‹ Manuel du tapissier, décorateur, et marchand de meublesChapitre 23 sur 47 · SR A ES · texte numérisé non relu

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dissement de la matière. Lorsqu'elle est versée on l’étend sur cette table au moyen d'un rouleau de fonte de 5 pieds de long sur 12 de diamètre, que l'on fait glisser à plusieurs reprises sur des tringles de fer placées à des distances mesurées sur la largeur que doit avoir la glace, et dont les saillies sont proportionnées à l'épaisseur que l'on veut lui donner. Le verre ainsi aplati et j bien uni, est sur-le-champ visité : après avoir coupé les défauts qui peuvent s’y trouver, on le j glisse sur une plaque qui le conduit au four de recuisson , dont, avant, le pavé a été chauffé au même degré que le verre. On met successivement dans ce four sept autres glaces, et on en étouffe la chaleur en le fermant hermétiquement.: | il lui faut quinze jours à peu près pour son évaporation , parce qu'on n'y introduit l'air que par petits degrés.

Chaque coulage exige 15 à 18 heures; il produit ordinairement dix-huit glaces de différentes dimensions.

La parfaite recuisson est une des opérations les plus importantes pour la qualité des glaces, car elle décide l’unité des surfaces et donne la : À facilité de couper le verre; une recuisson faite ; par un trop fort degré de chaleur amollit la glace, 4 expose la surface à être imprégnée des sinuosités |

| du pavé sur lequel elle est posée, fait durcir le il verre et l’expose à se rompre.

Après la recuisson , les glaces sont glissées sur une table couverte de sable fin et bien dressé; on | les examine de nouveau, on en imprime les dé-

fautss’ily a possibilité etonles équarrit; dans le cas contraire, elles sont brisées et mises aux cassons. Le but de l’équarrissage est de mettre la glace d'équerre en en coupant la tête restée lors de sa mise dans la carquaise, ainsi que les deux bandes formées le long des tringles par l'aplatissement de la matière.

Ainsi se termine le travail, et les volumes, très inégaux dans leur surface, et portant 6 à 7 lignes d'épaisseur, sontenvoyés à la manufacture des glaces à Paris, pour y subir les diverses opérations dont nous allons parler, et qui les | conduisent à leur perfection.

4 Apprêt ou polissage des glaces.

15 Les glaces, à leur arrivée à Paris, sont soumises dans la manufacture même aux opéra- 44 tions suivantes , qui doivent unir les surfaces et : par suite leur donner le poli; quelquefois cette manufacture en distribue, à cet effet, soit à Bicêtre, où le travail se fait à bras ; soit à Chauny, où c’est par le moyen d'une usine.

De l'Adoucti et du Pique.

Avant de commencer l'opération de l'adouci, on fait un scellement bien égal en plâtre très clair sur la table où l'on doit poser la glace , et on appuie fermement dessus lors de son glissement, afin qu'elle porte partout et qu’elle soit bien de niveau; ainsi arrêtée, on la frotte de la manière suivante :

On introduit entre deux glaces du grès humecté d’eau, c'est-à-dire entre celle que l’on veut polir et une autre de petit volume, qui est déjà dégrossie et qui sert de dessus. Ce dessus, mu par un homme , est doublé d’une pierre très mince où se trouve fixée une molette, qui, par son frottement, dégrossit la surface; ensuite, pour finir l’adouci et dresser la glace dans toutes les parties, on substitue au dessus dont nous venons de parler , une glace aussi dégrossie, d’un plus grand volume que la première, et on emploie le moellon de charge qui est semblable à la molette, mais d'une plus grande dimension.

Ainsi, par l’action du dessus sur la première, deux glaces se trouvent adoucies à la fois ; un côté étant terminé, on recommence le même procédé pour l’autre. Lorsqu'il s’agit de grands volumes, on scelle le dessus sur un banc monté

un seul homme.

mecté d’eau.

d’une roue, et alors il faut deux hommes pour le mouvoir, ce qui imprime au dessus le même mouvement de rotation que la molette mue par

Après l’adouci vient le piqué; son opération est en tout la même que pour le premier , si ce n’est qu'au lieu de sable, on emploie l’émeri dans cinq qualités différentes , et toujours hu-

Du Pol.

