DES DIVERSES ÉTOFFES POUR COUVRIR ET DÉCORER LES MEUBLES
Aurrerois l’étoffe le plus en usage pour toutes sortes de meubles c'était le damas; il joint à un brillant que les autres étoffes n’ont pas, la solidité des couleurs et l'avantage de pouvoir être neltoyé et retourné. Mais les variations continuelles de la mode ne permettant plus aujourd'hui de faire faire, comme autrefois, des ameublemens qui durent trois ou quatre générations, mais qui aussi devenaient très dispendieux par le prix élevé du damas, il en est résulté qu'on a abandonné cette étoffe pour le satin , dont la perfection en qualité et en dessin ne laisse rien à désirer. Les draps , casimirs et toiles imprimées s'emploient aussi beaucoup pour meubles de deuxième et troisième ordre.
Toute étoffe doit être examinée en l’étendant contre le jour; c'est ainsi seulement que l’on peut reconnaître beaucoup de défauts qui échappent au toucher et au simple examen de la surface du tissu. On remarquera aussi que toutes les étoffes , teintes en ponceau ou en cramoisi, sont plus chères que toutes les autres.
De la soierie en général.
En choisissant les étotfes de soie, il faut soigneusement s'assurer de leur qualité, et ne pas croire que le poids soit la chose principale ; en effet, souvent une étoffe trop forte en soie se coupe , et toujours elle est difficile à travailler , s'opposant par sa roideur à la disposition gracieuse des draperies, remplis, etc.
IL faut essentiellement examiner le titre des organsins , qui doivent être de préférence du Piémont, et s'assurer si l’étoffe est bien frappée, égale et sans défaut.
Les étoffes de Lyon et de Tours, pour lesquelles on emploie le premier choix de matières premières, sont renommées à cause de la beauté du tissage, du bon goût des dessins , et de l'éclat et la vivacité des couleurs.
Les tentures en soie ne sont aujourd'hui employées que pour décorer des appartemens d'apparat et de la plus grande richesse.
Velours.
Les velours de soie, pleins ou ras, ne conviennent que pour meubles, tentures, ou draperies de luxe et d’apparat; leur emploi exige beaucoup de soin dans lgtravail et un goût exercé
pour les bois, ornemens et décorations, qui or-
dinairement sont en or, excepté toutefois pour les couleurs tendres et le noir de deuil, qui exigent une monture et des ornemens en argent. On: s'assure de la bonne qualité des velours en examinant si le tissu est bien fourni et riche en soie , brillant, uni et moelleux au toucher. On n'emploie guère que l'uni ou plein, parce qu'il conserve sa beauté, tandis que le gauffré a beaucoup plus tôt l'air fané et passé. Dans les meubles somptueux on peut employer du velours brodé en or qui fait l'effet le plus magnifique.
Les velours de soie ont tous la largeur de # ou + aune, et les plus beaux se fabriquent à Lyon et à Tours.
Les velours chines ( la trame en est soie de Piémont , la chaîne en soie de France ) sont d’une grande élégance, et offrent une imitation parfaite de la peinture ; mais comme les sujets ne peuvent être faits de toute la grandeur des siéges, on est obligé de les encadrer avec du velours uni, et assorti à l’'ameublement, et alors on couvre la couture avec une baguette brodée en or ou en soie (1). Le prix élevé de ces velours à sujets n'admet leur emploi que pour une pièce d'un appartement de luxe.
(1) Ces velours se fabriquent chez MM. Grégoire
frères, à Paris, rue de Charonne, n° 47.
LISEZ END SE à PRES
Le sujet d’un fauteuil coûte. . . 200 à 250 fr. Idem, d'une chaise. . . . . . . 190 à 180 Idem, d’un tabouret de pied. .. 100 à 140 Idem, d’un sopha.. . . . . . . 600 à 700
Les velours de soie et de coton peints (1) sont également beaux, sans cependant faire l'effet des velours chinés.
Les velours d Utrecht, en fil et poil de chèvre, se fabriquent principalement à Abbeville et à Amiens, larges de # d’aune. On les emploie de préférence pour les siéges et sophas à l'usage ordinaire, parce qu'ils réunissent à une grande 50lidité un prix modéré et une apparence qui flatte ; aussi la consommation en est très con-
sidérable.
Damas.
Les damas de soie sont de plusieurs qualités , savoir : à trois, à deux, et à une couleur sur un fond cannetillé. Les dessins en sont à fleurs, à palmes, à ramages, à rosaces, sur un fond uni ou rayé. On emploie cette étoffe pour les ameublemens beaux et fastueux, ainsi que pour les ten-
tures. La largeur en est de # d’aune, et celle
(1) De la fabrique de M. Vauchelet , rue du Temple, n° 34.
des bandes pour encadrement et plates-bandes de 6, 5 et 1 pouce.
