‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliures (volume 2)Chapitre 2 sur 137 · ET IRRÉGULIÈRE · texte numérisé non relu

ET IRRÉGULIÈRE

e tout temps, il s’est trouvé des esprits rêveurs et inventifs, qui ont cherché à produire, aussi bien en reliure que dans d’autres industries, des objets pouvant frapper le regard par leur originalité, et attirer l’attention sur ceux qui en étaient les auteurs.

J’ai rencontré dans cet ordre d’idées, à différentes époques, des reliures auxquelles je donnerai le nom de Reliures de forme bizarre, parce qu’elles constituent de véritables objets de curiosité, sans rapport avec les coutumes et les habitudes du temps où elles ont paru. Elles pouvaient alors sembler étranges, puisque le plus souvent elles ne se recommandent ni par l’utilité, ni par le bon goût. Celui qui les a créées ne faisait qu’obéir aux caprices de son imagination.

Une considération importante milite en leur faveur, c’est qu’elles ne se sont jamais écartées des règles fondamentales du métier. Si leur aspect était criti-

quable, le fond ne manquait pas; car elles étaient établies avec toute la conscience qu’un ouvrier capable peut apporter dans son travail.

On pourrait établir dans cette étude trois catégories :

i° Les reliures exécutées pour l’usage et la commodité de la personne à laquelle elles étaient destinées ; il en existe fort peu.

2° Celles qui s’inspirent plus spécialement d’une idée, comme la reliure en forme de fleur de lys, qui était destinée à l’usage du roi de France; celle que nous donnons en forme de triangle, qui est l’emblème de la Franc-Maçonnerie; ou bien encore celle en forme de cœur, qui peut représenter l’hommage d’un gentilhomme à son amie. Elles constituent toutes les trois la seule catégorie curieuse.

3° Celles qui restent simplement bizarres et qui n’offrent que très peu d’intérêt.

Il nous est passé sous les yeux un certain nombre de ces objets; et nous adopterons, pour les détailler, l’ordre chronologique.

Un des plus anciens que nous connaissions est un petit calendrier de marin, manuscrit en latin, sur vélin du xrve siècle. Lorsque toutes ses feuilles étaient pliées, ainsi qu’on peut s’en rendre compte dans la planche A, il était porté suspendu à la ceinture, attaché par une chaîne ou une lanière à la partie en cuir qui retient tous les feuillets et sert de véritable dos à ce volume.

La reproduction est la grandeur exacte de l’original (*); il est couvert en peau de mouton parcheminée brune. On peut juger du service qu’il a fait, par l’usure de la couverture et la détérioration des coins des premiers feuillets. Il fait partie de la collection de la Bibliothèque Nationale au département des Manuscrits (*).

Le fac-similé A" représente dépliée la page de décembre de ce manuscrit.

Ce genre d’assemblage et de pliage des feuillets nous met par exception en face d’une idée pratique. Puisqu’il s’agissait de renfermer, dans un très petit

i. Bibi. Nat., Nouv. acq.. Latin n“375 (réserve).

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