‹ Manuel historique de la question du Slesvig; documents, cartes, pièces justificatives et renseignements statistiques, publié sous la direction de Franz de JessenChapitre 57 sur 102 · B. LA PRESSE ALLEMANDE · texte numérisé non relu

B. LA PRESSE ALLEMANDE

1 II paraît actuellement en Nord-Slesvig (y compris Flensborg) 10 journaux politiques allemands, savoir: a Flensborg, la Flensburger Norddeutsche Zeitung et les Flensburger Kachrichten, tous deux fondés depuis 1864 ; à Tender, laTondernscheZeitung, qui se vante elle-même d'avoir plus de quatre-vingt-dix ans d'existence; les Tonderner Nachrichten, fondés en 1890, et les Tonderner Neueste Nachrichten, qui ont vu le jour au milieu de décembre 1904; à Âbenra, l'Apenrader Zeitung, paraissant depuis 1878 et l'Apenrader Anzeiger (depuis 1879); à Senderborg, la Sonderburger Zeitung, continuation du journal danois >Son derborg Avis* fondé en 1865; à Toftlund, la Nord mark -Zeitung, paraissant depuis le i" novembre 1904; enfin, à Haderslev, la Schleswigsche Grenzpost, continuation du «Folkebladet* fondé un peu après 1870, et du journal >Nordslesvigsk Tidende* commencé en 1864 puis fusionné avec le précèdent; notons en outre que la »Grenzpost« a pour rejeton un certain «Dagbladet*, rédigé dans un affreux danois tout rempli de mots allemands et de tournures allemandes. — A côté de ces journaux nous pouvons citer encore Die Nordmark, publication trimestrielle de la «Société allemande du Slesvig septentrionale ; elle tire à 5000 exemplaires; mais ses numéros sont distribués seulement aux membres de la dite société, dont la plupart habitent en dehors du Nord-Slesvig.

<« Ceux de ces journaux qui étaient déjà fondés avant l'annexion à la Prusse ont subi une évolution bien caractéristique : tous défendaient d'abord la politique slesvig-holstenolse, avec ce fier programme: «Nous voulons vivre de notre vie propre sous un duc à nous* ; mais ils devinrent ensuite tout aussi

ardemment prussophiles et adoptèrent la nouvelle devise »Fûr Kaiser und Reich*. Pour les feuilles de Senderborg et de Haderslev il s'est ptoduit en outre une métamorphose linguistique : ces feuilles étaient primitivement rédigées en danois; puis elles mélangèrent l'allemand et le danois, et maintenant la «Sonderburger Zeitungi est exclusivement allemande depuis un certain nombre d'années.

Les autorités prussiennes apportent le même zèle à soutenir systématique- snb>w. ment la presse allemande qu'à poursuivre la presse danoise. Non seulement on donne aux feuilles allemandes tes nombreuses insertions officielles, fort bien rétribuées, plus la fourniture d'un certain nombre d'imprimés administratifs, mais plusieurs d'entre elles reçoivent en outre des secours plus ou moins élevés, soit sous la forme de subventions directes, soit comme indemnités pour la distribution d'exemplaires gratuits aux instituteurs, aux aubergistes ou à des personnes »bien pensantesc mais peu aisées. Sur les fonds spéciaux que le gouvernement prussien met à la disposition des préfets dans les régions de langue mixte, et dont l'emploi n'est soumis à aucune comptabilité, une part est affectée au Slesvig septentrional ; ainsi en 1903 on lui attribuait la somme de 40.000 marks. Qu'une grande partie de ces fonds soit employée à soutenir les feuilles les plus danophobes, c'est là depuis longtemps le secret de Polichinelle. Ajoutez à cela que les journalistes allemands qu'on a été obligé de condamner pour outrages à des Danois, ont été souvent dispensés de payer leurs amendes.

