GROUPE MODERNE
Dégradations des continents.
Toutes les substances décomposées ou désagrégées ont une tendance constante à être entraînées, par Faction des pluies ou des eaux de la surface, à un niveau plus bas que celui qu’elles occupaient précédemment , et finalement à être transportées dans la mer. Parmi les roches, même les plus dures, il n’y en a aucune qui ne porte quelque marquede Faction del’atmosphère (weather ing) sur elle. Le degré d’altération qu’elles éprouvent à la surface est extrêmement variable, vu qu’il dépend de beaucoup de causes locales. Ainsi, dans telles circonstances, une roche peut subir une désagrégation complète tandis que, dans une autre, une roche composée d’à peu près les mêmes éléments n’a éprouvé qu’un changement à peine visible. Quand on observe l’état actuel de la surface des continents et des îles , il est impossible de ne pas être frappé des grandes altérations qui y ont été produites par Faction des mêmes agents dont nous voyons encore journellement les effets. L’étendue de ces dégradations des continents par l’influence atmosphérique ou par les eaux est très remarquable, en ce qu’elle atteste un laps de temps qui nous force de remonter à des époques au delà des calculs ordinaires.
Les rochers ou pitons (tors) du canton de Dartmoor en Devonshire peuvent être cités comme d’excellents exemples de Faction atmosphérique sur une roche dure. Ils sont composés de granite, et, comme Fa observé le docteur Macculloch , ils sont divisés en masses de forme cubique ou prismatique. Par degrés, les surfaces qui se touchaient s écartent l’une de l’autre, et cet écartement augmente indéfiniment. L’altération étant plus rapide sur les parties qui sont les plus extérieures, et par conséquent les plus exposées, les masses,, qui étaient primitivement prismatiques, prennent à leur surface une courbure irrégulière, et la forme de la pierre devient celle du rocher connu en Cornouailles sous le nom de cheese wring . Si le centre de gravité de la masse se trouve élevé et écarté de l’aplomb de sa base, la pierre tombe du lieu où elle était élevée, et devient de
plus en plus ronde par l’effet continu de la décomposition , et peu à peu finit par prendre tout à fait cette forme sphéroïdale que les blocs de granite affectent si souvent.
Une disposition différente de ce centre de gravité pourra maintenir la pierre dans sa position pendant un plus long espace de temps, ou, dans des circonstances favorables, pourra produire un rocher semblable à celui du Logging-Stone qui existe en Cornouailles '.
L’action de l’air sur ces roches est si lente, que la vie d’un homme peut à peine suffire pour y observer un changement : il a donc fallu un temps très considérable pour les amener à leur forme actuelle. La surface de toute la contrée environnante atteste de même un long espace de temps. Quelle que soit la- nature des roches, elles sont toutes désagrégées jusqu’à une profondeur considérable : porphyres, schistes, grès compactes, trapps, toutes ces roches ont subi des altérations; mais les vallées semblent avoir existé antérieurement, et la forme générale du sol paraît avoir été tout à fait la même qu’elle est aujourd’hui. La coupe suivante expliquera cette décomposition de la surface.
Fig. 4.
a a, dépôt formé par la décomposition de la roche b 6, suivant les inégalités produites par des causes antérieures d’élévation ou de dépression. L’accumulation des fragments est plus considérable au fond de la vallée c, traversée le plus souvent par une rivière ou un ruisseau; le dépôt y présente quelquefois une apparence de stratification, comme si les substances désagrégées des flancs de la colline avaient glissé l’une sur l’autre jusqu’au fond de la vallée. La quantité de détritus entassés ainsi au fond d’une vallée s’élève quelquefois jusqu’à 25 ou 30 pieds. Ces détritus, souvent très faiblement agrégés , sont maintenant garantis d’un nouveau déplacement, au moins sur une grande étendue , par des gazons et des cultures. Les apparences diverses de ces détritus sont singulières, car souvent de gros blocs de 20 a 30 livres sont renfermés au
i Macculloch, Geolog. Trans., Ire série, vol. n, p. 66, avec trois planches représentant les rochers de Cheese~W ring, Logging-Stone et Vixen-Tor. — Voyez aussi Séchons and W ie\vs illustrative of geological phenomena, pi. 220.
milieu de fragments et même dans du sable. La coupe suivante,
prise sur la côte à Blackpool , près de Darmouth , en fournit un
exemple.
Fig. 5.
a a, détritus des grauwackes schisteuses hh, accumulés en amas plus considérables en e et en f; cc , banc puissant de petits cailloux roulés de quartz garantissant le fond de la vallée (qui est beaucoup plus bas que le faîte du banc de cailloux) et les hauteurs qui la bordent de chaque côté. Les eaux de la vallée s’échappent en serpentant par un ruisseau en d-: en e et en f, on trouve plusieurs gros blocs mêlés au milieu des petits galets.
Les schistes des Sont H amps, dans le Devonshire , sont fréquemment recouverts par des amas de débris; à leur contact avec la roche non décomposée, on observe des caractères qui semblent être les résultats d’une force qui agissait à l’époque où ces débris commençaient à se déposer, les schistes étant brisés et contournés comme l’indique la figure ci-dessous.
Fig. 6.
a , terre végétale; 6, petits fragments de schistes ayant différentes positions ; c, portions de feuillets schisteux, contournés, quelquefois sans être brisés.
Si de ce canton on s’avance vers l’est, on retrouve les mêmes apparences, quelle que soit la nature de la roche. Cependant elles deviennent plus compliquées sur la colline de Haldon et sur la côte de Sydmouth et de Lyme-Regis, en ce que cette décomposition de la surface semble se joindre à une désagrégation effectuée antérieurement au dépôt des roches supercrétacées. Dans la Normandie, on observe également une désagrégation profonde de la surface, conforme aux ondulations de la contrée. Elle a été décrite par MM. de Gaumont et de Magneville, et elle semble due à l’action des mêmes causes qui ont produit la décomposition de la surface dans le sud de l’Angleterre.
DEGRADATIONS DES CONTINENTS. 5î
Il y a beaucoup d’autres contrées où on observe cette destruction de la surface. Si la roche ainsi attaquée par l’exposition à l’air est calcaire, il n’est pas rare qu’il y ait une réagglomération des parties, par le moyen d’une matière calcaire que dépose l’eau qui filtre à travers les Iragments, et qui en dissout une partie. À Nice, les surfaces fracturées, puis reconsolidées ainsi, sont tellement dures que, si on a besoin d’y ouvrir une route, on ne peut entamer la masse du rocher qu’avec la poudre. Il y a quelques exemples remarquables de cette reconsolîdation sur les collines calcaires de la Jamaïque , comme, par exemple, près de Rockfort, et dans les escarpements qui sont à l’est de l’embouchure de la rivière de Milk.
Le feldspath contenu dans le granité est souvent très sujet à se décomposer 5 et quand cet effet s’est produit, la surface est fréquemment recouverte d’un gravier quarzeux. M. D’Aubuisson rapporte que, dans un chemin creux, qui n’avait été excavé à la poudre que depuis six ans, dans le granite, la roche était entièrement décomposée jusqu’à la profondeur de 3 pouces. Il dit aussi que les granités de l’Auvergne, du Vivarais et des Pyrénées orientales, sont souvent tellement décomposés , que le voyageur pourrait croire qu’il marche sur des amas considérables de graviers.
Quelques roches de trapp, par suite de ce qu’elles contiennent du feldspath, sont si sujettes à la décomposition, que l’on a souvent beaucoup de difficulté à s’en procurer un échantillon. A la Jamaïque, la profondeur à laquelle quelques roches de cette nature sont désagrégées est souvent très considérable.
Cette décomposition est attribuée à l’action chimique aussi bien qu à l’action mécanique de l’atmosphère. Nous connaissons fort imparfaitement les changements lents et tranquilles produits par l’électricité à la surface *, mais tout le monde est familier avec les effets des coups de foudre qui brisent des roches, et en font tomber les débris du sommet des montagnes dans les vallées. Ces décharges électriques fondent souvent la surface des roches. Ainsi De Saussure a trouvé sur le Mont-Blanc une roche composée, fondue à la surface : le feldspath présentait sur sa surface des globules d’émail blanc, et l’amphibole des globules noirs. De semblables observations ont été faites par d’autres géologues dans d’autres parties du monde. L’oxygène de l’atmosphère produit dans les roches une altération considérable , que l’on remarque surtout dans celles qui contiennent du fer, lesquelles perdent souvent ainsi leur dureté et deviennent très tendres.
Au cap dit Peninis-Point , à Sainte-Marie , dans les îles Sorlingues, il y a un exemple curieux de cette décomposition du granite?
dans des cavités que les antiquaires ont appelées bassins de roches ( rock-basins), et qu’ils ont considérées comme l’ouvrage des druides. Celles nommées kettle and pans se rencontrent dans d’énormes blocs sur le faîte du promontoire. Elles ont en général 3 pieds de diamètre, et environ 2 de profondeur : la plupart sont circulaires et concaves -, mais il y en a qui sont dentelées sur les côtés. « Quelques-unes ont <( leurs parois verticales et leur fond plat; on en voit qui ont une « forme ovale, et d’autres qui n’ont aucune forme régulière. Plu- « sieurs des blocs ont 6 ou 7 mètres de haut, 7 ou 8 mètres en carré, « et quelques-uns présentent 4, 5, 6 ou davantage de ces cavités. « Un roc énorme, près de l’extrémité de ce groupe de rochers, « contient 2 bassins d’une grandeur prodigieuse, outre plusieurs « autres plus petits. Le plus élevé et le plus grand paraît avoir été te formé par la réunion de trois bassins ou davantage. Il a une « forme irrégulière, environ 18 pieds de tour, et 6 de profondeur. « Quand l’eau, dans ce bassin, a atteint la hauteur de 3 pieds, elle « s’écoule par une ouverture dans un bassin inférieur, de forme « plus régulière, dont la cavité a environ 5 pieds de haut, mais qui a ne peut contenir au delà de 2 pieds d’eau, à cause de l’inclinaison u de la surface de la roche 1 2 . » Pour prouver qu’une décomposition semblable a lieu quelquefois sur les cotes des blocs, IM. "Woodley décrit une cavité ovale, de 6 pieds de long sur o de large, et d a peu près 4 de profondeur, qui se trouve dans une pareille position. Le dessin suivant, fait d’après une esquisse de M. Holland, donnera une idée des kettle and pans \
Fig . 7.
Il y a à peine une substance qui , ayant été exposée à l’action de l’atmosphère pendant un temps considérable, ne présente des mar-
1 Rew G. Woodley : ÏView of the present slate of the Scilly Islands, 1822.
2 La gravure en bois de l’original anglais ayant mal réussi , 1 auteur a eu la complaisance de nous envoyer un nouveau dessin. {Note du traducteur .)
cjues de l’action de l’air; on observe cet effet même sur les roches silicieuses les plus duies. L action de 1 atmosphere sur des escarpements de rochers de grès, dans lesquels le ciment varie en dureté ou autrement, produit les formes les plus grotesques, qui sont connues même de ceux qui sont le moins habitués à observer : les variations de température aident beaucoup l’action chimique décomposante de l’air.
L eau peut être considérée comme le principal agent mécanique dans le grand œuvre de l’action destructive atmosphérique, et d’autant plus, qu elle réunit en même temps le caractère d’un agent chimique. Par l’infiltration, elle tend à désagréger les particules dont les roches sont composées, soit, dans certains cas, en s’unissant chimiquement avec la matière qui leur sert de ciment, soit, dans d’autres, en les entraînant mécaniquement. Dans l’un et l’autre cas , elle laisse les particules sur lesquelles elle n’a pas encore agi dans un état où elles sont plus facilement déplacées par le prolongement de l’infiltration. Dans les circonstances où la température descend assez pour produire la congélation, l’action mécanique de l’eau atmosphérique devient beaucoup plus considérable. Étant entrée dans les interstices des roches quand elle était à l’état liquide , elle augmente de volume quand elle passe à l’état solide, par suite d’un abaissement suffisant dans la température , lequel se fait sentir à des profondeurs plus ou moins grandes, en proportion du décroissement de chaleur des climats où les roches peuvent être situées. Cette action écarte l’une de l’autre des parties de roches, et détache aussi' des particules menues , de manière que le simple retour de l’eau à l’état liquide, aidé de la pesanteur, suffit pour les séparer. Par cette même cause, le centre de gravité de grands blocs de rochers se trouve souvent tellement déplacé, relativement aux masses sur lesquelles ils reposent, que, quand ils ne sont plus mainlenus et comme cimentés par la glace, ils tombent de la place qu’ils occupaient à des niveaux plus bas. Les chutes de rochers, dues à cette cause, sont communes dans les hautes montagnes, où des cimes très ^étendues sont exposées à des alternatives de gelée et de dégel.
