‹ Manuel élémentaire de dermatologie topographique régionaleChapitre 118 sur 251 · URTICAIRE CHRONIQUE — LICHEN CHRONIQUE · texte numérisé non relu

URTICAIRE CHRONIQUE — LICHEN CHRONIQUE

Dès les premières années, certaijis enfants présentent une démangeaison intense, paroxystique, de toute la surface tégumentaire. La cause toxique ab ingestis, Tétat névropothique héréditaire du sujet ont été mis en cause sans preuves. Bazin faisait rentrer les lésions des prurigos ou lichens de ce genre parmi les scrofulid(?s bénignes. En réalité nous ne savons rien des causes véritables des prurigos on lichens chroniques; ces deux mots sont ('qiiivalents dans la langue dermatologique française (p. 615).

Très souvent chaque poussée débute par une urticaire qui dispai'ait assez vite, mais le prurit reste: on observe, disséminées, de minimes vésicules à développement incomplet, que l'on dit à tort papules acuminées. Le grattage décapite leur sommet qui est remplacé pai' une croùtelle sèche, minime. Les premièi'es lésions disparaissent et sont remplacées par une tache grise, d'autres surviennent, ainsi de suite, et peu à peu se constitue un état particulier de la peau vague, épaissie, parcheminée, sèche an toucher, dure an contact, quadrillée de mille plis visibles à l'œil. Lorsque cet état est à son comble avec un épaississement considérable du tégument et l'exagération de ses saillies devenues papuleuses et de ses plis, on a l'état de lichénification (Brocq) ou lichénisation (tîg. 151 et 152). Vurticaire citrouique, dans laquelle les poussées récidivantes d'urticaire dominent, le lichen chroniqîie àes a.uieuvs français, le prurigo c/ironi(///<? d'aujourd'hui, sonl les termes cliniques très peu diflerents d'une série morbide qui me

AVA>T-BRAS. ôt'.I

semble unique. Mais on n"a aucune picuvt^ absolue de lunité ou de la pluralité de ces diverses modalités cliniques, et de l'existence de Tune ou de l'autre par exemple duprui^igo de Hébra,eu tant qu'entité moibide. Le traitement local comprend l'usage de pâtes couvrantes :

Oxyilc de zinc. ^ P P F

Axongo fraîche ) " ' '

des colles appliquées chaudes au pinceau, des glycérés d amidon, mentholés quand le prurit est intense. Dans ces cas on retire aussi de très bons effets des douches tièdes (Jacquet). En outre, le malade doit être étudié, en dehors de toute idée préconçue, et traité de même; si sa pression artérielle est trop élevée, elle sera abaissée }»ar la haute fréquence: s'il est suspect de tuberculose, et en dénutrition visible, il sera traité par la suralimentation. Si ses fonctions gastriques, hépatiques, pancréatiques, intestinales paraissent trouldées on cherchera à y remédier, mais non en vertu d'idées préjugées sur le mécanisme de ces dermatoses, puisqu'on l'ignore.

ECZÉMAS TRAUMATiaUES DERMITES ARTIFICIELLES

Toute irritation mécanique, physique, chimique, des mains, suitout ([uand elle se répèle, peut déterminer des éruptions que l'on qualitie d'artiiicielles, traumatiques, ou manouvrières. Des mains elles s'étendent au poignet et, suivant leur intensité, plus ou juoinshaut sur l'avant-bras. Nous les étudiei'ons mieux avec la région des mains oii elles commencent invariablement. Certaines substances provoquent im mode de réaction presque spécifique, comme le Ihapsia, l'huile de croton, ou encore l'essence de térébenthine, qui fait une phlycténisation superficielle miliaire passant à la suppuration. D'autres donnent lieu à des lésions cliniquement et anatomiquement inditférenciables de celles de leczéma ; d'autres enhn provoquent des éruptions mici'obiennes d'emblée, malgré leur cause Iraumatique, celle-ci ayant favolisé la pullulation et l'implantation de microbes préexistants en surface. J'étudierai ces types successivement. Quelques caractères que revête l'irritation provoquée, elle cède ordinairement à la cessation de la cause et sous l'influence des pansements humides à l'ean bouillie, renouvelés deux fois en vingt-quatre heures, pendant quelques jours. Quand l'épiderme nouveau s'est reformé, il est rouge, luisant, vernissé, on couvre avec une pâte de zinc (\\n achève la guéri-

son. Mais il reste entendu que si la cause provocatrice se renouvelle, elle renouvellera les lésions.