Malgré cène protection venue d'en haut, malgré la distribution abondante dis™ de numéros gratuits, enfin malgré te grand nombre des fonctionnaires à qui la lecture des journaux allemands est recommandée, ceux-ci sont loin d'avoir obtenu un succès écrasant. Si nous laissons de côté le nombre des abonnements aux journaux de Flensborg et de Tonder, lesquels paraissent dans des régions méridionales oit l'allemand est la langue exclusive ou dominante, la >Schleswigsche Grenzpost* est le seul journal dépassant le chiffre d'un millier de lecteurs : on compte qu il a en tout de treize à quatorze cents abonnés tant gratuits que payants; en 1903, son annexe le >Dagbladet<, rédigé en danois germanisé, fut distribué gratuitement à raison de 1940 exemplaires par les soins de la » Société allemande du Nord-Stesvigc En revanche tous les autres journaux comptent leurs abonnements par des nombres de trois chiffres, et encore le chiffre des centaines est-il parfois assez modeste. Si l'on défalquait les lecteurs gratuits, la liste des abonnements proprement dits serait encore moins imposante.

Lors de la déclaration de guerre de 1864, dans tout le Slesvig du Nord la langue juridique administrative ainsi que la langue de l'Église et de l'école n'étaient autres que la langue maternelle de la population, le danois.

Mais immédiatement après l'invasion prussienne et autrichienne, la langue nationale et populaire commença à être proscrite: dès le 8 février, les nouveaux détenteurs du pouvoir firent savoir que toute négociation avec le commissaire civil allemand aurait lieu en allemand; l'ordonnance du 17 mars décida que l'allemand serait la seule langue en usage auprès du tribunal suprême du pays; peu après, la grand'messe fut dite en allemand dans les villes; puis dans les écoles supérieures de Flensborg et de Haderslev l'allemand devint la langue de l'enseignement; enfin les écoles primaires furent également germanisées dans toutes les villes du Slesvig septentrional.

[ Mais la langue danoise ne commença réellement à être l'objet de mesures prohibitives qu'après les victoires allemandes sur les champs de bataille de France.

n C'est pour la langue juridique et administrative qu'on en constata les premiers effets. Cela provient en partie de ce que, parmi les nouveaux fonctionnaires, il en était peu qui pussent ou tout au moins qui voulussent comprendre à fortiori parler ou écrire le danois, mais c'est surtour à la suite d'ordres directs d'avoir à procéder à une germanisation complète que la langue danoise fut graduellement proscrite des tribunaux, des hôtels de ville et des bureaux. De cette façon, au bout d'un certain nombre d'années, l'allemand a pris partout la place du danois : accusés et témoins sont interrogés en allemand (en cas de nécessité, on se sert d'un interprète), les avocats plaident et les juges rendent leur sentence en allemand, et les procès-verbaux, même pour les affaires criminelles, sont rédigés exclusivement en allemand; de même, c'est en allemand qu'ont lieu les débats dans les conseils municipaux et les conseils de district, et non seulement les requêtes et les plaintes, mais encore les mandats-poste et les lettres de voiture doivent être écrits ou libellés en allemand.

, D'autre part les écoles furent atteintes d'une manière encore plus sensible. Après la germanisation des établissements d'enseignement supérieur en 1864, les Danois du Sanderjylland avaient maintenu un certain nombre d'écoles privées, écoles primaires supérieures, écoles réaies et écoles de filles, etc.; mais le gouvernement prussien fit fermer au moins pour un temps toutes ces écoles dans les années 1870 à 1885. En môme temps il fut également interdit aux parents danophiles d'avoir des précepteurs ou des gouvernantes pour leurs entants, et depuis 1 882 il a été en outre impossible d'envoyer les enfants avant leur confirmation à l'école en Danemark, car par décision de la cour suprême (Kammergericht) en date du 22 octobre 1882 les enfants de sujets prussiens devaient recevoir leur enseignement dans les limites de l'État prus-

sien. La fréquentation des écoles officielles est aussi imposée aux enfants. Mais parmi ces établissements les écoles primaires dans les villes ainsi que les écoles supérieures avaient été déjà germanisées peu après l'invasion, et depuis 187 1 la langue danoise avait été peu à peu proscrite de toutes les écoles populaires du pays. (Cf. Instructions officielles du 26 août 1871, Instructions du 9 mars 1878 et circulaire du gouverneur du 18 décembre 1888, ainsi que les autres mesures, ordonnances et règlements concernant l'Église et l'école.)