Le damas des Indes et de Chine est tout en soie, et souvent broché d’or et d'argent ; le prix en est très élevé, et les dessins ordinairement baroques suivant les pays où ils ont été été fabriqués, mais la qualité est supérieure à celle de toute autre étoffe de ce genre. — On ne l’emploie presque plus.
Le damas dit lampas est tout en soie et satiné avec mêmes dessins et mêmes largeurs que le damas ordinaire, seulement il est meilleur marché, et flatte davantage la vue par le lustre du satiné. On l'emploie comme l’autre damas.
IL y a aussi du damas en fil et soie; il est, à cause de son prix modéré et par son apparence avantageuse, d'un usage assez général. On en faisait des meubles de toutes espèces.
Le damas dit d’Abbeville est en fil et coton; on ne s'en servait anciennement que pour les tentures et les rideaux de lit de deuxième et troisième ordre et de domestiques.
Celui dit de Caux, tout en fil, n’est bon que pour confectionner des meubles communs et décorer des appartemens extrêmement simples ; on s'en servait beaucoup jadis pour la campagne. Ces trois derniers genres de damas sont dépuis.
MANUEL long-temps remplacés par des toiles imprimées , draps et velours d'Utrecht.
Satin.
On en trouve de toutes forces et de toutes qualités. Sa largeur est ordinairement d’une demiaune; le beau et fort satin uni, à dessins ou à rosaces, est employé en place du damas pour les beaux ameublemens , surtout pour siéges , sophas, tentures, etc. On se sert du satin léger
pour doubler le velours.
Moire, Siamoise, Camelot.
Ces étoffes , soit en soie, soit en fil et soie ou en laine, étaient autrefois beaucoup employées pour les meubles, rideaux , etc, de toutes espèces; mais elles sont maintenant abandonnées, et on leur préfère les étoifes de soie, les draps, et surtout les toiles peintes.
Cannetillé double chaîne.
La lirgeur de cette étoffe est de + aune. On s'en sert principalement pour couvrir des siéges , mais aussi quelquefois pour des tentures , des. courtepointes et des draperies.
Gourgouran.
Cette étoffe de soie, d'un très gros grain, est
DU TAPISSIER. or
presque exclusivement employée pour couvrir des siéges. Sa largeur est de 4 aune.
Quinze-Seize.
C'est un taffetas très fort qui n'a cependant pas la roideur du gros de Tours; il prend son nom de sa largeur, qui est de 5 d'aune. On l'emploie principalement pour les rideaux et autres tentures plissées, ainsi que pour les draperies de petite étendue.
Tafjetas.
Il est plus fort que la marceline ; sa largeur est de Z aune. On en fait, à défaut de quinzeseize, des rideaux, des tentures plissées et des draperies.
Marceline.
Elle est large £ aune, et très légère; on s'en sert pour doublure de draperies , derrières de chaises , taies d'édredon , écrans plissés , etc.
Florence.
Comme la mareeline, cette étoffe légère s’emploie pour doublure de draperies, entoilage de chaises , écrans plissés, housses, écharpes de lustres, etc.
gg EE TE FÊTE
MANUEL, Levantine.
Large de aune. Elle est rarement emplovée 5 p'oy pour les meubles, à moins que ce ne soit pour de petits objets, tels que rideaux de berceaux
P Jets q , couvre-pieds , etc.
Gros de Naples.
Étoffe forte dont on ne se sert que rarement pour meubles, rideaux, etc., parce qu’en résultat, à cause de son peu de largeur qui n’est que d’une demi-aune , elle revient aussi cher que le gros de Tours , sans avoir ni sa force ni sa durée.
Taffetas transparens ( dits diaphanes ).
C'est un taffetas fort blanc vernissé, sur lequel on peint ou applique, au moyen de l'impression avec des formes gravées , différens tableaux ou ornemens en couleurs. On s’en sert pour stores et écrans.
Draps imprimées et gauffres.
Depuis une vingtaine d'années on emploie beaucoup ces étoffes pour couvrir les siéges, sophas, etc. Le casimir est fréquemment employé pour les meubles élégans. Ces étoffes encadrées avec un galon assorti font un très bel effet, et ont l'avantage d'être d’une grande solidité. Les
vers seuls sont à redouter quand on ne soigne pas les meubles, et au chapitre VII nous indiquons le moyen de les éloigner.
Draps pour billards.
