‹ Manuel du vaccinateur des villes et des campagnesChapitre 8 sur 24 · MANUEL DU VACCIN ATEUR · texte numérisé non relu

MANUEL DU VACCIN ATEUR

se fait-il que la mère soit gravement atteinte , tandis que le fœtus reste en dehors de la sphère d'activité du virus?»

Telles sont les questions que M. Barhetche a cherché à résoudre , mécontent des explications données jusqu'alors. Voici , sous forme de propositions, les opinions émises par ce praticien. Il admet que le virus-vaccin ou variolique agit sur le sang et sur les solides du corps humain , mais qu'il est permis de douter de son action sur les produits des sécrétions ; que le sang de la mère varioleuse est altéré , tandis qu'il ne peut l'être alors que , la mère se portant bien , le fœtus seul est frappé ; qu'il peut se faire que le sang et les solides de la mère vaccinée résistent à l'agression du virus variolique, lequel, charrié par la circulation , va s'éteindre sur le fœtus; que le sang veineux aboutissant de diverses circulations partielles peut et doit recevoir tous les germes contagieux, à titre de réservoir commun; mais il y a loin de ce fait à conclure qu'il est l'unique voie de transmission. De plus n'y a-t-il pas deux espèces de sang? Qu'il ne ré,-

pugne point à la raison de revacciner les femmes enceintes pendant une épidémie de variole, ne serait-ce que dans l'espérance de substituer une vaccination fœtale à une variole intra-utérine toujours plus grave.

J'approuve sinon complètement l'opinion de M. Barhetche , du moins les conseils qu'il donne de pratiquer la vaccine sur les femmes enceintes, surtout si elles se trouvent au milieu d'un foyer épidémiqjie.

Ainsi variole terminée chez le fœtus au moment de l'accouchement , variole à la première période, toujours sans que la mère en soit atteinte, varioles communiquées par les mères atteintes de variole , se présentent , mais ne s'expliquent pas. Je n'entreprendrai pas de démontrer les variétés et les anomalies de la variole : il faudrait pour cela faire des volumes qui, pour le lecteur, deviendraient fastidieux ; et, sans juger les nombreux écrits publiés sur cette matière , je crois pouvoir dire que, malgré ses variétés , la variole est toujours la même , quel que soit le nom dont on l'ait décorée.

Ainsi, lorsqu'on a voulu parler de varioles

irrégulières, on leur a donné des noms de fantaisies

par exemple, varioles modifiées, varioles fausses, varioles bâtardes , illégitimes , anormales , vérolette , veretle , vérole volante , etc. etc. , et encore varioloïde, varicelle , variole ombiliqnée, variole adultérine, varicelle tronquée, vac-

cinique , etc. (1).

Tour moi, toutes ces affections sont identiques, seulement elles varient suivant l'économie des sujets qui en sont atteints , elles prennent des formes irrégulières ; mais on les reconnaît toujours sous telle ou telle figure qu'elles se présentent. Ces définitions , je les abandonne aux savants , et si j'en parle ici, c'est seulement dans le but d'apprendre au lecteur que la variole revêt différentes formes et différents caractères , mais que s'a nature est toujours la même, et que toutes ces affections qu'on a cherché à classer et à différencier ne sont que le produit de la variole maligne ou bénigne.

(1) Comme dans la fièvre typhoïde, un vomitif administré au début m'a toujours parfaitement réussi pour déterminer le genre de l'affection.

Cependant il est une maladie qui attaque de préférence les vaccinés et les varioles , elle est en tout analogue à la variole ; comme la variole, elle défigure , mais rarement elle est mortelle.

Celte affection, qui a attiré l'attention des vaccinaleurs et des statisticiens, a été le sujet d'une foule de discussions tant sur ses effets que sur sa véritable origine ; je veux parler de la varioloïde.

M. Moreau de Joniiès a dit que la varioloïde était une maladie nouvelle, distincte de la variole, et importée en Europe , il y a vingt à vingt-cinq ans , à travers l'Amérique et l'Angleterre , sur les bâtiments venant des Indes, où depuis bien longtemps elle sévit avec une grande intensité.

Le virus de la varioloïde est, pour M. Moreau de Jonnès, d'une toute autre nature que celui de la variole , et il affirme que ni la vaccine ni la variole ne peuvent rien contre elle. M. Moreau de Jonnès a des partisans qui , à son exemple , soutiennent cette opinion.

Beaucoup d'écrivains et d'observateurs affirment , avec ce dernier, que la varioloïde ne peut

produire que la varioloïde ; ils soutiennent , en outre , que le vaccin ne prend pas après la variole. Hufeland et beaucoup d'autres ont contesté cette opinion ; ils pensent que c'est une simple variété de la variole. M. Robert, de Marseille , est convaincu que la varioloïde ne s'est montrée qu'à la suite des vaccinations , et qu'elle dépend de ces dernières. Le D r Eichhorn pense comme M. Robert, et prétend que la varioloïde produit la variole chez les non vaccinés ; le D r Heim professe la même opinion. M. Bousquet prétend que la varioloïde est aussi ancienne que la variole, et que ces deux affections n'ont rien de commun ensemble ; il s'appuie en cela de l'opinion de Pariset , qui a vu en Egypte , dans les îles du lac Menzelech , la varioloïde sur des sujets non vaccinés, car la vaccine n'ajamais pénétré dans ce pays. On prétend aussi que la varioloïde est plus grave chez les anciens vaccinés que chez les nouveaux. M. Gendriu conteste cette assertion , et s'appuie en cela des faits qu'il a observés luimême. Dans toutes les épidémies de variole, il y a en même temps épidémie de varioloïde. Un grand

nombre de médecins, voulant s'assurer de l'identité des deux virus , ont inoculé la varioloïde à des sujets non vaccinés , et ils ont produit la véritable variole.

Il y a tout lieu de croire que la varioloïde n'est pas une maladie nouvelle, elle est aussi ancienne que la variole elle-même. Ces deux variétés marchent ensemble, etse produisent l'une par l'autre, comme toutes les éruptions varioleuses ou varioloïformes ; ainsi varioloïde , varicelle , variolette, etc., sont toutes des varioles modifiées soit par la nature et l'influence du climat ou plutôt par la nature des individus qui en sont atteints.

La varioloïde attaque de préférence les vaccinésetles varioles, et voici pourquoi: Lesujetqui prend la variole confluente a perdu (au moinspour le plus grand nombre ) l'aptitude à reprendre la variole ; le vacciné est dans le même cas. Mais lorsque le germe de la maladie n'est pas complètement détruit , ou que le sujet , par sa nature , est susceptible de reprendre la variole, il se peut que la modification apportée par la variole ou la vaccine change la nature de la maladie.

Page 1