‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliuresChapitre 27 sur 173 · RELIURE AUX ARMES DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

RELIURE AUX ARMES DE LOUIS XV

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les cinq étaient de véritables maîtres, et nous ont laissé des chefs-d’œuvre. Tous prenaient le titre de Relieur ordinaire du Roy.

A côté de ces maîtres, il en existait d’autres dont je ne dois pas oublier de parler. Ce sont : Pierre Lemonnier, Relieur du duc d’Orléans, Derome le jeune (*), etc., qui, comme leurs contemporains que je viens de citer, avaient su s’élever au-dessus des autres relieurs et avaient acquis une réputation méritée.

L’esprit galant qui présidait partout, en partant de la cour pour se glisser jusque dans les choses les moins importantes, s’introduisit dans la décoration des reliures, comme il inspirait déjà l’illustration des ouvrages. Cette époque est une de celles qui ont produit un type vraiment original et qui leur appartienne en propre. Le genre le plus répandu et en même temps le plus gracieux, était la réunion de plusieurs fers, représentant des feuillages, des fleurs et des fruits disposés en dentelles.

La mosaïque était également employée; mais tout en constituant de jolies reliures, elle laissait parfois à désirer, par la manière dont elle était exécutée. Il est vrai de dire que, le plus souvent, les doreurs abordaient les compositions les plus compliquées, telles que des scènes allégoriques avec figures, des paysages, des bouquets de fleurs de toutes sortes, qui, traités au filet, devenaient de véritables tours de force, et parfois, dépassaient le savoir-faire de ceux qui les avaient entrepris. Le jugement que je porte ici est tout professionnel; et la perfection de la main-d’œuvre était loin d’être ce que l’ont faite la minutie et les exigences légitimes des amateurs actuels. Mais il n’en faut pas moins reconnaître que cette époque a été pour notre art exceptionnellement riche et gracieuse. Le fond de la reliure, à quelques rares exceptions près, était tout juste ce qu’il fallait pour quelle ne parût pas médiocrement traitée; l’aspect en était lourd: et si la dorure n était pas venue fort à-point pour donner un peu d’élégance, je connais tels chefs-d’œuvre, objets de l’admiration des amateurs, qui laisseraient assez à désirer.

i. Voir ces noms.

La production d’ouvrages gravés en très grand format, tels que : le Sacre de Louis XV en 1722, les Fêtes données à Strasbourg en 1744, etc., ont nécessité des reliures à grand effet; et c’est Padeloup qui a composé, pour ces sortes de volumes, des décorations vraiment remarquables. C’est lui qui, le premier, a osé entreprendre pour la dorure, d’immenses plaques gravées qui se poussaient à la presse, le plus souvent par morceaux les uns à côté des autres : on en verra un spécimen au nom de ce maître (I).

Je donne ici le fac-similé d’une reliure ayant appartenu à Louis XV et qui fait partie de l’exposition de la salle Mazarine à la Bibliothèque Nationale. Elle recouvre un in-folio ( 2 ) : Le Carpentier, Recueil des Plans du nouvel Hôtel-de-Ville de Rouen, Paris, 1758. Ce volume, couvert en maroquin rouge, est orné d’une large dentelle composée à petits fers du style de l’époque; au centre sont placées les grandes Armes de France, en or, sur fond de mosaïque bleu foncé.

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