‹ Manuel phonétique du français parléChapitre 30 sur 81 · II. VOYELLES NON ACCENTUÉES · texte numérisé non relu

II. VOYELLES NON ACCENTUÉES

122. Il est beaucoup plus difficile de noter la quantité des voyelles en syllabe non accentuée; elle échappe à une détermination précise On peut dire qu'en général les voyelles non accentuées sont relativement brèves et que la prononciation glisse assez rapidement sur elles; ex.: considérer, préférer, instabilité. Dans certains cas, et en particulier dans les dérivés et formes fléchies de mots dont la voyelle radicale est longue, la quantité peut être considérée comme demi-longue; ex.: brûlant, gracieux, fêter, poser, sauver, pleurer. !l y a une légère différence de quantité entre [tira] (tyran) et [ti.râj (tirant), [kuvô] (couvent) et [ku.vâ) (couvant). La voyelle non accentuée peut même devenir tout à fait longue lorsqu'on insiste par emphase sur la syllabe radicale; comme c'est souvent le cas pour des mots tels que traînard, pâlir, aimer, etc. (allongement qui accompagne un déplacement d'accent).

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— Enfin, en dehors de toute raison d'emphase, une voyelle atone peut être complètement longue, comme dans: baron [ba:r5], bâton [ba:tô], saison [se:z5), chaudement [foidmâ], etc.

123. Comme on Ta déjà remarqué, la quantité des voyelles est loin d'être absolue; elle peut dépendre par exemple de la place du mot dans la phrase; lorsqu'un mot a voyelle longue perd l'accent d'intensité, il arrive très souvent que cette voyelle s'abrège. Des mots tels que même, brave, honnête, rêve, douze, conservent naturellement leur voyelle longue dans des combinaisons comme: l'homme même |lDmme:m], un homme brave [œnDmbra:v], an homme honnête [œn3m3nf:t[, un beau rêve [œbore:vj, ils sont douze [ilsDdu:z]: mais cette voyelle s'abrège sensiblement si l'on change Tordre des mots et si l'on dit par ex.: le même homme, un brave homme, un honnête homme, un rêve absurde, les douze mois.

124. On enseigne dans la plupart des manuels de prononciation qu'une voyelle surmontée d'un accent circonflexe est toujours longue. Ce n'est pas absolument exact; le signe diacritique en question marque le plus souvent la longueur, mais les exceptions sont assez nombreuses. Il est vrai que des mots comme abime, tête, lâche, pâle, etc., ont une voyelle longue; mais on entend d'ordinaire une brève dans gîte, île, épilre, dîne, arrête, êtes, portât, flûte, bûche, croûte, hôtel, rôtir, etc.

Remarque. On peut signaler en français un petit nombre de mots qui ne diffèrent entre eux que par la quantité de la voyelle. Citons par exemple : {voyelle longue) (voyelle brève) (voyelle longue) (voyelle brève)

me tette Fêlre lettre

Jcte, faite faite, fait (subst.) reint. rêne renne

bête bette scène iaine

bêle belle la boite il boite

maître mettre, mètre tous (final) // toasse

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ni. CONSONNES.

125. Les consonnes peuvent, comme les voyelles, se prolonger plus ou moins. Nous examinerons plus loin les cas où la consonne longue phonétique correspond à une consonne double graphique. En dehors de ces cas, qui sont de beaucoup les plus nombreux, les plus nets, et les plus importants pour la pratique, nous pouvons signaler des consonnes longues ou demi-longues:

1" En position finale, après une voyelle brève accentuée; il est certain, par exemple, que la consonne finale est sensiblement plus longue dans balle que dans Bâte. dans malle que dans mâle, dans renne que dans reine, etc.

2° Parfois au commencement de certains mots prononcés avec beaucoup d'emphase. Ex.: Cest ddésolanit Est-ce bien nécessaire? — Nnécessaire! Vvoulez-vous bien vous taire?

î" Pour ce qui est des consonnes en groupes, on a remarqué qu'elles ont une durée un peu plus longue devant une sonore que devant une sourde; ainsi le [r] est bref dans l'arc, demi-long dans largue; comparez encore la durée du [1] dans quelque et dans algues.

