‹ Manuel du tourneurChapitre 3 sur 44 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

On alxue de tout, e( prinQpdlcinkeiit des Prë&ûes; plus d'un écrî" ' vtàa consacre ^ sa propre apologie, le Discours qui ne de^Tait être que l'introduction de son ouvrage. Nous ne dirCKOS que la vérité, et elle sera appréciée par les perstuines qui ont intérêt à ae pénétrer d'unlivre qui , comme toutes les productions de ce genre , estplus susceptible d'être consulté que lu de suite.

Comme les' lettres, les arts consolent; ils sont no des plus nobles arausemens du sage. En perfeetiaiinaat l'ouvTfigB d^ Jv. Be/'geron, nous n'avons cherché qu'à multiplier les moyens de fake d'un passe-temps agréable et honnête , une arme contre l'ennui.

Si nous avions pu être tenté de faire J'étalage d'une pompeuse ef: facile érudition , U nous eût été aîsé de reproduire ici wns une nou-* veUe forme tout ce que le père Pùimier a donné , au commencement de son excellent ouvrage, sur l'ancienneté et l'utiHté du Tour. Cet estimable savant est le premier qui ait écrit sur ce sujet, et il étoit naturel qu'il fît précéder son ouvrage d'une histoùe détafflée. d'iUn - Art alors généralement peu conqu.

Pour nous, sans céder à la manie 4es édil^ean etoq^miAeotatai^, il nous sera permis de citer des autorités imposantes f cttas militent en faveur d'un Art , qui ee peut contribuer aux plaisirs nobles des Ama? teurs , sans avoir quelque résultat heut^ux. pour U mDra)« publique.

Des écrivains oâèbres, qui ont cru avec liaison, >qa'il n'y avoit de grand que ce qui est utile aux hommes, se sont occupés de»

vHj ■ ■ ■ -lï^TRODtJCTION.

Arta mécaniques. Plusieurs ont fait des Recherches sur les tentatives pour le perfectionnement des Tours portatifs.

Le Cardinal de la Rochefoucauld de Roye (i ) désiroit « qu'on » composât un. grand buyrage, a^ïc planches , renfermant les prin- » cipcs de X'Art du Tour., et qu'on donnât les élëmens de plusieurs « autres Arts mécaniques, qui tous ont plus ou moins de rapport » avec le Tour; qu'on mît les Amateurs en état d'exécuter eux- " mêmes toutes les parties des. pièces susceptibles d'orner leurs cabi- » nets et de charmer leurs loisirs (a). >» L'ouvrage que nous offrons aujourd'hui au public, nous p&roît devoir remplir ce double but.

Le travail est une institution. Un des cantons les plus heureux du Royaume, ,e6t celui de Lianoourt , parce que la bienfaisance des Ducs ûfe la Rochefoacauld et d'JUiti^ac y. utilise tous 1^ bris; la vieillesse' n'yicoinofoît pas la misère, et un travail .continuel. fait, suc la jeûnasse, diversion avec les passions qui assiègent l'homme à tant âgfe et'dans-tous les rangs.

Il est des études qui absorbent lliomme tout entier : ellçsidc-: mahdent des méiditations non interrompue»^ .nnloisir ^rofood,. et une- tension continuelle' d'espnit^ mais il en'cstque l'oiu peut metU'Q an rang deS délassehiien^ Les; V Hôpital ^ les d'J^ffueasequ, ha Boukier^ \e» Maipsherbes , ith d'Arn'aud-d'Andilly ,, les GroUier-df'Sefvièw., les F-audreuil, les Suffren , les de Gour gués ettam d'autres ontçrouvié que les Aris mécaniques, et. 1^. cou* noÏBSances quixonstituentle rowrraci/rdàBs touslesgeuçes, n'étoient pai ÎQCompatibleB avec les fonctions les plus imi>ortauté6. ' Ëh'qtioil'il est permis au magistrat', à l'homme d'état, de cbcr- <Aiéb ub^élassemient dans un jeu modéré, et la vanité lui défendrpiit de substituer au jeu qu'il n'aime pas, un > passe-temps agréable et litite; et imegon^. serait plus déplacée dans ses mains que des cornets, des'dëâi, des'caKes ouimeiraquctte!

' (0 Anilwtv<que Ae Bturf^^i, «a i^ag.

