PELADE DE LA BARBE
La pelade de la barbe peut exister soit seule, soit eu concomitauce avec une pelade du cuir chevelu, ou une pelade plus ou moins généralisée.
Pelade généralisée. — Celte dernière a les mœurs et le pronostic des pelades graves, elle s'accompagne d'un état lustré de la peau des joues, d'uii amincissement du derme et de l'hypoderme avec flaccidité tégumentaire, « hypotonie » de Jacquet, d\me disparition totale du poil, à la barbe, à la moustache, aux sourcils, au cuir chevelu et sur le corps. Dans ces cas que nous étudierons plus loin (p. 245), le traitement local a peu d'importance, et le traitement général est rarement assez heureux pour donner des résultats décisifs et surtout rapides.
Ou bien ces cas, après des mois ou des années aboutissent à une demi-repousse de poils atrophiques, clairsemés, lanugineux; ou bien il n'y a que des repousses passagères successives, au cours d'une pelade de durée indéfinie; ou bien il n'y a pas de repousse du tout. Le visage à peau molle, prématurément ridée et flétrie, demeure tel sans modifications, dix, quinze ans et davantage. Les repousses totales, dans ces formes, sont des plus rares.
Pelades ordinaires. — Les pelades bénignes de la barbe présentent un type morbide beaucoup moins régulier que celles du cuir chevelu et bien spécial.
Il existe une forme à petites aires multiples, passagères, récidivantes, mais elle est rare. Les grandes aires de pelades d'évolution lente sont
la règle. Leur siège est indifférent et quelconque, leur forme irrégulière, à contours arrondis. En général, leur durée est proportionnelle à leur dimension, et à égalité de dimension, une pelade de la barbe est d'évolution deux ou trois fois plus lente qu'au cuir chevelu. Chose peu connue : beaucoup de pelades de la barbe ne s'accompagnent pas de disparition des poils, mais de diminution de leur diamètre et de leur pigment. Dans ces cas, la plaque frappée n'est jamais glabre. Le même poil demeure (atrophique), et reprendra à la longue sa couleur et son diamètre. Aussi, sur une barbe courte, prend-on souvent pour des poils en repousse des poils en voie d'atrophie. Le traitement local de la pelade de la barbe donne presque toujours des résultats moins valables que celui de pelades similaires du cuir chevelu. La moindre pelade de la barbe dure aisément 11, 18 mois. Les poils reprennent peu à peu leur diamètre, leur couleur, mais très lentement. Une plaque peut survenir quand une autre guérit.
L'étiologie de cette pelade, comme de toute autre, est inconnue, ou tout au moins, discutable. A mon avis, la théorie de l'origine dentaire est peu acceptable dans le plus grand noml)re des cas et reste à prouver dans les autres. L'existence d'une syphilis ancienne est trop fréquemment observée pour résulter d'un hasard. Il faut y penser, ainsi qu'à la syphilis héréditaire, et la rechei'cher toutes les fois qu'on observe une pelade grave, récidivante, perpétuelle. Même dans ces cas, le traitement interne est d'effet douteux. Il demanderait à être essayé systématiquement.
Pour les tiaitements locaux et généraux de la pelade de la barbe, voir ceux de la pelade du cuir chevelu (p. 248).
La peau de la région étant plus irritable que le cuir chevelu, les doses de médicaments excitants doivent souvent être un peu abaissées. Exemple :
Acide acétique cristallisaMe 1 gramme.
Liqueur d'Hoffmann 50 grammes.
OU bien : ,
Acide lactique 8 grammes.
Alcool à GO" 50 —
en applications quotidiennes par friction légère.
Dans bien des cas, le traitement local ne moditie pas l'évolution de la maladie d'une façon appréciable. ^
VITILIGO
A la barbe, le vitiligo diffère surtout de la pelade par Tliyperpigmentation des lésions entourant celles où la peau est dépigmentée. Il y a des cas où le diagnostic différentiel est impossible, si tant est qu'on doive le faire et que les deux maladies n'aient pas entre elles des liens étroits de parenté.
Sur les points touchés, irréguliers, asymétriques, de forme et de dimension quelconques, de contours arrondis, les poils, qui peuvent être diminués de nombre, ont gardé leur diamètre et perdu leur pigment. Ils sont blanc d'argent. Au-dessous d'eux, la peau est apigmentée, d'un blanc laiteux, anormal, quelquefois amollie, flétrie, plissée, sénile. Autour des lésions, la peau a ses caractères normaux, sauf une hyperpigmentation brune. La lésion vitiligincuse dépasse ordinairement les régions pilaires sur les joues, les tem[>es, le cou, le cuir chevelu. Certains vitiligos ne s'accompagnent pas de la décoloration des poils.
On sait très peu de chose sur l'étiologie du vitiligo (p. 688), et sur son traitement moins encore. On sait l'inanité des applications topiques quelconques, ce qui ne doit pas décourager par avance les applications d'essai des techniques nouvelles : haute fréquence, radiothérapie, etc. On trouve souvent l'histoire d'une syphilis ancienne chez les vitiliffineux.