‹ Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtiqueChapitre 41 sur 158 · OPPIDA · texte numérisé non relu

OPPIDA

Helvetii ont douze oppida et quatre cents vici (1). Les Suessiones ont douze oppida {2). Dans l'oppidum de Bmtuspanlium, les Bellovaci avaient pu se renfermer avec leurs femmes, leurs enfants et tous leurs biens ('6). Or les bellovaci promettent, lors de l'insurrection de la Gaule, une armée de dix mille hommes ; et ils pouvaient, disaiton, mettre sur pied cent mille hommes (4j. V oppidum des Adiiatici pouvait renfermer plus de 53.000 personnes (5). ^fa/-icam renfermait environ quarante mille personnes (6). Les oppida de Gaule que les arcliéologues ont explorés occupaient des étendues de terrain assez considérables : Murcens, 150 hectares; Besançon, 150; Bibracte, 135; Alise, 97 ; Gcrgovie, 70 (7). Les castella que César mentionne à côté des oppida éi?i.\Qni sans doute de petites places fortes Aduatuca, ville des Eburones, est qualifiée de castellnm (8). Les AUobroges n'avaient point d'oppida et leur métropole elle-même, Vienne, n'était autrefois qu'un village (9).

Les murailles des fortifications gauloises ont été minutieusement décrites par César (10). Pour les construire, les Gaulois disposent par terre des poutres d'une seule pièce,

dubii, Nen'ii, Parisii, Piclones, Raurici, Rémi, Senones, Seqiiuni, Suessiones, Veneti. Cf. H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la propriété foncière, p. 81-90.

(1) Guerre de Gaule, i, 5 ; Plutarque, César, 18.

(2) Guerre de Gaule, ii, 4, 6-7.

(3) Guerre de Gaule, ii, 13. Cf. Réunie des études anciennes, t. VIII, p. 172, 269.

( i) Ibid., VII, 75 ; ii, 4.

(5) Guerre de Gaule, ii, 33.

(6) Ibid., vu, 28.

(7) RuLLioT, Fouilles du Mont Beuvray, t. i, p. m.

(8) Ibid., VI, 32 ; cf. ii, 29 ; m, 1.

(9) Strabon, IV, 1, 11.

(10) Guerre de Gaule, vu, 23. Cf. ii, 29.

à la distance de deux pieds les unes des autres ; elles sont liées à l'intérieur par des traverses et l'intervalle est rempli de terre. Sur le devant, l'intervalle est revêtu de grosses pierres. A ce premier rang ainsi formé on en ajoute un autre, eu gardant toujours les mêmes distances, de manière que les poutres ne se touchent point et quelles soient supportées par les pierres placées entre chaque rang. L'ouvrage est ainsi continué jusqu'à ce que le mur ait atteint la hauteur voulue. Ces rangs entremêlés de pierres et de poutres, assez agréables à l'œil, ont en outre de grands avantages pour la défense des places, car la pierre les défend contre le feu, et le bois contre les ravages du bélier. Les poutres ont souvent quarante pieds de long.

On a trouvé sur le Mont Beuvray des chevilles et de grands clous provenant des murs de l'ancienne Bibractei^l). On a pu observer dans les ruines de Voppidum de Murcens (Lot) l'association des pierres et des poutres en bois (2). A rimpernal, les poutres dépassaient de 0,15 à 0,20 la face du mur et les bouts en étaient arrondis. Les poutres transversales étaient reliées par de grandes chevilles en fer (3) aux poutres perpendiculaires à la muraille. Les Gaulois ne creusaient pas de fondations ; ils n'employaient ni ciment, ni mortier ; ils ne taillaient pas la pierre (4;. Quant aux maisons découvertes dans Voppidum

(1) Revue archéologique, t. xxi (1870), pi. VII ; t. xxii (1870), pi. XIX. BuLLiOT, Fouilles du Monl-Beuvray, t. i, p. 23, 2.5, 34.

(2) Re'.tie archéologique, t. xvii (1868), p. 249-253, pi. VIII; 1. XVIII, p. 73 ; Dictionnaire archéologique de la Gaule, t. r, jijaiiches. Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule romaine, t. ii, p. 119.

(3) Sur la métallurgie de ces clous ou chevilles, voir M. Caille- TET, Revue archéologique, t. i (1883), p. 73.

(4) BuLLioT et RoiDOT, La cité gauloise selon l'histoire et les traditions, p. 103.

