Consonnes bilabiales
37. Les consonnes bilabiales {ou labio-labiales) sont produites par la rencontre des deux lèvres. Elles se présentent en français soit comme consonnes fermées, soit comme nasales.
Remarque. On observe une sp i ran te sonore bilabiale dans l'espagnol {iaber, amaba), ainsi que dans l'allemand du centre et du Sud {aber, liebm); mais la forme sourde correspondante n'est pas employée. Sur les spirantes bilabiales du français, voir § ;9 — 62. Nous avons signalé plus haut (§ ;tj l'existence d'une vibrante bilabiale.
38. Les labiales fermées sont: le [b] sonore et le [p] sourd (comp. § 27 — 28).
Exemples de [bj: [bo] [beau, baux), [ba] (bas, bât), [b»! {bon, bond), [b3:r] [bord), [by] {bu), [bwa:r) [boire). [bZ] [bain), [blø] (bien), [blag] {blague), [blô] [blond), [do:b] (daube), [krab] [crabe), [ty:b] [tube).
Exemples parallèles de [p]: [po] [pot, peau, Pô), [pa] (pas), [p5] (pont, pond), [p3:r] (port, pore), [pyj [pa, pût, pué), Ipwarr] (poire), [pè] (pain, pin, peint), [plø] (pleut), [plak] [plaque), [pl5] (plomb), [to:p] [taupe), [grap] (grappe). [dyp] {dupe).
39. Comme nasales bilabiales, nous avons le [m] sonore et le [ip] sourd correspondant. Le [m] sonore est de beaucoup le plus fréquent; c'est la forme normale. L'autre forme n'apparaît en français que quand le [mj se trouve en contact avec une consonne sourde dont il
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subit l'influence. On l'observe aussi en andalou [mismo [miijimo]), en danois (halm, kvalm), en islandais [hampur, skammt), etc.
Exemples de [m] sonore: jme] {mais), [mo] [mot, maux), [nome] (nommer), [e-.m] (aiment), [om\ (homme), [rame] (ramer).
On prononce des [m] longs dans: [immâis] (immense), [immoral] (immoral), [emma] (Emma), [^emmiø] (j'aime mieux), ' [Iamni2:s] (lame mince), etc.
Exemples de [iji] sourd: [koJipa:r] [cauchemar), [fosmâ] (faussement). Il faut remarquer cependant que dans ces mots, c'est seulement le commencement du phonème qui est assourdi sous l'influence des spirantes sourdes précédentes: le [m] se scinde ainsi en deux portions, l'une sourde, l'autre sonore. En dehors de l'interjection notée ehem, hem hem [mipm], le [iji] complètement sourd ne se trouve guère que comme son final d'un mot: [asip] (asthme) , [prisqi] (prisme) , [rymatisip] [rhumatisme) , [5tuzjasijij (enthousiasme), etc., ou encore comme consonne initiale, dans des cas assez rares, entre autres dans la prononciation négligée du mot monsieur [ijisjø], et dans le groupe [ipsâpkawi] (// me semble que oui). Dans des cas de ce genre le fip], par une nouvelle assimilation, a une tendance à perdre son timbre nasal et à passer à un autre son sourd, celui du [p]: [psjø]. En effet, si le [b] correspond au [m] sonore, le [p] doit logiquement correspondre au [iji] sourd-
Le [ip] sourd pur comme consonne finale est très peu perceptible et disparaît presque dans le parler de tous les jours, comme en témoigne la petite anecdote suivante: On demandait à une dame comment elle se portail. — "Oh, répondit-elle, je souffre beaucoup d'un rhumatisse». — «En ce cas-là, Madame, lui dit-on, faites beaucoup d'exercisme*.
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Remarque, Il est facile de voir que le [m| sourd dans asthme, rhumatisme est dâ i l'influence de la consonne précédente (assimilaiion progressive): quant i la prononciation vulgaire à laquelle fait allusion la petite anecdote citée, elle apparaît surtout dans les longs mots en -isme; le groupe lînal i/n se réduit alors i une s plus ou moins prolongée. Mais l'assimilation inverse peut également se produire, ce qui s'eiplique fort bien étant donné que le [m| est avant tout considéré comme un phonème sonore. Il n'est pas rare d'entendre une prononciation du mot atmosphère ou le t sonne i. peu près comme le d d'admirer. On peut lire dans la é* édition åa Dictionnaire de l'Académie: lOn prononce azme, azroatique." Cette prononciation est encore commune en Suisse et en Belgique, où l'on entend aussi héroïzme, christianizme, etc. Elle n'est pas non plus inconnue en France, puisque M. Passy l'a notée {Changements phonétiques, § Î74): 'En français, bien des gens disent [prizm], [rymatizm] au lieu de |prism'j, [rymatism'j, par réaction contre la chute du [m] dans le parler vulgaire. i