‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliures (volume 2)Chapitre 110 sur 137 · Collection Léon Gruel · texte numérisé non relu

Collection Léon Gruel

parue à l’époque de la Révolution : Conversation familière entre un homme de lettres et un

ANCIEN LIBRAIRE, SUR LE PROJET DE SUPPRIMER LES ARMOIRIES ET AUTRES MARQUES DE PROPRIÉTÉ FÉODALE, EMPREINTES SUR LA RELIURE DE TOUS LES LIVRES DK LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE (*). Il y est dit : « que dans le dépôt général des cartes de la marine, on a supprimé les armoiries ci-devant royales de tous les volumes d’atlas, pour y substituer les nouvelles marques d’emblèmes de la République ». A quoi le libraire répond : « J’ai été une fois témoin d’une partie de l’opération; elle a été faite très adroitement par le citoyen Petit..., etc. »

Un autre passage nous révèle le nom d’autres relieurs aussi coupables : « On a parlé de quatre milions : il est constant que deux des premiers relieurs de Paris, les citoyens Petit et Bradel ont fait leurs soumissions pour le quart seulement de cette somme, entre les mains du citoyen Paré, Ministre de l’Intérieur, et que copie collationnée et signée des mêmes relieurs... »

Plus loin le libraire dit : « On peut sans toucher à la reliure, enlever les parties couvertes seulement

des armoiries ou chiffres, et y substituer des morceaux de peau de même grandeur, soit en veau, mouton, maroquin ou parchemin, sur lesquels seront empreints les devises ou emblèmes relatifs à la liberté du Peuple français et à l’ Unité de la République. Ces morceaux, préparés et amincis d’avance, seront placés collés avec art ; un filet cachera la jointure; l’application de l’or, l’empreinte au fer chaud, et tout le reste du travail se feront ensuite de la même manière que lorsqu’on applique des armoiries au dos ou sur le plat d’un livre. »

i. Collection Léon Gruel.

Les substitutions dont je donne plus haut le fac-similé ont été faites, sans que la peau sur laquelle se trouvaient les armoiries primitives ait été découpée. Le Bradel dont il est question était le neveu et successeur du célèbre Derome. Si celui-ci était revenu sur la terre, il aurait tiré les oreilles à son brigand de neveu, à qui certainement il n’avait pas montré à travailler de la sorte. Quant à Petit, mentionné également dans ces citations, il était relieur attitré de la marine.

Heureusement on n’eut point à déplorer, je le crois du moins, de dégradation sérieuse; et s’il y eut un commencement d’exécution, il ne fut pas poussé bien loin. On en peut juger par

vant: sur un ouvrage traitant de la marine royale ('), relié en basane, avec les armes de France au centre, on avait collé sur ces armes, sans les effacer préalablement, un morceau de peau lequel portait un motif gravé tout spécialement à cet effet.

Il représentait un paysage, avec une femme tenant de la main droite une ancre et de l’autre une pique surmontée du bonnet

l’exemple sui-

phrygien, entourée (elle était dans un port) de vaisseaux et de phares. En bas de cette composition, on lit : Marine de la République française.

Le petit motif ci-contre est l’empreinte d’un fer (1 2) à dorer. Sa composition est originale. Au centre, une couronne, avec une branche de laurier sur laquelle plane

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