

Celles-ci ont pris la chose de plus haut; et si ce n'est encore dans l'exécution, du moins quant à l'idée, elles ont, à notre avis, louché le but. Les services qu'un vaste système de crédit, circulation et escompte, e?t appelé à rendre consistent moins dans la réduction des frais de commission que dans la création du débouché lui-même et la destruction des organes parasites qui l'obstruent.

En dernier analyse, que le commerce se fasse avec du numéraire ou avec du papier, le travail se paye par du travail. Tout individu muni d'un état est donc solvable. Cependant les tailleurs n'ont point de chaussures, ni les cordonniers d'habits : d'où vient cela? Évidemment, ce n'est pas faute aux uns et aux autres de savoir produire, pas plus que de vouloir acquérir : le mal n'existe ni dans l'organisation du travail, ni dans l'organisation de la consommation. Il est tout entier dans la difficulté de l'échange.

Sous la pression du besoin et l'inspiration d'une idée si simple sont nés des projets de réforme innombrables, qui tous ont pour but d'organiser entre les producteurs, sans distinction de qualité ni de fortune, l'échange direct, c'està-dire, soit de supprimer dans le commerce l'emploi de la monnaie,- soit au moins de suppléer à l'insuffisance de sa fonction. Nos mains sont pleines de prospectus. Nous nous bornerons à en rapporter les titres :

Réforme monétaire, de M. Mazel, opérant au moyen de bons d'échange;

Comptoir d'échange et de commission , qui doit joindre aux opérations de banque ordinaire les avances sur marchandises, les crédits à découvert sur caution, et l'émission de bons à vue sur les producteurs qui consentiront à les recevoir en échange de leurs produits;

Société générale de crédit prive , qui se propose d'émettre des obligations à long terme;

Monnaie auxiliaire (d'Esclée et Cie) ;

Banque de compensation, qui propose de faire le commerce à l'aide des comptes courants ;

Banque d'écliange de Paris (M. Lachâtre); Banque communale d'Arbanalz, du môme ;

Comptoir général d'escompte (Chartron et Cie), à Lyon;

Monétisation universelle, Lerouge et Cie, rue des Fossésdu-Temple, 34.

Toutes ces conceptions sont hautement compréhensives (1); elles n'ont rien de ce particularisme, de cet esprit fantaisiste et exclusif qui deshonora les inspirations populaires de 1848. Elles sont universelles, synthétiques et fécondes, comme leur principe, l'échange. Devant l'échange, plus de classes, plus d'acception de personnes, tous sont égaux : l'égalité est l'essence de l'échange. Avec lui, le parasitisme devient impossible. Pour anéantir le privilège, il suffit de demander au privilégié : Qu'apportez-vous à l'échange? où est le produit, le service, la valeur, en retour de quoi vous réclamez une pension, une sinécure?...

Nous ne pouvons pas dire qu'aucune de ces institutions fonctionne : en matière de crédit, d'échange, d'escompte, il n'y a que deux bases d'opération, hors desquelles pas d'affaires : le numéraire, ou le concours des volontés, deux choses aussi difficiles à réunir Tune que l'autre.

Mais il est clair que ce que tout le monde a conçu, et que nul en particulier ne peut exécuter, tout le monde le peut faire, de môme que tout le monde a fait la Banque de France, le Crédit mobilier, le Chemin de fer. Il ne s'agit pour cela que d'une simple manifestation de l'opinion. Que lé pouvoir en prenne l'initiative, et le pays applaudira. C'est le cas de répéter le refrain de la ballade : Oserai-je? — Ose.

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