* ' <3) ■ I^! lâut M<i«s m ÉcbcTW de : Boui^e» , î av ril .1 73 1 } M^rooiro* de Ifc*» rf« JVoiVfb,^aji(!Aa/(,,«ur ^as «b^éa et rf^eis de IVilre deCug/iy. Voy. le Mémoùal de 1753, p. 5G. . . *■ " ' ■ '

INTRODUCTION. j^

iVoilà cependant où mèneroit l'erreur de ceux qui interdisent aux grands propriétaires retirés dans leurs terres, l'exercice des Arts mécaniques, sans lesquels ils se verroîent sur Itnirs vieuxIJourSj réduits à ne savoir s'occuper que de citevaux, de chiens, et de ces ^tarés au moins équivoques, qui ne leur rappellent que les plaiâirs qui fuient le grand âge , ou les livrent aux regrets qui en sont souvent te triste apanage? .

Henri 11 fit écrire à MM. du Merdi, du Camhoùst, de Frotiley , de .J^aa^auUrOyy, d'Alton, du Valbichon, de la Salle , et de PoUgnac , « qu'ils eussent à protéger gens de touste » reli^on', bayant à iceux ou à gens d'Art, bons docutnens, et » nouvelfes inventions, pour perfectionnement de toutes mescanir » ques, profistant à l'Estat (i) ». Henri recommanda surtout, » comme estant profitables à la France, et conformes aux bonnes » mœurs, primes de récompenses pour industrieux, perfectionnant >j T6urs.i par moyen desquels damoiseaux et officiers de guerre, » enpaixetsemestre,ouc se vautreraient en fénéantise,etbayeroient " à classes inférieures, bons exemples d'csmulation et leçons de >» mieux et plus promptement faire (2) ».

Les Anglais n'ont commencé à sentir ce dont ils étoient capables en fait de commerce et de mécanisme , que vers le milieu du règne à' Elisabeth , un des plus glorieux de l'Angleterre , et qui ne fut surpasisé que.par celui d'une autre Reine, qui rendit la paix à l'Europe par le traité d'Utrecbt. « Ces deux Princesses récoinpensèrent » tous ceux qui s'étoient occupés de perfectionner X^rt du Tour- » neur; il ne leur étoit pas étrangerj elles avoîent exécuté avec » beaucoup de délicatesse des jeux complets d'échecs (3) ».

(i) Recherches de i7. Dupuy , sur U mainn d'y/i&on, branche de 5. JUnroMCToy. l'art. dtKinuécbal ilAihonrS* André, ti*^ à )a bataille de Uiens. -

(a) Consid^i-ations sur le* maBufaclures de France, p- ^6, par SoU^, inspecu.gStiér. des mann&tt-ures. lient pour coUafeoraieur» MM. AbéUi&, CUqàot-Blenaokm Kt, Roland UPhttiix*..

(3) L'Âbbé .£mMy,'Let.à}'ArclieTdqtM'Mifoia-MMtfit*efr séries încoKYëDiens dela^ yie coatcmplative et sur le* travaux au Tour de$ teligicux de S, Brvka. CetteletOe,.

-a INTRODUCTION.

Le Monarque-, qiù occupe anjourdlim leur trône, ne montra pas moins c^ goût pour le Tour, et donna même dj» marques de bienreiUance À des étranga«. J'.-C, Hulot (i) se rendit en Angleterre vers 1 766; il y fut accueilli avec distinetioD par Gwrgea II Ty qui lui commanda un Tour à guillocher et un Tour à por' traita^

A la dernière tenue des états de Bretagne, le maire de Guerrande (a) prqposa « d'après là demande de la oommission iuter- N médiaire (3) de faire une penstoq à Y. Duplan, inveptem d'un M Tour sup^em* ^ ceux connus en Angleterre (4)< »

M. d* Orléaru de la Motke (5) écrivait au comte de Gomer, que « les meilleurs mandemois faisoient moins d'impression sur la M jeun^se que les Arts mécanique», auxquels elle ae Uvroft dans ses M terres, sous las yeux de se» parws (6). h

Veuton uœ autre autorité ? « £n 1 7 4o , le Rcâ d'Espagne , alors N Monarque des deux Sieiles, accorda de grands privilèges à llsraém lite Pinoher, qui avoit fait pour ce Prince un Tour portatifs » aussi solide que peu compliqué (7) ».

«Uribuée h M. d« FaraJio , évitât èe Gap, aatrign^fl par l'aiiMiir, et écrite par 1« mar^ cbal de Bfoaehyi rorigUvd a été aelietâ pur U. Tbum^cAoM, dépoli du çougnwrce par la villa 4e Lyça.