L’eau, après avoir filtré à travers des roches de nature poreuse * atteint des couches qui ne le sont pas, telles que des argiles. Ainsi arretée dans sa course descensionneJle, l’eau s’échappe par toutes les issues qu’elle rencontre sur les flancs des collines ou ailleurs, en produisant des sources : dans tout le cours de ces décharges de eau , il y a aussi une destruction mécanique des masses à travers lesquelles elle se fait jour. Son action altère les roches en raison de leur composition ; celles même qui ne sont pas poreuses et perméables
peuvent être attaquées. La surface d’un fond d’argile sur lequel Peau coulera s’imbibera peu à peu, et dans des circonstances favorables, elle pourra se changer en une espèce de boue 5 alors la stabilité de la niasse supérieure dépendra de la position relative des couches.
Ainsi, dans la coupe ci-jointe, si, sur la montagne a, l’eau passe à travers les couches poreuses 6, jusqu’au lit d’argile imperméable e e, la surface de celle-ci deviendra glissante, et la masse supérieure pourra se détacher et tomber dans la vallée d .
Fig. 8.
C’est précisément ce qui est arrivé dans le cas du Ruffiberg en Suisse. Cette montagne, connue aussi sous le nom du Rossberg , est élevée de 5,196 pieds au-dessus du niveau de la mer, et est opposée à celle qui est si connue sous le nom du Righi . Sa partie supérieure est composée de couches d’une roche formée des débris venus des Alpes à une époque géologique antérieure. Ces couches sont poreuses jusqu’à un certain point, et l’eau les traverse jusqu a ce qu’elle atteigne une couche d’argile sur laquelle elles reposent : toutes ces couches plongent sous un angle considérable, d’environ 45°. L’argile ayant été amollie par l’action de l’eau , et les couches puissantes qui la recouvrent ayant ainsi perdu leur support, ces couches glissèrent sur leur base inclinée , et tombèrent dans la vallée, qui fut couverte de leurs ruines.
Cet éboulement eut lieu le 2 septembre 1806, et couvrit de rochers et de boue une belle vallee. Les villages de Goldau et de Busingen le hameau de Huelloch, une grande partie du village de Lowertz , les fermes de Unter-Bothen et Ober-Rothen, et plusieurs maisons éparses dans la vallée, furent détruites par cette catastrophe. Goldau fut écrasé par des masses de rochers, et Lowertz envahi par un torrent de boue.
L’énorme amas de débris et de boue qui se précipita dans le lac de Lowertz y produisit dans les eaux un tel mouvement, que le village de Seven , situé à l’autre extrémité , fut inondé et en grand danger d’être détruit-, deux maisons y furent renversées. On trouva dans le village de Steinen des poissons vivants qui y avaient été apportés par l’inondation. On a évalué à 8 ou 900 le nombre des victimes de ce désastre, parmi lesquelles plusieurs voyageurs 5 il paraît
qu’il y a des traditions d’anciens éboulements semblables, quoique plus petits, sur les flancs de cette meme montagne de Ruffîberg ou de Rossberg ‘.
Il se détache souvent des montagnes des masses considérables par suite de la filtration de l’eau à travers certaines parties, qu’elle détache mécaniquement ou qu’elle détruit chimiquement, sans pour cela les faire glisser sur un plan incliné , comme dans le cas du Ruffi 5 cependant la force de la gravité est encore ici la cause de la chute. Les Alpes ont présenté plusieurs exemples de ce fait, entre autres celui du grand éboulement des Diablerets , en 1749.
Rien n’est si commun dans les pays de montagnes qu’un talus de détritus amoncelé au pied d’un escarpement. Ce détritus se compose de fragments détachés de la surface des roches supérieures par la décomposition , et entraînés , soit directement par leur propre poids, soit par l’action réunie de leur pesanteur et de la force de l’eau qui coule à la surface, provenant des pluies et de la fonte des neiges. Les avalanches de neiges sont les causes les plus puissantes de la formation de ces talus, et, dans les lieux où elles tombent, il y a toujours une grande accumulation de débris de roches entraînés souvent des plus grandes hauteurs par la violence irrésistible de ces chutes de neiges.
Les falaises inférieures ( under cliff's ) de Pinhay , près de Lyme Regis , dont on voit ici la coupe, peuvent être citées comme un exemple d’un escarpement de rochers, auquel des sources terrestres font éprouver une destruction plus considérable que celle que produit sur lui l’action de la mer.
Fig. 9.
a , gravier; 6, craie; c , grès vert; à travers ces roches , qui sont l’une et l’autre poreuse, l’eau filtre jusqu’au lit d’argile d, composé de la partie inférieure des couches de grès vert c, et de la partie
1 La planche 33 des Sections and Jfiews illustrative of geological phenomena représente une vue de cet éboulement prise quatre jours après la catastrophe.
supérieure des couches du lias e. Arrêtée là , dans sa descente , l’eau s’échappe par la voie la plus facile, celle que lu. présente l’escarpement formé primitivement paria mer; elle emporæ peu a peu avec elle l’argile qu’elle a d’abord rendue humide; la craie et le „rès vert perdent leur support , s’écroulent et tombent dans la mer ; le lias e n’étant pas autant dégradé par la mer au point g que la masse qui le recouvre l’est par les sources, celle-ci doit former un retrait qui s’augmente jusqu’à ce qu’il ait été recouvert par un grand talus en f- mais ce talus tend constamment a etre détruit, et par Paction de la mer sur le lias en g , et par la tendance des sources terrestres à ruiner sa base et à l’entraîner dans la mer. La craie et le grès vert contenant des substances dures, souvent dune grosseur considérable, celles-ci , en s’amoncelant sur le rocher g , le garantissent beaucoup , en diminuant très sensiblement 1 action
des brisants. . . ,
Rivières. Les rivières prennent, le plus orrhnairement, leur
origine , à quelques exceptions près , dans les collines et les montagnes, et sont alimentées par la fonte des neiges ou des glaciers, par les eaux de pluie ou par des sources. Elles transportent les detritus formés soit par les agents atmosphériques indiqués ci-dessus, soit par leur propre action : leur puissance de transport dépend de leur rapidité. La vitesse du courant , dans une rivière , est la plus grande au centre , et la plus faible sur les parois et au fond , s’y trouvant diminuée par le frottement, en raison d’une certaine viscosité de l’eau. Il s’ensuit que la force de transport d une rivière est moindre*, quand elle est au contact des matières qu’elle doit transporter : si ci ces matières viennent de se détacher de roches simples, tels que des fragments de calcaire, de granite, etc. , elles sont généralement anguleuses, et au commencement elles opposent de grands obstacles à ce que l’eau les entraîne ; car la vitesse d’un courant doit avoir été capable de déplacer ces fragments anguleux avant que ceux-ci puissent s’user par le frottement. Les roches composées de fragments qui ont été antérieurement arrondis, tels que des conglomérats, doivent, si elles se décomposent aisément, fournir à la rivière du gravier tout formé , susceptible d être entraîné par elle, tandis que sa rapidité serait insuffisante pour transporter des fragments anguleux de même poids. Le transport des grès dépendra de leur état de dureté : il sera facile quand les particules seront faiblement agrégées, difficile quand la roche sera assez compacte pour former des fragments anguleux.
Quand la rapidité d’une rivière est suffisante pour user les substances quelle a arrachées de son fond ou détachées de ses rives en
les dégradant, ou qui sont tombées dans son lit, ces substances deviennent graduellement plus faciles à transporter, et devraient, si la force du courant restait toujours la même, continuer à être entraînées par la rivière jusqu’à son embouchure dans la mer; mais comme la rapidité d’un courant dépend beaucoup de la chute de la rivière d’un niveau à un autre, le transport est réglé par la pente qui existe dans son lit. On sait que cette pente varie dans la même rivière; de sorte que celle-ci n’est capable d’entraîner les détritus que jusqu’à une certaine distance , mais non au delà , dans les circonstances ordinaires, par suite de la diminution de la vitesse du courant. Mais cette vitesse peut être, et est souvent tellement accrue, lorsqu on s’éloigne davantage de la source, que la rivière reprend en grande partie sa première force de transport. Elle ne peut toutefois entraîner que le détritus qu’elle reçoit ou qu’elle arrache dans son cours; quant aux cailloux qu’elle a laissés en deçà de l’endroit où la rapidité a commencé à diminuer, ils ne peuvent plus être emportés que lors des grandes crues, ou, en d’autres termes, par des circonstances extraordinaires. Nous pouvons établir, comme un fait général, que les rivières dont le cours est rapide et médiocrement peu étendu entraînent les galets jusque dans les mers voisines, comme cela a lieu dans les Alpes maritines, etc., tandis que celles dont le cours est long, et devient lent de rapide qu’il était d abord , déposent les cailloux là où la force du courant dimi-
nue, et ne transportent finalement que du sable ou de la boue jusqu’à leur embouchure, comme le Rhin, le Rhône, le Pô, le Danube, le Gange, etc.
Il en résulte que la nature du détritus emporté jusqu’à la mer par les rivières dépend de la longueur et de la rapidité de leur cours , toutes les autres circonstances restant les mêmes.
Si, dans le cours d une riviere, la disposition du sol des contrées qu’elle traverse est telle qu’il s’y forme des lacs, les détritus emportés par cette rivière se déposeront dans les lits de ces lacs , lesquels ont ainsi une tendance à être comblés peu à peu , la nature des détruits dépendant de la rapidité de la rivière. Dans les vallées des montagnes on voit fréquemment des inégalités qui déterminent de petits lacs , et elles y ont été évidemment beaucoup plus communes autrefois.
La rapidité du courant sortant d’un lac dépend beaucoup de la pente du sol sur lequel il coule. Le courant doit tendre à rompre la barrière ou 1 espèce de digue qui a produit et qui maintient le lac; mais si ce courant est lent, ou si les roches sont dures, il produira peu effet ; tandis que s il est rapide , ou si les roches sont faciles à atta-
5g DEGRADATIONS DES CONTINENTS.
quer, il rompra la digue élevée par la nature, le lac se desséchera, et la rivière prendra alors un cours non interrompu. Si le lac, tandis qu’il existait, avait été partiellement rempli par les détritus provenant des parties supérieures de la rivière qui venait l’alimenter, celle-ci, en reprenant son cours , entraînera ces détritus, au moins en partie , et les transportera à un niveau plus bas. Le dessin suivant servira à mieux faire comprendre cet effet.
Fig. 10.
a b , cours de la rivière coulant dans le lac b h c , qui est rempli d’eau jusqu’au niveau 6c, le surplus s’échappant au-dessus du point c, suivant la pente cd, et prolongeant sa course dans la direction fl q . ef? dépôt de détritus provenant de la rivière amassé au fond du lac bhc; bd, lit de la rivière formé par la rupture de la digue ecd , et sur une partie du détritus ehf, de manière que ce lit forme continuité d’un côté avec ab , et de l’autre avec dg .
