ÉDITEURS
POUR LA SCANDINAVIE: GYLDENDALSKE BOGHANDEL, NORD1SK FORLAG, COPENHAGUE. PARIS: A PICARD &. FILS. BERLIN: AXEL JUNCKERS BUCHHANDLUNG. LEIPZIG: OTTO HARRASSOWITZ. LONDRES: WILLIAMS Bl NORGATE. NEW YORK: G. E. STECHERT
IMPRIMÉ CHEZ N(ELSEt) & LÏDICHE, COPENHAGUE
(AXEL SlMMELKl.EK)
Lorsque, à la fin de 1898 et au commencement de 1899, legoui vernement prussien procéda à des expulsions en masse de sujets danois du Slesvig, l'attention de l'Europe et de l'Amérique se trouva de nouveau attirée sur l'antagonisme qui existe dans le Nord du Duché entre la population danoise et l'administration prussienne. Les débats auxquels donna Heu dans le Reïchstag cette politique d'expulsion (18—19 février 1899) fournirent à la presse de tous les pays une occasion nouvelle de s'occuper de la question des nationalités dans la marche dano-allemande.
Cela permit de constater une fois de plus que les notions sur l'historique et l'état actuel de la lutte des nationalités dans le Slesvig septentrional sont très peu répandues en dehors des pays Scandinaves. La cause en est avant tout dans ce fait que la langue danoise n'est guère connue à l'étranger. D'ailleurs, avant qu'une édition danoise plus complète du présent Manuel eût paru en 1901, il n'était pas facile pour les Danois eux-mêmes de recueillir de tous côtés, dans les ouvrages spéciaux, dans les revues, brochures et journaux, les nombreux matériaux qui doivent nécessairement servir de base à tout exposé approfondi et à toute opinion indépendante sur la Question du Slesvig.
Dans ces conditions, les pays étrangers se trouvaient presque complètement privés de données exactes sur la lutte des nationalités dans le Slesvig; les exposés en langue danoise étaient d'un accès très difficile et l'étranger reculait devant des efforts
qui pouvaient lui paraître hors de proportion avec l'importance de la question. Il en est résulté qu'en dehors des pays Scandinaves on n'a presque jamais entendu l'avis du peuple danois dans sa propre cause. Toutes les fois que pour une raison quelconque la question slesvicoise a éveillé l'attention, c'est toujours l'Allemagne dont les exposés et les commentaires sont parvenus aux autres pays. Non seulement cette grande puissance a pour elle la supériorité perpétuelle que donnent à ses livres et à ses journaux l'emploi d'une langue universellement répandue, mais en fait elle a été la seule à représenter et à interpréter devant les pays étrangers des événements politiques et nationaux qu'elle avait elle-même provoqués. L'opinion du monde sur la politique suivie par l'Allemagne à la frontière danoise se trouve donc fondée uniquement sur les affirmations d'une des deux parties, L'autre partie, qui est la population danoise du Slesvig, non seulement n'a pas d'avocat, mais elle ne peut même pas faire entendre sa voix lorsque les grandes nations agitent sa propre cause.
Ce serait une utopie de croire que le peuple danois pourrait effacer cette inégalité écrasante. Mais l'aveu de son infériorité ne dispense pas ce peuple de combattre dans la mesure du possible pour son droit national et de défendre les idées à l'aide desquelle il lutte contre le danger qui menace d'anéantir au moins une partie de lui-même. Ce genre de défense qui est à la portée même d'une petite nation, consiste dans la propagation d'un exposé sincère et véridique. C'est pourquoi nous éditons dans une langue universelle le présent Manuel, publié sur l'initiative de l'Association danoise dont le but est de sauvegarder en Slesvig la langue et la culture danoises.
Pas plus sous sa forme française que sous sa forme indigène, le Manuel ne contient de polémique contre les opinions allemandes ni de critique des mesures prises par le gouvernement prus-
sien ; son but n'est pas de se mêler à la lutte qui se livre entre la population danoise duSlesviget l'administration de la Prusse. Nous avons simplement voulu donner un ouvrage qui, sous une forme simple et dans une langue universelle, concentrât les matériaux historiques nécessaires pour comprendre et juger la Question du Slesvig.
Le plan de cet ouvrage est déjà vieux de sept ans. La date de sa publication est tout à fait dépourvue de signification politique. Le Manuel ne s'attend ni ne vise à produire des résultats immédiats au moment où il va se trouver entre les mains des hommes d'État, des politiciens, historiens et publicistes des deux mondes. Ce que nous voulons, c'est qu'il existe, afin de pouvoir, le cas échéant, renseigner l'opinion, être consulté et servir de guide dans cette Question du Slesvig qui, depuis plus que quarante ans, reste encore sans solution.
FRANZ deJESSEN