‹ Manuel du voyageur en SuisseChapitre 42 sur 185 · BEL · texte numérisé non relu

BEL

sage important. La vallée de Riviera , qui , avec la Val-Lé- Tan tine , dont elle forme le prolongement , a 12 lieues de Ion. gueur . s'y rétrécit à tel point , qu'il n'y reste de place que pour la giande route et la rivière. La ville est assise, des deux côtés de la rivière , sur la pente de la montagne. A l'est, on a construit deux châteaux- forts l'un au-dessus de l'autre 9 et il y en a un troisième du côté de l'ouest. Des nmrs descendent depuis ces trois châteaux jusqu'aux bords du Tessin , de sorte que les trois portes de la ville ferment toute la vallée* Bellinzone est donc la clé de la Suisse du côté important du Saint-Gothard , et le grand dépôt de toutes les marchandises qui vont en Italie , ou qui en reviennent par le Saint-Gothard, le Luckmanier , et par le Bernardin. Les trois châteaux ont été bâtis pendant le 15e siècle , par les ducs de Milan : ce sont les Français qui, sous le règne de François Ier, ont élevé la grande digue que l'on voit près de Bellinzone , du côté de Moliguasco, et qui sert à prévenir les dévastations du Tessin, de la Moësa et du Calanchetto. — Le pont élevé sur le Tessin est beau ; il a 11k pieds de long et 21 de large. — L'Églisè paroissiale est fort belle; l'autel est de marbre: quelques bons tableaux. — Le couvent de X.-D.-dcs-Ermites a fondé un gymnase à Bellinzone. Les bàtimens en sont fort beaux: on y enseigne ia théologie. 11 y a aussi dans cette ville une école à l'usage des jeunes filles. — On y prépare avec du sirop de fleurs d'oranger et avec Fecorce de l'orange de Portugal , une boisson nommée Aqua di ccdro, qui offre un rafraîchissement agréable au voyageur altéré.

Points de vue remarquables. — 1° Près des trois châteaux de la ville ; 2° près de l'église de Corduno , du côté du couchant, d'où l'œil pénètre jusqu'au milieu de la vallée de Misox; 3° près de l'église du village de Daro , où. l'on aperçoit trois montagnes remarquables : le fertile Aldaro. l'Isone couvert de superbes forêts , et le sauvage Gamoghé : lx° le point de vue de la Motta, située à une lieue de Bellinzone , est des plus agréables.

Chemin de la Motta. — Au sortir de la ville , on aperçoit sur les flancs du mont Carosso , que couvrent de sombres forêts, le village, le couvent et la maison de campagne de même nom. Plus haut est l'église de San-Bernardo . et plus au sud Sementina et la vallée de même nom , dans laquelle il.y a une cascade; vient ensuite la chapelle de Saint-Antoine. De là, après avoir passé le ruisseau de Dragonat , et traversé une plaine fertile , où l'on voit s'élever au-dessus d'une forêt de figuiers le couvent de San-Biaggio , on arrive au bord du Ma-

io8 BEL

robio . torrent impétueux que le voyageur passe sur un petit pont situe un peu plus haut : après quoi Ton gagne bientôt le beau village de Giubiasco . d'où Ton n'a plus qu'une demilieue à faire pour être à San -Paolo et à la Motta . située à l'entrée de la vallée de Marobio.

Vue ou Mont-Gamogké. — Le sommet de cette montagne , la plus haute de toutes celles du canton du Tessin . présente wUè vue admirable. Le chemin qui y mène passe par le village d'Isoae . à 2 lieues de Bellinzone. au pied du Gamoghé. On peut aller sur la montagne et revenir en ville en un jour ; niai- il vaut mieux se pourvoir à Bellinzone d'un guide sûr et (Expérimente . partir l'après-midi . et passer la nuit dans un «les chalets du Gamoghé . afin de se trouver sur le sommet au lever du soleil. On aperçoit même . lorsque l'air est très-serein . la cathédrale de Milan . quoique cette ville soit à 20 Jieues de là.

