AVANT-PROPOS
^ Sans avoir pour but ni l'utilité ni la morale,
la peinture est capable d’élever l’âme des nations par la dignité de ses spectacles et de moraliser les hommes par ses visibles enseignements. (Charlks Blanc, Grammaire des arts du Dessin.)
Regardons autour de nous, parmi les gens ordinaires, combien consument leurs loisirs dans une stérile et fastidieuse oisiveté.
L’ennui est le fruit de l’indifférence et de l’oubli de nousmêmes. Je sais mieux que toi, mon fils, dit Topfer {réflexions et menus propos d'un peintre genevois) ce que c’est que la vie ; c’est une suite de devoirs qu’il faut remplir au milieu d'agitations et de vicisssitudes de toutes sortes. Ces travaux, souvent pénibles, ont besoin d’être coupés par de longs loisirs et c’est l’emploi de ces loisirs qui est le grand écueil des hommes. Heureux donc, mon fils, si tu inclines vers un délassement qui te préserve de la nullité oisive 1
De toutes les choses qui portent le nom de plaisir et qui servent de récréations à l’homme il n’en est aucune que j’estime plus douce, plus préservatrice et consolatrice des maux, que la culture des arts ; il n’en est pas de plus utile, de plus noble et de plus propre, tout en occupant l’intelligence et les doigts, à conduire l’âme aux vraies sources de ce qui est beau et pur.
Il n'y a personne au monde, dans notre société actuelle, (jui ne puisse exercer et qui n’exerce même inconsciemment et in-
volontairement une certaine quantité d’influence sur Vart dont l’homme s’entoure et auquel personne ne peut se soustraire.
Si l’on jette un coup d’œil sur le luxe général dont la vie de l’homme est environnée à Paris ou dans nos grandes villes, on est frappé tout d’abord de ce que les arts y sont si répandus et si populaires ; tandis qu’en dehors de ces grands centres d’activité, d’innombrables populations sont totalement privées de la contemplation des beaux produits de l’art et de l’industrie, ignorant complètement qu’ils existent ou n’en imaginant la possibilité que d’après les récits de témoins oculaires ou les descriptions que leur en apporte la presse.