CHAPITRE PREMIER
L'Equitation.
L'Équitation chez les Anciens, en Egypte, en Grèce et à Rome. — Le moyen âge. — Les Académies. — La Broue, Pluvinel et la Guérinière. — L'École de Versailles. — L'École d'Abzac. — L'Art équestre moderne. — Le comte d'Aure, M. Baucher. — L'École de Saumur.
Depuis l'origine de la Création, les hommes se sont servis du cheval poui* lahourer les champs, traîner et porter les fardeaux et combattre.
A cette époque, le cheval faisait en quelque sorte partie de la famille ; il était élevé sous la tente, au milieu de ses membres, qui lui prodiguaient les soins les plus empressés.
C'est l'Egypte, qui, la première, fit usage du
cheval dans les combats et l'attela au char triomphal des guerriers vainqueurs. Sésostris put réunir sous sa puissante domination 24.000 chevaux et commanda la plus solide cavalerie du monde.
Qui ne connaît la légende du fameux Bucéphale, qui partagea sur les champs de bataille tous les dangers d'Alexandre le Grand, son illustre maître, et mourut chanté par tous les poètes de l'Aitique.
Dans rantiquité, les plus hardis cavaliers furent les Parthes ; ces nomades passaient des journées entières sur leurs vigoureux coursiers qu'ils montaient sans selle et sans bride et qu'ils poussaient contre l'ennemi en les dirigeant avec les jambes et avec la voix. Dès qu'ils avaient lancé leurs flèches, ils s'enfuyaient et, insaisissables, ils échappaient à la poursuite de l'ennemi.
Les Grecs aimaient passionnément l'art équestre et s'y distinguaient aux Jeux Olympiques par leur adroite habileté à franchir des barrières et à conduire des chars dans Tarène. Les vainqueurs de ces courses étaient entourés des plus grands honneurs.
A Rome, les Equisones formaient une caste à part d'écuyers qui présidaient à l'éducation des
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jeunes Romains dans Tart de monter à cheval. Sous les Empereurs les courses furent organisées avec un luxe fastueux. Les Romains couraient au cirque applaudir Néron qui n'hésitait pas à
descendre dans Varène disputer les palmes de la victoire, et découvraient leurs fronts devant le cheval de Caligula créé consul par un caprice bizarre de ce despote.
L'empire grec de Byzance se livra à ces réjouissances jusqu'au jour de sa chute sous les coups des Turcs.
Les Arabes, sortis de l'Asie Mineure, furent nu peuple de cavaliers indomptables. Montés sur
leurs petits chevaux, aux formes sveltes, à la crinière flottante, d'un tempérament nerveux,
ils promenèrent victorieusement l'étendard du Prophète de, l'Egypte aux Indes et de Samarcande à Lisbonne.
Le moyen âge vit s'épanouir, dans son plus brillant éclat, la. chevalerie. Un cheval, une armure, une lance composaient toute la richesse d'un
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NoUe et lui conquéraient ses quartiers. Les chevaux étaient divisés en plusieurs classes suivant leur emploi, et comprenaient : le Destrier (cheval de bataille) le Palefroi (cheval de parade) le Roussin (cheval de service) le Sommier [ohQWBX de bât). C'est dans les tournois que les chevaliers exerçaient leur habileté à manier la lance, la hache et Tépée et leur vigueur à diriger leurs fougueux palefrois, sous les yeux émerveillés des dames. La mort tragique de Henri II fit abandonner ces jeux sanglants, qui furent remplacés par les carrousels, fêtes gracieuses, où les quadrilles alternaient avec les courses des têtes et dont Louis XIV rehaussa la grandiose splendeur en y invitant es princes du sang, les maréchaux, les ambassadeurs étrangers.
Lltalie imprima à l'équitation un nouvel essor et rajeunit ses principes tombés en désuétude. L'Académie de Naples fut le siège de cette révolution dans la science équestre et Pignatelli devint le plus célèbre écuyer. Son enseignement rayonna dans toute TEurope, et la France y puisa d'utiles leçons pour l'établissement de ses académies qui furent fondées à Paris, Tour-s, Bordeaux et Lyon par l'initiative intelligente de la Broue et Pluvinel. Les mouvements ralentis, les allures raccourcies
s MANUEL PRATIQUE D'ÉQUITATION
étaient mis en pratique et on était réputé bon écuyer lorsqu'on parcourait en trois quarts d'heure les cinq cents mètres qui séparent le manège de Versailles de la Cour de marbre. L'école de la Broue, de Pluvinel, de Newcastle régna au xviv siècle et fit place à celle de Versailles qui fut la plus haute expression de l'art équestre; elle faisait autorité en France. Elle comprenait la grande et la petite écurie; elle avait à sa tète le. prince de Lambèse; ses plus remarquables représentants furent le marquis de la Bigue et le chevalier d'Abzac.
La Guérinière opéra dans l'art de monter à cheval une révolution salutaire ; par la suppression des battes et du troussequin de la selle à piquer, il obligea le cavalier à se tenir en selle correctement et à avoir une position naturelle et régulière basée sur l'équilibre. Il recommandait d'assouplir les épaules et les hanches et obtenait une grande légèreté de bouche. Il plaça trop le cavalier sur l'enfourchure et lui fît tendre démesurément les jarrets.
