EUROPE. — SUISSE
ses chèvres, ses moutons, ses chevaux, ont été de tout temps et sont encore sa principale richesse agricole, et la seule qui, avec ses soies et ses vastes forêts, puisse intéresser le commerce étranger.
Le combustible minéral est rare : les gisements de fer, de cuivre, d'étain, sont assez nombreux, mais d'une exploitation difficile; toutes les variétés de granits et de calcaires les ardoises, le cristal de roche, les marbres, les sources thermales abondent, au contraire, dans presque tous les cantons.
Industrie. Les seules industries de la Suisse étaient autrefois les industries agricoles, la fabrication du beurre, celle des fromages si connus sous le nom de Gruyère (Fribourg), et qui se fabriquent aujourd'hui dans tous les cantons de la
montagne.
L'élève du mouton et du gros bétail, la culture du lin et du chanvre, développèrent plus tard à Berne, à Zurich, à Genève, à Lausanne, à Lucerne, l'industrie des peaux et des cuirs, et celle des lainages et des toiles. Dans les loisirs des longues soirées d'hiver, les populations de la montagne apprirent à sculpter le bois, à tresser la paille, à fabriquer la dentelle ; mais les grandes industries de la Suisse n'ont pris leur essor qu'au xvme siècle, ou même dans les premières années du xixe.
Genève devint la métropole de la bijouterie et de l'horlogerie, qui, depuis, s'est répandue dans les cantons de Vaud {Sainte-Croix), de Berne [Saint-Imier) , de Neuchâtel [Le Locle et la Chaux-de-Fonds) . Le blocus continental et la neutralité suisse pendant les guerres de l'Empire firent de Bâle et de Zurich deux des grands entrepôts de la contrebande qui s'introduisait soit par Trieste, soit par les ports de l'Europe septentrionale, et se répandait par cette voie en France, en Allemagne et en Italie.
L'abondance des cotons et des soies créa à Zurich, à Glaris, à Lugano, les filatures, les impressions sur étoffes, les teintureries, qui rivalisent avec celles de Mulhouse ; à Bâle et à Zurich, les manufactures de rubans et de soieries qui luttent avec celles de Lyon; enfin dans les cantons de Saint-Gall et d'Appenzell la fabrication des mousselines, les broderies, les applications, qui font une si active concurrence à Tarare et à Nancy (1,600,000 broches pour le coton).
Les industries mécaniques et métallurgiques sont venues se joindre plus tard aux industries textiles : à Zurich et à Bâle, les métiers pour le tissage et la filature; à Winterthur, les machines, les outils, les instruments agricoles; à Schaffhouse, les armes et la coutellerie.
Voies de communication. — Malgré les difficultés du sol, la Suisse, par sa position intermédiaire entre l'Italie, la France, l'Autriche et l'Allemagne, a été de tout temps l'une des grandes routes du commerce européen. Aujourd'hui ses lacs sont sillonnés de bateaux à vapeur; 8,000 kilomètres de routes franchissent les montagnes et rattachent la Suisse à l'Allemagne par les ponts de Bâle, de Waldshut, de Schaffhouse, etc; à l'Italie, par les cols du Splugen, du Saint- Gothard et du Simplon; à la France, par les passages du Jura. Les chemins de fer (2,500 kil.) se rattachent au réseau français par les lignes de Bâle à Paris, par Mulhouse; de Neuchâtel à Dijon, par Pontarlier; de Genève à Lyon, par Guloz ; au réseau allemand, par Bâle, Waldshut, Schaffhouse, etc., et rejoindront plus tard les lignes italiennes en franchissant le Simplon et le Saint-Gothard.
Commerce. — Le commerce de la Suisse dépasse 1,400 millions, dont la moitié (720 millions) représentent les échanges avec la France. L'Allemagne, l'Italie, l'Autriche, l'Angleterre, les États-Unis se partagent l'autre moitié.
Dans ce chiffre de plus de 700 millions, le commerce de transit absorbe 300 millions, le commerce spécial 400, dont 90 à 100 seulement à l'importation en France.
Les principales marchandises que nous recevons de Suisse sont les bois communs, les besliaux, les peaux brutes, les fromages, l'horlogerie, les soieries, les mousselines ou broderies de Saint-Gall ; celles que nous renvoyons sont les soies, les tissus de laine, les vins, les sucres raffinés, les outils et ouvrages en métaux, les matières tinctoriales, les produits chimiques, les denrées coloniales, les céréales, les cotons, et quelques houilles de Saône-et-Loire et de Saint-Étienne. Les objets de luxe occupent peu de place dans nos échanges, et sauf quelques grandes villes, Bàlo, Genève, Zurich, les habitudes de simplicité de la population helvétique n'offrent à ce genre de produits que d'assez faibles débouchés.
La Suisse avec ses principes de liberté politique, son organisation fédérale qui laisse au canton comme à l'individu la plus large initiative, et qui a contribué à multiplier les associations, les banques populaires, les sociétés coopératives, etc., a cependant longtemps maintenu dans sa législation un système fâcheux de défiance contre les étrangers, de privilèges locaux et de douanes intérieures qui entravaient la liberté du commerce et de la circulation ; mais ces dernières traces du moyen âge ont aujourd'hui disparu, et le traité de commerce signé en 4 864 avec la France, la convention monétaire de 1 867 qui adopte un même titre et un même poids pour les monnaies des deux pays, les conventions sur la propriété littéraire et artistique, la suppression des passe-ports déjà ancienne, tendent à resserrer de plus en plus les liens traditionnels qui existent entre la France et la Suisse.
Les langues dominantes sont l'allemand au Nord et à l'Est; le français, à l'Ouest; l'italien, au Sud (Tésin).
RÉGIME DOUANIER
Les tarifs suisses ont supprimé les prohibitions, sauf pour la poudre et le sel, et les droits de transit. — Sont exempts de droits, outre les effets à usage, voitures et outils des voyageurs, les pommes de terre, les plantes vivantes, les fruits, racines et fourrages frais, les déchets de toute sorte, les engrais. Toutes les autres marchandises sont taxées soit au quintal de 50 kilogrammes, soit au collier (750 kilogr. environ), soit à la pièce, soit à la valeur. Le droit se paye à l'entrée et à la sortie. Il varie à l'entrée de 0 fr. 60 à 30 fr. les 100 kilogrammes (1 fr. 50 les 100 kilogr. pour les vins en cercle, 7 fr.; pour les vins en bouteilles, 4 fr.; pour les soies écrues, 16 fr. pour les soieries et les lainages, etc.). A la sortie, il est pour presque toutes les marchandises de 0 fr. 20 par quintal de 50 kilogr,