Si les lacs sont très grands, comme, par exemple, ceux de Genève et de Constance, il faudra un laps de temps immense pour les remplir d’une masse de détritus assez considérable, de manière qu on voie une rivière traverser, d’un cours continu , un terrain occupant un espace autrefois rempli d’eau. Des lacs de cette dimension opposent un gfand obstacle au transport des cailloux roulés : une grande partie des détritus des Alpes sont arrêtés dans leur marche vers la mer par les lacs qui sont sur les pentes nord et sud de cette chaîne de montagnes. Ainsi, au nord , le Rhin dépose les détritus qu il apporte des montagnes dans le lac de Constance , et le Rhône ses cailloux roulés et ses sables dans le lac de Genève. Entre ces deux grands lacs . ceux de Zurich , de Lucerne , etc. , reçoivent les graviers des autres rivières des Alpes. Au sud, le lac Majeur reçoit les détritus alpins du Tésin -, le lac de Côme , ceux de 1’ Adda; et les lacs de Garda et autres, en font autant pour d’autres rivières. Par suite de ces circonstances, il est évident que les détritus d’une grande partie des Alpes ne peuvent arriver par les rivières, soit dans 1 Océan, soit dans la Méditerranée. Le Pô reçoit les eaux d’une grande partie des Alpes, et transporte des sables et des limons jusqu’à la mer ; mais les galets qu’il amène sont arrêtés avant qu’il ne reçoive les eaux du Tésin; et quoique cette dernière rivière entraîne des cailloux roulés, elle ne les amène pas directement des Alpes; ce n’est qu’après avoir quitté le lac
Majeur qu elle les arrache de ses rives, qui contiennent des galets alpins produits à une époque antérieure. La même chose a lieu pour le Rhône, près de Genève : on y trouve, à la vérité, des galets alpins, mais qui ne pourraient, dans l’état actuel des choses, provenir des Alpes, parce qu’ils auraient été arrêtés dans le lac de Genève 5 ils viennent de ses rives et de son lit, d’où il les arrache immédiatement après avoir quitté le lac. Ceux qui étudient la géologie doivent toujours avec soin, en examinant le cours des rivières, de bien distinguer les cailloux roulés, détachés immédiatement des deux rives, de ceux qui peuvent venir de points éloignés, mais qui ne pourraient aujourd’hui être transportés parles rivières, par suite d’obstacles physiques qui s’y opposent. Faute de faire attention à cette circonstance , on est tombé dans beaucoup d’erreurs.
On a admis que, quand une rivière se décharge dans un lac et y charrie ses détritus, le dépôt qu’elle y forme doit prendre une stratification presque horizontale. L’inclinaison des couches de depot doit cependant dépendre de la profondeur de l’eau et de la nature des détritus qui viennent s’y déposer. Ainsi, si ces détritus sont composés de sable et de limon , ils se transportent plus loin dans le fond du lac que s’ils étaient composés de cailloux.
Le lac de Genève nous présente des exemples de ces deux cas : le dépôt ordinaire du Rhône est sableux et limoneux; par suite de sa plus grande pesanteur spécifique, il s’enfonce en formant comme des nuages au-dessous des eaux claires du lac. Cependant la rapidité initiale du courant est suffisante pour en transporter une partie jusqu à une distance d’une lieue et un quart; car j’en ai trouvé des traces à la profondeur de 90 toises , exhaussant le fond du lac entre Saint-Gin goulph et Yevey *. Ce fait n’indiquerait qu’une pente très faible du dépôt depuis l’embouchure du Rhône dans le lac. A une grande distance de l’embouchure de la Drance , torrent qui se jette dans le lac près de Ripaille, les cailloux que ce torrent yentraîne doivent , en s’y déposant , former une pente sous un angle bien plus grand; car on en trouve à 80 toises de profondeur à une petite distance du bord.
Les mêmes variations dans les pentes des dépôts s’observent aussi dans le lac de Come , où les eaux troubles de l’Adda ont formé un dépôt considérable de sable et de limon , qui s’incline graduellement sous un angle très faible; tandis que les détritus charriés par les torrents à Bellano, Mandello, Abbadia et autres lieux, se déposent sous une pente bien plus considérable. Il semble en résulter
Venez une carte êtes coupes de ce lac dans la Bibliothèque universelle ele 1819.
60 DEGRADATIONS des continents.
que la stratification des dépôts formés dans les lacs par les matériaux provenant des terrains qui les entourent n’est pas uni .orme, mais dépend de circonstances locales-, les détritus entraînés par les rivières ou les torrents étant aussi variés que les roches que chacun de ceux-ci a traversées , chacun de ces dépôts de détritus doit former un genre de dépôt particulier, indépendant des autres, et ils devraient tendre à se rapprocher, et finalement à s’unir les uns avec
les autres.
La partie supérieure du lac de Corne est presque comblée par les détritus que transportent T Adda et la Mera \ L’Adda a divisé le lac en deux parties; la plus petite (connue sous le nom du Lago di Mesola) est si basse, par suite des dépôts réunis des deux rivieres et de quelques torrents, que des plantes aquatiques croissent dans l’eau du côté de l’est , tandis qu’à l’ouest, où la profondeur est plus considérable, le progrès du remplissage est hâté par des pierres qui se détachent des hauteurs, en si grande quantité dans certaines saisons de l’année , qu’un passage en bateau au-dessous des escarpements qui dominent ce lac devient extrêmement dangereux.
En considérant combien notre planète doit avoir fait de revolutions autour du soleil depuis que la terre a pris sa forme generale actuelle , nous devrions nous attendre à trouver aujourd hui les 1gues des lacs, même les plus considérables, entièrement rompues , si les circonstances ont été favorables; et, en effet, nous découvrons des apparences qui tendent a confirmer cette conclusion.
Il n’est nullement rare de trouver des plaines d’une plus ou moins grande étendue , bornées de tous côtés par des montagnes , à travers lesquelles serpente une rivière principale , entrant a une extrémité par une vallée , et sortant à 1 autre par une gorge ou un défilé, grossie des courants tributaires qui proviennent des coteaux environnants. Quelquefois ces plaines n ont pas de îivière princi pale qui les traverse; mais plusieurs petits ruisseaux descendant des montagnes se réunissent dans la plaine, et en sortent ensemble par une gorge. Dans ce cas, la plaine présente l’apparence d’un lac desséché , comme nous pouvons supposer que l’offriraient beaucoup de lacs qui existent actuellement si leurs eaux s’ouvraient un passage en quelque point du bassin qui les contient. En Toscane , la gorge de N ami semble avoir donné passage aux eaux d’un lac alimenté parla Néra, rivière qui coule maintenant à travers la plaine de Terni, l’ancien lit du lac. La grande et fertile plaine de Florence semble avoir été autrefois le lit d’un lac, dont le dessèchement a été
, Voyez Sections and Wiews illustrative of geological phenomena, pi. 3 G
produit par une ouverture pratiquée à travers la montagne qui la borde à l’ouest. Si cette ouverture venait à être refermée , les eaux de l’Arno couvriraient la plaine, et en feraient de nouveau le lit d'un lac.
Si la rupture du Jura, au fort de V Ecluse, dont l’époque peut être un objet de discussion, venait à se refermer, le cours du Rhône se trouverait barré, et le lac de Genève prendrait une étendue bien plus considérable.
Ces exemples ne sont pas restreints à une seule partie du monde; il semblerait au contraire, d’après les descriptions données par de savants voyageurs , qu’ils sont partout très communs. J’en ai moimême observé plusieurs à la Jamaïque , dont un dans le district connu sous le nom de Saint-Thomas in the Vale: on y trouve une plaine bornée de tous côtés par des collines, lesquelles formeraient les bords d’un lac si les eaux n’avaient pas trouvé à s’échapper par la gorgea travers laquelle coule le Rio-Cobre.
Il semble donc résulter de toutes ces observations, que les détritus des montagnes viennent se réunir dans les grands lacs, et qu’ils s’y distribuent sur une étendue considérable, enveloppant probablement des restes d’animaux et de végétaux ; mais que si les digues de ces lacs viennent à se rompre, les cours d’eau qui les alimentaient doivent attaquer et entraîner une partie du dépôt qu’ils y avaient apporté.
La probabilité que beaucoup de gorges doivent leur naissance à l’action destructive des rivières qui sortaient d’anciens lacs, devient plus forte encore lorsqu’on observe ces bassins naturels où on ne rencontre aucune gorge, et dont les eaux s’écoulent par des canaux souterrains : ainsi le val Luidas , dans l’île de la Jamaïque, est une contrée environnée de toutes parts par des montagnes , et qui formerait un lac si les torrents d’eau, que fournissent les pluies tropicales, n’étaient absorbés dans le sol par des espèces d’égouts souterrains. On y voit une masse d’eau qui sert à mouvoir la roue hydraulique d’une plantation, et qui se perd presque aussitôt après. Dans le voisinage d’un autre domaine , il y a une caverne d’où sort quelquefois de l’eau ; mais cette eau est promptement engloutie dans une cavité située à peu de distance : par suite de cette perte des eaux, l’enceinte de ce val Luidas n’est coupée d’aucune gorge formée par l’action d’une rivière qui se serait écoulée par-dessus les bords les moins élevés, ainsi que cela paraît avoir été le cas dans le district de Saint-Thomas in the Vale , qui tient au val Luidas.
On a établi qu’il faut que la vitesse, au fond d’un courant, soit de trois pouces par seconde pour que l’eau commence à agir sur un lit d’argile propre à la poterie : quelque ferme et compacte que
soit cette argile , l’eau en corrodera la surface -, cependant il n’y a pas de couches plus résistantes que les couches d argile, quand la vitesse du courant n’excède pas celle que nous avons indiquée . car, à la vérité, l’eau entraîne bientôt les particules impalpables de la surface de l’argile -, mais comme en même temps elle abandonne sur cette argile des particules de sable qui s’y attachent, celles-ci la garantissent, formant avec elle un fond très resistant, à moins que le courant 11e puisse apporter des graviers ou de gros sables qui détruisent cette croûte solide très mince , et en mettent à nu une autre plus facile à attaquer. Un courant dont la vitesse est de 6 pouces par seconde entraîne le sable fin : si cette vitesse s élève à 8 pouces, l’eau charriera les sables de toute grosseur; à 12 pouces, elle déplacera les graviers fins, et à 24 pouces elle fera rouler îes cailloux arrondis d’un pouce de diamètre -, enfin, il faut une vitesse de 3 pieds par seconde au fond du lit d’une rivière pour qu’elle puisse entraîner des pierres anguleuses de la grosseur d’un œuf
L’action destructive des rivières sur les roches solides paraît être à la fois chimique et mécanique : chimique, par suite de l’affinité de l’eau , comme aussi de celle de l’air qu’elle tient en dissolution , pour les diverses substances qu’elle rencontre ; et mécanique, par le frottement du détritus, indépendant de celui de l’eau, sur le fond et sur les parois, mais surtout sur le premier. C’est sans doute par ce moyen que les rivières se sont frayé un passage à travers les digues des lacs dont nous avons parlé plus haut, et qu’elles détruisent les obstacles qui s’opposent à leur course. Quand une proéminence, une petite colline ou le pied d’une montagne s’oppose à leur passage , elles l’attaquent , et forment des escarpements dont les débris, s’ils sont tendres , sont entraînés par le courant , ou forment au pied de Fescarpement des escarpements inférieurs ( under cliffs ) qui sont eux-mêmes attaqués; cette action destructive se continue insensiblement. (Voyez fig. 11, a.)
Fig . 11.
Quand, au contraire, la formation des escarpements supérieurs
1 Encyclopédie britannique, art. Rivière.
fournit des matériaux plus durs, des blocs s’accumulent en talus à leur base, et ces escarpements se trouvent ainsi en grande partie préservés des attaques de l’eau, jusqu’à ce que la masse protectrice soit elle-même entraînée. {Fig. 1 1 , h.) Il y a à peine une rivière, d’un cours un peu étendu, qui n’offre pas quelques exemples d’escarpements ainsi produits : très souvent ils s’élèvent au-dessus des terrains plats ou peu inclinés qui formaient le lit de la rivière à l’époque où elle attaquait l’escarpement. Il est assez intéressant d’observer, dans les contrées où les rivières forment beaucoup de contours, quels sont les divers obstacles qui ont déterminé la direction du courant, et lui ont fait attaquer les formes primitives plus ou moins arrondies de la base des collines peu élevées.