Avant de procéder au poli, on vérifie si l’adouci a bien atteint toutes les parties de la glace; s’il se trouve qu'elles ne l’aient pas été, on les remarque avec du rouge, dont on saupoudre Île sable , et on commence par les adoucir : cela fait, on scelle la glace sur un banc de pierre , et on procède au poli de la manière suivante :

Une potée, qui est le résidu de la distillation de l'acide vitriolique mis en fusion, dans de l’eau froide que l’on brasse et que l’on passe à plusieurs tamis , est déposée dans une chaudière : pour lui donner du mordant, on y ajoute quelques parties de sel marin et de vitriol ; alors la chaleur fait évaporer de la potée l’eau superflue et la réduit en uné espèce de pâte ; ensuite on la faconne en pelotes dont on graisse au polissoir monté de deux poignées de bois et garni par-

DU TAPISSIER. 219 dessus de lisière ou autre étoffe de laine, que de temps en temps on humecte d’eau de mare :

dans cet état, on fait passer ce polissoir, en croisant partie par partie, sur la surface du verre jusqu’à ce que le poli en soit très égal. La même opération a lieu pour l’autre face; mais on rougit le plâtre avec de l’eau de potée pour ménager le poli de la première glace, apercevoir plus facilement les défauts qui pourraient s’y trouver et diminuer aussi la trop grande réflexion de lumière. On descelle ensuite la glace pour en nettoyer les surfaces : à cet effet, on la glisse sur une table tendue d’un tapis noir ou gros bleu, exposé sous un jour modéré qui tombe obliquement, et on examine avec soin tous les défauts du poli. Lorsqu'il s’en trouve, et qu'il est possible de les effacer, on le fait avec une petite molette en bois que l'on graisse de potée et un morceau de glace polie qui est scellé sur une pierre noire aussi enduite de la même matière.

Là finit entièrement le travail de la glace , et elle est déposée au magasin pour être livrée au commerce.

De l'Fiamage.

Ce travail, qui consiste à couvrir d’étain la surface des volumes, est, comme nous l'avons dit précédemment, du ressort des miroitiers ; il se

fait aussi quelquefois à la manufacture de Paris, surtout lorsque les glaces sont destinées au commerce des départemens.

L'étain est un amalgame de mercure et de bismuth. Le premier dissout l’autre, et en fait une espèce de pâte plus susceptible de s’attacher que ne le serait l’étain pur ; le parfait contact qui résulte du poli de la glace achève l’adhérence de ce métal. Il faut aussi saisir le juste degré , afin que le mercure n'ait pas le temps d'opérer la dissolution complète de l’étain ; autrement il ne pourrait se fixer sur la glace.

Deux hommes à Paris possèdent seuls le secret de former des feuilles de toutes grandeurs pour l'étamage des glaces ; l’un est attaché à la manufacture , l’autre fournit les miroitiers. Ce dernier a été pendant long-temps le seul ici qui eût le secret, et, comme à présent, on n’en connaissait d’autres qu'en Allemagne.

L'étamage s'opère de la manière suivante. On étend soigneusement la feuille d’étain, qui doit être d’une seule pièce, disposée sans aucun pli et de la même dimension que la glace, sur une grande table de pierre parfaitement unie , posée et dressée de niveau, et évidée de gouttières sur ses trois faces pour l'écoulement du mercure; après en avoir répandu une petite quantité sur cette feuille, on l’avive avec un rouleau de li-

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sières , afin d'accélérer l'amalgame ; après cela, on verse sur la feuille autant de mercure qu'elle en peut contenir , et on Y glisse le volume en observant de le tenir bien horizontalement parce qu'il fait fuir devant lui et sur ses côtés la plus forte partie de ce demi-métal.