En outre, les mesures prohibitives contre la langue danoise se sont étendues à la vie intellectuelle, aux domaines de l'instruction, de l'art et des associations. Dans les vingt dernières années les autorités prussiennes ont en effet interdit aux auteurs, aux professeurs d'université, aux agronomes etc., du Danemark de taire des conférences dans les réunions du Slesvig du Nord, et presque aussi longtemps il a été défendu aux troupes de comédiens de donner des représentations théâtrales dans cette province, et depuis lors jusqu'à l'heure actuelle de nombreux Nord-Slesvicois, hommes et femmes, ont été condamnés pour avoir dans des assemblées publiques ou même dans des réunions privées chanté des chansons danoises qui, selon l'appréciation toute subjective des juges, auraient pu avoir un caractère subversif.

Jusqu'en 1878, les Nord-Slesvîcois se comportèrent assez passivement de- , vant les diverses tentatives de germanisation parce que, confiants dans le § 5 du traité de Prague, ils considéraient la situation comme provisoire. Mais après que la Prusse et l'Autriche eurent par le traité du ir octobre 1878 déclaré caduc le $ 5, la situation changea. Il s'agissait alors de remonter le courant et on se mit résolument à l'œuvre pour conserver le patrimoine national et surtout ce qui en est la partie essentielle, la langue maternelle, le danois.

Ces efforts pour la conservation de la langue sont l'œuvre de la presse da- 1 noise du Slesvig septentrional et avant tout de deux sociétés répandues dans tout le Slesvig du Nord : La Ligue pour la Défense de la Langue danoise et la Ligue scolaire; ajoutons qu'elles furent secondées par l'action de comités locaux et de nombreux particuliers.

A. LIGUE POUR LA DÉFENSE DE LA LANGUE C'est grâce à l'initiative de M. J.P.Junggreen, fabricant de tabac, plus tard ' membre du Reichstag, et après entente avec quelques autres chefs du mouvement, parmi lesquels MM. Gustav Johannsen, alors journaliste, plus tard membre du Reichstag et du Landtag, C. F. Monrad, professeur à Flensborg, C. H. Bekker, avocat d'Àbenrâ, et l'ex-mèdecin P. A. Madvig de Haderslev, que fut fondée, le 10 octobre 1880, la Ligue pour la Défense de la Langue danoise dans le Nord Slesvig ou, comme on la désigne généralement en danois par abréviation: >Sprogforeningen<.

• Le but de cette association est >de protéger la tangue danoise dans le Slesvig septentrional spécialement dans l'intérêt de l'instruction du peuple.* Ce but devait être atteint grâce aux cotisations des membres dont le taux, primitivement de cinq marks, fut abaissé à deux marks par an, et grâce aux contributions volontaires.

La société est dirigée par un comité dont l'administration est contrôlée par une Commission de surveillance de douze membres. L'assemblée générale décide en dernière instance. Le comité se composait de sept membres pendant les dix premières années et ce nombre fut porté à onze en 1891, mais on l'abaissa en 1900 à deux: un président et un trésorier, parce que pour de prétendues infractions à la loi on condamnait à l'amende non le comité pris en bloc mais chacun de ses membres isolément. Le travail de l'administration centrale: l'établissement des listes d'adhérents, la correspondance assez considérable, l'organisation, le classement et l'envoi de livres ainsi que la révision des bibliothèques de l'association, etc., est confié à un secrétaire qui', pour la raison indiquée ci-dessus, n'est pas membre du comité mais est responsable devant ce comité.

„ Pour faciliter son fonctionnement l'association a divisé tout le Slesvig du Nord en districts qui à l'origine correspondaient aux différentes paroisses du pays, mais depuis, une partie de ces districts ont été subdivisés. Dans chaque district il y a un président de district. Actuellement la Ligue compte ainsi, dans no paroises, 149 présidents de districts et 17 hommes de confiance. Ces fonctions sont pour ainsi dire les postes de confiance non rétribués du Comité et de la Commission de surveillance.

Dans la plupart des districts l'association a une bibliothèque qui sans aucune rétribution peut être utilisée par tous les membres adhérents.