HirfTES

de Bibracte et qui peuvent, comme dous l'avons dit, être antérieures à la conquête romaine, elles étaient construites sur un pian rectangulaire, la plupart en maçonnerie d'argile, sans chaux ; un assez grand nombre, en pisé et en bois. Elles sont le plus souvent à demi souterraines ; on y descend par un escalier intérieur de plusieurs marches. Le sol est en terre battue. La toiture était sans doute en paille (1). On a trouvé à Alesia (2) et sur d'autres point? de la Gaule des vestiges de huttes gauloises. Dans le pays messin, ce sont maintenant des trous circulaires de 10 a 40 mètres de diamètre et profonds de 2 à 10 mètres, que Ton désigne d'ordinaire sous le nom de « margelles » ou de « mardelles ». On y a découvert des troncs d'arbres qui formaient autrefois avec de menues branches et de l'argile une sorte de toiture conique au dessus du sol. Dans b s plus grandes huttes, la toiture était soutenue [fdv des piliers. Dos clayonnoges consliluaient la porte. Il est possib e (piun bas-relief du i"" siècle de notre ère, conservé au Musée du Louvre, représente au second [)lan une hutte gauloise. C'est une cabane ronde recouverte d'un (oit conique dont le milieu semble à ciel ouvert ; elle est tapissée, à l'extéi'ieur, de roseaux ; une ouverture rectangulaiic forme la porte (3). Les emplacements de maisons à xMur-

(1) Déciielette, Note sur l'oppidum de Bibracte, L' Anthropologie, l. xiii (1902), p. 74-78. Les Fouilles du Mont-Beuvray (' 1897 à 1904, Paris, 1904, p. 5-59 (avec planches).

(2) Cf. Pro Alesia, 1. i, p. 160 : t. ii, p. 377-.'^80 ; Revue archco logique, t. viii (1906), p. 3.0 ; t. ix (1907), p. 178.

(3) A. Grenier, Habitations gauloises et villas latines dans la cité des l\lédiomatrices, p. 25-43. M. Grenier pense que rsantosuelta tient à la n^ain une réduction d'une Jiutte de ce srenrc. que d'autres prennent pour une cassolette à encens. Voir ci-dessous ch. V.

ceiis ont soit la forme circulaire, soit la forme elliptique (1). Les maisons de Bibracte sont munies de cheminées. Devant le foyer étaient placés des chenets à tête de bélier, en argile recouvert de poussière de mica (2) On ne rencontre guère qu'à l'époque de la Tène les chenets (en fer ou en argile), les broches à rôtir (en bronze ou en fer) et les crémaillères (en fer).

Les vastes enceintes désignées en Irlande sous le nom de dûn et dont le dûn Aengiis en Aranmore dans la baie de Galway offre l'un des exemples les plus intéiessants sont construites en pierres sèches. Les murs du Dun Aengiis se développent en trois cercles irréguliers, au sommet d'une falaise de 90 mètres. Leur épaisseur est de 6 mètres ; leur hauteur de 6 à lo mètres (3). Mais outre les forteresses en pierre, les Irlandais se servaient aussi comme lieux de défense et de refuge, d'enceintes en terre nommées rath (4).

Les Gaulois que nous décrit Polybe (5) ignoraient l'usage des meubles et ne connaissaient d'autre lit que le gazon. Les Boii de Cisalpine, d'après Tite Live, avaient des vases d'airain, vasa aenea Gallidi, assez artistement travaillés,

(1) Castagne, Mémoire sur les ouvrages de fortification des oppidum gaulois, Tours, 1875, p. 103-110.

(2) J. DÉCHELETTE, Le bélier consacré aux divinités domestiques sur les chenets gaulois. Revue archéologique, t. xxxiii (1898), p. 63-81, 245-262 ; Bulliot, Fouilles du Mont-Beuvraij, t. i, p. 207 ; Vauvillé, Congrès archéologique, LIV^ session, Soissoxis, 1888, p. 178.

(3) Archaeologia Cambrensis, t. iv (1835), p. 297 ; t. iv (1858), p. 100 ; Joyce, .1 social history of ancient Jreland, t. ii, p. 57-58.

(4) On trouvera le plan du rath d'Emain Mâcha, capitale de rUlster, chez H. d'Arbois de Jubainville, Revue celtique, t. XVI, p. 1-7 (fig.).

(5) Histoires, ii, 17.

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