‹ Manuel phonétique du français parléChapitre 1 sur 81 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

CE petit manuel a d'abord été écrit et publié en danois. Comme plusieurs collègues étrangers nous ont prié de te rendre accessible à un public plus nombreux, cette deuxième édition parait en même temps en danois et en français.

Pour l'édition française, nous avons eu \» bonne fortune de trouver dans noire ami e1 collègue M. E. Philipot non seulement un traducteur très versé dans les langues Scandinaves, mais aussi un collaborateur précieux. En effet, M. P. ne s'est pas contenté d'une simple traduction du texte danois même avec toutes les améliorations et additions que nous lui avons fournies; partout où nos descriptions lui ont paru un peu sommaires, il les a élargies et remaniées, et il a introduit ça et lå dans le texte des observations dues à ses éludes personnelles; notons par exemple le renvoi intéressant å lÉlomire hypocondre> au § 57. Nous nous faisons un plaisir et un devoir de signaler aussi, parmi les additions qui lui appartiennent en propre, quelques nouvelles remarques sur Ve féminin (§ 38 et suiv., § 1 1 ) Rem.) el sur les consonnes doubles (§ [15 et suiv.).

Cependant, ces remaniements n'ont rien changé au caractère primitif ni au plan de notre livre: il s'adresse toujours particulièrement à ceux pour qui l'étude de la phonétique est un moyen, non pas un but. C'est un manuel surtout pratique qui se restreint aux questions principales en laissant de côté toutes celles qui n'intéressent que les phonéticiens spécialistes et qui n'ont aucune utilité pratique; nous avons ainsi passé sous silence l'existence en français d'un b labio^ental qui n'a qu'un intérêt tout thé-

Il y a à peine dix ans, la phonétique ne jouissait pas d'une grande faveur auprès des professeurs de langues vivantes; heureusement, cet état

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de choses a changé. Que \i connaissance exacte de la nature des phonèmes, de leur formation et de leur combinaison soit un moyen pédagogique tout å fait eiLcellent, c'est maintenant une vérité presque banale, et on reconnaît volontiers les grands services que la phonétique peut rendre à l'enseignement des langues En effet, il n'y a pas de moyen plus rationnel, et en même temps plus simple et plus facile de faire apprendre à un étranger la prononciation d'un phonème Inconnu que de lui donner des notions exactes sur le lieu et le mode d'articulation '.

L'exercice phonétique méthodique et surveillé donne i l'élève un empire de plus en plus grand sur les organes de la parole, tout en développant la souplesse du gosier et la finesse de l'ouïe. Ce dernier point n'est pas å négliger, car pour bien étudier une langue étrangère il est indispensable de savoir écouter et observer soi-même. Beaucoup des (inesses de la prononciation échappent â l'oreille qui n'est pas suffisamment exercée; nous avons ainsi souvent rencontré des protestations indignées quand nous avons fait observer à quelqu'un l'existence dans son parler des assimilations que nous avons étudiées § 1^6. Un jour on nous a même répondu: <Mais si l'on dit comme ça, c'est un [vizd3pr3n3siasj3]>. Sapienti sati On est si facilement dupe de l'orthographe! Il est du reste excessivement rare qu'on connaisse sa propre prononciation.

Comme premier appendice nous avons ajouté une otthoépie de la. quelle nous avons jugé prudent d'exclure la plupart des mots vieillis, savants et techniques, qui encombrent inutilement le gros ouvrage de Lesaint: les Français eux-mêmes ne les connaissent guère, et on n'a presque jamais à s'en servir. Pour les mots admis, nous nous sommes efforcé d'indiquer ta prononciation considérée comme la meilleure par la société cultivée de Paris et qui n'est pas toujours celle que donnent les dictionnaires; mais cette tâche a parfois été assez ardue. Il est en etfet rare que deux Français consultés sur quelque mot difficile aient donné la même réponse: au contraire! Pour osciller, par exemple, un ami nous répond qu'il faut prononcer [aslje] csans l'ombre d'un doutei, tandis qu'un autre proteste énergiquement : (Jamais, au grand jamais, je ne mis, même en rêve, de

wienl eiaacs et donncni une idée jiiiK de la phfiiologit du pKonim«. On irouve tnam trop de docriplïoiu pscDdo-icitniilîqMi diRS les onhoipïei. Noni ciions un> commenuin deux puugn qui K iTDUveni daiu un •TrsM de proiunidaiioii française fonde sur ds ihéoris lunivellesi Cl publié rtcenuncni par M. Alben Liet; -Les contannes, appelées luiii lenres organiques

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y dans oscilltrt. ils appartiennent tous les deux å la meilleure société et prétendent tous les deux représenter le <bon usage». Mais le bon usage, on )'a déji dit, ressemble parfais singulièrement i la fée Morgane qui s'évanuuil en fumée quand on s'en rapproche de trop près.

Pourquoi aussi vouloir établir un seul bon usage quand la pratique nous apprend tous tes jours qu'il y en a plusieurs? En matière d'orthoépie il est bon de combattre la manie si répandue d'établir des dogmes; aussi avons-nous très souvent admis comme également bonnes deux, même trois ou quatre manières de prononcer un mot.

Le texte phonétique qui tinit ce petit volume, a été soigneusement revu. Tout en essayant d'éviter également les pedantismes et les vulgarités, nous avons constamment varié la prononciation selon les exigences du contexte; par exemple nous avons admis tantôt [il], l>:vr], [masja], tantô [i]. tf^^lr [tisia], etc.; ces varitions, ces adaptations au Ion de la phrase sont toutes naturelles et s'observent chez tous les Français; d'ailleurs, les dernières formes citées ne sont pas si vulgaires que le croient beaucoup de personnes inexpérimentées en phonétique et peu habituées i distinguer entre la prononciation et l'orthographe.

M. Vilhelm Thomsen, professeur å l'Université de Copenhague, et M, C. Benzon, licencié-ès-!ettres, ont bien voulu nous aider dans la tâche difficile de la correction des épreuves; nous les prions d'agréer nos meil-

Coptnhagae, le 2y juillet 1902,

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