CHAPITRE III
Les Soeiéiés coopératives de Consommation,
HISTOIRE SUCCINCTE
Parmi les institutions ayant pour objet le progrès économique du peuple, il faut mettre au premier rang celles qui, s'inspirant de notre devise nationale : L'union fait la force, associent les individus vivant du salaire ou dont les ressources sont restreintes, et introduisent des économies dans la vie matérielle de chaque jour.
La liberté du travail et la concurrence sans frein qui en est la conséquence inévitable ont eu pour fruits, dans le commerce de détail, bien des abus et des fraudes, dont personne n'a pâti davantage que les petits acheteurs. La coopération de consommation met à la place de tout cela la bonne foi ; au crédit, à l'envahissante dette, danger mortel pour l'humble ménage^ elle substitue le comptant. Ce qui s'en allait en pure perle, elle le transforme en bénéfices et, par là, facilite l'épargne. De plus, la coopération est une école pratique où les membres viennent s'initier aux affaires, et, ce qui ne gâte rien, elle prépare le terrain pour le rapprochement des classes et pour un développement de bienveillance réciproque dont les mœurs ne peuvent que bénéficier.
Le système de l'association pour la consommation repose tout entier sur ce principe : se cotiser pour acheter en gros les objets de première nécessité, tels que denrées alimentaires, chaussures, vêtements, etc. et les revendre en détail.
C'est sur le sol anglais que la coopération de consommation a germé ; elle y a pris un rapide accroissement, et les succès obtenus ont exercé au dehors une salutaire influence.
Cependant, les premières tentatives dues à l'initiative de Robert Owen ne furent guère heureuses; à vrai dire, ce sont les pionniers de Rochdale qui furent les promoteurs de cette forme nouvelle d'action commune ; ils ont popularisé le principe de la coopération. Leurs débuts ont été modestes et difficiles ; mais leurs efforts persévérants ont été couronnés d'un plein succès, si l'on en juge d'après les statistiques officielles : elles indiquent que le sixième de la population du Royaume-Uni se trouve enrôlé sous le drapeau coopératif ').
Cette prospérité est due : 1» à l'excellence de la méthode employée ; 2*> à l'esprit novateur et pratique de la race anglo-saxonne ; 3** à la faveur que le principe d'association rencontrait dans l'opinion publique pendant cette période (succès des Trade-Unions, des Friendly societies) ; 4^ aux efforts faits en vue d'éclairer les populations par l'instruction et la propagande.
Afin d'élever le niveau intellectuel de leurs membres, et pour
D'après la Statistique des associations coopératives de divers pays, préparée par la Commission de statistique de Vàlliance coopérative internationale, parue en avril 1898, le nombre des sociétés coopératives de consommation était de 1453, et celui des membres de 1.378.036 contre 1.224.228 en 1894. A cette dernière date, chaque membre avait réalisé une économie moyenne supérieure à 90 francs.
répandre parmi eux les bienfaits de l'instruction, les sociétés ont fondé des bibliothèques ; elles ont organisé et subventionné des cours, entretenu des salles de lecture ; elles ont même publié des journaux et des revues. En un mot, elles ont recherché tout ce qui est propre à développer l'intelligence, à instruire l'ouvrier et à le tenir au courant des progrès accomplis. La société de Rochdale possède aujourd'hui une bibliothèque riche de 15.000 volumes.
Il serait particulièrement intéressant de jeter un coup d'œil sur l'histoire du mouvement coopératif en Belgique ; mais nous ne pouvons remonter bien avant : le cadre que nous nous sommes tracé ne permet pas semblable digression ; nous indiquerons rapidement les grandes étapes de chacune des formes principales de la coopération de consommation.
C'est en 1854 que furent créées à Anvers et à Gand, sous forme de boulangeries, les deux premières sociétés coopératives de consommation. Peu à peu elles élargirent leur cercle d'action, et s'adjoignirent la vente des denrées alimentaires, les épiceries de préférence. Malheureusement, le public n'était point préparé et les administrateurs eux-mêmes, malgré toute leur bonne volonté, n'avaient pas les aptitudes voulues pour mener à bien semblable entreprise; ils avaient, en outre, à vaincre l'indiflFérence du plus grand nombre. Il leur fallut bientôt assister au déclin de leur œuvre.
Il resta toutefois quelque chose de cette première tentative ; peu après on vit surgir, particulièrement au sein des sociétés de secours mutuels, des réunions de personnes s'uuissant pour faire leurs achats d'hiver. Ce procédé se retrouve encore actuellement, surtout dans certaines régions wallonnes du pays, principalement pour l'achat de la houille et du café.
La plus ancienne, fondée en 1866, est celle de Grivegnée. M. L. d'Andrimont cite encore des sociétés de ce type à Ensival et à Pépinster ; puis celles fondées en 1869, non loin des exploitations charbonnières de Mariemont et Bascoup.
Quoi qu'il en soit, le mouvement coopératif n'était guère accentué en Belgique, lorsque les premières boulangeries socialistes se sont fondées ; l'Internationale elle-même n'avait rien fait qu'émettre des plans de réforme très vagues. On se mit plus résolument à l'œuvre quelque temps après, dans le but de réunir les fonds nécessaires pour entamer la lutte et organiser les groupements, tout en captant la confiance des ouvriers enrôlés.
