‹ Manuel élémentaire de dermatologie topographique régionaleChapitre 236 sur 251 · PEMPHIGUS AIGU INFECTIEUX · texte numérisé non relu

PEMPHIGUS AIGU INFECTIEUX

Maladie rare, encore mal connue, ohservée chez les gens que leur profession expose à manier des déchets d'os et de viandes avariés : bouchers, équarisseurs, tripiers, cuisiniers. Presque toujours, le malade s'est piqué en un point qu'il sait. En ce point, rien ne se produit qu'une rougeur douloureuse, diffuse, sans caractères, ou même rien du tout. Après un, deux ou trois jours survient un état infectieux, qui s'aggrave d'heure en heure : frissons, rachialgie, hyperthermie, délire, insomnies, douleurs de tète. Puis apparaît, plus ou moins discrète ou abondante, une éruption de bulles citrines de grosseurs diverses, aréolées de rouge, qui peuvent se rompre ou passer à la suppuration. D'autres surviennent incessamment par poussées subintrantes; la température a des maxima vespéraux qui peuvent atteindre 41°; puis survient le coma et la mort en a, 6, 15 jours.

La guéiison est exceptionnelle; elle se produit par amendement progressif des phénomènes objectifs et généraux.

La bactériologie de cette affection est toute à faire. Le traitement est tout entier symptomatique. Les injections intra-veineuses de collargol devraient évidemment être tentées sans retard dans des cas semblables, sans qu'on puisse préjuger de leur effet.

Érythème noueux infectieux grave. — J'ai observé avec Orillard, en IHO'i, un cas resté unique jusqu'ici et dont voilà le résumé. Une cuisinière est piquée par une mouche (?) au niveau du pouce. Œdème lymphangitique avec phénomènes généraux progressifs, puis apparition sur divers points du corps, mais avec prédominance à la racine du bras atteint, d'une quantité de nodosités rouges douloureuses, grosses comme une demi-noisette environ. Pas de lésions huileuses. Symptômes généraux graves, hyperthermie, prostration, coma, mort 2 jours après l'admission à l'hôpital. L'autopsie montra que chaque tumeur était centrée par une veine dermique énormément dilatée et thrombosée. Le thrombus était constitué par une colonie compacte de streptocoques.

SYNDROMES A LESIONS BULLEUSES.

DERIVîATiTES POLYMORPHES DOULOUREUSES (DERMATITE DE DU H R I NG BROCQ)

On désigne indilléremment sous ces deux noms nue dermatose de cause inconnue, ordinairement chronique, durant des mois et même des années, paroxystique, caractérisée par des poussées éruptives érythémateuses, papuleuses, urticariennes, vésiculeuses, huileuses ou pustuleuses; les lésions pouvant être agrainées en bouquets, encercles ou disséminées.

Il en existe des formes aiguës ou subaiguës, des formes chroniques à poussées successives et des formes gravidiques {herpès gesfationis).

1" Les formes aiguës semblent être la première attaque d'une dermatite polymorphe douloureuse qui s'arrête court et dispaiait. Elles

Fig. 216.

Dermatite polymorphe douloureuse, forme huileuse. — Pemphigrus chronique de a plupart des auteurs. (Malade de Brocq. Photographie de Sottas.)

se composent, comme les formes chroniques, d'une éruption polymorphe s'accompagnant de phénomènes fonctionnels, prurit et brûlures, très marqués, sans retentissement général. Mais dans cette forme, et contrairement à la règle, ces lésions évoluent brièvement et se terminent par la guérison.

Ces éruptions, précédées ou accompagnées des symptômes don-

DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIOUE.

loureux, débutent par les poignets, la face dorsale des mains, les membres, ordinairement sous forme de plaques ortiées bientôt transformées, l'éruption étant toujours polymorphe, à la fois urticarienne,

vésiculo-bulleuse, etc. La maladie, même quand elle se limitera à une seule attaque, se compose toujours de poussées successives, dont les premières sont ordinairement les plus vives et dont les éléments peuvent différer d'une poussée à l'autre, autant et plus qu'ils diffèrent entre eux en une même poussée.