DERMITE PUSTULEUSE MILIAIRE

La dermite pustuleuse miliaire du dos des mains et des avant-bras est toujours d'origine traumatique; on Tobserve chez les laveuses, les teinturiers, etc. La peau est rouge, sèche, épaissie et quand on Texamine de près, on la voit criblée de pustulations miliaires dont les plus grosses sont moindres qu'un grain d'orge et les plus tînes comme un chas d'aiguille. La peau étant épaissie, les pustulettcs ne font sur elles aucune saillie, mais au contraire elles y pai-aissent enchâtonnées. Poui^ le plus grand nombre, ces pustulettes ont un oritice pilaire pour point central de leur développement, beaucoup pourtant sont disséminées n'importe où. Le nombre de ces pustulettes est quelquefois incroyable, on en voit vingt et plus par centimètre carré. Celte dermite est tout à fait sèche, les pustulettes ne souvrent pas. Le traitement consiste en pansements humides et pâte de zinc.

Le mécanisme de cette dermile parait le suivant; il existe h la surface de la peau, surtout dans les ostia folliculaires, un grand nombre d'unités staphylococciques (coccus polymorphe à culture grise de Cedercreutz). Une irritation de la peau met les éléments de celle-ci en état de résistance moindre, le staphylocoque pullule et crée sa lésion, la pustule folliculaire. Cette éruption habituellement due à ce staphylocoque à culture grise peut être due dans certains cas au staphylocoque doré.

DERIV3ITE SUINTANTE IIVl PÉTIGI N EUSE

Les dermites artitîcielles du type eczéma vrai (p. 650), après quel ques jours, changent souvent d'aspect; leur suintement séreux s'exagère, ou bien elles se recouvrent d'une croûte parcheminée mince, jaune, craquelée. Sous cette croûte on retrouve l'exsudat séro-fibriueux lilas pâle, caractéristique de l'infection streptococcique, et la culture, faite comme il a été dit plus haut (p. 10), a vite fait de mettre le streptocoque en évidence. Il s'agit d'une impétiginisation en nappe d'une épidermite simple provoquée par un traumatisme préalable.

Ces dermites suintantes, surtout si elles sont entretenues par la

AVAM-BRAS.

répétition des traiimatismes initiaux, peuvent durer de très longs mois; on voit alors s'organiser au-dessous d'elle une infiltration tégumentaire d'abord succulente et demi-molle, ensuite de plus en plus dure et sèche qui aboutit à la lichéuisation du tégument (p. 052). Mais toujours, restent à la surface du tégument épaissi, à surface papuleuse quadrillée, quelque eczématisation partielle, quelque moiteur. Des croûtelles en l'orme de poussière d'ambre jaune, et une

Fiu. 153. — Eczéma Yésiculeux aigu. (Malade de Brocq. Pliotograpliie de Sottas.)

trace de suintement, ravivée par les crises de prurit, montrent (|ue cette licliénisation est postérieure à une eczématisation première, cliniquement différente en ceci de la lichéuisation des prurigos Ip. 016), née sans eczématisation préalable.

Hans la période aiguë, pansements humides. Plus tard, applications répétées de nitrate d'argent au 1/15" et de pâtes de zinc. Si l'infiltration et la lichéuisation sont constituées, soustraire la surface du membre à l'action de l'air avec des colles de zinc, renouvelées tout le temps. L'état aigu dure peu. La régression de l'infiltrat chronique et surtout de l'induration tégumentaire lichénoïde au contraire demande souvent plusieurs mois.

LICHÉNISATION DES DERMATOSES CHRONIQUES

Les articles précédents montrent que l'épaississement du tégument, son infiltration dure et son hypertrophie, qui se traduisent extérieure-

564 DERMATOLOGIE TOPOGRAF'HIQI E.

meut par la transformation licliénoiïle et papuleuse do sa surface, ne sont auruiiement spécitiques d'une dermatose unique. 11 semble bien que la liclié)iisaliou tégumentaire ne représente qu'un mode réactioimel de la peau comme Veczémalisafion (p. 017). Ce serait un mode réactionnel à des ii'iitations clironiqucs perpétuelles, telles que le prurit, ou tel autre traumatisme de surface, même microbien, sans qu'on sacbe pourtant comment certains prurits féroces, d'extrême chronicité, peuvent ne s'en accompagner jamais.

FURONCLES — ABCÈS FURONCULEUX ECTHYIVIA

Le traumatisme ayant dans léclosioji dépidermites microbiennes l'importance que les faits précédents ont mis en relief, il n'est pas (étonnant que l'avanl-bras soit pour les agents des pyodermites un terrain de prédilection. Le staphylocoque doré y fait le furoncle, l'abcès furonculeux: le streptocoque y fait l'ecthyma (des modernes) (p. 522) qui n'est qu'un impétigo ulcéreux.

