‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 222 sur 360 · LE PASSAGE DU NIÉMEN (24 JUIN · texte numérisé non relu

LE PASSAGE DU NIÉMEN (24 JUIN

Stein, la patrie allemande; Serra-Capriola, ministre des deux Siciles, Tltalie; Benlinck l’Angleterre qui souffre et lutte pour tous; un envoyé des Cortès espagnols, la première nation qui se soit levée invincible contre le tyran : une Babel enfin dont les langues et les avis discordants gênent les décisions de l’état-major russe. La Providence qufinvoque Alexandre sans relâche dans les temples grecs et même dans les églises catholiques se chargera de mettre ordre à tout. Car ce n’est pas le Dieu des batailles qui décidera. C’est le Dieu de justice qui saura reconnaître les ambitieux des victimes. A Vilna, on attend ses arrêts, gravement, posément. Point de fièvre, ni de grandeur, ni d’ambition. Cette attitude a frappé l’aide de camp de Napoléon, Narbonne, chargé de ralentir par une feinte négociation ou de surveiller les armements des Busses, a Je reste dans l’alliance, lui a répondu le tsar sans colère, je ne tirerai pas l’épée le premier; je ne veux pas avoir, aux yeux de l’Europe, la responsabilité dn sang que fera verser cette guerre, )> et, mettant avec la plus grande tranquillité le doigt sur une carte où figure le Kamchalka, il ajouta : « B faudra que votre maître aille jusque-là, si Dieu ne favorise pas la cause juste. )) Puis poliment, le tsar avec les formes nécessaires donna son congé à Narbonne. Tandis que Napoléon semblait à Dresde annoncer son triomphe, Alexandre, malgré son ambition, préparait son attitude et son langage en vue d’éventualités toutes contraires. En cas de désastre, il n’aurait de comptes à rendre ni à son peuple ni à l’Europe. Il s’était mis en règle avec l’opinion. Son sangfroid, et cet art de convaincre les autres à force de paraître convaincu, juste et sincère firent d’autant plus impression qu’il soutint le rôle jusqu’au bout.

Ce fut à Vilna que le tsar apprit, au milieu d’une dernière fête, le passage du Niémen effectué le 24 juin 1812, par les corps de Davout, d’Oudinot et de Ney en présence de l’Empereur même. Pas un muscle de sa physionomie ne bougea; pas un mot ne fut prononcé qui pût troubler la fête. On y vit Alexandre aussi aimable^ aussi galant qu’à

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