Chemins. — De Bellinzone à Poleggio . au débouché de la Val-Levantine , il 1. | Y. Poleggio. ) Dans la vallée de Misox . t-t sur le mont Bernardin. ( Y. ces deux articles. ) A Chiavenna par la vallée de Marobio . et de là à Gravedona et Lecco >ur le lac de Corne. (V. ces articles. ) A Locarno . 3 lieues. A Lugano . 0 lieues. On passe par Giubiasco . comme lorsqu'on veut aller à la Motta. De Giubiasco à Cadenazzo . au pied du mont Céneré ( on laisse à gauche les villages de Camerino et Saint-Antoine) . où le chemin tourne à droite et mène à Magadino. De là . on passe le mont Céneré ( forêts de châtaigniers ) . et au bout de deux heures de marche , depuis Bellinzone . on arrive à Bironico. On y trouve une grande auberge . où l'on conserve la collection nombreuse des armoiries de tous les commissaires envoyés par les cantons à Lugano . depuis trois siècles . pour la révision des procès. Un chemin qui part de Bironico va droit à Magadino, au bord du lac Majeur . sur lequel on s'embarque pour Locarno. Au-delà de Bironico . on voit s'ouvrir à gauche l'étroite vallée d'Isone . que couvrent d'épaisses forêts . et d'où sort un torrent de même nom. On distingue sur une colline élevée . le couvent d'al Bigorio , d'où l'on découvre une vue magnifique , et on laisse à gauche le village de Camignolo. Le chemin suit le cours du ruisseau de l'Isone . traverse les jardins de Vira . et passe près de Gessora sur un ruisseau que forme l'écoulement du petit lac d'Origlio . situe dans la vallée de Ravagna : ensuite on descend dans les beaux villages de Taverne Sopra et Sotto . et l'on passe l'Isone près du moulin d'Ostarietta. Là , on aperçoit de loin la cime de San-Salvador.

au bord du lac de Lugano ; à droite , on voit, à travers les châtaigniers et les mûriers , briller les villages de Toricella , Chioso et Bedano ; celui de Grumo s'appuie coutre un coteau, sur le sommet duquel est située la maison de campagne de Hlàtoro. Le dernier village que l'on rencontre sur la route est celui de Vescia , après quoi on traverse un pont qni mène à la chapelle des due Marri.

Plantes. — La terre produit deux récoltes de maïs par an. Toutes les montagnes sont couvertes de châtaigniers. Uu seul et même champ offre à la fois la culture des blés , des mûriers et de la vigne : on voit communément croître le figuier et l'amandier ; les grenades y mûrissent : les orangers et les citronniers . élevés en espaliers dans les jardins , y rapportent de bons fruits , et passent toute l'année en pîein air.

Berga:*ïe ( Italie). Cette ville est située sur une colline de la vallée Seriana , au midi de la chaîne du Legnoné , #Auî sépare la Valteline des vallées bergamasques , et à quelques lieues à l'est de Lecco sur le lac de Côme.

Chemins. — On passe par la vallée de Brembana pour aller de Bergame à Morbegno . et par celle de Seriana , dans d'autres villages de la Valteline , et toujours en franchissant la chaîne du Legnoné ; de là , on entre dans les Grisons et clans le Tyrol allemand. La grande route va de Bergame à Lecco , où l'on embarque sur le lac de Côme les marchandises destinées pour la Rhétie et les autres cantons suisses.

BERGtnf , village réformé du canton des Grisons , au pied du mont Albula , sur la grande route qui , de Coire, mène dans l'Engadine. Les habitans parlent le roman. ZiOO h.

Chemins. — De Bergun jusqu'à l'auberge de Weissenstein , sur le mont Albula , 2 lieues. ( V. Albula. ) On descend de là à Filisur en deux heures par le défilé remarquable du Bergunerstein. La vallée que traverse la rivière d' Albula forme près de Bergun un bassin entouré de hautes montagnes. A l'ouest , on voit une fente énorme , dont les parois , coupées à pic, ouvrent un passage à la rivière d'Albula.

Le passage du Bergunerstein. — Le matin et le soir , lorsque le soleil éclaire et enlumine les rochers de ce défilé, les amateurs du dessin y trouvent des parties très-pittoresques et du plus grand effet. 4,140 p.

Bernard (le grand St.-} , haute montagne du Bas-Valais, située sur la frontière de la vallée d'Aoste, en Piémont. La plus haute sommité se nommé le mont Vélan ; elle a 10,327 p. au-dessus de la mer. A l'opposite de cette sommité , on voit à l'ouest la pointe deDronaz, qui a 9,005 pieds de hauteur.

no BER

Des armées qui ont passé le Saint-Bernard.— Depuis le temps d'Auguste , le chemin que prenaient les légions romaines pour se rendre en Helvétie , dans les Gaules et dans la Germanie , passa par le St. -Bernard. (V. Vevey.) L'armée d'Aulus Cœcinna franchit cette montagne en 69 pour marcher contre l'empereur Othon, en Italie ; une armée de Lombards y passa en 547 , ainsi que d'autres armées , sous Charlemagne, en 1034 . sous le margrave Boniface, sous l'archevêque de Milan t dans les guerres de Charles-le-Téméraire , etc. Depuis le printemps de 1798 , époque à laquelle les Français pénétrèrent en Suisse , jusqu'en 1801 , plus de 150,000 soldats montèrent sur le Saint -Bernard , et le couvent eut pendant plus d'un an une garnison de 180 Français. En 1799 , les Autrichiens tournèrent l'hospice , et l'on se battit pendant toute une journée , au bout de laquelle les Français denieurèient maîtres de la montagne. Du 15 au 21 mai 1800 , l'armée de réserve française , forte de 30,000 hommes , et commandée par Napoléon , alors premier consul . passa le Saint-Bernard avec des canons et de la cavalerie. On fit passer 20 canons , qu'il fallut démonter au village de Saint-Pierre; on employait 64 hommes à trainer chaque pièce jusqu'au haut du passage. Au mois de juin , cette armée combattit les Autrichiens, commandés par le général Mêlas, dans les plaines de Marengo, où le générai Desaix décida la victoire en faveur des Français , vers les 4 heures après midi. Son corps repose dans l'église du Saint-Bernard , où il lui a été érigé un monument en 1805.