Les rivières paraissent tendre constamment à disposer leur lit de manière à éprouver la moindre résistance dans leur cours, renversant les obstacles et comblant les dépressions qui les arrêtent. Mais l’accumulation constante de nouveaux détritus provenant des montagnes voisines entrave cette opération , produisant sur un point des dépôts qui forcent les eaux de se porter sur un autre. Ainsi la chute d’une quantité considérable de roches sur une rive rejettera le courant sur la rive opposée, laquelle, antérieurement, n’avait peut-être été que peu attaquée 5 celle-ci détermine de nouveau le courant à prendre une direction qu’il ne suivait pas auparavant 5 le fond se modifie par suite du changement dans la ligne du courant principal, et les effets de cette chute de rochers se font sentir bien loin en aval dans le cours de la rivière. Par suite des efforts que fait 1 eau pour éviter des obstacles nouveaux, il se fait des changements continuels dans le lit de la rivière, ce qui a lieu également lors de la destruction d’un ancien obstacle, laquelle permet à la rivière de suivre une direction nouvelle qu’elle avait été d’abord disposée à adopter.
A la chute du Rhin , près de Schaffouse, M. D’Aubuisson a observé deux rochers isolés qui s’élèvent sur le bord du précipice que les eaux vont franchir 5 il a remarqué qu’ils sont corrodés et amincis à leur base par l’action du courant qui se trouve resserré entre eux. Par la diminution graduelle de leur support, ces rochers seront à la fin entraînés dans l’abîme, et, cet obstacle une fois renversé, les eaux tomberont d’une manière différente au fond du précipice , en produisant d’autres effets que ceux qu’elles avaient antérieurement produits.
Comme toutes les rivieres varient beaucoup dans leur action destructive, selon leur rapidité, le volume de leurs eaux, et la quantité et la nature des détritus qu’elles transportent, il devient
04 dégradations des continents.
extrêmement difficile de rien établir de général a ce sujet; mais comme nous voyons que les obstacles formés par les roches meme les plus dures, ont éprouvé quelque dégradation, et comme . action destructive des mêmes rivières sur les mêmes obstacles est tellement faible, que c’est à peine si on peut la remarquer durant toute la vie d’un homme , il semble qu’on est fondé à conclure que tous ces faits viennent à l’appui de l’opinion que l’état général actuel du
monde existe depuis une époque très reculée.
M. Lyell cite, à la vérité, comme un exemple de la promptitude relative de l’action destructive d’une rivière, une gorge ouverte dans un courant de lave au pied de VEtna, et attribuée à l’érosion du Simeto. La lave est considérée comme moderne, et, d apres Gemellaro, on suppose qu’elle a été rejetée par le volcan en 1603. La lave est décrite comme n’étant ni poreuse ni scoriacée, mais comme une roche compacte, homogène, plus légère que le basalte ordinaire et contenant des cristaux d’ohvine et de feldspath vitreux Quoiqu’il y ait deux chutes d’eau d’environ 6 pieds chacune la pente générale de la rivière n’est pas très considérable. La "orc'e est ouverte dans quelques endroits jusqu’à la profondeur de 40 ou 50 pieds, et sa largeur varie depuis 50 jusqu’à plusieurs centaines de pieds ‘ . On a regardé ce fait comme un exemple remarquable de la formation rapide des gorges par 1 effet des eaux; et l’on ne peut se refuser à l’admettre, si la date assignée à la sortie du courant de lave est exacte. On peut remarquer que la pente actuelle du lit du Simeto ne donne pas celle qu’avait ce courant d’eau durant la grande opération de l’ouverture de la gorge : il doit avoii atteint autrefois un niveau différent, sans quoi la gorge n’aurait pu être commencée ; et il doit toujours y avoir eu là une pente rapide, ou en d’autres termes , une cascade tombant sur le terrain audessous de la coulée de lave , d’une hauteur égale à celle de cette coulée les eaux ayant dû s’élever en cet endroit jusqu’au sommet de la lave en y formant un lac produit par la digue qu’elle a elevee entre la plaine et le volcan. Il en résulterait par conséquent que la „or„e ouverte dans le courant de lave a été principalement formée par l'action d’un courant rapide ou d’une cataracte. Quoique cette circonstance ait dû faciliter les progrès de la destruction, et rendre sa promptitude moins remarquable que si la gorge avait été creusee par le Simeto avec sa pente actuelle, ce fait nous fournit néanmoins un bon exemple d’une ravine creusée dans une roche dure pendant le cours de deux siècles, en admettant toutefois qu’il n’y a aucun
. Principles of Geology, page 178, avec une coupe.
doute à élever sur l’époque qui a été assignée à l’éruption du courant de lave, et au barrage de la vallée qui existait antérieurement.
Les exemples analogues bien connus tirés des rivières de l’Au-
vergne ne nous fournissent que des dates relatives; mais elles suffisent pour constater qu. il existait une vallée à travers laquelle une rivière suivait son cours, entraînant des détritus à la manière ordinaire, et que le cours de la rivière a été arreté, comme dans le cas cité plus haut, par une coulée de lave, qui, descendant d’un volcan \oisin, a traversé la vallée, et formé un lac. Ce lac, quand il a été rempli, s’est déversé par-dessus le côté le plus bas du bord de son bassin, qui s’est trouvé être dans la direction de la vallée, et par conséquent par-dessus la coulée de lave. Cette coulée a été coupée par 1 action de 1 eau ; et non-seulement celle-ci a repris son ancien ht, mais elle a même creusé au-dessous les roches qui constituaient le fond de la vallée primitive.
Malgré ces faits, il y a beaucoup de rivières qui coulent à travers des gorges ou des ravines quelles n’auraient jamais été capables de creuser, au moins depuis l’existence de la disposition générale actuelle de la surface du globe; car les niveaux relatifs sont tels que 1 on devrait supposer que les rivières ont coulé près de leur embouchure sur des terrains plus élevés que ceux où elles coulent près de leurs sources; en d’autres termes, il faudrait supposer qu’elles ont coulé de bas en haut, si on les considérait comme les agents qui ont formé ces gorges. Le cours de la Meuse , avant et pendant son passage à travers les Ardennes , nous fournit un exemple bien remarquable de ce fait. M, Boblaye nous fait connaître qu’au-dessus du point où elle passe à travers ces montagnes, la Meuse n’est séparée du grand bassin de la Seine que par des collines ou des cols peu élevés, qui n’ont pas plus de 30 ou 40 mètres de hauteur au-dessus du lit actuel de la rivière; tandis que les Ardennes, qu’elle traverse actuellement, s’élèvent à une hauteur de plusieurs centaines de pieds au-dessus du même niveau. Or, s’il était vrai que toutes les rivières eussent creusé leurs lits ou les vallées dans lesquelles elles coulent, la Meuse aurait dû avoir coulé de bas en haut, et avoir creusé un canal étroit d’à peu près 300 mètres de profondeur, tandis que rien ne 1 empêchait de couler, dans une direction opposée, sur le bassin de Paris, qui n’était séparé du sien que par une élévation qui n’était que la dixième partie de cette hauteur ‘.
A Clifton, près de Bristol, nous avons aussi un exemple frappant
1 Boblaye, Annales des Sciences naturelles, t. 17, p. 37.
du meme fait. L 'Avon y coule à travers une gorge ou ravine qui, si elle venait à se fermer, donnerait lieu, en amont, à la formation d’un lac. Mais ce lac n’exercerait aucune action sur la chaîne de collines que traverse le canal actuel; au contraire, le bord le plus bas du bassin, et par conséquent l’écoulement des eaux, devrait se trouver dans la direction de Nailsea à la mer, au delà de laquelle l’Àvon continuerait sa course depuis Bristol. L’élévation réelle du terrain, entre la marée haute à Bristol, et la mer au delà de Nailsea, est presque nulle, et il est borné au nord par les hautes montagnes à travers lesquelles l’Avon trouve maintenant son passage jusqu’à la Saverne.
On pourrait citer aisément d’autres exemples; mais ceux-ci sont suffisants pour prouver le fait qu’il fallait établir. Parmi les gorges qui sont traversées par des rivières, il y en a beaucoup sur la formation desquelles nous sommes incertains, par suite de notre ignorance des niveaux relatifs dans leur voisinage, ce qui rend difficile de leur assigner une origine particulièreé Elles peuvent être dues aux mêmes causes qui ont produit les ravines de la Meuse dans les Ardennes, et de l’Avon près de Bristol, ou à l’action des rivières qui déversent le surplus des eaux amassées dans les lacs. On peut, à cet égard, citer la fameuse vallée de Tempe en Thessalie; le cours tortueux du FPye , entre Montmouth et Chepstow ; le fameux Rheingau ; la ravine par laquelle le Potomack traverse les montagnes Bleues dans les États-Unis; les Portes-de-fer , par lesquelles le Danube entre dans la A alachie.
Le saut du Niagara peut être cité comme exemple d’une rivière qui sert de décharge à un lac, et dont l’action tend à creuser une gorge qui, par suite, pourra peut-être dessécher ce lac. Cette cataracte si célèbre est située entre le lac Erié et le lac Ontario. A quelque distance au-dessus de l’entrée de la rivière dans ce dernier lac, le pays est plat, et paraît formé d’alluvions, quand tout à coup on voit s’élever au-dessus de cette plaine un plateau qui se prolonge jusqu’au lac Erié. C’est au-dessus de ce plateau que le surplus des eaux du dernier lac ont pris leur cours; elles paraissent avoir d’abord formé leur chute sur la partie antérieure du plateau qui fait face au lac Ontario. Leur action destructive a déjà reculé leur passage ou leur chute d’environ 7 milles, et il leur reste encore une étendue d’environ 18 milles à creuser dans les siècles futurs sur la largeur du plateau. Quand ce creusement sera complètement produit, il y aura là une gorge ou ravine semblable à celle citée plus haut. La manière dont la rivière se fraie un passage à travers les rochers est singulière , et diffère peut-être de celle qu’on aurait
d’abord Imaginée. Ceci deviendra plus clair au moyen de la figure suivante. ’ “
Fig. 12.
9 ch
ab, niveau originaire du plateau* ah , rivière coulant sur le plateau, et tombant au fond de l'abîme c, en formant la cascade hc , après laquelle les eaux prennent leur cours dans la direction cg ’ cl, couches calcaires reposant sur des couches de schiste e, toutes deux recouvertes, dans le pays plat adjacent, d'une masse de matériaux de transport dont l’épaisseur varie depuis 10 jusqu'à 140 pieds, et qui renferme de très gros blocs. La chute des eaux de h en c occasionne un violent mouvement de l’air, qui, chargé d’eau, humecte continuellement en f les schistes e. L’action prolongée de ces tourbillons d’air imprégné d’eau dégrade les schistes et en fait tomber les débris de manière à former un talus en k. Par suite de la destruction de ces schistes, le calcaire qui les recouvre perd son support, et cédant à l’action réunie de sa propre pesanteur et de celle de l’eau qu il supporte, il s engloutit dans l’abîme. De cette manière, le passage de la chute est creusé si rapidement, qu’il a reculé considérablement de mémoire d’homme. La même action se renouvelle continuellement et produit toujours les mêmes résultats. Il s’ensuit nécessairement qu à moins que cette destruction graduelle et cette marche rétrograde du point où la chute a lieu ne soient arrêtées par quelque circonstance extraordinaire, il arrivera une époque où cette cataracte épuisera les eaux du lac Erié : mais il n’est nullementprobable, comme on l’a quelquefois supposé, que cet écoulement soit assez soudain pour produire une violente inondation sur le pays inférieur que parcourt le Niagara; tout porte à croire, au contraire qu’il sera beaucoup plus graduel ; car l’abaissement des eaux du lac ne pourra avoir lieu qu’en proportion de [’approfondissement progressif de leur canal de décharge, comme le fera voir clairement la figure ci-après.
Fig. 13.
hr % k' mf n'
a b représente le niveau du lac et la surface supérieure du plateau, qui ne dépasse que très peu celle de l’eau ; he la. pente (exagérée) du sol qui forme le fond du lac, depuis le point h , où le trop-plein des eaux se perd par-dessus le plateau-, f' n\ niveau de la rivière audessous de la chute. En supposant que g g' représente la position actuelle de la chute, qui s’est déjà rapprochée du lac par suite de la destruction graduelle du canal ff en gg\ en concevra que cette espèce d’avancement rétrograde de la chute peut se poursuivre graduellement jusqu’en hh\ sans que le lac perde pour cela une plus grande quantité d’eau qu’il n’en passe aujourd’hui par la cataracte. Mais, à dater de l’époque où la chute (ou autrement le seuil d’écoulement) sera parvenue en h h\ il arrivera nécessairement qu’à chaque mètre dont elle reculera elle donnera lieu au passage d’une plus grande quantité d’eau, en abaissant les eaux du lac jusqu’au point h , devenu sa rive la plus basse-, de manière que quand elle sera arrivée en n', le niveau du lac devra s’être abaissé jusqu’à la ligne ic , et toute la tranche d’eau qui est au-dessus de ce nouveau niveau devra avoir accru la masse ordinaire de la cataracte.