(1} Fila de PauUur de V^rt 4» Taurntur-MteanUiUn. (CoUeFiion de l'Acad^in. det Sdencei.)

(a) Bmaidl-La-FiUfmarUn.

(3) A laquelle od aveit adjoint MM. de Sesmaùpn^-àe Kerpabtoa,, de Ifi TuUaye^ Dupont de ta Rçtu$ière , Detcoivkes-4e Saint» Crwç et de Foutaiit4f~

(4) Rapport de MM. d'Andigné, Le Fio-de-Keiio à la comminion interm^., p. ^g, n* a37 4 dë« cahiers des États.

(5) Ëvéqae Skaàam.

(^ Des progrès de CArtUltiiv «n France , par le cemU à'Anmm , p. 138. — ifley. Lai, de M deiSS»inai<i»t*kMM. dcifiAiitfon,deA«nie/ec,dei^ouJaMef, Mite la FUl^Hmn , ■orlet dâaMnaeat dotOffîdende ContU, pendant teasemealrei.^ 4 i*<*^- <7^

(7} Note extraite d'an Rapp. inéd. de M. PoHalis au conuil de* Prisea. Elle doit entrar «lanslaa*. édiu du Code det Pmet Hda Commerce de TVw'et |l« iUw-) puUitf e« 1804, dtn f^aiad; l Pait^

introductïoiï; ïj

Le maarais emploi des richesses est le signal de la chute des particuliers les pins opulem et des Empires les mieux consolidés. On n'emploie mal son supefflii, que lorsqu'on se livre àVoiàveté. Paint disoit': « Tous ne pouvant être orateurs, edSeigœa: les jérta méco' » niques à la multitude, qui feroit beaucoup de mal, en ne tra-- » vaillant pas (i); » Fonteneïle ajoutoit : b occupez les hommes » et tout ira bien (a). »

La classe inférieure voit avec un secret oi^tieil, <ju« teux qn'dle est accoutumée & respecter , se livrent aux mêmes occupations qui lui assurent son existence; c'est relever l'homme à Ses propres yeux, et il est toujours dangereux de l'avilir.

Bans le Maine, an château de Sérillac, la Comtesse de Paudoas et ses 61s fïûsoient vendre, les lundis de PâquéS, tous les pétïfS objets, provenant du Tout, que des Seigneurs de leur connoissancè avoîent fabriqués. Chacun appoitoit le fruit de ^n industrie^ l'agrîcnlteur, après ses pénibles travaux, se livroit à la forge, à la menuiserie et an Tour; les Chartreux du Val-Dieu et les Beligieux de Beauliea, de Champagne et d'Évron , fonmissoîent une partie des instrumens et des modèles, etdonnoient leurs voix dans le jtify qui décemoit le prix.

Les maisons de la Ferrontiays, de Tro^olff, ^Anâigné, de^ Gouîaines et de Pontual, tentèrent la même institutioû eh Bretagne. Elles forent secondéesparrinÔuenoe de M. Thiatd; l'émulation et l'intérêt occupèrent leS têtes et les bras ; les moeurs ne pouvoient perdre , lorsqu'une aisance légitime délivroit les hommes dé la misère, qui souvent engendre tricherie, et de l'oisiveté , qiii mène à sa suite tous les crimes et leur honteux cortège.

La culture des Arts mécaniques , dirigée par taniour de la Patrie , ne se borne point au vîl intérêt personnel el à de DiusSes et puérileâ youâsaBces. Uémule de St- Charles Borromée, l'immoptel évéque

(i> LeknrlUMeKuriile», p. 34'

ta) Mém. de l'Acad. de Uaiino, L 5, p' 73^

,GoogIe

xij INTRODUCTION.

de Marseille (i) jouissoit en tournant des berceaux pour les eDËins des indigens. Si le spectacle de deux jeunes gens pauvres, qu'un homme riche vipnt d'unir par le mariage, quandil les voit eontens sur la porte de leur chaumière, luifait un- plaisir plus sensible et plus durable que le spectacle d'un groupe de Salmacis et d'Hermaphrodites, plac(î dans ses jardins, quelle jouissance de voir un petit ménage, meublé par tous les objets que l'infortime ne doit qu'à sa géi^érosité et à son goût pour les Arts mécaniques, et surtout pour le Touri \