Situation du couvent. — Cet hospice est situé au haut d'une gorge percée dans les rochers , du nord-est au sud-ouest . sur le bord d'un petit lac. Il occupe à peu près le point le plus élevé du passage, et il est élevé de 1,246 toises (7.476 pieds) au-dessus de la mer. C'est incontestablement l'habitation la plus haute qui existe dans tout l'ancien monde. Le nombre des chanoines n'est pas fixé ; il varie de 20 à 30 ; mais il n'y en a guère que 10 ou 12 qui résident à l'hospice. Leurs fonctions consistent à recevoir , loger et nourrir toutes les personnes qui passent sur le St. -Bernard : ils doivent de plus , pendant les 7 à 8 mois les plus dangereux de l'année , parcourir journellement les chemins , accompagnés de gros chiens dressés à cet effet pour porter aux voyageurs qui peuvent être en danger, les secours dont ils ont besoin , les sauver et les garder dans l'hospice jusqu'à leur entier rétablissement : le tout sans en recevoir aucune rétribution. Les voyageurs aisés trouvent dans l'église un tronc destiné àre-

BER m

cevoir leur offrande volontaire. Pendant les mois les plus froids de l'année, le thermomètre se tient, aux environs du couvent , à 20 ou 22 degrés au-dessous de glace ; au fort de l'été il gèle presque tous les matins; on n'y jouit guère qu'emiron 10 ou 12 fois par an d'un ciel pur et serein pendant toute une journée ; l'hiver y dure de 8 à 9 mois ; et il y a tout près de l'hospice des places où la neige ne fond jamais. Une trentaine de chevaux ou mulets sont constamment occupés . pendant 3 ou l\ mois de l'année , à aller chercher du bois dans les forêts situées à Zi-6 lieues du couvent. Toutes les années on trouve des individus morts de froid ou ensevelis dans les neiges des lavanges. L'on range leurs corps à côté les uns des autres dans une chapelle située au-dessous de l'hospice 9 du côté de l'est. Comme la rigueur du climat ne permet pas aux cadavres de se corrompre , les traits de leurs visages se conservent pendant deux ou trois ans , après quoi les corps se dessèchent et deviennent semblables à des momies.

Chemins. On descend en 3 heures au village de St-Pierre , en suivant le revers septentrional , au travers d'une gorge sauvage, nommée la Combe (V. Entremont) ; celui du sud mène en 6 ou 7 heures par la Vauli-Pennine à la cité d'Aoste: la pente est plus rapide que du côté du Valais. On trouve la frontière du Piémont entre le lac et le plan de Jupiter, et l'on arrive au boni de deux heures à St-Remi , où il y a une bonne auberge. De là on passe par les villages de St-Oyenet d'Etrouble , Tieveno , à côté de la chapelle de St-Pantaléon, par le défilé de la Cluse; par Giguod (où l'on voit s'ouvrir la Valpelline , qui s'étend du côté du Combin , et où il y a des minéraux), et par Signai, d'où l'on gagne la cité d'Aoste.

Minéralogie et géologie. — Le Saint-Bernard offre un grand nombre de pics , parmi lesquels le mont \ élan est le plus élevé. Entre ses sommités on trouve plusieurs glaciers fort considérables. Ces montagnes sont composées de couches alternatives de gneiss , de schistes micacés , de pierre calcaire primitive et de quartz. Au X.-O. du couvent on voit s'élever le pic du Pain-de-Sucre , et une autre aiguille qui a 8,796 pieds d'élévation au-dessus de la mer ; elle est composée de pierre calcaire mêlée de mica et de quartz. Du haut de cette sommité on jouit d'un très-bel aspect ; on y découvre entre autres le Mont-Blanc. A la descente , on trouve de fort beaux rochers d'un quartz grenu, qui se coupe en parallélipipèdes obliquantes. Cette pierre est très-dure : l'incandescence la rend uq peu flexible. On se sert de ces plaques de quartz

ira BER

pour couvrir les toits du couvent. Au nord est la cime de la Chenalette (8418p.), entièrement composée de gneiss, ainsi que tout le revers septentrional de la montagne , jusqu'à Saint-Pierre. A l'ouest , on observe le Col-de-Fenêtre et la Pointe-de-Dronas , qui a environ 9,000 p. au-dessus de la mer.

