‹ Manuel du vaccinateur des villes et des campagnesChapitre 6 sur 24 · SOINS A DONNER · texte numérisé non relu

SOINS A DONNER

Dès que les premiers signes de la variole se manifesteront chez un individu , soit enfant ou adulte , il sera urgent d'éloigner de la maison les enfants et les adultes qui n'auraient pas eu la petite ve'role , les faire vacciner à l'instant , et de ne leur permettre l'accès auprès du malade que le sixième jour après la vaccination, si l'opération a réussi.

Ne négligez pas ces précautions, car la variole est une affection éminemment contagieuse. Si je

dis que la variole est une maladie contagieuse , c'est parce qu'elle se communique d'un individu à un autre par le simple rapprochement; quelquefois même le rapprochement n'est pas nécessaire , il suffit qu'une personne ait donné des soins à un varioleux pour la porter à des distances considérables sans en ressentir elle-même la moindre atteinte. Je n'entrerai pas dans une discussion sur la contagion , je craindrais d'être entraîné et de dépasser le cadre que je me suis tracé; il suffira de rapporter ici quelques exemples de contagion.

En 1838 , à l'hôpital de la Charité , un sujet fut atteint de la variole.

Aussitôt plusieurs femmes des salles voisines ressentirent les premiers symptômes de la variole, et , malgré le soin que l'on prit de les vacciner, il était trop tard, plusieurs eurent une variole complète ; une d'elles prit la vaccine, et les deux affections marchèrent ensemble. Les faits de cette nature ne sont pas rares.

Une garde-malade , qui avait donné ses soins pendant le cours d'une variole à un enfant qui

succomba au quinzième jour, fut appelée un mois après chez M mc X... pour l'assister pendant ses couches.

M m f X... avait été vaccinée dans son enfance , mais elle n'avait eu qu'une seule pustule vaccinale au bras gauche.

Au cinquième jour de l'arrivée de la gardemalade , c'est-à-dire le troisième jour après l'accouchement, M me X... fut prise de vomissements, de courbature , de violents maux de tète , et la variole parut.

Doit-on rapporter exclusivement à celte circonstance ce cas de variole ? On ne pourrait évidemment l'affirmer d'une manière positive. Toutefois il est démontré que la variole a souvent été transmise ainsi , et je pourrais rappeler un cas de variole intra -utérine communiquée par la seule présence d'une femme enceinte dans une salle d'hôpital où se trouvaient plusieurs varioleux ; j'en parlerai avec plus de détail en son temps.

Je l'ai déjà dit , quand la variole ne tue pas, elle laisse des infirmités quelquefois très-graves , telles que la perte de la raison , de la vue , et ce

qu'elle laisse toujours , c'est la cicatrisation plus ou moins profonde, plus ou moins affreuse, qu'elle imprime au visage.

On a donc cherché à se garantir des suites de la variole. N'eût-il pas été plus heureux de se garantir de la variole elle-même ?

Une des suites de la variole qui paraît être la plus redoutée est généralement , chez la femme surtout , la cicatrisation. Souvent ce sont des trous réguliers qui s'effacent plus ou moins , d'autres fois ce sont des coutures inégales qui conservent une couleur blafarde, et qui rendent la figure la plus belle et la plus régulière repoussante et désagréable ; les yeux ne sont pas épargnés, les cils tombent, et les paupières restent rouges et constamment humides d'une sécrétion ichoreuse.

Pour prévenir les suites de cette cicatrisation , on a imaginé divers moyens (1).

(1) Les Égyptiens avaient une méthode toute particulière pour traiter la variole.

Dans les trois premiers jours, on donne du debs ou raisiné, du miel el du sucre; le septième, on permet le

Parmi les nombreux moyens susceptibles d'atténuer les effets de la variole , nous citerons : 1° L'emploi de l'emplâtre de Vigo ; 2° L'eau froide ; 3° Une pommade composée ainsi :

Axonge 32 gr.

Fleur de soufre. ... 6 gr.

4° Le collyre suivant, proposé par le D r Tielmann , de Saint-Pétersbourg :

Bichlorure de mercure. . 5 centigr.

Eau distillée 180 gr.