Le vertueux Malouet (a) écrivoit à son.digne ami M- Pey^sonnel, consul à Smyrne : « les plus beaux njiagots.de la Chine ne rendent » point aussi heureux leurs possesseurs que le seroit le citoyen qui » auroit armé d'une quenouille ia jolie main d'une infinité de jeunes » vierges; des hommes sages qui s'obcupoientdu ïb«r avoien^ ti gratifié tous les petits ménages de tous les instrumens qui se ' » trouvent dans les maisons des Amateurs, au moment où ils cpm- M mencent à organiser leurs cabinets (3). » -

Si nous ne craignions pas d'entasser les citations dans tm ouvrage, qui n'a, ni ne peut avoir le mérite httéraire, nous mettrions à contribution ce que des hommes érudits ont écrit sur la partie que nous traitons ; nous cédons cependant au besoin de transcrire encore le passage suivant, extrait d'un ouvrage, publié le 24décembre 179a :

« Le Bailli P,~A. de SvffHn-S, Tropez, ce preux qui fit autant M pour le triomphe des. piœurs, que pour celui de notre manne, » désiraitqueses subordonnés s'occupassent d'un Art mécanique. Celui » du Tourneur avoit fixé principalement ses regards. Lorsqu'il >' vint jouir de sa gloire dans la capitale, il montra au souverain un » jeu de Siam , en ivoire, qu'il avoit exécuté pour Madame Elisabeth. » Le Monarque trouva tant de précision jdans ses proportions, qu'il » l'imita en fer, et lui en fit don, en lui disant : On peut vou§

(0 Oe £eli^»unct.

(a) Mort mioutre de lu Marine.

(3) Arcliivei du commerce, a". 37^8, imprima p«r ardre da batim^ Toruuiier'tleffrefeuil-

yGoo^k

INTRODUCTION. xiij

n confier lemétal, dont vous faite» un si bon usage contre jios " ennemis. En me délassant par un art mécanique, je croîs , » après mes grands devoirs^ me rapprockerâes dernières classes j " qui font également partie de ma grande famille [i], »

L'exercice du Tour est le plus salutaire de tous ceux que la raison et les médecins prescrivent pour réparer, par des mouvemens modérés, lepuisement né du défaut d'occupation , des chagrins d'une longue convalescence et des travaux de l'esprit L'Auteiu* à'JEmile dirige l'étude et les amosemens vers l'utilité ; ses vues systématiques se signalent toujours par ce caractère, que ses détracteurs n'ont puméconnoître. Maisle pliilosophe qui généralisa trop tranche sans examen , en donnant au menuisier la préférence , sur le serrurier , sur le maréchal et sur le forgeron. H déclare (a) « qu'il n'aimeroit pas voir à » Emile dans sa forge la figure d'un cyclope , et qu'il n'en fera pas M un maçon, et encore moins un cordonnier. »

Rousseau n'avoit manié , ni la truelle , ni le marteau ; il ne toucha , ni le rabot , ni la gouge ; il indiquoit un métier à son élève , ou pour l'amuser^ ou pour \e faire vivre- S'il ne cherche qu'à l'amuser , pourquoi n'auroït-il pas une notion , égale de tous les Arts qui ont entr'eux un rapport marqué ? S'il s'agit de vivre , qu'importe qu'il ait la figure d'un cyclope?

On ne peut ravir à l'infortune le patrimoibe qu'elle se crée par ses tàlens. Tant de malheureux, loin de la terre natale, n'adoucirent leur sort qu'en cherchant une ressource dans les Arts qui avoient charmé leur enfance, et les avoient soustraits à l'oisiveté si dangereuse dans l'âge des passions :

CombieD l'Europe a tu d'illustres ouvriers ^

S'exercer avec gloire aux plus humbles métiers?

La beauté , que jadis occupoil sa parure ,

Pour d'autres que pour soi dessine une coiffure :

(i) ^oy es quelqueêidieaiur la Religion, ftiT Carondeley,^..\<A; \a. i^' leçon àe S»lia an coll. de Fr. et les Armaiatdt kt vertu, -^vVihhé da BoUbasêtt , -ç. 77. (3) Bmii.,\. 3, p. 1 19 et i3o> édit. de 1780.

xiv INTRODUCTION.