2° Les formes chroniques, à poussées successives, débulentaussi par les phénomènes douloureux précédant ou accompagnant les lésions; celles-ci sont érythémateuses d'abord ou bien vésiculo-bulleuses ou

même pustuleuses et débutent ordinairement par les membres, plus souvent par les avant -bras. Des poussées successives en augmentent le nombre et peuvent en couvrir la surface du corps ; les membres montrent ordinairement des lésions plus nombreuses ; les paumes de main, les plantes de pied et le visage sont des régions relativement respectées. Il existe des variétés de la maladie circonscrites à une ou à quelques régions: lé fait est rare.

Dans l'une et l'autre forme de la maladie, le polymorphisme des lésions, leurs poussées successives, leur superfîcialité et la conservation de l'état général sont des règles presque constantes.

Les lésions des muqueuses font penser que l'ancien hydroa huileux, quand il est l'écidivant et s'accompagne de lésions du corps, n'est qu'une forme de dermatite polymoi'phe douloureuse. En dépit du

Fi(3.2l7. — Dermatite polyniorplie douloureuse, variété circonscrite. (Malade de Brocq. Pliotou:rapliie de Sottas.)

SYNDROMES A LÉSIONS BLLLEUSES.

polymorphisme habituel de la maladie, on en observe des exemplaires dont le type objectif est presque systématisé. Ainsi la variété herpétiforme pure (Brocq), dont la topographie élémentaire est celle des éléments de Therpès vrai. Ainsi la variété herpétiforme circinée,

Fir.. -218. — Dermatite polymorphe douloureuse, vanété lierpéliforme vraie. (-Malade de l'.rocq. l'hotograpliie de Sottas.)

pseudo-trichophy tique, etc. Le caractère évolutif le plus remarquable de la maladie est fourni par sa marche paroxystique. Elle procède par attaques plus ou moins vives et distantes et chaque attaque est composée de poussées subintrantes distinctes.

Cette maladie peut s'observer dans l'enfance {htjdroa pueroruni de Unna); elle présente un maximum de 16 à 50 ans et un maximum plus marqué de i7 à (52 ans (Brocq). Elle existe dans les deux sexes.

Le rôle de la grossesse comme cause adjuvante a fait décrire séparément l'/ipryj^s gestaiionis (Milton) d'abord comme une atïection spé- ' ciale à la grossesse, avant que l'histoire des dermatites polymorphes en général fût connue. Dans ces formes gravidiques, l'éruption débute pendant la grossesse à toute époque de sa durée. Elle peut suivre toute marche, augmenter avec la grossesse, diminuer au contraire; à mesure que celle-ci s'avance, s'éteindre à raccouchement ou continuer après lui.

Contre les dermatites polymorphes douloureuses, tous les traitements internes imaginables ont été prescrits : aucun ne donne de résultats appréciables constants. On peut utilement prescrire tous les calmants, qui atténueront les phénomènes subjectifs quand ils sont très marqués, ce qui est fréquent.

Les traitements externes ont des résultats aussi peu satisfaisants que les traitements généraux.

Lotions anti-prurigineuses, bains, enveloppements humides, pommades, tout a été conseillé. Les applications les plus douces, axonge absolument fraîche. Uniment oléo-calcaire, cold-cream frais, sont encore celles qui soulagent le plus le patient.

Dans les cas graves, on fait vivre le malade plongé dans la poudre d'amidon, de talc et d'oxyde de zinc, sans pansements. Les dermatites polymorphes auraient causé quelques cas de mort. Pratiquement, on peut dire qu'elles guérissent toujours. Mais leur durée, qui se chilfre souvent par années, leurs symptômes douloureux très accusés en font ' une maladie redoutable.

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