Ce drap est vert, et d’une largeur particulière à cet usage (de 7 d’aune). La meilleure qualité en est fabriquée à Elbeuf; son prix est de 40 à 65 fr. l’aune. Le drap de Louviers est trop fin, et celui de Berri ne l’est pas assez.
E'ioffes en tapisserie.
On n emploie ces étoffes que pour des siéges et sophas ; leur force et leur peu de souplesse les rendant peu propres à être employées pour tentures et encore moins pour draperies. On nes'en sert actuellement que pour des meubles de fantaisie, ou pour varier les ameublemens quand on à à garnir un appartement composé d’un grand nombre de pièces.
La tapisserie veloutée de laine, des Gobelins et de la Savonnerie , occupe le premier rang ; mais comme elle n'est pas un article de commerce, elle n’est employée que pour les maisons royales, ou chez quelques grands seigneurs qui l'ont recue de la munificence du Roi.
Les tapisseries de Beauvais imitent parfaitement celles de la Savonnerie , aussi la première
MANUET;
qualité en est très chère et ne s'emploie que pour les beaux meubles,
L’étoffe nécessaire pour un so-
Ja, CON. Le nan sh 300 à 450 fr.
Idem, un fauteuil. . . . . . . 130 à 160 Idem, une chaise. . . . . . . r00 à 140 eme? Ga écran..." . . : 160 à 200
et les autres abjets en proportion.
La tapisserie d’ Aubusson imite également très bien celle des Gobelins et de la Savonnerie, et elle n’est pas aussi chère que l’imitation de Beau-
vais.
L'étoffe pour ‘un sopha, coûte. 150 à 160 fr. Fdem, un fauteuil. : . :*. «90 à 0 Idem, une chaise. . . .: . : -25à 3o Idem , un écran. . . . #20 ù 70
La fabrique de M. Sandrin , à Paris (1), fournit aussi des étoffes d'un bel effet, qui réunissent aux avantages des autres produits de ce genre, des prix beaucoup plus modérés.
La tapisserie faite à la main, en laine ou en soie, sur du canevas, n'est guère employée que pour couvrir des tabourets de pied ou des chaises. Ce travail, qui est très long et souvent fait par les dames comme amusement de mode,
(1) Rue Saint-Sabin , n° 74, faubourg Saint-Antoine.
n’est point un article de commerce , mais il est ordinairement fourni au tapissier par les bourgeois mêmes pour être employé suivant leur goût et indication; rarement on en voit pour un ameublement de plus de six chaises et un sopha. — Le tapissier doit avoir soin que les bois soient bien assorlis aux couleurs de la tapisserie.
Etoffe de crin.
Elle ne sert qu'à couvrir les siéges de salles à manger , bureaux, antichambres et les meubles de maisons de campagne. On en fait avec toutes espèces de dessins, mais elle a l'inconvénieñt de faire des siéges peu commodes, parce qu'on glisse toujours quand on est assis dessus ; en outre, les petits bouts de crin s’accrochent aux étoffes des robes. La largeur en est très diverse, la plus étroite a 19 pouces, et coûte 4 fr. 5o c. à 5 fr. l’aune ; au-dessus de cette largeur, jusqu'à 26 pouces , le prix augmente de 50 c. par pouce, et au-delà il augmente de un franc par aune.
Maroquin et Pasane.
Le maroquin , étant très tendre et mince, se fane très vite et s’use promptement aux coins et aux plis; mais la basane, dont la préparation est portée à un très haut degré de perfectionnement, le remplace avec d'autant plus d'avantage, qu’elle
est tout aussi brillante et beaucoup plus solide; aussi s'en sert-on de préférence pour les siéges de salles à manger, cabinets de travail , bureaux, etc.
Mousseline unie, brodée, ou brochee.
La mousseline des Indes n’est guère employée pour les rideaux et draperies que dans les appartemens du plus grand luxe ; car, outre son prix excessif, elle est trop fine et trop flasque, et conséquemment peu propre pour ces décorations. On se sert habituellement des mousselines suisses et dé celles qui sont fabriquées en France : elles unissent une grande finesse à une grande solidité, ont l'avantage d'être d'un prix modique, et sont surtout très faciles à draper à cause de leur souplesse, qui n’est pas dépourvue de consistance. Quand on les emploie pour tentures dans les boudoirs, salles de bains ou cabinets de toilette, il faut toujours placer en dessous un fond de soie de couleur ou de satin blanc. — Ces mousselines se vendent par pièce de 8 aunes, et portent toutes la largeur de À d’aune.
Percale.
Elle est d’un tissu semblable à celui du calicot, mais d’un fil plus fin et d’un travail plus soigné;
il y en a qui sont faconnées et brochées, dont
l'effet est charmant. On s’en sert souvent pour rideaux en place de la mousseline, dont elle surpasse la solidité. La largeur en est entre + et à d'aune.