L'une brode des fleurs» l'autre tresse un chapeau; L'une tient la navette , et l'autre le pinceau. Le Marquis sémillant, au comptoir est tranquille; Plus d'un jeune guerrier tient le rabot A' Emile >- Le modeste atelier ^ au sortir du saint lieu. Reçoit , avec respect , le ministre de Dieu. Que dis-je? ce poème, où je peins vos misères. Doit te jour à des mains noblement mercenaires; De son vêtement d'or un Caumont l'embellit , Et de son luxe heureux mon art s'enorgueillît

La Pkiéixi Delilie. Chant I.

D'ailleurs Roussean se trompoit en choisissant l'Art du menuisier comme moins pénible et plus agréable pour son élève. Pour citer un exemple, quel Amateur s'amusera à faire un parquet? Si on ne se livre pas entièrement à cette partie, jamais un propriétaire distrait par des fonctions publiques, ou dominé par le goût de l'étude, n'aura la forcé de refendre des membrures. Il préjudieie à sa santé , s'il fait de grosses mortaises , s'il CMToie de fortes pièces de bois. Dans la supposition trèis^ratuite où il auroit la force de se livrer à tout ce que les gros travaux pr^ratmres ont de pénible, il renoncera à son entreprise, s'il ne peut sacrifier que peu d'instans, et par reprises, à ce qu'il avoit cru un délassement.

L'Art du Tour, dont nous cherchons à inspirer le goût, offre bien d'autres avantages, sans éprouver les inconvéniens attachés aux autres Art& mécaniques.

Quelqu'aftàiré qu'on soit, on dérobe làcUemeat chaque jour ua heure pour son délassement ; il ne faut pas trois séances pour faire ou ime boîte garnie, ou un étui. Un simple morceau de bois tourné avee Art et place dans telle position, ne rend-il pas, par la réflexion de l'ombre , les traits d'un objet chéri, dont le cœur ne veut pas trahir la présence ou le gage? On jouit promptement , et on fait jouir les autres, en possédant soi-même ou en faisant don d'uit objet, presqu'aussitôt fini que commencé , et dont le principal prix siemprunte de la. main qui l'a confectionné et offert. Les plus jolis

introduction: xv

ouvrages au Tour, viennent bien plus souvent dies Amateut^, que de ceux qui en font leiu> profession.

C'est donc particulièrement aux Amateurs que L,-E, Bergeron Avoit adressé le Ma«uxx du Toubneur; et l'accueil qu'il a reçu Ju public prouve que cet ouvrage étoit digne des personnes auxquelles il étoit offert. Malgré les crises politiques qui se sont succédé depuis sa publication, le débit ne s'en est pas ralenti, et la première édition est épuisée depuis plus d'une, année.

Celle que nous publions aujourd'hui et à laquelle nous nous occupons constamment depuis que nous avons fait l'acquisition }lu fonds de commerce de notre beau-père, offrira le fruit de nos veilles, et le résultat des observations de notre devancier.

Comm€ lui nous écrivons jdus pour les Amateurs que pour les Artistes; nous n'avons pas eu l'ambition d'enseigner à construire de grandes maclûnes, ni même à faire des Tours ou simples ou composés. Rarement les Amateurs ont lé temps ou assez d'exercice pour se livrer à ce genre de construction dont les essais sont insuffisans , et qui , sans la perfection , ne peuvent être utiles. Cependant nous avons décrit avec assez de détails, les améliorations aiiportées à la construction des machioes, pour que les Artistes, livTés à ce genre -de travaux , puissent y trouver des renseignemens précieux.

Il s'agit bien moins de développer de savantes théories que de former les Amateurs à un genre d'occupation utile et agréable. Nous conduisons le commençant comme on conduit tous ceux qui débutent dans une partie quelconque. Ce n'est que par degrés et insensiblement que nous le menons à la perfection; nous décrivons chaque : opération , nous analysons chaque pièce indiquée pour modèle ; nous ■ décomposons chaque instrument, comme l'homme expérimenté se met à l'unisson de celui qui se trouve étranger à la science dont il veut le pénétrer.

Lorsqu'un écrit, conune lorsqu'on parle, le grand art est de ne pas perdre de vue à qui on s'adresse. Écrivant spécialement pour la classe la plus nombreuse des lecteurs, qui souvent ne connoissent

b ij

xvj INTRODUCTION.

ni l'instrument nî les outils , ni les moyens de se les procurer , nous agissons en raison de la position de ceux auxquels nous avons consacré nos veilles.

