‹ Manuel du vaccinateur des villes et des campagnesChapitre 17 sur 24 · janv · texte numérisé non relu

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nov.

Il résulte du tableau précédent, dressé par M. Mœhl, que sur 17 vaccinés qui eurent à souffrir des atteintes de la variole :

8 n'avaient pas de cicatrices ; donc il est douteux qu'ils aient eu une bonne vaccine ;

3 étaient porteurs d'une seule cicatrice peu distincte ;

3 porteurs d'une cicatrice distincte ;

1 porteur de deux cicatrices;

2 porteurs de trois cicatrices.

Pas un, vous le voyez, n'a eu quatre boutons vaccins.

Ces dix-sept sujets ont été gravement malades, mais aucun n'est mort. — Reste donc à savoir dans quelles conditions se trouvaient les trois soidisant vaccinés morts de la variole.

Comme M. Mœhl ne découvrit aucun vestige de pustules , il suppose que les parents sont parvenus à soustraire leurs enfants à la vaccination, qui en Danemark est de rigueur.

Les sujets porteurs d'une seule cicatrice passaient sept à neuf jours dans la période éruptive; ceux avec deux ou trois ne mettaient que sept jours pour arriver à la dessiccation.

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Ces faits sont tellement évidents , que l'on ne peut les nier, ils viennent corroborer nos observations , et c'est ce qui me fait dire qu'il faut étudier la vaccine encore sous ce point de vue. J'espère que le monde médical tiendra compte de ces réflexions , et que mes confrères voudront bien expérimenter ce sujet lorsqu'il se présentera dans leur pratique.

J'aurai occasion de revenir et sur les vaccines modifiées et sur celles qui ne produisent qu'un ou deux boutons; j'en parlerai de nouveau, quand je vous entretiendrai de la revaccination : c'est là seulement où vous sentirez toute l'importance que ces observations peuvent avoir. Quant à présentée ne dois parler que de la vaccine en général.

Faut-il revenir encore sur les faiblesses attribuées à la vaccine , c'est mon devoir : car, à côté des honnêtes gens qui se trompent (et c'est pour eux que j'écris), il y a des empiriques de la plus triste espèce.

Le préjugé , cette preuve de l'ignorance de l'espèce humaine , est un fléau qui fait bien du mal et qui empêche de faire beaucoup de bien.

Que n'a-t-on pas dit, que n'a-t-on pas fait contre la vaccine ?

Parmi les reproches que l'on a adresse's à la découverte de l'immortel Jenner, il en est auxquels on ne doit pas re'pondre : ce serait mettre en doute la vaccine elle-même.

Faut-il toutefois vous donner une idée de ce qui peut se dire et se proposer sérieusement i'

En voici un exemple :

Il démontrera, de la manière la plus évidente, qu'on ne cherche pas à approfondir un sujet; l'on préfère courir après du nouveau ou tout simplement renouveler de vieilles utopies pour les faire croire nouvelles.

Ainsi un médecin de Rouen , qui écrit confidentiellement à M. le préfet de la Seine-Inférieure pour lui demander s'il est bien convenable de tenter de détruire la variole au moyen de la vaccine, attendu, dit-il, qu'une maladie détruite étant toujours remplacée providentiellement par une autre , il est à craindre qu'une plus funeste encore que la variole ne prenne plus tard la place de cette dernière.

154 MANUEL 1)0 VACCINAtEOfr.

Quelques-uns , plus positifs , n'he'sitent pas à attribuer à la suppression de la variole, qui pour eux est un acte dépuratoire , la fréquence extrême des scrofules et de la phthisie pulmonaire, sans faire attention que ces deux affections existaient bien longtemps avant l'emploi- de la vaccine , et que tous les jours on les observe chez des sujets qui ont éprouvé la variole la plus intense.

D'autres enfin , avec aussi peu de fondement , imputent à la vaccine les affections herpétiques et une foule de maladies de l'enfance.

Des propositions aussi naïves , ensevelies d'ailleurs dans les cartons des préfectures avec les tableaux de vaccination , en marge desquels la mention qu'on en a faite se découvre à peine, sont sans valeur auprès des médecins et des classes éclairées, et ne sauraient même avoir beaucoup de retentissement parmi les populations, à la connaissance générale desquelles elles ne peuvent guère parvenir. Mais quelle funeste influence ont des avis au public affichés en tous lieux et principalement dans les carrefours de la capitale, puis

insérés élogieuseraent dans les annonces des journaux quotidiens ! En 1839 , on conseillait de rejeter bien loin la vaccine, comme cause d'une foule de maladies , et on engageait à avoir recours à l'inoculation de la variole. Eh bien! quelle impression doivent produire de pareilles propositions sur les masses ignorantes, pleines de préjugés , hors d'état d'apprécier de quel côté se trouve la vérité , et pour lesquelles ces déplorables écrits semblent avoir été exclusivement composés 'i

Le préjugé le plus naïf, et qui a par conséquent le plus de vogue , est que depuis l'inoculation de la vaccine il a surgi sur l'espèce humaine , et en particulier sur les enfants , une débâcle de maladies jusqu'alors inconnues , telles que la coqueluche , la phthisie, le croup, etc. etc.