Beraard (le petit St.), montagne du Piémont , entre le ValcVAoste et la Tarantaise , dans les Alpes grecques . passage le plus commode qu'il y ait dans toute la chaîne des Alpes. Sur le sommet du col est un hospice desservi par deux prêtres de la Tarantaise ; son élévation est de 6,750 pieds audessus de la mer. De l'hospice on va . 1° en 13 heures à la Cité d'Aoste : il n'y a que 2 lieues de descente entre le col e* la Salle, où l'on arrive au bout de 8 heures de marche : 2° du côté de la Tarantaise par Saint-Germain et Villars-Dessous à Seez , 3 lieues. De là . en suivant l'Isère . à Moutiers et à Grenoble en Dauphiné : de Seez . le long de la A ersoy . par Bonaval , Glinettes et Crët à Chapiu , !x lieues au pied du Bonhomme. ( Y. cet article. )

Bernard es (le), montagne du C. des Grisons , située danb la chaine centrale , entre le Rhinwald et la vallée de Misox. L'arête élevée qui en couronne le sommet . descend entre le Moschelhorn et le Schwarzhorn jusqu'à t'Alpe de Muésa . et offre un passage commode pour aller à Bellinzone. Le Moschelhorn. qui s'élève au S.-O. au-dessus de ce col. a, selon M. Weiss , 9.410 pieds au-dessus de la mer. A l'est on voit le Mittaghorn. A l'ouest du Bernardin , partent, du Moschelhorn et des montagnes qui l'aToisinent . deux chaînes qui. se dirigeant vers le sud, séparent le Val deBlégno de celui de Calanca , et ce dernier de la vallée de Misox: une chaine qui s'étend à l'est du Schwarzhorn . du côté du sud, sert de limites entre la vallée de Misox et celle de Saint-Jacques et de Chiavenna. Le Bernardin forme de ce côté la ligne de démarcation entre le climat de l'Allemagne et celui de l'Italie. Les Italiens habitent le revers méridional de la montagne . et l'on y trouve les productions des pays chauds. Deux chemins différens . dont le plus court n'est praticable qu'en été . passent sur cette dernière montagne. Le plus long est entretenu par la commune de Hinter-Rhin. Au point le plus élevé du passage , le voyageur ren~ contre un hospice . d'où il descend du côté du nord, en 3 heures , à Hinter-Rhin (V. Rhinwald) . et du côté du sud à Bernardino en 2 heures. ( V. vallée de Jfîsojc. ) Sur le sommet du Beruardin est situé le petit lac de Muésa , dans le-

quel il y a des îles. L'eau qui descend du revers méridional du glacier du Rhin va se jeter dans ce lac. dont l'écoulement forme le ruisseau du Muésa. Depuis les bords du petit lac jusqu'au SI oscheihorn , la grande Alpe de Muésa est couverte de petites éminences , dont l'ensemble offre un aspect semblable à celui des vagues d'une mer subitement surprise par la gelée.

Ber\e ; canton de) , le plus grand et le second en rang dans la confédération siùsse, qui préside , en qualité de cantondirecteur , alternativement avec ceux de Zurich et de Lucerne. Situé dans la Suisse occidentale , il a pour limite vers le N. la France , et sur quelques points le territoire de Soleure ; à TE., Baie, Soleure et l'Argovie, Lucerne . Underwalcl et Uri ; au S. le Valais et à PO. les cantons de Vaud. de Fribourg et de Xeucliàtel. Sa plus grande longueur du % au S. est de 30-35 lieues, et sa largeur moyenne del'E. à PO. , de 15-17 lieues. Son sol, composé d'environ 175 milles carrés, est extrêmement varié ; cependant l'on n'y voit nulle part des plaines fort étendues , et il offre surtout beaucoup de collines et de montagnes, dont les plus élevées le séparent du Valais vers le S., et forment une des principales chaînes des Alpes suisses. C'est dans leurs rangs qu'on voit les énormes pics de la Juugfrau, du Schreckhorn et du Finsteraarhorn r environnés d'une mer de glace, fendre les nues et étendre leurs embranchemens, et les vallées qu'ils forment jusqu'aux environs deThunet de la capitale même. Le canton est parcouru vers le X. par les nombreuses chaînes du mont Jura ; c'est dans la plus méridionale que s'élève le Chasserai , qui est la plus haute cime de la partie bernoise de ce système de montagnes.

