‹ Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliuresChapitre 81 sur 173 · Bibliothèque Nationale. — Réserve, Inventaire D · texte numérisé non relu

Bibliothèque Nationale. — Réserve, Inventaire D

REUURE EXECUTEE PAR JEHAIM DUPIN 14-98

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terre, et tenant de la main gauche un bâton fleurdelysé, prononce ces paroles : ave gratia plena. Cette devise, en caractères gothiques, est placée sur un ruban entre les deux personnages, derrière une sorte de palmier qui sert de séparation. Autour de cette scène, des trois côtés, se trouve, en caractères gothiques, la légende suivante: missus . est . Gabriel . angélus . ad maria . virginé . desponsatâ . Joseph . nuncians . ei . verbum . ave. Dans la bande du bas on lit la signature du relieur : Iehan Dupin. Ces deux noms sont séparés par un petit écu portant le chiffre PV, qui doit être le monogramme de l’artiste qui a gravé la plaque.

La partie inférieure de cette composition est divisée en deux tableaux. Le premier nous montre Sainte Barbe tenant d’une main la palme du martyre et de l’autre un livre ouvert, emblème de la foi chrétienne. Dans le fond du paysage, à droite, figure une tour qui est l’emblème de celle où, sous le règne de Maximien, son père Dioscore la garda enfermée pendant longtemps et que Barbe transforma en sanctuaire. Dans le second tableau, nous voyons Saint Nicolas debout, en costume d’évêque, bénissant trois petits enfants nus, placés à-côté de lui dans un cuveau. Il est le plus souvent représenté ainsi, parce qu’il s’intéressait surtout aux enfants, et qu’un jour il en ressuscita plusieurs, qu’on avait égorgés.

Dans le haut de cette seconde partie, et entre les deux arcatures qui encadrent ces miniatures, se trouve répété le monogramme PV. — La composition de cette reliure est des plus curieuses. Elle personnifie bien le type de l’époque; car les sujets qui la composent sont tout-à-fait semblables à ceux que nous retrouvons dans nos plus beaux livres d’heures français.

DU SEUIL. — Ce nom qui à chaque instant est cité, soit dans les catalogues, soit par les bibliographes, est encore enveloppé de tant de doute et d’obscurité que je m’abstiendrai jusqu’à ce que le temps nous ait fait découvrir des documents plus précis, de formuler à son sujet aucune appréciation arrêtée. Chacun sait, en effet, que l’on attribue à un artiste de ce nom toutes les reliures ornées d’un double encadrement de trois filets or sur les plats, terminés aux angles par un fleuron de même caractère. C’est une habitude que rien ne justifie et qui est aussi enracinée que celle de mettre au compte de Le Gascon ou de Clovis Ève (x), toutes les reliures à petits fers, exécutées dans la première moitié du xvne siècle.

D’après Nodier, Du Seuil devait être un ecclésiastique du diocèse de Paris, qui exerçait la reliure en amateur. On trouve, comme pouvant corroborer cette assertion, dans la bibliothèque du comte Loménie de Brienne, des volumes reliés en maroquin avec cette mention : Corio Turcico compactum per abbatem Du Seuil; et aussi celle-ci: Relié en maroquin par l’abbé Du Seuil.

i. Voir ces noms.

Le poète anglais Pope, dans sa quatrième Épitre morale (r) à Richard comte de Burlington, s’écrie en blâmant le luxe de ce personnage : « Son cabinet! de quels auteurs est-il rempli ? Milord « est curieux en livres et non pas en auteurs. Il vous fait parcourir tous les dos, chacun avec sa date « de publication. C’est Aldus qui a imprimé ceux-ci, et Du Sueil qui a relié ceux-là..., etc., etc. »; et en notes : « Du Sueil est le relieur de Paris le plus fameux et le plus habile. » On remarquera que, dans ces différentes citations, l’orthographe du nom n’est pas celle qu’on a l’habitude de voir et que, même la prononciation de Dusseuil en un seul mot, se trouve singulièrement altérée, par rapport au nom Du Sueil cité plus haut.

M. le baron Pichon, le bibliophile le plus compétent de notre époque pour tout ce qui tient à l’histoire de la reliure, parle dans sa Vie du Comte d’Hoym (1 2) d’un nommé Augustin du Seuil, né en 1673 et mort en 1746. Il le donne comme ayant été un excellent relieur. « Il a été relieur « du Roi, dit-il, et a travaillé pour Hoym, car il est cité dans ses comptes. Du Seuil, qui avait « épousé Françoise Padeloup, est qualifié de relieur de la Duchesse de Berry, dans l’acte de « décès de sa femme du 19 février 1714; il demeurait rue Saint-Jacques. Or, je possède un « volume de prières aux armes de la Duchesse de Berry, entourées d’une cordelière, c’est-à-dire « lorsqu’elle était veuve (1714 à 1719). Ce volume, en maroquin citron doublé de maroquin « rouge à large dentelle, doit être incontestablement d’AuGusTiN du Seuil. »

M. P. Deschamps, sous le pseudonyme de Jean Poche, a publié dans les Miscellanées bibliographiques (Rouveyre, 1879 et 1880) différents comptes de reliures parmi lesquels il s’en trouve un de Dusueil, relieur ordinaire du Roy. Il contient le détail de diverses reliures fournies en 1740 à M. Anisson-Duperron, directeur de l’Imprimerie Royale.

Je crois que l’on peut, sans conteste, regarder comme un seul et même individu le relieur dont parle Pope, celui cité par M. le baron Pichon, ainsi que celui dont M. P. Deschamps a publié le mémoire.

Mais cet artiste ne peut évidemment pas être l’auteur de ces décorations à doubles compartiments de filets que nous retrouvons sur les Elzéviers du commencement du xvne siècle et auxquelles on a donné son nom, puisque ces reliures existaient déjà depuis quarante ans environ avant la naissance de ce Maître. ,

Je n’ai trouvé du Seuil mentionné dans aucun livre de Statuts, dans aucun Annuaire, dans aucune des Listes dressées par la Communauté, et cependant il était Relieur du Roi.

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