Celle-ci, ainsi enflée, acquerra beaucoup plus de vitesse et une plus grande action destructive; dès lors le reculement du point où elle commence se fera plus rapidement, et lorsqu’il sera parvenu en k' k , le niveau des eauxic descendra en kd en moins de temps que le niveau ttb n’était descendu en ic. Toutefois, au bout d un certain laps de temps, le volume d’eau de la cataracte devra devenir moins considérable, par suite de la diminution de la surface du lac. 11 s’ensuit que l’accroissement de force qu’elle aura reçu par une augmentation d’écoulement des eaux semblerait devoir diminuer graduellement jusqu’à ce qu’à la fin il n’y ait plus que les eaux de la rivière traversant l’ancien lit du lac.
Les eaux d’un lac retenues par une digue de roches ne peuvent se vider subitement et produire une débâcle que lorsque la digue qui les sépare des terrains inférieurs présente une face verticale dans toute la profondeur du lac; et même, dans ce cas, il faudrait que cette digue fût tout à coup renversée sur toute sa hauteur pour produire une semblable catastrophe. Des digues de rochers de ce genre doivent être extrêmement rares, et il doit être encore plus rare que là où
DEGIIADA.TIOJNS DES CONTINENTS, elles existent elles n’aient pas éprouvé des dégradations successives plus ou moins considérables. Le caractère commun des lacs, sous le rapport de la pente qui s’élève depuis leurs fonds jusqu’au point où commence la décharge de leurs eaux, présente beaucoup de variations; mais, en général, cette pente est graduelle et très douce , particulièrement dans les lacs d’une étendue considérable.
La grande débâcle, si souvent citée , produite par la rupture d’un lac dans la vallée de Bagnes , a eu lieu dans des circonstances tout a tait différentes de celles du dessèchement d’un lac existant dans une dépression de terrains derrière une digue de rocher.
La vallée de Bagnes, qui fait partie du Valais, est traversée par le torrent de la Dranse, qui, lorsque aucun obstacle ne l’arrête, va se réunir aux eaux descendant de la vallee d’Entremont, qui remonte au grand Saint-Bernard et aboutit à la grande vallée du Rhône, près de Martigny. Dans une partie de la vallée, près du pont de Mauvoisin, le lit du torrent est très resserré et a une pente très rapide. Au nord de cet endroit s’élèvent le mont Pleureur et celui de Getroz , et au sud celui de Mauvoisin. Entre les deux premiers, il y a une ravine qui communique avec la vallée de Bagnes, et qui a un glacier considérable a son extrémité supérieure. Par cette ravine, des blocs de glace et des avalanches de neige descendent dans la vallée de Bagnes, et obstruent plus ou moins le lit de la Dranse, qui, dans des circonstances ordinaires, est capable d’entraîner 'la plus grande paitie, si ce n est la totalité, des matières qui s’opposent ainsi a son passage. Quand cependant les blocs de glace sont nombreux et les avalanches considérables, la force du torrent est insuffisante pour les entraîner, et ils s’accumulent. Quelques années avant 1818, dit M. Escher de la Linth, le cours de la Dranse avait commencé à être obstrué par les blocs de glace et les avalanches de neige qui descendaient du glacier de Getroz. Dès que cette accumulation fut devenue assez considérable pour ne pas être détruite par les chaleurs de l’été, elle s’accrut encore successivement pendant chaque hiver suivant, jusqu’à former une masse homogène de glace de forme conique. Les eaux de la Dranse, cependant trouvèrent d’abord le moyen de s’échapper au-dessous du cône de glace, jusqu’au mois d’avril, époque où on s’aperçut qu’elles n avaient plus d’issue, et qu’elles avaient formé un lac d’environ une demi- lieue de longueur '. Le danger qui menaçait était évident ; et en conséquence on essaya de dessécher graduellement le lac au mo)en d une galerie percée dans la glace. On parvint ainsi à écouler
i E-dim. Phil., journ , vol. \, p. !H8
70 DEGRADATIONS des continents.
environ un tiers de la quantité d’eau qui était retenue : de millions de pieds cubes elle fut réduite à 530 millions. A la fin les eaux , en s’écoulant, attaquèrent les débris entassés au pied du mont Mauvoisin, et s’étant creusé un passage entre les rochers et la glace, elles brisèrent entièrement leur digue et se précipitèrent en masse, avec une violence extrême, entraînant avec elles des maisons, des arbres, d’énormes blocs de rochers, etc. Ce torrent, s’échappant ensuite avec impétuosité de l’étroite vallée où il était resserré , désola une grande partie du bourg de Martigny 1 * , d’où , en diminuant graduellement de rapidité, il alla se réunir au Rhône dans le lac de Genève. Comme on pouvait s’y attendre, sa vitesse varia beaucoup dans différentes parties de sa course. 3YL Escher de la Linth calcule que cette vitesse fut de 33 pieds par seconde du glacier à Le. Chable, dans un trajet de 70,000 pieds ; de 18 pieds sur 60,000 de Le Chable à Martigny, et de 1 1 pieds } sur 30,000 de Martigny à Saint-Maurice; enfin, de Saint-Maurice au lac de Genève, qui en est éloigné de 80,000 pieds, la vitesse n’était plus que de 6 pieds par seconde 3 4.
Le lac fut desséché dans l’espace d’une demi-heure. ■
Comme l’a fort bien remarqué M. Yates 3, on voit, dans les pays de montagnes, des“lac.s produits par la chute de masses de rochers en travers de vallées étroites , de manière à arrêter les eaux dans leur descente vers le bas de ces vallées. M. Yates cite le lac d Os chenen , dans le canton de Berne, comme un bon exemple de lacs ainsi formés; et M. de Gasparin rapporte un exemple récent (novembre 1829) de la formation d’un lac semblable dans le département de la Drôme, produit par la chute d’une masse de montagnes qui a barré la rivière d’Ou£e, près La Mothe-Chalançon. Le lac produit dans ce dernier cas avait 5 à 600 mètres de long, 60 de
large , et 3 à 4 de profondeur 4.
Il est évident que la possibilité d’une décharge subite des eaux d’un lac ainsi formé dépend de la forme et du volume de la digue qui les retient, comme aussi de la nature des matériaux qui la composent. Si cette digue est assez forte pour résister à la pression de l’eau, et ne peut être entamée que par le creusement graduel que l’écoulement du lac opérera sur sa partie la plus basse, elle
i Parmi les débris transportés à Martigny se trouvèrent beaucoup d’arbres qui étaient restés droits sur leurs racines ;■ les graviers et la terre qui s’y étaient attachés les maintenaieat dans une position verticale avec leurs branches,
a Edimb . Phil.journ., vol, 1, p. 191.
3 Yates, Remarques sur les dépôts d’ alluvion. {Nouveau Journal phil% d Edimb,, avril 1830.)
4 Gasparin, Ann. des Sciences nat,, avril 1830. t
DEGRADATIONS DES CONTINENTS. ?j
S0 maintiendra et se couvrira de bois et autres végétaux , comme cela a eu lieu au lac d’Oschenen. Mais si, au contraire, la digue est composée de matériaux peu cohérents, susceptibles d’être subitement entraînés par la pression des eaux, ou d’être promptement corrodes et dégradés par l’écoulement de leur trop-plein , il pourra se produire une débâcle analogue à celle de la vallée de Bagnes' ont ,es effets dépendront de la masse des eaux retenues, de leur
écoulement plus ou moins instantané, et d’autres circonstances faciles a concevoir 1 .
Des lacs peuvent être aussi desséchés, si la digue qui les retient et les séparé d un niveau inférieur est une masse verticale d’une faible épaisseur ; car cette mince digue peut s’affaiblir peu à peu par
1 écoulement de 1 eau , et s’écrouler tout à coup ; mais ces cas doivent se rencontrer fort rarement, et il est difficile de supposer des acsdont 1 etendue soit assez considérable pourquo leurdébâcle subite puisse produire des effets qui soient à comparer à ceux qui résulteraient du passage d’une masse d’eau générale sur les continents.
M. Strangways cite la grande débâcle ou dessèchement soudain clu toc de Souvando, au nord de Saint-Pétersbourg. Avant l’année
• °,18’ f lacetalt séParé, à l’est, de celui de Ladoga par le petit thme de Taipala. Ses eaux se déchargeaient au nord dans le Voxa a Kevgnemy, et se rendaient de cette manière dans le lac Ladoga a Kexholm. Au printemps de 1818, l’isthme de Taipala fat entraîné par tes eaux , ce qui changea l’ancienne direction de la décharge du ac, en lui en ouvrant une nouvelle à un niveau plus bas. Aussi les eaux de ce lac de Souvando se sont considérablement abaissées, et
înUf * af r?ndl’e par Ce I10uveau canal dans lc ,a<= Ladoga, a^ant tout a fait abandonné le Voxa \
Le même auteur décrit les chutes ou rapides de Ylmatra, à environ 6 verstes au-dessous du lieu où le trop-plein des eaux du lac aima est reçu par le Voxa. Cette rivière se resserre tout à coup au-dessus des points où elle tombe en cataracte, avec une rapidité et un fracas extraordinaires, à travers une gorge qu’elle a évidemment creusee elle-même. D’après M. Strangways, nous pouvons
' MS^.1r.ea0bSf7‘1,i0nSS’a,,p,iquenli,u5si * <cs indiqués également
eirconstJnees uni, T"0'* *"* ci-dtssus- ^desquels, par suite de diverses constances un torrent provenant d’une vallée transversale vient à amener dans
digue il n’pcf ,ii antS CeS CaS’ cePen(^,Jnt» ^ après la nature même de cette
conuâirl „nlî. pr0bable Puisse se maintenir, mais bien plutôt , au
vent principal ° emportée plus ou moins promptement par la rivière ou tor.
2 Strangways, Trans. g-Jnl,, Ire série, vo] 5> p> 344.
admettre que l’eau a primitivement passé sur une plate-forme située
entre deux chaînes de collines, et formant le fond d’une vallée.
« Cette plate-forme est composée de gneiss en couches très inclinées,
« et c’est dans ce gneiss que la rivière a creusé son lit. La surface « de cette plate-forme paraît aujourd’hui élevée de 50 pieds au- « dessus du niveau de l’eau au bas de la cataracte. Sa surface est en (c beaucoup de points tout à fait nue, et profondément creusée dans « une direction parallèle à celle de la rivière 5 elle est couverte de a monceaux de galets et de blocs d’un gros volume, dont quelques- « uns sont creusés et évidés sous les formes les plus bizarres. L’un « des plus gros blocs laissés maintenant à sec, situé à peu près au (( milieu de la plate-forme , est percé verticalement d’un trou cylin- « drique 1 2 . » On a constaté que le niveau du lac Taima et le niveau du seuil de la décharge de ses eaux s’abaissent graduellement.
Débordements . — Toutes les rivières sont plus ou moins sujettes à des crues ou débordements qui augmentent beaucoup leur rapidité et leur force de transport, ce qui les rend capables d’entraîner des matières qu’elles n’auraient pu déplacer dans les circonstances ordinaires. Ces débordements sont aussi importants en ce qu’ils surprennent, dans des terrains bas, des animaux terrestres que les eaux transportent, avec des arbres et d’autres matières, jusqu’à la mer, où ils peuvent être ensevelis tout entiers dans des dépôts de vases avec des animaux qui se tiennent dans les embouchures ou d’autres qui habitent la pleine mer.