L'Aar , la plus considérable des rivières du canton . prend sa source auprès du Finsteraarhorn : elle amène toutes les eaux de POberland ; son cours est presque parallèle à celui de l'Enime. La Birse , qui prend sa source dans le Jura , et le Doubs n'arrosent qu'une petite partie de l'état de Berne. Les lacs deThun et de Brienz s'étendent au pied des Alpes ; et celui de Bienne baigne le revers méridional du Chasserai. C'est entre les Alpes et le Jura que sont situées les contrées les plus fertiles du canton : arrosées par PAar , par l'Emme et par de nombreux ruisseaux . riches en champs , en grasses prairies et en belles forêts , elles sont peuplées d'une multitude de villages , de bourgs et de petites villes , au milieu desquels s'élève la capitale.

La population se compose de près de 292.000 âmes : à Pex-

ii I BERj

ception de 62,000 habitans des bailliages du Jura, dont les deux tiers sont catholiques, c'est un peuple de race allemande qui professe la religion réformée. L'éducation des bestiaux forme la principale ressource des habitans des Alpes et du Jura ; ceux des contrées qui s'étendent entre ces montagnes s'occupent de l'agriculture , dont ïes produits toutefois ne suffisent pas à la consommation du canton. La culture de la vigne est peu considérable ; celle des arbres fruitiers Test beaucoup. Diverses fabriques de draps, d'indiennes et de toiles peintes , les mines de fer du Jura, plusieurs papeteries, de grandes tanneries , des manufactures d'étoffes grossières, le commerce des chevaux . des bêtes à cornes et des fromages, sont les principaux objets de l'industrie nationale. De superbes chaussées parcourent le pays en divers sens , et facilitent la circulation des marchandises. Entre plusieurs eaux minérales dont on fait beaucoup d'usage ; celles de Gourbigel et de Blumenstein sont les plus fréquentées.

Berae (la ville de), capitale de même nom, compte 12.00Q habitans (un dénombrement officiel, publié en 1818, porte à 17,621 le nombre des habitans de la ville et de sa banlieue), et 1,062 maisons. Elle est bâtie sur ime colline entourée presque de tous côtés par l'Aar , qu'on y passe sur un beau pont de pierre.

Hôtels : La Couronne, tenu par !iï. Resinger; bonne maison. — L'Abbaye des Gentilshommes; bonne table d'hôte. — L'hôtel de l'Ours , estimé.

Bains. On les chauffe été et hiver ; les meilleurs sont ceux de Marzili , à l'entrée de la ville.

Café Giudice dans la rue de l'Horloge.

Histoire. Berne, fondée en 1191 par Berthold V, duc de Zehringen, fut déclarée indépendante en 1218. Respectée des plus grands souverains, elle fut pendant plusieurs siècles le plus puissant état de la Confédération , et régna sur un territoire qui l'emportait en étendue sur beaucoup de principautés. Aucun ennemi n'avait pénétré dans ses murs, qui renfermaient d'excellens arsenaux et un riche trésor, sous les auspices d'une magistrature pleine de sagesse. Les annales bernoises commencent par le récit de la lutte qu'on soutint pour le pont de l'Aar: elles rapportent combien de fois les citoyens combattirent aux portes delà ville pour leur indépendance, et comme ils portèrent ensuite leurs armes triomphantes en Lorraine , en Souabe , dans la Lombardie et dans la Bourgogne. Après avoir cessé de combattre pour la patrie ? les Bernois se distinguèrent encore dans les services étran»

gers. En mars i798, les Français, commandés par le général Schauenbourg, occupèrent la ville; Tannée suivante, le gouvernement helvétique y fixa sa résidence. Aujourd'hui, elle est alternativement , avec Zurich et Lucerne , le lieu où se rassemble la diète suisse. Le tour complet est de six ans, de sorte que les députés se rendent deux aimées de suite dans chacune des trois villes présidiales.

Vue générale. Un grand nombre de bàlimens publics , la régularité, la solidité et la distribution bien entendue de la plupart des maisons , attestent l'antique splendeur de la république. Dans la plupart des rues , il règne des portiques où l'on marche à l'abri de la pluie, de la boue et des voitures. Les rues sont très-larges, fort bien pavées, éclairées pendant la nuit, et d'une propreté fort remarquable. Les principales sont parcourues par des ruisseaux qui coulent dans un canal de pierre , et ornées d'un grand nombre de fontaines. La ville a 20 minutes de longueur, mais elle est fort étroite , et trois principales rues , parallèlles entre elles , en forment la plus grande partie. L'air, quoique im peu vif, est sain et fort pur.