126. Mais sans nous attarder à ces questions, d'ailleurs mal éclaircies encore, de phonétique pure, traitons plus en détail des consonnes vraiment longues ou doubles. A la différence des précédentes, qui sont plutôt des demi-longues, et dont le sujet parlant n'a pas conscience, celles-ci exigent une assez grande dépense de forces, un effort de la volonté. Les étrangers du Nord, et en particulier les Danois et les Suédois, ont de grandes difficultés à se les assimiler, et il est très rare qu'ils y parviennent. — Ces consonnes doubles sont notées dans l'orthographe par deux consonnes, soit que les dites con-

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sonnes se suivent immédiatement: corrégidor, avec calme, soit qu'il y ait entre elles un e féminin non prononcé: exlrêm{e)ment, viQlent(e) tempête. C'est seulement dans la langue populaire que nous pourrons trouver quelques exemples de consonnes doubles «spontanées», non appuyées par la graphie (cf. f i ?2. Rem.). En revanche, beaucoup de consonnes doubles écrites se prononcent comme des simples: [n] est aussi bref dans honneur que dans honoré; [f] n'est pas plus long dans je souffre que dans le substantif soufre. — Dans la grande majorité des cas, les consonnes doubles se trouvent comprises entre deux voyelles: grammaire, il Ca dit, etc.; mais il peut se faire aussi qu'elles soient tantôt précédées, tantôt suivies d'une autre consonne: une petite troupe (tittrup], les commandements de Dieu [addjø], un cataclysme magnifique [ismmaj.

127. En réalité, la consonne dite «double- n'est pas autre chose qu'une consonne ordinaire prolongée. Lorsque nous prononçons le mot Aliah, nous n'exécutons pas deux fois de suite tous les mouvements nécessaires pour l'émission d'un [1]; la pointe de la langue vient, une fois pour toutes, appuyer contre les dents ou les gencives supérieures; mais au lieu de la laisser retomber aussitôt, comme c'est le cas dans l'émission de 1'/ simple, nous prolongeons le contact et nous retardons la détente; on peut refaire la même expérience avec d'autres consonnes, par exemple avec le [p] dans principe politiqueles lèvres se ferment après le son [i], restent collées pendant un intervalle assez long, puis l'explosion a lieu en même temps que nous émettons un [s). Ainsi la consonne double n'a, comme la consonne simple, qu'une seule mise en contact et une seule détente; la différence, c'est que dans la consonne double l'intervalle entre ces deux temps est deux ou même trois fois plus

long que dans la consonne ordinaire. En d'autres termes, on pourrait définir la consonne double: une consonne simple exécutée en décomposant.

Le terme ^double» n'est donc pas rigoureusement exact, car il se rapporte ,à la graphie plutôt qu'à la phonétique. Mais il est commode et il n'y a pas d'inconvénient à l'employer: en effet, non seulement les consonnes doubles, comme nous l'avons vu, sont toujours représentées par des lettres doubles; mais il faut bien remarquer en outre que les termes de «longue» et de •longueur» sont loin de représenter la même chose dans le cas des voyelles et dans le cas des consonnes. La voyelle longue forme un tout, tandis que la consonne longue se divise en deux portions; elle est, sinon double, du moins scindée: dans l'exemple Allah, la mise en contact du [I] termine la première syllabe Al-, et la détente commence la syllabe suivante -lah. De même dans l'autre exemple, principe politique, le [p] se scinde en deux parties, l'occlusion appartenant à la syllabe ip et l'explosion à la syllabe po.

Remarque. La consonne double, qui joue un rôle si considérable dans plusieurs langues méridionales, est un phénomène très rare dans les langues germaniques. Elle se rencontre parfois dans la prononciation norvégienne, mais elle est totalement inconnue au danois et au suédois; car il ne faut pas s'y tromper, les consonnes doubles qu'on rencontre en grand nombre dans l'orthographe de ces langues sont de simples fioritures graphiques ou bien indiquent un abrègement de la voyelle précédente. Phonétiquement parlant, il n'y a pas d'( double dans spilU, drille, pas plus que de b double dans Ebba; ta seule ditférence qui existe entre te verbe suédois hvita et le subsi. villa, c'est que 1'/ est long dans le premier mot et bref dans le second. Un Suédois ayant à prononcer le groupe tåget till Land, supprimera instinctivement un ( et une / et prononcera simplement ie I initial de la syllabe till et 1'/ initiale de la syllabe Lund. Les consonnes doubles du français et des tangues romanes font partie de l'esthétique spéciale de ces langues. On ne peut se vanter

■de bien prononcer le français tant qu'on n'a pas fait effort pour articuler les consonnes doubles, pour distinguer j'acquerrai de fatquérais, ane noix

128. On peut diviser pratiquement les consonnes doubles françaises en deux catégories:

A) Consonnes doubles proprement dites, correspondant dans la graphie à deux consonnes de même nature immédiatement consécutives.

B) Consonnes doubles par accident, résultant de la suppression (souvent facultative) d'un e féminin.

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