La Ligue pour la Défense de la Langue a eu au cours de ses vingt-cinq ans d'existence et a encore aujourd'hui à lutter contre des difficultés assez considérables. En premier lieu elle a fréquemment rencontré des obstacles à son développement matériel.

C'est ainsi que d'une part les recettes furent limitées par le fait que l'association ne peut accepter de rétribution pour prêts de livres aux non-adhérents, mais doit se contenter des cotisations des membres et des dons volontaires éventuels pour ne pas entrer en conflit avec la loi prussienne sur les industries. Mais te principal obstacle estvenude l'attitude desautoritésprussiennes à l'égard de la Ligue, surtout depuis que M. deKOller inaugura sa politique: beaucoup de Danois, par crainte d'être inscrits sur les listes noires des autorités prussiennes, ont cessé d'adhérer à la Ligue, et de nombreux membres de la Ligue ont été contraints de donner leur démission parce qu'on les a déclarés sujets danois, et un plus grand nombre encore ont été obligés ou amenés à se retirer à la suite d'un ordre direct ou bien parce qu'ils craignaient non sans raison de voir expulser quelque parent ou domestique, de voir rejeter leurs requêtes et celles de leurs parents, de se voir refuser les commandes de fournitures pour

les communes, les dispenses de service militaire et pour leurs enfants l'exonération de frais d'études.

D'autre part, les autorités prussiennes sous l'administration de M. deKôller AmMau™ ont tout fait pour augmenter les dépenses de l'association et en retarder ainsi le développement et même, si possible, pour l'atteindre dans sa vitalité. Comme la Ligue a été déclarée association politique par les autorités, son bureau doit, conformément à la loi prussienne du n mars 1850 sur les associations, entre autres choses déclarer à la police dans le délai de trois jours toute modification qui survient dans le nombre des membres, et pour toute infraction à ces prescriptions chaque membre du bureau était frappé d'une amende de 15 à 150 marks. Or, étant donnée l'extension de l'association dans tout le pays, il n'était presque jamais possible d'annoncer, par exemple, le décès d'un membre dans le délai de trois jours, et les autorités en ont profité pour intenter de nombreux procès à la Ligue. Pour prendre un exemple entre mille, on peut signaler le fait que, en 1900, des poursuites ont été exercées contre le Comité de la Ligue dans 150 cas environ, et s'il avait été condamné dans toutes ces affaires les amendes et les frais se seraient élevés à près de 20.000 marks. Le résultat définitif fut cependant que, soit en première soit en dernière instance, on prononça dans tous les cas un verdict d'acquittement.

L'attitude hostile des autorités s'oppose également au bon fonctionnement de la Ligue en ce qui concerne l'administration des bibliothèques et l'usage des livres.

En ce qui regarde l'administration des bibliothèques, on peut tout particu- **■&!"?£ lièrement signaler cette difficulté: les hommes que, dans des circonstances normales, leurs fonctions désignent pour être les propagateurs de l'instruction parmi le peuple, par exemple les prêtres et surtout les instituteurs, sont, en raison même de leur situation de fonctionnaires prussiens, complètement exclus de toute participation à la lutte pour la conservation de la langue danoise. Aussi partout les bibliothèques sont-elles confiées à des laïques.

L'usage même des livres danois rencontre de l'opposition, surtout pour les uugeduii> enfants qui fréquentent les écoles. C'est ainsi que partout non seulement on a installé des bibliothèques scolaires allemandes dont les livres sont purement et simplement imposés aux enfants pour qu'ils les lisent à la maison, mais encore un grand nombre de maîtres d'école emploient l'exhortation et la menace pour empêcher leurs élèves d'emprunter les livres de la Ligue. On a même vu des maîtres inviter les enfants a apporter à l'école les livres offerts par la Ligue, s'en emparer et parfois les détruire en les jetant dans le poêle.

En dépit des nombreuses difficultés qu'elle a rencontrées, la Ligue a constamment progressé d'une manière régulière et sûre tant en ce qui concerne le nombre des membres qu'en ce qui concerne les recettes.

L'augmentation graduelle du nombre des adhérents ressort du tableau cidessous :

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