Edifices. La cathédrale , Munster , d'un beau style gothique , ainsi que la terrasse ou plate-forme de 108 pieds de hauteur au-dessus de laquelle elle s'élève : on commença à la construire en 1421 ; elle fut achevée en 1502. Le premier architecte fut , dit-on , Mathias Heinz. La façade présente un portail orné de sculptures curieuses. On voit de jolis vitraux peints et des bas-reliefs en bois dans le chœur, à côté duquel on conserve des tapis brodés et des vétemens de Charles-lc- Hardi, et d'autres temps de la catholicité. Le clocher a 191 pieds de haut. Il y a dans cet édifice deux tombeaux curieux: le premier, érigé à la mémoire de Frederick Von Steiger , avoyer de Berne lors de l'invasion des Français en 1798, avec l'inscription suivante :

«Hier ruht der sterbliche Xiclaus Friderieh Von Stei- »ger, Schultheiss der Stadt u RespublikBern ; Ritter des K. v. *Preuss. Schw arz u Rothen Adîer Ord; Geb Bern 17 mai 1729. »Gest Augspurg D 3 u begr d 7 Dec. 1799. Das unsterbliche des «Mannes ist in seinen Thaten und vor Gott unveraenderli- »chen hohen Sinnes; trug er sein Vaterland im Herzen : er »gab [ihm hin zum Opfer , ganz, seine zeit. nur das Vater- «land war Seine Frende und Seine Stolz, war der Gedanke «seines Lebens und sein letzter. Er lebt fort im Andeuken der «Nachwelt und inunsern Herzen. Seine Geist wohnebey uns U

îi6 BEL

In Folgc Auftrags derRegierun£ des Cantons Berne wurde dietheure Asche des verewigten in Àugspurg abgebolt in seine Vaterstadt gebracht , und hier beygesetzt , den 17 Aprill805.

Six tables contiennent les noms de ceux qui moururent pour la défense de leur pays , avec l'inscription suivante :

Dem Andenken derim Unglùcksjahr 1798 fur das Yatejland gefallenen.

Al'opposite est le monument élevé à Berthold Y. fondateur de Berne. On lit l'inscription suivante ainsi figurée :

1607. Anotno Dom 1191 Fred. 6 Rom. Imp. Ber. Cod.

In memoria? monumentu perpétua? Berchtoldi 5 Zaeringia? Ducis fortiss. urbis Berna? conditoris iîiclitiss=p patriae illustris SenatusBern G. L. Q. P.

M. P. Anno CHRISTOGOMAS ,Sfilfesimo sexcentesio : ecclesiae autem Christi in hac civitate : PALIGGEXESIAS LXXIII, D. Christiano Willadino praefecto templi.

On doit visiter encore.

L'église du Saint-Esprit , commencée en 1722 , édifice d'un excellent goût. La momiaie (en 1790) ; l'arsenal ; les greniers publics (1712): l'hôpital général , bâtiment magnifique et 1resbien situé (1730 à 1740} : celui de l'Isle (1718); l'hôtel de l'Etat, où résident les avoyers et les trésoriers; l'hôtel de musique avec un théâtre ; la porte de Morat. nouvellement construite. Parmi les édifices particuliers, on distingue l'hôtel d'Erlach, habité depuis long-temps par l'ambassadeur de France; la maison on. Haller reçut l'empereur Joseph IL

Etoblissemcns et sociétés savantes. L'académie : neuf professeurs enseignent la théologie . la médecine et le droit : six, la physique , la chimie . les mathématiques , l'histoire naturelle, la philologie et la philosophie : trois autres donnent des cours de médecine vétérinaire : enfin plusieurs autres maîtres sont attachés à l'académie. L'académie de dessin: le gymnase : les écoles élémentaires; l'école normale gymnastique : la société de lecture . dont les étrangers peuvent aisément profiter à la recommandation de quelques-uns des membres : la société des Amis de l'Histoire nationale; la société d'histoire naturelle ; la société des arts ; la société de médecine ; le jar* din botanique avec le musée et un buste du grand Haller ; un second jardin au Langmauer. L'hôpital : l'hôpital bourgeois, où l'on entretient avec le plus grand soin 50 personnes indigentes ; on y admet aussi quantité d'étrangers. Deux hôtels

BER 117 des orphelins, l'un pour les garçons , et l'autre pour les filles ; une école particulière y est attachée ; une fondation pour des étudians peu aisés ; l'établissement en faveur des pauvres , avec une maison où l'on reçoit des domestiques âgés.

Collections scientifiques. La bibliothèque delà ville, très-bien montée. Elle contient 30,000 volumes: elle est surtout riche en manuscrits relatifs à l'histoire de la Suisse , et possède un grand cabinet de médailles romaines , grecques , gothiques et suisses , des antiquités romaines , et les portraits des avoyers de Berne. Elle est ouverte de 2 à !x heures de l'après-midi, les mardis , jeudis et samedis. La riche collection de livres et de manuscrits relatifs à l'histoire de la Suisse, de l'ex-avoyer, comte de Mûlinen , mort récemment ; la bibliothèque de médecine; celle des étudians; la bibliothèque de louage de M. Clias : le musée d'histoire naturelle helvétique , qui contient une collection presque complète des mammifères , des oiseaux , des plantes et des minéraux delà Suisse ; des bas-reliefs de l'Oberland, du pays de Vaud , du Valais et du Saint- Gothard : il est ouvert aux mêmes jours et aux mêmes heures que la bibliothèque ; les collections presque complètes des monnaies et médailles suisses, chez M. le docteur Isenschmidt et chez M. le pasteur Sprùngli, à Kcenitz, 1 lieue de Berne ; les cabinets d'histoire naturelle de feu le professeur Meissner; les collections d'insectes et de coquillages suisses de M. le professeur Studer.