Laudanum de Sydenham. A gr.

On applique ce collyre six fois par jour (chaque fois, pendant une heure), au moyen de compresses humectées de temps en temps.

On affirme avoir obtenu de très-bons résultats de l'emploi de ce moyen.

laitage et le poisson salé. On ne purge pas, et on ne permet de laver le visage et les yeux qu'après le quarantième jour; c'est en partiecequi cause la cécité dontun grand nombre d'entre eux sont atteints, à la suite de celle affection. (Volney.)

5° M. Bailleul, de Bolbec, propose le chlorure de soude comme moyen désinfectant de la variole.

G" I/emploi de la calamine a eu aussi de trèsbons résultats ; voici ce qu'on en dit dans un journal de médecine.

Emirtoi de la calamine pour prévenir les cicatrices dans la petite vérole confluente.

«Un jeune homme de 22 ans, parvenu au dixièmejour d'une variole confluente, était épuisé par des ulcérations de G à 7 pouces d'étendue sur les hanches, les fesses et le coccyx, provenant de ce que les draps du lit adhéraient à la surface suppurante des pustules. M. George eut l'idée de couvrir et de tenir constamment couvertes toutes les surfaces dénudées d'une couche épaisse de calamine préparée et pulvérisée ; au bout de quatre jouis , l'épidémie était reformé dans tous les points , et le malade guérit promptement. En examinant plus tard ces parties , on ne put découvrir aucune trace de cicatrice non- seulement des ulcérations , mais même des nombreuses pusutles qui les environnaient. M. George rapporte ,

dans la Gazette médicale de Londres, plusieurs autres cas semblables, qui viennent confirmer l'efficacité de la calamine dans ces circonstances. »

7° On a conseille' aussi l'emploi de l'onguent mercuriel double, pour arrêter la progression des boutons variole's ; cet onguent hâte la tombée des croûtes , et les cicatrices qu'elles laissent sont presque invisibles.

8° L'emploi de la lilharge a réussi quelquefois.

9° Un médecin allemand a proposé , il y a environ dix ans, l'emploi des lotions chlorurées pour rendre la variole bénigne et prévenir les cicatrices; ce moyen consiste à laver deux ou trois fois par jour les parties affectées avec l'eau chlorurée affaiblie.

10°M.Carrondu Yillards propose, pour guérir une affection connue sous le nom de yeux bordés de rouge (I), qui est la suite de la variole ou de l'ophthalmie varioleuse, de toucher le rebord des

(1) L'emploi de la pommade anti-ophlhalmique de Diipuytreu m'a toujours parfaitement réussi dans le traitement de l'oplitlialmie varioleuse.

paupières avec un petit pinceau imprégné de la pommade suivante :

Moelle de bœuf fondue 32 gr.

Extrait d'huile de bois 12 décigr.

Onguent cilrin 60 cenligr.

Huile blonde de foie de morue. 6 décigr.

Mêlez.

On a proposé l'emplâtre de Vigo sans poudre de cantharides. Tous ces moyens ont sans doute une valeur réelle ; mais n'est-il pas plus prudent de devancer la variole en courant au devant de la vaccine ? Et combien n'a-t-on pas de reproches à se faire lorsque l'on voit son enfant devenir affreux , aveugle , et mourir par les effets de la petite vérole. Quand on a le remède, que dis-je ? le préservatif le plus puissant sous la main, faut-il être assez indifférent pour n'en pas faire profiter les siens? *

Je m'arrête ici ; je ne chercherai pas à prôner l'efficacité de tel ou tel de ces remèdes , je me bornerai à vous conseiller de ne pas vous en servir, et pour cela il vous suffira de recourir à

la vaccine, le seul remède pour combattre efficacement la variole, le plus terrible des fléaux.

La variole , comme nous l'avons dit, s'attaque à tous les âges; elle va chercher l'enfant jusque dans le sein de sa mère , soit que la mère ait e'té expose'e à la contagion , soit qu'elle ait elle-même la variole.

J'ai dit plus haut que la variole se transmettait sous plusieurs formes; j'ai même parle' d'une grossesse intra-utérine , et , à l'appui de ma citation, j'ai promisd'en faire connaître quelques faits.

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