‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliuresChapitre 67 sur 173 · RELIURE EXECUTEE PAR DELTONA · texte numérisé non relu

RELIURE EXECUTEE PAR DELTONA

(XVI15 SIÈCLE

au centre et aux quatre angles, pour recevoir un milieu et des coins cabochons en cuivre gravé, qui servaient à préserver cette reliure de tout frottement. Malheureusement, les garnitures de cuivre ont été détachées; et il ne reste des deux fermoirs qui devaient être à lanière de cuir, que les deux petites plaques destinées à recevoir la fermeture.

Le verso de cette reliure est beaucoup moins riche que le premier côté et d’une exécution plus grossière; l’entourage se compose de larges feuilles à retroussis et, au centre en hauteur, on voit un Griffon passant. Le bas présente un Lion rampant, tenant dans sa gueule la queue du Griffon.

CUSSON (Jean). — Jean Cusson exerçait la reliure en 1617, et demeurait rue Saint- Jacques. Reçu Libraire, le 20 Janvier 1630, c’est lui qui, le premier, a fait imprimer le Journal des Sçavants (I). Il passait pour un des plus habiles relieurs de son temps.

ELTONA. — Cette planche est la reproduction d’une reliure moyen-âge en veau brun estampé à froid. Au centre de chaque plat, encadré par des filets, se trouve un motif d’ornementation, composé de huit petits médaillons renfermant des animaux et disposés en deux bandes entre lesquelles on lit : deltona . fecit. Elle recouvre quatre opuscules : Exempla sacre scripture — ars predicandi — etc., etc., imprimés par Jehan Petit en 1510. Ce volume fait partie de la bibliothèque de M. le baron Pichon qui a bien voulu me le communiquer.

DEMI -RELIURES. — On appelle Demi-Reliure, un genre simplifié de la Reliure entière. Pour un ouvrage auquel on n’attache pas une grande importance, on cherche à proportionner la dépense à sa valeur; et, au lieu de lui faire l’honneur d’une Reliure pleine, on ne lui donne qu’une dewzLReliure. Dans la Demi-Reliure, le dos seul du volume, et quelquefois les coins, sont recouverts de peau.

1. Voir Lacaille : Histoire de l'Imprimerie et de la Librairie , et A. du Pradel : Livre Commode des Adresses de Paris pour 1692.

Fournier, dans son Histoire de la Reliure en France , a dit que les premières Demi-Reliures dataient de Marie-Antoinette; je ne connais pas les faits sur lesquels repose une telle affirmation. Mais il est évident que la dénomination de demi ne peut prêter à diverses interprétations; or, j’ai vu, et on peut encore en trouver aujourd’hui (car ce n’est pas une rareté), des ouvrages imprimés de 1500 à 1550 reliés avec des ais de bois, dont le dos seul est couvert de peau de truie ou de veau. C’est ainsi qu’il se trouvait à la vente du libraire Tross, 2e partie, n° 517, un volume in-40 : Pomponii Melæ hispani libri de situ Orbis très, adjectis Joachimi Valdiani Helvetii in eosdem schoîiis. Impressus Viennes ijiS. Cette Demi-Reliure avait un très large mors, sur lequel étaient frappés à froid le titre du livre et la date d’impression, au milieu d’ornements mêlés de figurines. Dans cette composition, aussi bien que dans d’autres analogues, la disposition des ornements est souvent si riche, qu’elle pourrait servir pour une reliure entièrement en peau. Le plus souvent, on voit sur le bord des ais, du côté de la gouttière, un ou deux fermoirs à lanière (*) en cuivre gravé, qui empêchent le livre de rester ouvert, et par cela même le maintiennent en état de solidité. Les coins qui complètent la Demi-Reliure telle qu’on la fait de nos jours, ne sont pas d’invention moderne. J’en donne la preuve par le spécimen ci-contre. Les Anciens éprouvaient comme nous le besoin d’augmenter la solidité de leurs reliures; et les coins qui chez nous sont autant une affaire de luxe que de mode, n’étaient considérés par nos devanciers que comme un supplément de force, destiné à préserver les angles du volume.

Les Demi-Reliures anciennes se rencontrent assez aisément, mais elles deviennent une exception rare, lorsqu’elles ont des coins. La Reliure dont le fac-similé vient ici à l’appui, est très curieuse, en ce que, contrairement à l’usage, au lieu d’être en bois, les plats sont en carton recouvert de papier bleu foncé, sur lequel on a gaufré des filets en différents sens. Le travail de la couvrure est des plus primitifs et traité tout autrement que nous ne ferions aujourd’hui: car au lieu de mettre d’abord la peau du dos et les coins, puis sur le tout le papier de plat, le ligator ( 2 ) de l’époque a commencé par poser son papier de plat, sur lequel il a couvert son dos et ses coins en peau de truie, dont il a affranchi les bords à l’aide d’un instrument coupant.

Cette reliure recouvre un volume in-folio : Pandectæ triumphales, sive Pomparum et festorum, etc., per Franciscum Modium Brugensem. — Francofurti ad Moenum, 15S6 (3). On voit, par ces exemples, que la Demi-Reliure n’est pas un travail d’invention récente, et que celles que nous fabriquons aujourd’hui, ont été imaginées et réalisées par les moines du xvie siècle. Ce genre de Reliure rentre dans la catégorie de ce qu’on est convenu d’appeler Reliures monastiques (4).

Page 1