‹ Manuel du touriste photographeChapitre 72 sur 160 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE QUATRIÈME

Dès que l’on a mis aupoint, on peut, avec l’autre corps qui représente en somme une chambre noire complète, reproduire la vue. Cet autre corps porte en effet l’objectif muni d’un obturateur que l’on meut à la main, ce qui demanderait à être amélioré; puis en arrière une rainure dans laquelle est engagé un châssis à rideau contenant une plaque sensible; l’obturateur une fois fermé, le rideau est ouvert. On met au point avec la limette auxiliaire, et la main libre pousse l’obturateur, qui passe, suivant qu’on le désire, plus ou moins vivement devant l’objectif.

Nous pensons que les châssis de cet ingénieux appareil gagneraient à être amincis, car ils ont une épaisseur telle que pour douze plaques on est condamné à transporter un cube rectangulaire d’une dimension d’environ 6cm ou 7cm ou carré sur une longueur de 24cm, ce qui, à notre avis, pourrait être réduit à 36mm au plus.

Il est des cas où une jumelle photographique peut rendre des services exceptionnels, surtout lorsqu’on veut photographier sans être remarqué. Pour des applications de cette nature, la jumelle en question peut être très utile, mais en améliorant un peu les détails, soit surtout les châssis, l’obturateur rapide qui devrait fonctionner à l’aide d’un ressort, et aussi le procédé de mise au point qu’il faudrait pouvoir régler suivant la vue de chacun, à l’aide d’une loupe mobile.

Quant à la jumelle, elle constitue un poids indivisible assez fort encore pour qu’il soit malaisé d’en faire une sorte de vade-mecum permanent. Le mieux est donc, quand on voudra en user, de la mettre dans un étui porté en sautoir, ainsi qu’on le fait avec les jumelles de courses. Les plaques sensibles qu’elle permet d’impressionner ont 5 x 5. On procède à l’agrandissement de ces petits négatifs ainsi qu’il est dit plus loin.

IL Photorevolver Enjalbert. — Rien de plus ingénieux que l’appareil photographique dont nous donnons ici le dessin et la description sommaire.

La fig. 38 représente très exactement cet appareil au quart de ses dimensions.

On dirait vraiment, à le voir, que c’est là un instrument des plus meurtriers, car rien n’a été négligé de ce qui pourrait lui donner une ressemblance exacte avec un véritable pistolet-revolver.

Est-ce un bien, est-ce un mal, c’est ce que nous n’avons pas à rechercher, bien qu’à parler franchement nous lui désirerions une forme moins effrayante. M. Enjalbert qui, certes, n’en est pas à son coup d’essai en matière d’ingéniosité, nous dira peut-être avec raison que la forme de son photorevolver lui était imposée par la nature même des services qu’il doit rendre.

Il est incontestable qu’on doit en user absolument comme on le fait d’un pistolet-revolver, et, à ce point de vue, l’on ne pouvait réellement faire

CHAPITRE QUATRIÈME, mieux. Quanta l’aspect offensif, il serait, pensonsnous, facile à supprimer, en recouvrant le tout d’une sorte de fourreau en étoffe, qui dissimulerait le pistolet sans gêner en rien la personne appelée à s’en servir et sans cacher les mires. La prudence

Fig. 38.

exige qu’on prenne cette précaution, si l’on ne veut courir le risque d’être pris pour un assassin chaque fois que, très innocemment, on voudra faire une simple reproduction photographique, créer un négatif, au lieu de détruire une vie humaine.

Cette réserve faite, décrivons en quelques mots ce charmant instrument. L’objectif est dans l’inté-

rieur du canon. Le barillet A contient deux cases semblables, dont une contient 10 plaques sensibles; chaque plaque sensible, de 0n,,09 de côté, est engagée dans un petit châssis métallique qui permet de régulariser leurs dimensions. A mesure que l’on fait tourner le barillet à l’aide de la gâchette, une plaque vient s’engager, dans une place qui lui est réservée, au foyer de l’objectif; puis l’obturateur découvre et recouvre cette plaque, qui, cela fait, abandonne sa position pour passer par dessous et pénétrer dans la deuxième case, où elle sera successivement refoulée par l’arrivée de chaque nouvelle plaque impressionnée.

Une coulisse à rainures en B permet de démon telle barillet et de le charger puis de le décharger, la série des dix plaquettes étant usée.

L’amateur n’a, pour se servir de ce photorevolver, qu’à presser du doigt sur la gâchette en visant l’objet ou la vue à reproduire; il fait ainsi successivement, ou à tels intervalles qu’il lui convient, de petites vues, très petites, puisqu’elles n’ont en tout qu’une surface maxima de 0m,04. Aussi M. Enjalbert a-t-il cru pratique d’adjoindre à son ingénieux photorevolver un appareil d’agrandissement dont la fig. 39 indique la disposition.

