‹ Manuel du speculateur à la BourseChapitre 2 sur 210 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

1. Des différentes formes de la Production, et en particulier

de la Spéculation.

La production des richesses peut se ramener à quatre principes généraux, qui, bien que semblables dans leur source, l'activité humaine, se distinguent nettement les uns des autres quant à la forme.

1° Le travail. — On entend communément par ce mot la façon donnée par la main de l'homme à la matière. Ainsi, le labour de la terre, la taille des pierres, l'extraction du minerai, la coupe des bois, le creusement des canaux, le percement des puits, l'ensemencement des grains, la greffe des arbres, sont du travail. C'est à ce point de vue, d'ailleurs restreint, qu'il est passé en usage de désigner spécialement, sous le nom de classe travailleuse, la masse des fabricants, artisans, laboureurs, vignerons, journaliers, tous ceux enfin qui mettent, comme on dit, la main à l'œuvre.

2° Le Capital. — On définit le capital : du travail accu*^ tnulé. Ce qui ramène cette catégorie à la précédente, et revient à dire que la production du capital n'est autre que celle du travail môme.

Ainsi, le forgeron emploie, dans l'exercice de sa profession,

du fer brut, de la houille, deâ outils : c'est, avec l'argent qui lui sert de fonds de roulement, son capital. Sa main-d'œuvre, la façon nouvelle qu'il donne au fer, c'est son travail proprement dit.

Mais le charbon qu'il brûle, le fer qu'il forge, sont le résultat d'un travail antérieur, semblable au sien. D'un autre côté, les charrues, les essieux, les ferrures de charrettes et de tombereaux qu'il livré à l'agriculteur, deviennent pour ce dernier des instruments de production. En sorte que dans le système général de l'économie, capital et travail se confondent. Ce qui est produit, sortant des mains de l'Un, devient matière première ou capital, entrant dans les mains de l'autre. Les cotons, les laines, produit do colon ou du fermier, seront le capital, ou du moins partie du capital du filateur; les fils, produit de ce:ui-ci, deviendront la matière ouvrable du tisseur; les toiles et les draps, produit de ce dernier, formeront, la matière première des ateliers de confection pour la lingerie et l'habillement.

Donc le capital, c'est la matière sur laquelle et avec laquelle on travaille; le travail proprement dit est la façon nouvelle donnée à cette matière.

Le premier capital est fourni gratuitement à l'homme par la nature. Avec le temps, ce premier capital, transformé par le travail, est presque entièrement approprié, et la prestation en est faite par les détenteurs, qui prennent, pour cette raison, le titre de capitalistes ou propriétaires. Ou nomme crédit (bail, loyer, feimage, amodiation, commandite, etc.} l'acte général par lequel le capital passe des mains du capitaliste ou propriétaire à celles du travailleur ou industriel.

3° Le Commerce. — La prestation des capitaux, pour tout ce qui est en dehors de l'exploitation du sol, suppose le transport ou la circulation des produits. Ce transport est à juste litre considéré comme une nouvelle forme de la production.

Par exemple, le navigateur qui amène dans nos ports les denrées des tropiques livre, il est vrai, sa cargaison de thés, de cotons, de sucres, d'indigos, de cafés, de bois de teinture, telle qu'il l'a reçue ; les mariniers, les compagnies de che-

tninsdè fer, qui transportent ces marchandises dans Tintërieur du pays; les messagers qui les font arriver jusque dans les moindres villages, n'ajoutent rien, comme f.içon, aux produits qu'ils voiturent. Ils n'en sont pas moins producteurs : ils amènent d'un lieu où il y a surabondance dans d'au 1res où il y a disette des marchandises qui, sans ce déplacement, resteraiènt non-valeurs. En effet, la production, dana le sens économique du mot, n'est pas une création de matière; c'est une création d'utilité : et toui ce qui ajoute de l'utilité à la matière, soit en la façonnant, soit en la livrant, soit en la déplaçant, est véritablement productif.

Si le vbiturier qui fait le transport des produits peut et doit être dit légitimement producteur, le commet çant qui les emmagasine, à ses risques et périls, et les tient à la disposition du consommateur, l est également. Il est impossible d'abord que chaque particulier aille s approvisionner à la source de tout ce qu'il consomme. Dans les cas mômes où cette impossibilité n'existe pas, il en résulterait pour lui des voyages et pertes de temps d'une importance bien supérieure au bénéfice dont il fait jouir le marchand. S'il est des industries où l'ouvrier peut traiter directement avec le consommateur, et vice versci, comme la menuiserie, l'ébéiiistcric, la cordonnerie, le charronnage, le nombre en est très-res- Ireint. Et ctieore faut-il que les marchés de ce genre portent sur une valeur d'une ceriainc importance : le cloulier, par exemple, qui serait obligé de quitter su forge pour aller vendre sur des marchés éloignés quelques kilogrammes de clous, eût-il pour lui te bénétice du quincaillier, ne trouverait certainement pas au bout de la journée ce qu'il gagne & son -enclume quand il ne se dérange pas.

Ainsi, non-seulement le travailleur .produit, non-seulement l'industriel qui engage son activité et sa fortune dans une entreprise où il fait travailler d'autres ouvriers produit, mais le capitaliste, qui fournil un fonds de roulement et des instruments à cette entreprise, et rend possible la nouvelle façon donnée à la matière par les travailleurs, contribue à la production; le banquier, en contrôlant la solvabilité des commerçants et des fabricants et en donnant, par sa signa-

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ture, la circulation à des billets qui sans lui resteraient en . portefeuille, produit encore.

Main-d'œuvre, transports, commerce, entreprises, prêts ou commandites, opérations de change et d'escompte, sont autant de formes diverses du môme fait économique, la

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