Objets d'art. — Collection de tableaux et d'estampes , de M. Pex-avoyer de Mùlinen : on y voit plusieurs tableaux remarquables d'artistes suisses , anciens et modernes. A la salle des antiques , de beaux modèles en gypse de plusieurs des plus célèbres statues de l'antiquité. Chez M. Sigismond de Wagner, une riche collection de dessins et de gravures.

Artistes.— M. Georges Volmar, peintre d'histoire et de paysages ; MAL Lory père et Lafond , peintres - paysagistes ; M. Mottet , peintre en portraits ; M. Lcerer, peintre pour l'histoire et pour l'architecture.

Ateliers et magasins. — Les ateliers des frères Schenk , de l'orfèvre Rehfuss , de l'ébéniste Hopfengarner ; la librairie et le magasin d'estampes de MM. Biirgdorfer etLami; la société typographique , les librairies de MM. Walthard , Leuenberger et Jenni ; le magasin d'images de M. Tessaro ; le magasin de plantes de M. Seringue, célèbre botaniste ; celui de minéraux de M. W isard.

Fabriques et commerce. — Les principales manufactures sont celles d'étoffes de coton , avec les imprimeries qui en

n8 BER

dépendent. On y fabrique aussi des soieries, des étoffes de lin et des chapeaux de paille d'une grande finesse. Les tanneries sont considérables ; du reste , on commerce en marchandises fabriquées dans le canton , en vin et en fromages» Berne a deux grandes foires , Tune après Pâques , et l'autre au mois de novembre.

Café Giudice. — On y trouve deux à trois journaux français ; café de l'Hôtel de musique : belle vue , journaux , billards.

Bains : Marzilly , Inseli.

Voitures pour Thun , IYeuchâtel : s'adresser à la Couronne.

— Pour Thun , on paie environ h fr. de France pour aller et revenir le même jour, et 3 fr. 50 c. environ pour aller , sans retour.

Promenades et belles vues des Alpes, — 1° Dans la ville , la terrasse ou plate-forme à côté de la grande église. Sa hauteur au-dessus de f Aar est de 108 pieds. On s'arrête devant l'inscription qui retrace l'aventure arrivée à un étudiant nommé Weinzaepfli, qui tomba du parapet avec son cheval, et ne trouva pas la mort dans cetle chute horrible ; voici l'inscription :

« Der Allmacht und wundcrbar en

» Vorsehung Gottes zur Ehr » Und der IVachwclt zum Gedaechtniss » Stehet dieser Stein allhier.

» Als von daimen Herr Teobald Weinzœpfli » Den 25 mai 1654 von einem Pferdt

» Hinunter gestiirtzt worden » Und hernach nach dem er 30 Jahr » Der Rirchen zu Kertzers als Pfarrer vorgestanden , » Ist er den 25 Xovember 1694 » In einem bon en Aller » Seeliglich gestorben. »

Plus tard, une pauvre femme, condamnée aux travaux publics , essaya par désespoir la même chute ; mais fut brisée et mise en pièces.

2e. Autres promenades,— Près des greniers publics.— Près du Jeu-de-Paume. — Le long des fossés supérieurs et inférieurs,

— Sur le rempart qu'on nomme le Petit-Bastion. — hors de la ville. A l'Enge, 1/4 de lieue. G'est une des promenades les plus délicieuses pendant l'été, x entrée est une place dégarnie d'arbres , d'où l'on découvre la vue la plus étendue des