On a observé que , dans ces crues , une rivière tend surtout à élargir son lit, sans beaucoup l’approfondir-, car les plantes aquatiques qui ont poussé et fleuri durant l’état paisible de la rivière sont couchées au fond du lit, mais ne sont pas entraînées par le courant, et garantissent le fond de ses érosions : les pierres et les graviers qui, à des époques antérieures, se sont déposés à nu sur le fond, doivent y entrer dans le sol, s’y agglomérer, et augmenter beaucoup sa résistance \ Durant ces crues des rivières, les plaines qui les bordent sont souvent inondées, et il s’y fait des dépôts 5 mais néanmoins une grande quantité de détritus échappe jusqu’à la mer.
Quand on veut déterminer les effets qu’une inondation a produits dans un pays cultivé, on doit d’abord faire abstraction des malheurs qui sont le plus à. déplorer, tels que le nombre des victimes et l’étendue des propriétés ravagées, pour s’attacher à
1 Strangways , Trans, geol., vol. 5, p. 3 H .
2 Encycl. britann., art. Rivière.
bien reconnaître les changements physiques réels que cette inondation a pu occasionner dans la contrée 5 mais, en outre, on doit ne pas oublier que les ouvrages de l’homme accroissent beaucoup la force estructive d’une inondation. Si une rivière, dans son débordement, trouvait à s’étendre beaucoup sur une plaine, la masse de ses eaux trouvant ainsi à se développer sur une surface plus consierable^ y perdrait beaucoup de sa vitesse et de sa force pour entraîner les masses solides; mais il arrive, au contraire, que nos haies, nos ponts, et autres obstacles capables d’abord de maintenir quelque temps les eaux , sont ensuite par cela même, lorsqu’ils sont .
débâcles^8 ^ CGder a leUr pressi0n’ Ia cause d’une multitude de
Si on suppose qu’un pont arrête les progrès d’une inondation, et que, comme cela arrive souvent dans de petites plaines, une chaussée le reunisse aux collines qui sont de chaque côté, les eaux s’accumuleront et finiront par faire une irruption du coté qui leur offrira le moins de résistance, ce qui probablement aura lieu parle pontayant une fois trouvé une issue, les eaux s’y précipiteront avec une rapidité proportionnée à la différence de niveau et à leur masse et 1 en résultera une débâcle , dont la force pour entraîner et transporter sera beaucoup plus considérable que ne l’aurait été celle de 1 inondation abandonnée à elle-même, si les obstacles qu’elle a eus a vaincre n’avaient pas existé. Il faut se rappeler aussi que l’homme par ses inventions de fossés et de rigoles, empêche les eaux de pluie de séjourner aussi longtemps qu’elles le feraient sur la pente ces collines, les conduisant, comme il le fait, par cette multitude de canaux de dessèchement jusque dans le fond des vallées; de sorte que, dans un même temps, il s’y réunit une bien plus grande masse ü eaux que cela n’aurait heu dans un pays non cultivé. De plus 1 homme, au moyen des digues et des jetées qu’il élève, renferme souvent les eaux d’une rivière dans un canal plus resserré que celui quelle aurait naturellement; et il en résulte nécessairement que, ans une crue, les eaux ainsi contenues ne pouvant se développer sur une grande surface, leur rapidité ordinaire est beaucoup augmentée, et en même temps leur force pour entraîner.
Glaciers.— Ce sont de grandes masses de glaces ou de neiges durcies, formées d’abord sur le sol dans les régions froides de^l’atmosphere, et qui ensuite descendent et s’accumulent dans les vallées des pays de montagnes, présentant souvent ainsi le rapprochement extraordinaire de la désolation au milieu de la fertilité et de la glace co e mne belle végétation. Les niveaux jusqu’où descendent les glaciers dépendent beaucoup de la latitude de la contrée.
Ainsi dans les régions polaires, où la ligne des neiges perpétuelles est très rapprochée du niveau de la mer, on trouve des glaciers sur des montagnes plus basses qu on n’en trouverait dans les Alpes, où la limite des neiges perpétuelles est beaucoup plus élevée : de même, dans la chaîne de ÉHimalaya, la ligne des glaces perpétuelles étant plus élevée que dans les Alpes, les glaciers s’y forment aussi à des niveaux plus élevés.
Les glaciers sont des instruments puissants de dégradation du sol, en ce qu’ils chassent devant eux et transportent toutes les substances qu’ils peuvent déplacer. En avant des glaciers, on voit ordinairement des amas de débris composés de masses de rochers , de terre et d’arbres qu’ils ont entraînés, et qui sont connus en Suisse sous le nom de moraines. S’il y a une ligne de moraine qui s étende à quelque distance en avant du front du glacier, on en conclut que le glacier s’est reculé de toute cette distance-, mais si l’on ne voit pas d’autre moraine que celle que le glacier chasse immédiatement devant lui, on en conclut qu’il s’est avancé. Les glaciers aident à la dégradation des continents en transportant des blocs , souvent de très grandes dimensions, jusqu’à des régions plus basses que celles que ces blocs auraient pu atteindre dans un si court espace de temps 5 et beaucoup de glaciers, surtout quand ils se trouvent dominés par de grands escarpements, sont chargés des débris qui s’en détachent, lesquels, en raison de l’avancement constant de la masse de glaces, sont entraînés avec elle, et, si elle aboutit à un précipice, y tombent avec fracas et roulent dans les ravins situés au-dessous. Ces chutes de rochers sont communes dans les parties élevées des Alpes, et le bruit qu’elles produisent, joint à celui des craquements qui ont lieu tout à coup dans les glaciers eux-mêmes , sont les seules interruptions qu’éprouve le silence de mort qui règne dans ces contrées sauvages et désolées. L’avancement plus ou moins prompt d’un glacier dépend de l’angle qu’il fait avec l’horizon , la vitesse de sa marche augmentant avec la déclivité du terrain sur lequel il repose.
Une échelle laissée par M. de Saussure à l’extrémité supérieure d’un glacier, la première fois qu’il visita le col du Géant, fut retrouvée dernièrement dans la mer de glace, qui est le prolongement du même glacier, presque vis-à-vis le pic appelé l’Aiguille-du- Moine $ elle doit , par conséquent , avoir avancé d’environ trois lieues depuis l’année 1787 \ Quelques expériences faites par des guides de Chamouni, et rapportées par le capitaine Sherwill, nous
« Phil. Mag. et Annales de Philosophie , janvier 1831.
apprennent que, comme on doit le concevoir, cette marche rapide diminue quand la pente devient moindre dans la mer de glacescar on a trouvé qu’un bloc de rocher n’y avait avancé que de 183 metres dans l’espace d’une année \ Il est impossible de donner une preuve plus positive du rapport qui existe entre l’avancement c un glacier et la pente sur laquelle il se développe. Il semble en résulter que, comme la déclivité du sol reste à peu près la même pendant une longue période de temps, l’avancement ou le retrait de la partie inférieure d’un glacier dépendra des variations locales du c imat, qui produiront une plus ou moins grande quantité de glace dans les régions élevées, ou détruiront une plus ou moins grande partie du glacier dans les régions basses.
Presque toutes les eaux qui s’écoulent des glaciers sont chargées de detritus, dont la plus grande partie se dépose près de la glace, mais dont les particules les plus fines sont transportées à des distances considérables, comme on le voit, par exemple, dans le torrent de l’Arve, lequel, après avoir déposé dans la vallée de Chamouni les matières les plus lourdes dont il était chargé, charrie les parties les plus légères jusqu’à sa jonction avec le Rhône, près de treneve. Il n’est pas rare que des eaux troubles, provenant de glaciers, déposent dans un lac tous les détritus qu’elles entraînent, comme le fait le Rhône, qui transporte dans le lac de Genève du sable, de la boue, et quelquefois des cailloux. Le frottement des glaciers contre le sol sur lequel ils se meuvent est peut-être encore une autre cause mécanique qui sert à accroître leur action destructive.
Dans les régions du nord, les glaciers n’ont quelquefois qu’une si petite distance à parcourir avant d’arriver à la mer, qu’ils viennent y aboutir, comme l’ont observé les navigateurs qui ont parcouru les mers du nord. Les masses de glaces s’avançant ainsi dans la mer, auront une tendance constante à flotter à la surface, par suite de leur plus faible pesanteur spécifique 5 d’où il doit résulter que si, par une force quelconque, elles sont détachées du glacier ont elles faisaient partie, elles doivent être entraînées en pleine mer : c est ainsi que se forment ces montagues de glaces si connues et si dangereuses dans l’océan Atlantique du nord.
Dépôts de détritus dans la mer.
Nous avons vu ci-dessus que l’action de l’atmosphère, les fontes des neiges et des glaciers, les éboulements, et l’action destructive
1 Phil. Mag. et Annales de Philos., janvier 1831 .
des eaux des rivières , produisent de grandes dégradations à la surface des continents. Des circonstances locales arrêtent une portion considérable des détritus qui en résultent} des lacs eu retiennent de grands dépôts, qui plus tard sont entraînés} des plaines basses sont de temps à autre envahies par des inondations qui y laissent des atterrissements considérables} la rapidité des courants diminue, et avec elle leur force pour entraîner : d’où il résulte que, comme nous bavons observé précédemment, les rivières, quand elles sont courtes et rapides, peuvent entraîner jusqu au bout unegiande partie de leurs détritus, tandis que , quand elles ont un long cours, elles en abandonnent une grande partie avant leur embouchure. Dans des localités favorables, telles que dans des pays de plaines, elles élèveront leur lit, si elles sont resserrées entre des rivièios élevées qui ne leur permettent point de changer leur couis ou d’épancher leurs eaux et de former des dépôts latéralement. Ce fait s’observe bien en Italie, où il y a beaucoup de plaines qui ont été en culture depuis un long espace de temps, pendant lequel on a été constamment obligé , pour contenir les rivières , de leur opposer des digues, afin de les empêcher de se répandre sur les champs cultivés et de les dévaster. Aussi , quand on voyage dans cette contrée, il arrive souvent qu’on voit la route tracée sur des hauteurs artificielles, servant de lit aux rivières, plus élevées que le niveau des plaines environnantes : ces hauteurs artificielles sont surtout frappantes dans la petite plaine de Nice , qu’on sait avoir été cultivée depuis l’époque reculée où le pays a été habité par la colonie phocéenne de Marseille. Le niveau élevé auquel coulent ces rivières, est dû non-seulement à leur ancienneté , mais encore à la facilité avec laquelle se désagrègent les conglomérats qui composent les collines supérieures d’où les eaux proviennent, et d où elles cntraînet facilement avec elles une quantité considérable de cailloux. Ceci sera rendu plus clair par la figure suivante.
Fig. 14.
a h, niveau de la contrée actuellement cultivée, sur laquelle on a élevé graduellement des digues artificielles jusqu’en cd, afin de garantir les champs de l’envahissement des détritus amenés par la rivière ouïe torrent e, lesquels s’accumulent ainsi depuis f jusqu’en e. Le genre de travail généralement en usage dans le pays pour
PN ry
depots de detritus da in s la mer. y,
combattre les effets de cette accumulation et de 1 élévation du lit de la riviere consiste à profiter de l’époque des eaux basses pour
n (aci des depots du lit e, et s’en servir pour relever les deux rives qui servent à garantir les plaines.
Le Pô montre un exemple bien connu de cette élévation du lit c une rrviere, car il est devenu plus haut que les maisons de la ville de t errare. Le meme phénomène s’observe aussi en Hollande quoique sur une plus petite échelle; et en général on doit s’attendre à e rencontrer dans tous les pays où des rivières transportant des detritus sont contenues par des rives artificielles qui les empêchent de quitter leur lit pour se répandre dans les plaines environnantes.
1 lalgre cette tendance des rivières à élever leur lit dans certaines circonstances, il y en a d’autres où elles le creusent. C’est ce qui a ieu quand deux ou plusieurs courants venant à se réunir en une seule rivière, la surface de l’eau, après cette réunion, loin d’être aussi grande qu’étaient celles des deux premiers courants, est au contraire beaucoup moindre. Alors l’action des eaux réunies tend à creuser le canal dans lequel elles coulent; de sorte que, même avec une diminution dans la pente générale du lit, la rapidité reste la meme, ou est même augmentée.
Les faits suivants, observés dans le lit du Pô, nous fournissent une preuve évidente de ce creusement du lit d’une rivière par la jonction de plusieurs cours d’eau.