Le furoncle est fréquemment, à la main et à l'avanl-ln-as, la suite naturelle de la dermite pustuleuse miliaire dont nous avons parlé, (ïomme il est un peu ])lus fréquent à la main, c'est avec cette région (jue j'en parlerai (p. 7^9()).V abcès furonculeux n'est que l'augmentation du bourbillon sphacélique du furoncle par une couche de pus nouveau autoiu' de lui. Veclhyma commence à l'avant-bras comme à la main (p. ôS9), par une phlyctène d'impétigo que le manque de soins, et les ti'aumatismes ti'ansformeut en ulcération dermique.

Toutes ces lésions microbiennes sont cougestives, douloureuses, s'accompagnent d'œdème dû à la position ordinaii'c, déclive, du bras et brnéticient du j'cpos du membre, du bras en écharpe, du pansement humide, anti-phlogistique, à l'eau bouillie. Le furoncle sera traité comme il est dit page 500. L'ulcération de l'ecthyma ulcéreux, une fois décongestionnée, sera pansée à la pommade au sous-carbouate de fer au 1 40' , qui en assurera la cicatrisation l'apide.

LYMPHANGITES

Toutes les lésions septiques de la main, du poignet et de lavantbias, comme je le disais tout à l'heure, s'accompagnent d'un œdème inflammatoire marqué et de lymphangites. Celles-ci tranchent, en traî-

AYAM-BKAS.

liées rouges, (qui suivent le trajet lympliatique péii-veiiieux) sur Tœ- (ième rose, douloureux de tout ce membre.

Là. comme partout, les lymphangites obligent an repos du membre dans une position horizontale, au bain permanent tiède ou, à son défaut, au pansement humide permanenl.

Il est rare qu'une lymphangite, même iidense, ne se termine pas par résolution, de même que Tadéirite axillaire dont elle s'accompagne. Pourtant on a vu des phlegmons sous-cutanés étendus lui l'aire suite, les symptômes locaux et généraux en avertissent et le traitement ressortit dès lors à la chirurgie.

LYMPHANGITE TUBERCULEUSE

La lymphangite tuberculeuse de Tavantbias est une l'areté. On la voit suivre une gomme tuberculeuse ulcérée de la main, mi lupus mutilant grave ou une ulcération tuberculeuse d'inoculation externe. C"est ordinairement connue un cordonnet dur sous la peau, longeant plus ou moins exactement une veine et quelquefois, à toi't, pris pour elle. Ce C(n-don est noueux, i ['régulier, moniliforme. Quelquefois, de |)lace en place, une de ces nodosités se développe, se ramollit, s'ulcère et forme une gomme tuberculeuse ouverte. Ces faits ne s'observent guère que cliez des tuberculeux phtisiques avancés, en cachexie: et c'est la tuberculose pulmonaire qui termine l'évolution. Pourtant je l'ai vu. une fois, (•liez un individu de bonne santé générale, être consécutive à une uk'ération tuberculeuse palmaire. L'évolulinn dura des années, très lentement extensive, sans retentissement général, et avec une adénite axillaire non suppurée. J'ai perdu de vue le malade.

Le traitement serait évidemment la pliotothéiapic de cliaiinc nodo-

ci. 134. — LympiKingito liibcrciilogommeuse de ravant-briis. iM;il;iJe dp Ilallopeaii. Musée dr l'Iiopital Saint-Louis, n" lO'.tT.i

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site gommeuse, lymphangitique, et de tout le trajet lymphangitique. A son défaut, je crois que l'ablation chirurgicale de tout le trajet lymphangitique avec ses gommes et la bande de peau sus-jacente, <levTait être dans ce cas à conseiller.

PSORIASIS

Il arrive que le psoriasis, dont la localisation primaire normale est au coude, couvre la face externe de Tavant-bras de ses lésions squameuses sèches, disséminées comme des gouttes de bougie tombées sur la peau. Elles y gardent leurs caractères d'aridité absolue, leur

Fie. 155. — Psoriasis en gouttes. (Malade de Jeanselme. Pholopraiiliie de Noire.)

structure feuilletée; sous elle, l'épiderme l'ouge exhale, quand on soulève la squame complètement, une rosée sanguine légère. Ces caractères, l'extension des lésions ou leur généralisation à toutes autres régions, leur indolence, leur chronicité, ne })ermettent pas de méconnaître le psoriasis.

ÉRYTHÉIVIE POLYMORPHE

L'érythème polymorphe est une all'ection dont la localisation naturelle est aux extrémités, aux poignets, aux mains, aux doigts, et qui

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