Alpes qu'il y ait aux environs de Berne. A l'extrémité opposée de cette promenade on trouve deux chemins différens pour rentrer en ville. L'un mène en droiture , par une alle'e percée dans un bois de sapins , à Reichenbach , ancien séjour d'Ulrich et de Rodolphe d'Erlach. De Reichenbach, on peut, en passant par Worblaufen , retourner à Berne en 1 heure de marche ; sinon l'on y rentre par le Pont-Xeuf. Ces promenades offrent toutes deux des sites pittoresques. L'autre chemin, que l'on trouve sur la gauche . à l'extrémité de l'Enge, conduit d'abord à la forêt de Bremgarten. On y jouit d'une vue délicieuse. De cette place on retourne à Berne par la grande route. Les hauteurs de Stalden et les belles allées d'arbres qui bordent les grands chemins de Soleure à gauche , et de Thun à droite, offrent aussi de superbes sites d'où les regards se promènent sur la ville et sur ses environs. On peut , en sortant par la porte inférieure , prendre à gauche et suivre le rivage de PAar ; ensuite on gagne le haut de l'Altéraberg , où l'on rencontre une place découverte qui domine la ville et toute la chaîne des Alpes. Au sortir de la porte inférieure on peut aussi aller à Ostermannigen . où sont situées les carrières de la ville; fort bel écho ; si l'on va en avant jusqu'à Diesuyl et Sttettlen, on aperçoit au fond de la vallée le château deVVorb, au-dessus duquel s'élèvent les Schreckhorn et Wetterhorn , le Hochgant , et diverses antres montagnes dont l'ensemble forme un coup d'œil magnifique. — Le chemin des Philosophes mène au Donnerbûhel, dont la situation est admirable: c'est le théâtre de la première bataille que livrèrent les Bernois à leurs ennemis, en 1291. Le Gurten est une montagne sur laquelle on va depuis Berne en 1 heure de marche ; le Langenberg est situé à quelques lieues de cette ville; l'un et L'autre sont remarquables par les beaux sites et les magnifiques vues qu'ils présentent.

Hiadelbaxk. Route. — Kœhlerhaus , 15 m. : Papiennûhle 35 m. ; borne 10 m. ; Kappelisacker 10 m. ; hauteur 5 m. ; borne 35 m.; Bœriswyl 5 m. ; château â5 m. ; Hindelbanck 15 m.

Hi\delba\k. — Tombeau remarquable dans le voisinage de Berne. — Le fameux monument érigé dans l'église de Hindelbanck à madame Langhans , épouse du pasteur de ce lieu, par le célèbre ]Yahl , est un chef-d'œuvre de sculpture. C'est dommage qu'il ne soit que de grès. L'artiste éleva ce monument en mémoire de la beauté et des rares qualités de cette dame. L'inscription est du grand Haller.

Hofwyl. — Devenu si célèbre dans toute l'Europe par les institutions agronomiques de M. Fellenberg , n'est qu'à 2

lieues de Berne. Là se rendent une multitude de voyageurs pour voir les améliorations extraordinaires que cet homme respectable a introduites dans l'agriculture, et les machines de son invention. On y célèbre toutes les années des fêtes rustiques. On prend par la route de Thnn et la promenade de l'Enge ; arrive à une petite fontaine à gauche, on tourne et l'on suit sur la grande route. On marche, après le deuxième village, entre deux jolies haies; on traverse une petite forêt. —Retour. On prend à droite , on traverse la belle forêt de Bremgarten.

Route. — Bierhùbeli 10 m.; Beaulieu 5 m.-, IVeubrûk 10 m.; Graben 30 m.; Hofwyl 55 m.

LÀUPEH. — 3 lieues : près de là à Bromberg , théâtre de la bataille de Laupen , juin 1329.

Guggisberg. — A 6 lieues , pays remarquable , pays aux belles femmes !

Bermvi (le) , montagne du canton des Grisons , avec un passage très- fréquenté qui va de la Haute-Engadine , par la vallée de Poschiavo : dans la Valteline 6,260p. De Samade , dans la Haute-Engadine , par Poulrésina , jusqu'aux trois auberges sur le Bernina , 3 lieues. L'auberge du milieu est la meilleure. De là , après avoir longé 3 lacs ( le plus long , nommé Weisser See, a 1 lieue de long ) , on monte en 1 heure 1/2 sur le sommet du Camin. Auprès du premier lac on voit l'entrée du Val de Fieno , remarquable par ses gras pâturages. Du sommet de la montagne on descend en lx heures à Pisciadel , et de là à Poschiavo, 2 lieues (V. cet article ). On peut aller en voiture de Samade jusqu'à Pontrésina.

Glacier, — Le glacier de Bernina , que l'on rencontre dans ce trajet, mérite l'attention des voyageurs. On le trouve en venant de Pontrésina , à 1/U de lieue en avant des trois auberges -, le torrent qui en sort se nomme le Flatz , et se jette dans l'Inn , près de Samade. Il faut monter sur le glacier même pour bien jouir du spectacle sublime qu'il présente. A cet effet , on part à cheval ou en voiture de Pontrésina pour le Val Roséra, où l'on arrive à un chalet qui n'est qu'à 1/U de lieue de la Sboccadura ou débouché du glacier. On fait le reste du chemin à pied , et l'on se trouve en face de l'ouverture de la voûte. Ensuite on gravit la montagne pendant mie heure ; à côté de ces masses immenses de glace , avant de pouvoir monter sur le glacier. Le glacier du Bernina constitue l'un des nombreux écoulemens des immenses champs déglace , dont toute la chaîne de même nom est cou-

Page 1