L’objectif du photorevolver est placé dans le tube Y ; le négatif est mis à l’intérieur du grand cylindre qui porte un condenseur de lumière R, et le tout est posé par la rondelle VV' sur la plan-

CHAPITRE QUATRIÈME, chette d’une chambre noire. L’image est mise au point comme d’habitude sur la plaque dépolie de la chambre et reproduite ensuite sur papier ou verre recouvert d’une couche sensible ; une crémaillère S permet de faire varier la distance du négatif par rapport à l’objectif.

La grande ouverture de l’objectif par rapport à sa

Fig. 3!).

distance focale, qui est très courte, permet d’opérer avec une instantanéité très grande; cet instrument n’implique donc pas l’emploi d’un pied : il ne sert que pour des instantanéités, pour croquis, vu son poids indivisible et relativement si élevé, qu’on doit le porter dans un étui, ainsi que nous l’avons dit de la jumelle photographique, et à l’aide d’une courroie passée en sautoir.

III. En-cas photographique Léon Vidal. — Parmi les divers appareils photographiques que nous avons décrits jusqu’ici, il n’est guère que Ici jumelle photographique de MM. Germeuil-Bonnaud et Loiseau, et le photorevolver de M. Enjalbert, que l’on puisse considérer comme étant des appareils très portatifs.

La jumelle photographique et le photorevolver présentent toutefois un inconvénient : c’est leur poids indivisible qui oblige à les mettre dans un étui porté en sautoir plutôt que dans la poche.

La jumelle, de môme que le photorevolver, ne peut guère servir que pour des instantanéités -, il faut donc, pour en user, opérer avec une belle lumière.

Ces deux appareils sont d’un emploi qui peut avoir des avantages, mais ils ne sauraient répondre à tous les besoins d’un artiste ou d’un savant voulant, tout en usant d’un appareil de dimensions très réduites, en tirer tous le parti possible, c’està-dire travailler par tous les temps, faire des vues instantanées, la chambre noire étant tenue à la main, ou bien poser durant un temps plus ou moins long, l’appareil étant porté par un pied.

L’en-cas photographique de poche dont nous avons créé le modèle, fort bien transformé en outil sérieux et pratique par M. Français, n’a aucune prétention à être une chose nouvelle dans son ensemble; mais, quanta ses détails et accessoires,

CHAPITRE QUATRIÈME, ils ont été appropriés à l’œuvre qu’on devait produire avec. un outil de dimensions aussi réduites.

Avant tout, il fallait en faire un vade-mecum vraiment digne de ce nom, tout en lui donnant des dimensions susceptibles de produire un premier type aussi grand que possible.

Nous nous sommes arrêté au format de plaque 6x7, qui permet de faire des clichés dont la contre-épreuve directe ou positive peut être directement projetée à l’aide des lanternes à projections courantes, telles que celle qui va être indiquée plus loin.

L’épreuve positive d’un négatif 6x7 tirée sur papier est déjà assez lisible, sans qu’il soit absolument nécessaire d’en faire un agrandissement.

La chambre noire TT, que représente le dessin ci-après (fîg. 40), est établie comme le sont toutes les chambres noires à soufflet : une fois le soufflet serré et la queue G repliée, on a une boîte carrée de 0m, 10 environ de longueur, large de 0m,08à 0m,09 et haute de 0m ,03, le tout pesant seulement 280sr environ.

Cette boîte, enfermée dans un étui en peau souple, se met aisément dans la poche d’un paletot ou d’une jaquette; les châssis constituent une autre boîte qui se met dans une autre poche, et enfin l’on a dans un petit étui ad hoc l’objectif portant son obturateur rapide et le petit déclenchement pneumatique.

Yeut-on user de l’appareil, il n’y a qu’à le sortir de son étui, à rabattre la queue G; le soufflet ouvert est fixé à l’extrémité de la queue de la chambre par l’introduction, dans une rainure, de deux coulisseaux placés au bas de la planchette de l’objectif.

Il va sans dire qu’un verrou de bois, placé dans la queue à rabattement, permet d’en maintenir la rigidité.

L’objectif est alors placé sur la planchette à l’aide aussi de deux rainures dans lesquelles s’engage sa rondelle, ainsi qu’on le voit enF. Si l’on veut opérer instantanément, le petit déclenchement est aussitôt mis à sa place, de façon à faire fonctionner l’obturateur circulaire M placé au centre de l’objectif rectilinéaire O entre les deux lentilles. Le point automatique pour des reproductions à partir de dix mètres de distance de l’objectif, est indiqué par un trait où l’on amène, à l’aide de la crémaillère B, la petite planchette mobile dont le déplacement permet de faire varier les distances focales.

