Annuaire Valade
3. Manuel histor. et bibliog. de l'Amateur de reliures. Paris, 1887, p. 92.
S’il est un nom qui, à tort ou à raison, ait pris une place importante, dans l’histoire de la reliure, c’est bien celui de Augustin Du Seuil.
Je dis à tort pour ma part; car on lui a toujours attribué faussement ces décorations à doubles compartiments de trois filets, qui ornent une grande partie des reliures du xvne siècle et particulièrement celles qui recouvrent les ouvrages de petit format sortis des presses des Elzévirs.
Mais, comment un maître qui naquit en 1673, et qui exerça surtout de 1700 à 1746, aurait-il pu produire des travaux qui ont vu le jour de i65o à 1680?
Il ne devrait y avoir aucun doute à ce sujet; mais, peut-être pendant longtemps encore, il ne nous sera pas donné de connaître le véritable artiste qui inaugura le premier ces décorations à filets.
Pour moi, ce genre est très spécial au xvne siècle, et mon avis est que tous les relieurs de cette époque l’ont plus ou moins employé.
Le savant bibliophile bien connu, M. le baron Pichon, possédait une reliure aux armes de Marie-Louise-Élisabeth d’Orléans, duchesse de Berry, en maroquin citron doublé de maroquin rouge à large dentelle, qu’il attribuait non sans raison à Augustin Du Seuil. Nous ne serions pas éloigné de donner quelque créance à cette supposition; toujours est-il, qu’en fait, aucun spécimen authentique du travail de ce maître n’est venu nous apprendre s’il avait un style à lui propre, et quel était ce style.
Malgré cela, la notoriété qu’il avait acquise se trouve confirmée par le Brevet de relieur qu’il obtint du Roy le 26 février 1717, par anticipation, et sans qu’il se fût produit aucune vacance. En voici la teneur :
Brevet de Relieur du Roy pour Augustin Du Seuil.
A ujourd'hui 26e février 1717. Le Roy estant à Paris, ayant égard aux témoignages avantageux qui luy ont esté rendus de la probité et capacité D’Augustin De Sueil, Maistre Relieur à Paris, et voulant en cette considération le traitter favorablement , Sa Majesté de l'avis de Monsieur le Duc d'Orléans, son oncle régent a retenu et retient le dit de Sueil en la charge de l’un de ses relieurs ordinaires.
Pour, par luy en faire les fondions, en jouir et en user au mesmes honneurs, prérogatives et privilèges dont jouissent les autres relieurs de Sa Majesté avec le pouvoir de mettre au devant de sa boutique un tapis chargé des armes et panonceaux de Sa Majesté. Et pour assurance de sa volonté Elle m'a commandé d'expédier and. de Sueil le présent Brevet quelle a signé de sa main et fait contresigner par moy Coner secrétaire d’ Estai et de ses commandements et finances.
Lorsque Louis du Bois vint à décéder, il lui succéda régulièrement dans la même charge,
D r7 ainsi que le constate ce second Brevet de retenue expédié onze ans plus tard, le i5 février 1728.
Aujourd’huy ij février 1728. Le Roy étant à Versailles, bien informé de la capacité d’ Augustin de Seuil et de sa fidélité et affection à son service, Sa Majesté Va retenu et le relient en la charge de l’un de ses Relieurs de sa maison vacante par le deceds de Louis du Bois, dernier possesseur d’icelle pour, par led. de Seuil, l’avoir et l’exercer, en jouir et user aux honneurs, autorités, privilèges, franchises, libertés, gages, droits, fruits, profits, revenus et émolumens accoutumés et y appartenant tels et semblables qu’en a jouy ou dû jouir led. du Bois et ce tant qu’il plaira à Sa Majesté, laquelle pour assurance de sa volonté, etc.
Ch. Nodier dit que De Seuil devait être un ecclésiastique du diocèse de Paris, exerçant la reliure en amateur; et il ajoute qu’il se trouvait dans la Bibliothèque du comte Loménie de Brienne des volumes reliés en maroquin, portant ces deux mentions en forme de signature : « Corio Turcico compactum per abbatem Du Seuil » et « relié en maroquin par l’abbé Du Seuil ». C’est en vain que j’ai fait, dans les trois volumes du catalogue de la Bibliothèque de Loménie de Brienne, rédigés avec grand soin par MM. Lairé et de Bure, les plus minutieuses recherches. Je suppose que si ces inscriptions se trouvaient sur des livres de cette collection, elles auront passé inaperçues de ces deux bibliographes. En tout cas, s’il a réellement existé un abbé Du Seuil ayant fait de la reliure, il ne doit pas être confondu avec le maître que le roi Louis XV a occupé comme relieur ordinaire pendant l’espace de vingt-neuf ans; car, à cette époque, où les idées religieuses étaient fort en faveur à la cour, les deux brevets ci-dessus n’auraient certainement pas manqué dans leur teneur de mentionner le caractère ecclésiastique du personnage.
M. P. Deschamps, sous le pseudonyme de Jean Poche, a publié, dans les Miscellanécs bibliographiques (Rouveyre 1879 et 1880), différents comptes de relieurs, parmi lesquels s’en trouve un du maître qui nous occupe ici. Il contient le détail de diverses reliures fournies en 1 740 à M. Anisson-Duperron, directeur de l’Imprimerie Royale.
Une chose dont il y a lieu de s’étonner, c’est que Augustin De Seuil n’est mentionné dans aucun livre de statuts, dans aucun annuaire et sur aucune des listes dressées par la Communauté.
Il mourut en 1746, et fut remplacé dans la charge de Relieur ordinaire du Roi par Pierre Anguerrand ('), ainsi que le constate le Brevet expédié en faveur de ce dernier, le 1 7 février de la même année.