, Vcrs Ian l600’ les eaux du Panaro, rivière considérable, furent remues au grand Pô; et quoique dans ses débordements il transporte une immense quantité de sable et de boue, il a beaucoup approfondi le indu Tronco di renezia, depuis son confluent jusqu’à a mer. Ce fait /ut vérifié exactement par Manfredi, vers l’an 1720 orsque les habitants des vallées voisines furent alarmés du projet d y amener les eaux du Reno , qui alors coulait à travers le pays , Ferra;e' Lem's crawtes s’évanouirent, et le grand Pô continue a approiondir chaque jour son lit avec un avantage prodigieux pour la navigation. De plus, il a occasionné le dessèchement de plusieurs cantons très étendus qui étaient alors des marais étant depuis des siècles constamment couverts d’eau; ce qui est d’autant plus remarquable, que le Reno est de toutes les rivières ou pays, celle dont les eaux sont les plus troubles dans ses débor-
On devrait supposer que toutes les rivières doivent, lors de leurs débordements, entraîner des galets jusqu’à la mer. Il n’y a aucun
1 Encycl. brilann,, art. Rivière.
doute qu'elles ne produisent alors un transport plus considérable qu’elles n’auraient pu le faire dans le même lit et dans des circonstances ordinaires*, mais durant les crues, on ne peut considérer les rivières que comme étant plus étendues, et elles sont par conséquent toujours soumises aux lois générales des rivières, une plus grande masse d’eau tendant à approfondir le canal , et la rapidité du courant, la pente des lits et la force de transport restant toujours en
proportion l’une avec l’autre. ,
Dans les lits de torrents, à sec ou presqu’à sec pendant la plus grande partie de l’année, nous voyons des exemples de cours d’eau qui approfondissent leur lit en proportion de sa pente , de la résistance du fond et des parois, et du volume d’eau qui vient y couler. Le transport des détritus sera aussi plus ou moins considérable, en proportion des mêmes circonstances. Les particules fines étant plus faciles à transporter, il y a peu de rivières qui , durant les crues , n’emportent pas une grande quantité de ces détritus jusqu’à la mer. Si la pente le permet, le courant sera capable de transporter aussi d’autres espèces de détritus ; dans le cas contraire, ils resteront dans son lit. D’où il résulte que la nature des détritus qu’une rivière transporte à la mer doit dépendre des circonstances indiquées. Mais comme ces circonstances varient dans la même rivière, les dépôts de détritus qu’elle forme peuvent présenter aussi de grandes variations, et on peut y rencontrer des alternatives d’argile ou de marne et de sable ou de gravier.
Si une rivière , à son embouchure , est soumise à l’influence des marées, les détritus obéiront au flux et au reflux, et subiront une action en rapport avec les lois qui les régissent. S’il n’y a^ pas de marées , toute la masse des matières transportées par la rivière sera entraînée sans obstacle jusqu’à l’embouchure dans la mer. Entre les deux extrêmes de grande résistance et de non résistance , les variations sont si grandes et dépendent de tant de circonstances locales, qu’il est extrêmement difficile d’établir une classification.
Les variations principales sont produites par la différence dans le volume des eaux, leur rapidité et la quantité et la nature des substances qu’elles peuvent transporter : cependant on peut établir, comme un fait général, que les rivières tendent à former des deltas dans les mers où les marées sont nulles ou très faibles, ou bien lorsque les eaux de ces rivières ont assez de force pour vaincre la résistance des marées, des courants et l’action destructive des brisants. Elles ajoutent ainsi à l’étendue de la terre ferme par les dépôts qu’elles apportent, au milieu desquels elles se partagent entre plusieurs canaux. Cet accroissement superficiel est d’ailleurs
en raison de la profondeur de la mer au point où les rivières s’v jettent. " J
Dans les calculs de l’accroissement des deltas, on n’a pas toujours eu soin de tenir compte de la profondeur générale de l’eau dans laquelle ils se sont formés. Cette considération est importante car on conçoit qu’une moindre quantité de détritus transportés dans’ une partie de mer déjà pleine de bas-fonds, doit y présenter une surface
plus etendue qu’une plus grande quantité dans des eaux plus proîondes. r
Le Nil, le Volga, le Rhin, le Pô et le Danube nous offrent des exemples de deltas formés dans des mers qui peuvent être regardées en général comme n’ayant pas de marées. Comme le Nil ne reçoit que peu d'eau atmosphérique de l’Égypte, où il pleut rarement, les détritus qu’il transporte doivent venir principalement des pays supérieurs. Cette rivière commence à grossir en juin atteint son maximum de hauteur (de 24 à 28 pieds) en août, et décroît alors jusqu au mois de mai suivant. Depuis une longue suite de siècles, le Nil a transporté une grande masse de détritus dans la Méditerranée, où ils se sont accumulés à son embouchure, en y formant un delta qu’il tend constamment à accroître. La profondeur de la mer augmentant d’environ une toise ( fathom ) par mille, on a calculé en supposant que le dépôt du Nil soit le même près de la mer que dans a Thébaïde, que le delta doit s’ctre accru d’environ un mille et un quart depuis le temps d’Hérodote. D'après M. Girard le Nil a élevé la surface de la Haute-Égypte d’environ six pieds quatre pouces depuis le commencement de l’ère chrétienne. La quantité deau qui s’écoule en un an par le Nil est évaluée à deux cent cinquante fois celle de la Tamise '. Le delta est traversé par deux courants principaux qui se séparent l’un de l’autre à quelques milles au-dessous du Caire, l’un descend à Rosette, l’autre à Damiette. La position actuelle de cette dernière ville a donné lieu à des idées très exagérées sur l’accroissement rapide de ce delta : on a supposé que la ville actuelle était la même que celle qui pendant la première croisade de saint Louis , était située sur lé bord de la mer; et comme aujourd’hui Damietie est à deux lieues de la mer, on en a conclu que cette distance avait été produite par les dépôts du Nil dans l’espace d’environ 600. ans. Cependant il parait aujourd’hui certain, d’après les travaux de M. Renaud qu’après le départ de saint Louis , les émirs d’Égypte , voulant prévenir une nouvelle invasion du même côté , détruisirent l’an-
i Supplefm . à l F.ncycl. britann art. Géographie physique.
tienne Damiette , et fondèrent dans l’intérieur une nouvelle ville , qui serait la Damiette actuelle Par suite de l’effet des vagues et des courants , des bancs se sont amoncelés sur les côtés extérieurs du delta , où ils forment des lacs , dont les plus étendus sont ceux de Menzaleh, de Bourlos, et celui qui est derrière Alexandrie.
Le delta du Pô avance avec rapidité , par suite du peu de profondeur de la mer dans laquelle il se jette. Nous sommes redevables à 1YI. de Prony d’une masse intéressante de faits qui l’autorisent à conclure :
1° a Qu’à des époques antiques, dont la date ne peut pas être « assignée, la mer Adriatique baignait les murs d’Adria.
2° « Qu’au douzième siècle, avant qu’on eût ouvert à Ficarolo une a route aux eaux du Pô, sur leur rive gauche, le rivage de la mer (( s’était éloigné d’Adria de 9 à 10,000 mètres.
3° « Que les points des promontoires formés par les deux princi- « pales bouches du Pô se trouvaient, en l’an 1600, avant le Taglio « di Porto Viro , à une distance moyenne de 18,500 mètres d’Adria, « ce qui, depuis l’an 1200, donne une marche d’alluvions de 25 <( mètres par an.
4° « Que la pointe du promontoire unique formé par les bouches <( actuelles est éloignée de 32 ou 33 mille mètres du méridien <c d’Adria ; d’où on conclut une marche moyenne des alluvions d’en- (c viron 70 mètres par an pendant ces deux derniers siècles, marche « qui, rapportée à des époques peu éloignées, se trouverait être « beaucoup plus rapide 1 2 3. »
Le Mississipi , qui réunit les eaux d’une si grande partie de l’Amérique du nord, peut être considéré comme ayant son embouchure dans une mer à peu près dépourvue de marées. Son delta est très considérable et peu élevé au-dessus du niveau de l’Océan. Durant les plus hautes crues, la pente de la rivière de la Nouvelle- Orléans à la mer, qui en est à une distance d environ 100 milles, n’a été évaluée qu’à un pouce et demi par mille. Quand les eaux sont basses, la pente est presque imperceptible, le niveau de la mer étant alors à peu près le même que celui de la rivière à la Nouvelle- Orléans 3.
Cette rivière fournit un bon exemple de crues plus considérables à une certaine distance de l’embouchure qu’à l’embouchure même ;
1 Extrait des historiens arabes relatifs aux guerres des croisades.
2 Prony, cite par Cuvier, Discours sur les Révolutions du Globe , p. 74.
5 Hall. Voyage dans V Amérique du nord.
DÉPÔTS DE DÉTRITUS DAINS LA MER. g]
ear l élévation de l’eau, durant les grandes crues, est de 50 pieds
à Natchez, à 380 milles dans les terres, tandis qu’à la Nouvelle- Orléans elle n’est que de 13 *.
Darby nous a donné une masse de renseignements relatifs à une grande partie du cours du Mississipi et de son delta, d’où l’on peut déduire des faits géologiques très importants % Il paraîtrait que 1 Atchafalaya , qui aujourd’hui, à une distance d’environ 250 milles de la mer, reçoit une grande partie des eaux du Mississipi qu’il conduit dans le golfe du Mexique, n’a pas toujours été une des branches d écoulement de ce fleuve, mais qu’autrefois c’était le prolongement de la rivière Rouge , laquelle se jette maintenant dans le Mississipi. Pendant les automnes de 1807, 1808 et 1809 M. Darby a eu souvent l’occasion d’examiner le lit de l’Atchafalaya, dont les eaux étaient alors très basses. U a trouvé que la couche supérieure du dépôt qui forme le fond est constamment formée dune argile bleue, qui est abondante sur les bords du Mississipi. Cette argile recouvre habituellement une couche de terre ocreuse rouge particulière à la rivière Rouge, sous laquelle on retrouve de nouveau l’argile bleue du Mississipi 3. Nous pouvons en conclure , non-seulement que la rivière Rouge a coulé dans le canal de PAtchafalaya antérieurement au cours actuel du Mississipi mais que cette dernière rivière a précédé l’autre, et qu’il y a eu plusieurs alternatives. J
Par suite de la forme du Mississipi à l’endroit où l’Atchafalava s’en détaché , une immense quantité d’arbres qui étaient emportés par ie premier, sont rejetés dans le second. Depuis environ 52 ans ces arbres ont commencé à s’accumuler et à former un train ou radeau (raft). Cette masse de bois s’élève ou s’abaisse avec l’eau de la rivière, et conserve dans toutes les saisons la même élévation au-dessus de la surface. D’autres détails qu’on a donnés sur ce phénomène , tels que la solidité qu’on a supposée à ce radeau dans plusieurs parties au point de permettre aux chevaux d’y passer et ces arbres d’une grosseur énorme qu’on a dit y croître, sont des contes entièrement dénués de fondement. Daine le fait, d’après le changement continuel de position de ce radeau et le peu d’ancienneté de sa formation, il est tout a fait impossible de croire qu’il ait une grande solidité , et que de grands arbres aient pu y croître. On y voit végéter fréquemment quelques petits saules, ou autres
i Hall. V oyage dans l'Amérique du Nord.
3 Darby, Descript, géograph. de l’Etat de la Louisiane . 3 Ibidem.
82 DÉPÔTS dp: détritus dans la mer,
arbustes aquatiques ; mais ils sont trop souvent détruits par les changements qu’éprouve la masse du radeau pour acquérir une grandeur considérable. Dans la saison des basses eaux, la surface du radeau est entièrement couverte des plus belles fleurs -, et leurs couleurs variées, jointes au bourdonnement des abeilles, qui y affluent par milliers , forment pour le voyageur une sorte de compensation du silence profond et de la solitude de la nature sur cette plage écartée 1 .