Un des châssis doubles étant toujours en place dans la chambre noire, il n’y a plus, dès qu’on a centré l’objet à reproduire à l’aide de la mire MM', qu’à faire fonctionner le déclenchement en pressant la petite poire P.

Une petite poignée munie d’une vis à son extrémité sert à tenir la chambre noire d’une main, tandis que l’autre main presse la poire au moment opportun.

Après l’opération, le fourreau du châssis, qui s’ouvre de haut en bas, ayant été fermé, on ouvre la porte placée en arrière de la chambre noire, et l’on place du côté de l’objectif l’autre côté du châssis, de façon à pouvoir exposer une nouvelle couche sensible.

Si, au lieu de faire des vues instantanées, on doit poser un certain temps, il est nécessaire d’user du pied P, que l’on sort alors de la canne P', qui lui sert d’étui.

Ce pied est formé de tubes en cuivre, dont une partie, rentrant dans l’autre à frottement, sert en la retournant à donner à ce support une hauteur convenable. Trois douilles reliées par trois morceaux de chaîne L à un anneau central, permettent, une fois l’appareil posé comme on le désire, de donner aux trois branches une rigidité suffisante, rigidité que l’on accroît encore s’il est nécessaire, si, par exemple, il fait du vent, en suspendant un poids quelconque à l’anneau central. Le pied enfermé dans son étui, on a en somme une canne ordinaire, un peu forte, mais ne rappelant en aucune façon un appareil photographique ou n’importe quel outil .

Si l’on a des reproductions à faire à une distance plus ou moins rapprochée de l’objectif et moindre de 10™, une mise au point devient nécessaire; en ce cas, on met la plaque dépolie attenante à la chambre noire à la place occupée par le châssis

CHAPITRE QUATRIÈME, négatif, et l’on met au point en s’abritant sous une manche noire. La crémaillère B permet de faire avancer l’objectif d’une quantité suffisante pour ces mises au point accidentelles.

Si la vue n’est pas instantanée, on se sert, pour ouvrir et fermer l’objectif, d’un petit bouchon à charnière très douce et dont la mise en mouvement s’obtient à l’aide d’un simple fil. De cette façon, aucune secousse ne peut faire vibrer l’appareil.

Il va sans dire que pour des instantanées avec l’obturateur rapide il n’v a, tout étant prêt et en plein repos, qu’à agir sur la poire du déclenchement.

L’objectif rectilinéaire construit par M. Français peut recevoir une série de diaphragmes reliés entre eux par un point fixe ; on met celui de ces diaphragmes que l’on juge convenable, suivant l’intensité de la lumière et la nature du sujet à reproduire.

Le châssis double C de cet appareil de poche est construit de façon à servir soit pour des plaques de verre, soit pour des papiers ou pellicules sensibles.

On en voit la disposition dans notre dessin : le fourreau ou étui du châssis est représenté seul, et entièrement adossée contre lui se trouve la planchette intérieure N portant de chaque côté, en haut et en bas, deux rainures dans lesquelles s’engagent deux plaques de verre 6 x 7 de lmm d’épaisseur.

Ces plaques Y servent à maintenir des pellicules de papiers sensibles engagées entre leur surface postérieure et la planchette.

Si l’on préfère user de plaques rigides, on n’a qu’à se procurer des plaques de verre couvertes d’émulsion ; la maison Français fournit ces préparations spéciales à l’appareil de poche.

Si les châssis ne devaient être employés que pour des pellicules, ils pourraient être d’un volume bien moindre quant à leur épaisseur qui est de 0m,005 à 0m,006, mais nous avons pensé que grâce à un surcroît d’épaisseur, qui n’est en définitive pas bien considérable, on gagnerait en facilités de toute nature.

D’ailleurs les 6 châssis doubles ne forment ensemble qu’une épaisseur maxima de 35mm sur une largeur et une longueur naturellement un peu moindres que celles de la chambre noire ; ils sont enfermés dans un étui souple comme celui de la chambre noire. Une petite plaquette blanche posée sur chaque côté des châssis sert à y inscrire des indications sommaires.

La disposition de ces châssis est telle qu’aucun rayon lumineux ne s’y peut glisser furtivement, la totalité de la planchette est en effet engagée dans un étui sans ouverture autre que celle nécessaire au fonctionnement, et là se trouve une surface de recouvrement assez large et communiquant avec l’extérieur par un retour d’angle, de

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