Dès que la glace occupe la surface entière de la feuille , on la couvre de flanelle et on la charge de plomb ou de pierre, pour tont à la fois aider le contact du poli avec la feuille et empêcher la glace de glisser par l'effet de l'écoulement du mercure superflu ; on donne à celui-ci une direction dans les gouttières en inclinant la table degré par degré pendant l'espace de 24 heures. Ce temps expiré, on relève la glace avec beaucoup de précaution et on la dépose sur des égouttoirs ou planches que l’on incline d’abord, et que l'on redresse ensuite par degrés jusqu’à ce qu’on soit parvenu à donner à la glace une position presque verticale. Ce procédé n’a d'autre but que de faire écouler la matière et de donner toute la fixité possible à l’étain.

Glaces soufflées.

Les substances employées pour les glaces soufflées sont les mêmes que pour celles qui sont

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coulées ; leur préparation est aussi la même, mais leur travail diffère beaucoup : au lieu de les couler sur une table , on les souffle à la canne. Cette opération est en tout semblable à celle par laquelle on obtient le verre de Bohême, c'est-àdire qu'après avoir cueilli le verre du creuset, on fait la paraison de la basse. On souflle les glaces dans un manchon qui leur donne une forme cylindrique. On fend ce manchon et on le passe dans un four pour faire tiédir le verre ; dans un autre pour l’amollir , l’étendre et lui donner la forme de glace : ainsi que pour les glaces coulées, le verre reste au four l'espace de

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12 à 19 jours afin de lui donner la recuisson.

Pour que les glaces soufflées soient parfaites, il

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ne faut pas qu'elles aient au-delà de 45 degrés environ de hauteur sur une largeur proportionnée ; celles qui viennent de nos magasins ne portent pas plus de 30 degrés de hauteur. Ces glaces n’ont jamais la même blancheur que celles qui ont été coulées. Leur épaisseur les fait reconnaître , car elles ne portent que deux lignes et demie au plus, tandis que les autres en ont trois, quatre, et même jusqu à cinq.

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Du prix des glaces, de l'étlamage et de la pose.

Le prix de toutes les glaces non étamées est fixé par un tarif que la manufacture fait imprimer autant de fois qu’elles subissent des augmenta- ! tions. Il n'existe point de différence dans les prix entre les glaces souflées et les glaces coulées qui sont du même volume. |

Le dernier tarif est du mois de prairial de 4 l'an xur; il porte une augmentation de ro pour 100 sur celui quil’avait précédé : c’est le troisième depuis 1791. Le premier augmenta de6 pour 100, le second et Le dernier furent portés à 10, ce qui forme un total de 26 pour 100 depuis quinze années.

Au premier aspect, les bénéfices alloués aux miroitiers paraîtront trop petits, surtout si l’on observe que, depuis l’an vu, ils ont perdu l’avantage de la remise d’un pouce, accordé par la manufacture sur la hauteur et la largeur de chaque volume ; ils paraîtront encore moins forts si l'on considère que lorsqu'ils font l'étamage pour lecompte du tapissier, ce quiarrive très souvent, au lieu de ro pour 100 qui doivent leur revenir et de 15 que demanderait la manufacture, ils ne lui prennent que 6 à 8 pour les grands vo-