Que répondre à cela ? Que toutes les maladies qu'on impute à la vaccine étaient connues depuis des siècles , et il suffit de jeter les yeux sur les anciens formulaires, imprimés depuis cent cinquante ans et plus , pour trouver sinon les remèdes , mais au moins les palliatifs de ces mala-

dies. Est -il quelque chose de nouveau sur le globe 'i

Ou a également et constamment accusé la vaccine de transmettre aux vaccinés les maladies des individus sur lesquels elle a été recueillie. Depuis quand une maladie aussi régulière , aussi suivie, a-t-elle le pouvoir d'emprunter le mal de celui-ci pour le donner à celui-là? Quand on parle à des personnes étrangères à l'art , il faut chercher avant tout à se faire comprendre; aussi je me bornerai à adresser à tout le monde celle simple question :

Qu'est-ce que la vaccine et comment se produit-elle 1* A l'instar des végétaux , elle se produit d'elle-même. Donc c'est un virus , une semence qui ne peut rien prendre d'étranger avec elle, soit bon , soit mauvais ; inoculée , elle prend ou ne prend pas , mais jamais elle ne donne que la vaccine. Si vous, agriculteurs, vous jetez du blé dans votre champ , il n'y viendra pas autre chose que du blé; si votre terrain est mauvais, votre semence , de belle que vous l'avez confiée à la terre , vous sera rendue chétive et presque nulle.

Sachez que pour la vacciue, comme pour vos semences , le terrain est pour beaucoup dans la récolle; appuyez -vous sur des ressemblances, si vous ne pouvez vous appuyer sur des raisonnements scientifiques, et laissez à ceux qui sont plus instruits que vous dans ces matières le droit de diriger vos pensées pour le bien de vos familles. Que penseriez-vous d'un médecin qui viendrait vous donner des leçons sur l'agriculture, sur les engrais, sur la connaissance des terrains, sur les meilleurs moyens de tirer parti de vos terres, de vos marais, de vos bois ? Théoriquement il en est quelques-uns qui pourraient vous donner des avis , mais la théorie est si loin de la pratique, que vous ririez bien de ses leçons.

Soyez persuadés que la vaccine est une semence qui se plante et se reproduit comme toutes les semences en général , que jamais et en aucun cas elle ne peut prendre avec elle , et je le répète, rien de sain et rien de malsain.

J'ai entendu dire et répéter sans cesse que la variole était une maladie qui était nécessaire à la vie

de tous les hommes , que cet exanthème était un poison contenu dans notre économie, et qu'il devait sortir pour nous purifier. Si la variole était une maladie originelle , je comprendrais ce raisonnement ; mais comment admettre que pendant des siècles on se soit passé de la petite vérole, si elle fait partie intégrante de nous-mêmes , et puisqu'elle u'a pas toujours existé, Dieu aurait donc retouché à son œuvre et mêlé à notre économie un poison dévastateur, dans le but seul de nous faire souffrir et de nous tuer au moment où ce poison tenterait de s'échapper de notre corps i J Cela ne peut avoir de raison. La variole est née sur la terre et non dans l'homme ; vous dire les causes qui l'ont fait naître est chose impossible , mais il est certain qu'elle est étrangère au limon qui a formé l'espèce humaine , aussi bien que la syphilis , la rage , la folie , les maladies inflammatoires , et enfin tous les maux qui régnent sur le monde entier.

Et quand on cherche à faire croire que c'est une maladie utile, nécessaire, il faut avoir l'esprit faux jusqu'à l'ignorance et à la sottise. Est-il

nécessaire de devenir aveugle, d'être bossu, idiot, de se casser la jambe ou le bras? Non! non ! cent fois non ! pas plus que d'avoir la petite vérole.

Un préjugé que je pardonnerais presque , c'est celui qu'ont les mères de ne pas vouloir laisser prendre du vaccin.

En effet , lorsqu'elles voient l'opérateur percer un bouton adhérant nécessairement au bras , il leur semble que l'on pique le bras de leur enfant, il leur semble aussi que cette matière qui s'écoule épuise l'enfant lui-même. Si nous admettions pour un instant la vérité de cette opinion , que de reproches ne serions-nous pas en droit d'adresser à la mère qui se refuserait à en donner quand elle en a reçu !

Nous payons, disent les riches... Paye-t-on la santé et la vie des individus?

En dépit de vos fortunes , le médecin a-t-il le pouvoir de sauver votre père, votre époux, votre enfant? Pouvez-vous lui dire : «Docteur, prenez ma fortune, mais sauvez mon enfant?»

Eh bien ! si vous ne voulez pas que l'égoïsme

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