Nos soins ont dû s'étendre surtout aux Amateurs des provinces , (ju), dans des terres éloignées des grandes cités et de la capitale, se rebutent par l'impossibilité d'exécution, par l'inutilité désossais, par la difi&culté de se procurer des pièces compliquées , et de les exécuter ou de les faire exécuter. H est encore une difficulté plus réelle, celle d'acquérir des notions de détaU ou générales , et celles qui précèdent les soins.donnés à la pratique d'un art quelconque. L'Amateur qui n'aura qu'un cabinet foiblement garni y suppléera par notre livre.

En nous entretenant avec nos Lecteurs, nous les avons supposés pourvus de tous les instrumens et de toutes les matières premières, nécessaires à l'Art du Tour. La nomenclature seule de ces objets pourroit décourager celui qui ne veut s'occuper de cette partie que par occasion, sans le désir de se perfectionner, et qui n'est au courant ni des outils, ni des matières sur lesquelles il agit. Nous avons dû suivre l'ordre de l'esprit humain, en consultant sa foiblesse et le découragement qui accompagne tous les commencemens^ nous avons montré d'abord les opérations simples et les instrumens les moins compliqués, afin de parvenir, par degrés, aux travaux les plus difficiles et les plus soignés, sous les rapports de la solidité, de l'élégance et des belles proportions.

Notre but est d'enseigner à exécuter, par le moyen du Tour, depuis un simple cylindre, jusqu'au guillochis le plus composé et jusqu'au portrait copié le plus ûdèl«nent; la méditation de la doctrine simple que nous professons, facilitera aux Amateurs le moyen d'exécuter, sur divers Toùr^, les morceaux dont ils sont susceptibles, et les guidera dans toutes les opérations qu'ils comportent, pour peu que l'adresse seconde leurs efforts et leurs observations.

Des Amateurs, qui ne savent tenir ni la gouge, ni le ciseau, et qui seroient encore plus embarrassés , s'il s'agissoit de couper le bois au Tpur, croient avoir atteint le secret de l'art, et se livrent à des ouvragesdifficiles, parcequ'ils sont séduits par l'apparente facilité que cette

vGoo^Ie

INTRODUCTION. xvij

espèce de tFavail leur offre; Us sont dans l'erreur. Bientôt ils se découragent, ou ne font rien de bon, parce que la main, faute d'exercice,se refuse à l'exécution.

Il ne faut pas croire cependant (Jue nous n'écrivions que pour les commençans; on trouvera dans notre ouvrage des observations utiles, même aux personnes, qui, après avoir exercé , ne se croient plus obligées d'aller pas à pas et à l'aide d'un guide.

Nous avons recueilli un grand nombre d'objets dignes de figurer dans un cabinet ; et nos recherches ne se sont pasboruéesà l'agrëable. A l'exemple de notre prédécesseur, nous avons enrichi notre ouvrage de procédés qui s'emploient , avec succès, dans les Arts utiles; plusieurs de ces procédés sont peu connus , et ne pouvoient être accrédités que par un livre dans lequel on croit n'avoir rien omis d'essentiel.

Nous ne prétendons cependant point offrir de nouvelles découvertes; nous avons profité dé tout ee qui a été dit avant nous; et, sans méconnoître le mérite des Anciens, on a dû profiter de l'émulation qui depuis cinquante ans laisse loin de nous les procédés compliqués et la fatale manie de la routine.

La simple lecture de notre Table des Chapitres, et de celle des Matières , à la rédaction de laquelle nous avons apporté tous nos soins , prouvera que nous n'avons négligé aucune des parties qui dévoient entrer dans notre plan.

Presque tous les corps durs peuvent être soumis à l'action du Tour. Indépendamment du bois et de l'ivoire, sur lesquels les Amateurs ont le plus souvent occasion de s'exercer, on trouvera dans notre ouvrage des reuseignemens utiles sur la manière de tourner Ife cuivre, le fer, l'acier, la pierre, l'albâtre, la corne, l'écaillé, les os, etc. Nous n'avons pas même négligé la description du Tour à graver le verre et les pierres fines, quoiqu'à prc^rement parler, l'action par laquelle on grave sur le verre ne puisse pas s'appeler tourner.