Bourgelat découvrit l'anatomie du cheval, et étudia le mécanisme de ses mouvements et le parti qu'on en pouvait tirer. Il enseigna une équitation mathématique et rationnelle et prépara l'école des d'Abzac qui rejetèrent les airs relevés
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et trides et développèrent la franchise des allures, laissant au cheval toute la liberté nécessaire de se porter en avant et d'allonger son encolure en prenant un point d'appui sur la main. Ils furent imités par les écuyers militaires tels que Bohan, d'Auvergne, Mottin de la Balme et Melfort, qui renfermaient Téquitation militaire dans Texécution de mouvements suffisants x>our exécuter toutes les évolutions nécessawes à la guerre.
L'empereur Napoléon, toujours sur les champs de bataille, n'eut pas le temps de former des cavaliers finis ; il recommanda à ses instructeurs de donner aux hommes des principes élémentaires afin de leur apprendre à déterminer leur monture en avant et à l'arrêter.
Le manège des pages, celui de Paris, l'École de Saint-Germain furent des établissements destinés à inculquer à la jeunesse les vrais principes de l'équitation.
Le Restauration rétablit l'École de Versailles et en confia la direction au chevalier d'Abzac dont le meilleur élève fut le comte d'Aure, qui résuma son système de la manière suivante : « Employer l'action équestre, en raison du degré des facultés du cheval, de sa nature et de ses instincts, de
manière qu'il accepte sans résistance la domination de l'homme et soit amené à l'obéissance la plus passive, tout en conservant une certaine liberté d'action nécessaire à la manifestation de ses plus brillantes qualités. Par conséquent, toute exigence qui tendrait à lui faire exécuter des mouvements forcés doit être proscrite par une équitation rationnelle, d'autant plus qu'elle aurait pour effet inévitable de l'abrutir et de le ruiner.
« Le cheval se meut en raison des sensations qu'il éprouve, va où on le dirige, accepte le soutien qu'on lui offre et cède aux résistances et à la douleur : c'est donc en raison de la manière dont ces sensations sont produites que ses forces sont mises en jeu et qu'elles déterminent tous les mouvements dont il est susceptible. Le cavalier doit chercher à apprécier la valeur de ces diverses sensations, de manière à les solliciter en raison des effets qu'il veut obtenir. »
Cette équitation concordait heureusement avec l'apparition des chevaux de courses sur les hippodromes français; elle préparait des cavaliers hardis, entreprenants, aptes à fournir une longue course, à des allures allongées et vives. Elle n'emprisonnait plus l'enseignement équestre entre les quatre murs d'un manège et reléguait les airs
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relevés au second plan comme inutiles et même nuisibles au développement des allures du cheval. Elle assouplissait l'encolure, les épaules et les hanches du cheval, donnait à leurs mouvements toute leur extension et les mettait ainsi en avant de la 'main.
L'École de cavalerie de Saumur ressent encore la bienfaisante influence de l'enseignement de ce maître qui forma une génération d'écuyers remar quablespar leur tact, leur finesse dans la conduite du cheval et leur correction élégante dans la manière de se tenir en selle.
Un écuyer d'une science profonde, M. Baucher, se proclama le champion d'une doctrine diamétralement opposée, basée sur le principe qu'il taut détruire les forces instinctives du cheval et les remplacer par les forces transmises.
Il assouplissait la mâchoire et l'encolure par des flexions isolées et combinées sur chacune de ces parties et il désarticulait Farrière-main au moyen du reculer et des pirouettes. Il annihilait ainsi toute initiative du cheval, en faisant une sorte d'automate mécanique que le cavalier règle et fait mouvoir suivant son degré de tact.
Ce système, qui a produit d'excellents écuyers, exige, pour être compris, une grande pratique et
un sentiment du cheval très délicat dont un petit nombre de cavaliers seulement sont capables. M. Baucher a obtenu lui-même des résultats surprenants dans le dressage de ses chevaux tels que Capitaine, Buridan et Neptune. Mais il était nécessaire d'être un écuyer aussi complet qne lui pour les monter avec une grâce et une finesse aussi parfaites.
Ces deux écoles ont leurs partisans convaincus et ont longtemps divisé les hommes de cheval en deux camps rivaux.
Celle de M. le comte d'Aure est plus rationnelle et mieux appropriée aux besoins de Téquitation civile et militaire contemporaine, car elle repose sur les lois de l'organisation de l'homme et du cheval ; elle est essentiellement française et a sa source dans les traditions de la vieille école de Versailles, remaniées, rajeunies et mises en concordance avec les exigences de notre époque. L'école de cavalerie de Saumur y a puisé le pro gramme de son enseignement en y apportant quelques légères modifications sous l'habile direction du général L'Hotte et de ceux qui lui ont succédé dans le commandement de l'école.
Plus de trois cents officiers et sous-officiers suivant annuellement ses cours, propagent ces