Calicot.
Il y en a de toutes les qualités et de toutes les largeurs ; celles pour meubles sont ordinairement entre + et d'aune. On en fait des rideaux de toutes espèces , des couvre-pieds ,» Courtepointes, housses, etc. — Depuis la paix de 1814, la diminution du prix des cotons a tellement multiplié la fabrication de toutes les sortes de tissus blancs , que la modicité de leur prix et leur élégance sont cause que l'emploi des soieries pour rideaux et draperies a considérablement diminué, surtout pour les ameublemens d'été.
Toiles peintes ou imprimées.
On varie à l'infini les diverses qualités, couleurs , dessins , largeurs de ces toiles, qui toutes sont de coton; l'industrie des fabricans en a porté leur perfection au point qu’elles remplacent dans une multitude d'occasions les étoffes en soie.
Nankin.
Cette étoffe n’est qu'un calicot écru qui est fabriqué en Chine et aux Indes orientales. Il ne
s'emploie guère que pour des housses ou des siéges d'été, et dans l’ameublement de petites pièces comme cabinets, salles de bains, etc. Sa largeur n'est que de 11 à 15 pouces; il y en a aussi de double largeur. On en fait en France de mauvaises imitations teintes, dont la couleur passe au premier blanchissage, même quelquefois à l’air.
Toiles.
S'il fallait faire un article pour chacune des espèces de toiles, ce serait une réunion de répétitions sans aucune utilité; nous nous bornons donc à une simple nomenclature qui ne renferme que celles qui entrent nécessairement dans la confection des meubles, draperies et ornemens.
Bazin; on en fait en coton et en fil; large de = d'aune.
Coutil ; il y ena en coton, en fil, et en fil et coton ; on en fait du blanc et du rayé. La largeur varie entre * et $ d'aune.
Futaine ; on la fait en laine comme en coton, grattée et non grattée; large de * d’aune.
Treillis; en fil écru; large de $ jusquà + d’aune.
Toile d'Alencon ; en fil, large de ;{ d’aune.
Toile Dauphine ; idem , large de 5 d'aune.
‘DU TAPFISSIEE
Toile Laval ; idem , Varge de à d'’aune.
Toile pour matelas à — on en fait en coton et en fil ; large de + d’aune
+læ
Toile Mamers; en fil commun; large de d’aune.
Toile Saint-George ; il y ena en fil et en coton; large de — d’aune.
Toile d'embourrure ; en fil et très liche. Sx largeur varie entire 26 et 36 pouces.
Passementerie.
Un ameublement dépourvu des bordures et autres ornemens que fournit la gere laisserait, par son peu d'effet, trop : à désirer pour que l'on ne sente pas la néce ms d'en orner les étoiffes avec rs on confectionne les meubles et les rideaux. On a en conséquence varié à l'infini la forme et la lité des ouvrages de passementerie , et il serait impossible d'indiquer toutes Les sortes de galons, de franges, etc., qui se fabriquent suivant Se disposition des ocalités et d’ pue le goût de chacun. Il y a des franges en or à 1000 fr. l’aune , comme ilyen a en coton à 20 sous, et il enest de même des autres ouvrages. Ne pouvant donc entrer dans tous les détails de cette partie, qui seuls formeraient un volume, nous nous bornerons aux indications générales , qui seront suflisantes pour faire con-
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naître la qualité des différens articles de passementerie.
La frange en or fin de Paris, sans mélange, haute de six pouces , garnie de torsades et pièces satinées au passé , facon de broderie, coûte environ 600 fr. l’aune ; mais on serait dans l’erreur si l’on pensait que le prix d’une frange de 7 poucés ne dût s'augmenter que d’un sixième, car plus une frange a de hauteur, plus elle doit être fournie , et conséquemment son prix augmente dans une proportion plus forte qu’elle n’augmente, et vice versä ; il en est de même pour les galons, etc. —On peut regarder comme base générale, que les ouvrages en or fin doivent être calculés sur le prix de 12 à 14 fr. Fonce, avec torsade en matière pure, y compris la facon et le bénéfice.
Les ouvrages en or demi-fin de 48 (ou fauxdoré à trois couches) coûtent moitié de ceux en or fin , car la facon est la même. Il y a aussi du doré deux fois et du doré une fois, et enfin du faux.
On fait aussi du faux-doré en feuilles, avec lequel on établit des galons qui se vendent souvent dans les boutiques pour du fin, et il faut une grande habitude pour reconnaître ces différentes qualités.
Le galon faux, dit galon à clouer ou à deux