Enfin , nous donnons à nos Lecteur* des notions intéressantes sur tous les Arts qui se lient à celui du Tour , et sans lesquels le cercle des travaux d'un Amateur seroit extrêmement borné;

xviij INTRODUCTION:

Des exemples frapperont plus que tous les raisonnemeDs. Pour faire un métier à tapisserie, il ne suffit pas d'en tourner les parties rondes, il faut encore débiter le bois nécessaire, Véquarrir^ ovk corroyer, faire les mortaises et tenons , ajuster les assemblages et terminer ensuite sur le Tour toutes les pièces qui en ont besoin ; il faut encore forger , limer, tourner, tarauder les pièces qui entrent dans la composition du métier , et souder celles qui doivent l'être. ,

Que serait un Tourneur , si , pour faire une table , il se bornoit à en tourner les quatre pieds j sij pour cercler mie boîte d'ivoire, ou déracine, il ne savoit souder Técaille; si, pour construire un instrument de mécanique, degnomonique, de physique, d'optique, il iguoroit l'art de tourner , de Un^er , et d'ajuster toutes les pièces, qui le composent?

Nous sommes cependant loin de la folle prétention de considérer not^ç ouvrage comme un cours complet de tous ces Arts j prétendre lijut savoir, et tout enseigner, c'est prouver qu'on n'a effleuré que les ^m'faces. L'Art du l'our tiendra ici le premier rang; c'est à cet Art que tout se rapportera : les autres figureront comme accessoires^,. les esprit siiperliciels ne savent jamais se contenter^ ils sont pauvres' au piiiieu de leurs richesses. ,

}1 a fallu adopter une méthode pour la classification de tant de. matières. Voici celle que nous avons suivie : DivisioM Tout l'ouvrage est divisé en sept parties, quatre sont renfermées l'ouvbagi dans le premier volume, et trois dans le second. La première parti© contient tous les détails relatifs à la connoîssance des bois, à la menuiserie , à la forge , à la fonte des métaux. On y trouvera aussi des lïotices çur la nature et les qualitçs de l'acier , et sur les diflerentes espèces de Hmes.

Une jiartie de ces articles se trouvoit éparse dans le cours de l'ouvrage. Nous les avons réunis en un seul corps, et nous y avons ajouté tout ce que nos recherches et les avis des Artistes expérimentés nous onf fait connoitre de procèdes utiles et de découvertes intéres- Siaîites dans ces différens Arts.

La seconde partie renferme tout ce qui se rapporte à l'usage du Tour

INTRODUCTION. xix

à pointes. Nous y avons réuni tous les articles relatifs à cet objet qui se trouvoient répandus dans les deux volumes, et nous la terminons par quelques notions sur la manière de tarauder le bois et le fer avec les différentes espèces de filières.

La troisième partie est consacrée à la description dii Tour en l'air: on y trouvera la manière d'exécuter des boîtes, des vases, des piédestaux, des colonnes, et en général toutes les pièces de ce genre qu'un Amateur peut entreprendre.

Enfin la quatrième partieque nous avons nommée Appendice , renferme quelques articles qui n'ont pu trouver place ailleurs, tels que la manière de soiider l'écaille , la description et l'usage de ta plateforme à diviser, un nouvel instrument pour tailler les peignes, des recettes pour différentes teintures et pour les vernis. Â la fin de cette partie , se trouve la descripùon d'un temple dont l'exécution est présentée comme modèle.

Le second volume est destiné aux Amateurs déjà exercés; il» trouveront au commencement de la cinquième partie , la description de quelques instrumens, parmi lesquels on remarquera une scie mécanique, des machines à percer, un pèlotonnoir, etc. Celte partife est consacrée à la description de .différens ouvrages qfui s'èxéeufent sur le Tour à pointes et sur le Tour ea l'air, mais qiii offrent trop de difficultés pour qu'on ait pu les' jH'Oposer à des eommençans. : , ;

Nous ne ferons pas l'énumération de tous ces objets dont la pIU" part paroissent pour la première fois. Nous citerons seulement lit manière de faire les flûtes traversières , divers modèles de nécessaires de dames, un nouvel instrument propre à feircles boules', des étoiles de différentes formes qui n'avoient pas encore été décrites, les boules agrafées, les chaînes ou eoUiers, la medime icad.' neler les colonnes, etc. i ; < •

La sixième partie doit être considérée comme la plus imporlàritfe de notre ouvrage. Elle contient la description et Itusage des Tourscomposés^ tels que l'ovale, l'excentrique ^ l'épicycloïde', leâTûurs» guiUocher, à portraits, à graver le verre, eto;. .j ')/;•. •

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