D’après des observations faites en 1808, M. Darby a reconnu que la largeur de la rivière est de 360 pieds anglais , et il a évalué le volume du radeau à 286,784,000 pieds cubes, sur une profondeur ou épaisseur de 8 pieds et une longueur de 10 milles anglais. A la vérité l’intervalle entre les deux extrémités du radeau était de plus de 20 milles -, mais comme tout cet espace n’était pas également rempli de bois , M. Darby a adopté 10 milles comme la mesure moyenne approchant le plus de la vérité.
On observe des radeaux du même genre , mais d’un moindre volume , dans d’autres parties du Mississipi ou des grands fleuves qui lui apportent leurs eaux. Les rives de ces fleuves éprouvant des dégradations continuelles , on voit souvent de grandes quantités d’arbres entraînés tout à coup par les courants. Le capitaine Hall fut témoin d’un fait de ce genre : il vit une masse considérable de terre couverte d’arbres tomber tout à coup dans le Missouri ; et peu de temps avant son arrivée , on avait vu se détacher une masse encore plus considérable a.
Il y a peu de fleuves dont le cours soit plus instructif que le Mississipi, parce que l’homme n’a pas fait encore beaucoup de changements sur ses rives ; il en résulte qu’il nous fournit l’occasion d’observer de grandes opérations naturelles, bien plus complètement que nous ne pouvons jamais le faire dans le cours des rivières qui ont été plus ou moins sous la domination de Fhomme pendant une suite de siècles. Le cours de ce fleuve est si long, et il traverse des climats si variés, que les crues ou débordements sont souvent produits et entièrement terminés dans un de ses affluents avant de commencer dans un autre : de là proviennent ces fréquents dépôts de détritus aux embouchures des affluents. Les eaux de ces derniers sont repoussées en arrière, et deviennent stagnantes, jusqu’à une certaine distance, par l’effet du débordement des eaux qui affluent à leur embouchure, et il en résulte un dépôt qui subsiste jusqu’à
1 Darby, Descript, géograp. de V Etat de la Louisiane. * Hall, Foyage dans l'Amérique du Nord.
ce que les crues annuelles de l’affluent où il s’est formé viennentja 1 entraîner 1 * * * . Quand l’Ohio est débordé , il rend les eaux du Mississipi stagnantes sur une étendue de plusieurs lieues 5 quand c’est le
Mississipi , il fail refluer les eaux de l'Ohio jusqua une distance de 70 milles 2.
Daibv remarque que le Mississipi, dans sa longue course depuis 1 embouchure de l’Ohio jusqu’à Bâton-Rouge , baigne la rive orientale, qu’il tend à entraîner et à détruire, et que même jusqu’à la mer il n’est pas en contact avec le côté occidental de la vallée qu il traverse. Il attribue cet effet, avec beaucoup de probabilité aux dépôts apportés par les grands affluents, qui tous se jettent
dans le Mississipi du côté de l’ouest, et qui accumulent ainsi des détritus de ce côté.
Nonobstant la tendance générale du fleuve à se porter vers l’est, son lit subit un grand nombre de changements plus petits. Ainsi les contournements se raccourcissent par la dégradation et la coupure des isthmes , en raison de la tendance générale des courants sinueux a détruire les obstacles qui causent leur sinuosité, comme on peut l’observer dans un grand nombre de rivières qui coulent à travers des plaines. En outre, de nouveaux obstacles se présentent de nouvelles sinuosités se produisent. Ainsi, des arbres qui avaient poussé sur d’anciens dépôts d’alluvion de la rivière sont entraînés, tandis que des alluvions plus récentes donnent naissance à une nouvelle végétation, qui sera un jour emportée à son tour par un nouveau changement dans le cours du fleuve. Pendant que les changements moins considérables se produisent dans les diverses parties de son lit, la dégradation des terrains supérieurs fournit une grande quantité de détritus, qui non-seulement tendent à élever le niveau général de la vallée par leurs dépôts sur les plaines au moment des inondations, mais qui sont aussi entraînés en partie jusqu’à la mer, et forment un immense delta composé d’argile, de boue de sable, mêlés d’une grande quantité d’arbres et autres substances végétales qui ont flotté sur les eaux.
Le delta est divisé en une grande quantité de lacs, de marais et de courants partiels habités par une foule d’alligators. Le courant principal du Mississipi , comme on le voit sur toutes les bonnes cartes, se développe d’une manière tout à fait singulière. Les détritus
1 James , Expéd . aux montagnes Rocheuses.
!, ÏIa11’ V°rage dans V Amérique du Nord, vol. 3. p. 370. Le même auteur cite le
melange remarquable des eaux du Missouri avec celles du Mississipi , les premières
inargees de detritus et de bois, les dernières parfaitement claires.
qu’il entraîne avec lui y produisent continuellement des changements qui demandent toute l’attention des pilotes. Suivant le capitaine Hall, des millions de troncs d'arbres sont entraînés durant les crues, et souvent portés jusqu’à plusieurs milles de la mer, au point qu’il devient très difficile de naviguer au milieu d’eux. Quand ils ne vont pas jusqu’à la mer, ils sont liés ensemble par des espèces de roseaux qui retardent le cours de l’eau et recueillent des amas de boue. Le même auteur établit que, sur toute cette partie de la côte, il y a un espace de 50 à 100 milles de largeur qui est tout à fait inhabitable ê.
L’embouchure du Gange est un exemple remarquable de la puissance des fleuves pour avancer leur delta -, là où il n’y a point de courant violent dans une direction transversale à leur embouchure, et lorsque la masse d’eau, surtout pendant les crues, est très considérable, même quand ces rivières débouchent dans une mer soumise à de très fortes marées. Le major Rennell a décrit ce delta du Gange en 1781, et probablement depuis cette époque il s’y est produit de très grands changements; cependant, comme ces changements se sont probablement faits de la même manière, la description du major Rennell sera toujours précieuse pour nous faire comprendre comment les choses ont dû se passer.
Le delta du Gange commence à environ 220 milles de la mer en ligne directe , ou à peu près 300 si on compte la distance en suivant les contours de la rivière. Le Gange, comme beaucoup d’autres fleuves, fait de nombreux contours, et il en résulte, comme dans le Mississipi, des changements considérables dans son lit, par suite de la tendance des courants à détruire les isthmes qui séparent l’une de l’autre des sinuosités voisines. Durant les onze années que le major Rennell est resté dans l’Inde , le promontoire de la jonction de la rivière de Jellinghy avec le Gange s’est déplacé graduellement de trois quarts de mille en avant. Il dit aussi qu’il n’est pas rare de voir un changement total dans le cours de quelque rivière du Rengale. Le Cosa (égal en grandeur au Rhin) traversait autrefois Purnah, et se joignait au Gange vis-à-vis Rajenal; son point de jonction estacuellement environ 45 milles plus haut. Gour, l’ancienne capitale du Bengale , était primitivement située sur le Gange ; il semble probable que ce fleuve a coulé autrefois dans les lieux qu’occupent actuellement les lacs et marais situés entre Nattore et Jaffiergunge \
Le delta est constamment dans un état d’accroissement ; la quan-
1 Hall, Voyage dans V Amérique du Nord , vol. 3, p. 340.
2 Rennell, Trans, phil., 1781.
.. , , ,, . DKP,‘,TS DE detritus daws la mer. 85
mer tl 777 ^ 7 €0n.tribue doit ôlre lrès considérable, car la mer ou ,1 se, depose est très profonde. Les obstacles habituels qu’il
a a vaincre sont les marées; mais, durant les crues du fleuve lefluv
et e reflux se font peu sentir, si ce n’est près de la mer. Aussi cW
pendant ces époques que l’accroissement du delta est le plus consi -
-nnde6’ 7 rSe 7 détr,'tUS transP°rtée étant a!ors beaucoup plus est vr ’ I". res,stai;ce c,e ]a mer étant à son minimum. Il peut il
et lesrecTnVerqUe 8 merravage ces terrains récemment formés
vent touÏrsefi Pendant un certain temps; mais ils dori
tnt toujours finir par gagner en avant, ne fût-ce que par l’action
des brisants eux-mêmes, qui tendent à combler les profondeurs en
n emportant les detritus qu’à une petite distance. La mer devenant
ams. moins profonde, se trouve par suite plus facile à mpfi jar
les detritus apportés par la rivière. 1 P
da^Sson °lir faVierr ttranSP°méS Par ‘e Gange s’arrôtellt toujours dans son lit a une distance d au moins 400 milles de la mer par
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, e Gange n a pas transporté de gros gravier dans la mer au niveau relat'f qu’i, atteint aujourd’hui. Une grande partie des “ ions périodiques qu’on nous représente comme s’étendant sur des contrées unies , en ne parcourant qu’un demi-mille par heure a ete attribuée aux pluies qui tombent sur les plaines de l’Inde à cause e a teinte noirâtre que les eaux prennent par suite de ce ’qu’elles
Ste 7?“ ? miUeU de VégétaUX de di®rentes
concevoir 1 a pet‘tS obstacles forment, comme cela est facile à concevon , des digues et des îles très considérables ; un gros arbre
“ dan;Pr ff rt * et mêrae un bateau ^me^ , xï
pi od u ire cet effet. Comme ces îles se forment en peu de temps elles son de meme très facilement emportées par le moindre changement dans le courant, dont la puissance est telle, que l’on évalue la quantité d eau annuelle qu’il porte à la mer à 405,000 pieds
n°nflUent daGanSe et du Burampooter, au-dessous de Luckisaumâire & ™ g0!fe„lmmense » dans lequel l’eau n’est qu’à peine décrites nar 7e & T“é deS î,eS’ dont quelques-unes sont
douce 7s 77 fl,'tlllle’ °’1 assure que ,a mer y est parfaitement pluies J iU 3 3 dlStanCe de Plusieurs lieues, durant la saison des
* Rennell , Trans, phil., 1781.
£5 DEPOTS DE DETRITUS DA. N S LA M E R »
On voit donc qu’il se forme des deltas, non-seulement dans les localités où il n’y a ni marée ni courants impétueux qui empêchent une grande accumulation de nouvelles terres, comme à 1 embouchure du Nil ou du Pô , mais aussi dans beaucoup d’autres où il y a de petites marées (le Mississipi), et même où elles sont considérables (le Gange). Les deltas ainsi produits ont sans doute une grande étendue, et la quantité de matières végétales et animales qui peuvent y être enfouies est très considérable; mais nous devons éviter de nous laisser séduire par des mesures et des comparaisons de longueur, de largeur et de surface de certaines contrées que nous pouvons parcourir facilement , et que 1 habitude peut nous faire regarder comme importantes. On devrait les considérer, eu égard à leur importance relative, comme des portions de continent, quand on verrait qu elles ne présentent pas une surface aussi considerable qu’on l’avait d’abord supposé. L’augmentation des deltas correspondra à la quantité de détritus emportés jusqu’à l’embouchure des rivières, et il est evident que la facilite du transport dépendra, toutes les autres circonstances étant les mêmes, de la longueur et de la pente du fleuve. Or, le cours ayant dû être plus direct et la pente plus rapide à l’époque où le delta a commencé a se former, on peut en conclure qu’il se déposait des matériaux plus pesants , et que l’accroissement des deltas a dû être plus rapide dans les premiers périodes de leur formation ; qu’ensuite cet accroissement a du diminuer graduellement, à mesure que la pente du lit de la rivière est devenue moins forte, et que son cours a augmenté en longueur, abstraction faite des obstacles sans nombre opposés au courant par les subdivisions sans cesse plus nombreuses qu il subit dans ce
delta.
On peut aussi admettre que les détritus apportés des contrées supérieures deviendront graduellement moins considérables, par suite de l’égalisation des niveaux et du moindre nombre d’aspérités sus, ceptibles d’être attaquées par les agents mécaniques. Si ces observations, faites dans l’hypothèse de la non-intervention de l’homme, sont exactes , il en résulterait que l’accroissement des deltas doit diminuer graduellement , en supposant que ce soient les seules circonstances qui régissent leur formation. D’un autre côté , on doit reconnaître que les fortes pluies, particulièrement clans les contrées tropicales, tendent à dégrader et à détruire le delta lui-même, et à entraîner à la mer ses détritus, quoiqu’il continue ses accumulations de matériaux sur ses parties les plus élevées. L’abondance de végétaux aquatiques, commune aux extrémités des deltas, semblerait former un obstacle à cette dégradation ; cependant il y a toujours