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lumes , et que , de plus, ils le font assez souvent jouir des termes qu'ils obtiennent euxmêmes de cet établissement. On pourra croire encore , d’après leurs comptes et le tarif luimême, qu'ils ne peuvent faire aucun bénéfice sur la glace , puisqu'en supposant une fourniture qui aura été réglée à 20,000 fr., le résultat sera 18,40ofr. de matière, etilne restera que 1,600 fr. pour l’étamage, la pose, la fourniture de quelques flanelles , le temps et même la responsabilité si l’on veut. Sans doute ce bénéfice est trop mince, puisqu'ils pourraient prétendre au taux raisonnable de 10 pour 100 pour avance de fonds sur les glaces , ce qui formerait une somme de 3,600 fr.; mais, comme nous l'avons dit, cet aperçu n’est que succinct , etsi l'on y regarde de plus près, on trouvera que, bien loin de FE, 1 est dans cet état des ressources qui ne sont pas vulgairement connues et qui donnent un résultat d'avantages assez considérables. Par exemple, il se fait chaque jour des mutations infinies dans cette partie, parce que la glace est un meuble sur lequel on perd le moins, et dont, en conséquence , on se défait préférablement aux autres : en pareil cas, on ne tient pas compte du tain au vendeur ; on trouve à la glace des défauts qui lui font perdre environ 10 pour 100 et même Jus-

qu'à 20 si c'est un grand volume. En réunissant donc la dépréciation de ro pour le tain, celle pour les défauts supposés, on verra que l’acquéreur-marchand fait sur cela seul un bénéfice de 20 à 25 pour cent, puisqu'il arrive que, peu detemps après, il peut livrer cette même glace comme neuve et sans défauts. Ces circonstances se renouvellent tellement, que sur vingt-cinq glaces il n'y en a pas cinq qui soient fournies par la manufacture. S'agit-il de glaces absolument neuves, la perfection n'est pas ce qu'on cherche le plus, et voici pourquoi. Autrefois les plus légers défauts faisaient rigoureusement prononcer sur elles ; mais aujourd'hui il en faut de très importans pour qu'elles soient brisées ; les rosettes , les bouillons , Les fils et même l’opacité de leur couleur n’empêchent pas de les metire en vente, en en classant les prix proportionnément à leurs défectuosités. Ce nombre de glaces est tel, que, sur cent, on en peut compter au plus cinq qui soient d'une perfection achevée. Dans cet état, il existe des prix basés sur le tarif , et ils ne varient pas moins de 3,5, 10, 20 et 30 pour 100 en dépréciation ; ainsi on trouve, à l'abri de ce tarif, les grands avantages que fait obtenir le choix des qualités inférieures. Voilà , nous pen-

sons , l'énigme assez expliquée. La preuve de ; 8 q

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cette assertion est qu'un miroitier de bonne foi, ce qui se trouve assez fréquemment encore, donnera à choisir au prix du tarif autant de glaces que l’on en voudra, et que, de plus, il se chargera, pour ce prix seulement, de les mettre au tain et de les poser. Si l’on se transporte à la manufacture, on verra aussi que tous les volumes y sont étiquetés pour être vendus à toute personne indistinctement , et qu'il en est qui le sont à 20 et 50 pour 100 au-dessous du tarif, en raison du plus ou moins de défauts qu'ils peuvent avoir.

Pour faire cesser toute incertitude et balancer les intérêts du vendeur avec ceux de l'acquéreur, nous croyons qu'il conviendrait d'accorder pour toutes les glaces neuves indistinctement : glace, étamage et pose, le prix du dernier tarif et5 pour 100 en sus , et le prix du tarif sans augmentation pour toute vieille glace non réétamée ; 10 pour 100 de la valeur de la glace, d’après le tarif, pour l’étamage refait sur un volume quelconque ; 2 ; pour pose ou pour dépose et repose d’anciennes glaces lorsqu'il y en aura plusieurs , au lieu de 5 qu'on alloue sous Île spécieux prétexte de la responsabilité de la casse; cependant il faut observer que s'il s'agissait seulement d'un ou deux petits volumes , il serait juste d’avoir

DU TAPISSIER. 227 égard aux circonstances qui pourraient faire varier le prix de ce travail.

L'opinion que nous venons d'émettre est si peu hasardée, qu’elle nous autorise à croire que

les hommes probes etéclairés qui suivent ce genre

de commerce avoueront eux - mêmes que cette mesure , en Ôtant tout moyen à la fraude, multiplierait les avantages que l'on peut attendre d'une honnête industrie.

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