La tentative a pleinement réussi. Les coopératives socialistes ont prospéré rapidement, et atteignent à présent déjà un développement
considérable, sans que pour cela le bien social produit soit en pro* portion du chiffre d'affaires.
Il y a aussi lieu de mentionner un essai de dérivation des principes coopératifs : les économats, dus à l'initiative des patrons. Ces institutions, assez rares en Belgique^ ont révélé, lors de l'enquête de 188G, de nombreux abus. Sous des dehors sympathiques, certains patrons se constituaient les fournisseurs attitrés de leur personnel et bénéficiaient ainsi d'une vente importante. La loi du 16 août 1887 vint mettre arrêt à leur calcul éhonté. Ceux qui se sont contentés de prendre l'initiative de la construction d'économats, et qui en ont, aussitôt après leur création, abandonné la direction au personnel, ont vu leur œuvre produire les fruits qu'ils étaient en droit d'en attendre.
La comparaison des statistiques des sociétés de secours mutuels et des coopératives suggère la remarque que l'idée de la coopération s'est répandue et affermie à mesure que les sociétés de secours mutuels se développaient davantage, celles-ci étant bien faites pour inculquer aux masses les principes qui peuvent assurer la viabilité aux œuvres coopératives.
FONCTIONNEMENT PRATIQUE
Il y a lieu de distinguer quatre types distincts de sociétés coopératives de consommation :
\^ Le type simple qui comprend les coopératives achetant et vendant les produits : épiceries, aunages et les pharmacies populaires ;
2® Le type complexe (avec un mélange de production) : telles les boulangeries, les cordonneries annexées aux magasins coopératifs et les fourneaux économiques ;
3® Le type faux : les économats dirigés par les patrons ;
4<* Le type incomplet : les sociétés d'achats momentanées (en participation pour la houille, le café, les pommes de terre, etc.)
P7^07770teurs.
Pour présider à la naissance d'une société coopérative, il faut d'abord quelques membres dévoués et décidés à marcher de l'avant. Ils se recrutent aisément et ordinairement parmi les mutuellistes ; ceux-ci connaissent déjà par expérience les avantages de la coopération et, de plus, on peut leur supposer plus d'instruction, puisque les mutualités travaillent aussi à répandre parmi leurs membres les connaissances sociales indispensables à notre époque. Bien entendu,
d'autres personnes encore sont aptes à participer à la fondation d'une coopérative.
Capital social.
Le capital, en principe, n'a d'autres limites que les besoins économiques ; nous examinons plus loin les règles qu'il faut observer dans sa proportion. On le constitue au moyen de souscriptions individuelles, de parts sociales. Celles-ci sont ordinairement d'un import peu élevé (10 francs au minimum). Le premier versement doit être effectué lors de la souscription ; le reste peut être payé par versements d'un franc par mois ou même, dans bon nombre de sociétés, libéré peu à peu par une retenue sur la part de bénéfice revenant à chacun à la fin de l'exercice social.
On exige habituellement de chaque membre le paiement d'un droit d'entrée une fois fixé ; cependant, dans le but de faciliter l'admission des membres pauvres dans la coopérative, nombre de sociétés ne réclament pas de droit d'entrée.
Les sociétaires.
Chaque sociétaire reçoit un livret contenant les statuts et les indications prescrites par la loi.
Les ventes ayant toujours lieu au comptant 0, chaque membre reçoit un livret sur lequel on inscrit la valeur de ses divers achats ; on peut ainsi, à la fin de l'exercice, établir la quote-part qui lui revient au prorata du montant de ses achats.
Le livret est aussi remplacé par des bons ou quittances d'achat tirés d'une souche, et qu'il faut représenter pour toucher la ristourne.
Dans certaines coopératives, les associés prennent l'engagement de se fournir annuellement pour une somme déterminée, sous peine de perdre tout droit aux bénéfices et aux intérêts.
Dans certaines boulangeries, on remet un ticket par pain acheté ; ce ticket porte le montant de la ristourne correspondante à chaque
») Au Vooruit on a préféré un sysième particulier, plus rigoureux en quelque sorte que la vente au comptant. Chaque dimanche les agents de la société parcourent la ville pour offrir aux associés des bons qu'il faut payer d'avance et qui donnent droit chacun à un pain ; en ne donnant aux porteurs de pains qu'un simple bon, on évite le danger qu'il y a à leur laisser de grosses recettes, on n'est pas forcé de leur faire déposer un cautionnement comme cela se pratique ordinairement.
achat. Les tickets sont recelés périodiquement, et Ton fait mention des résultats qu'ils indiquent en les inscrivant soit au carnet dont nous avons parlé plus haut, soil sur un carnet spécial. Ailleurs on remet des jetons, payables d'avance. Cette façon de procéder donne de sérieux bénéfices.
Disons en passant que la boulangerie coopérative est peut-être l'entreprise la plus aisée à fonder; elle ne réclame guère que quelques milliers de francs au début, pourvu que la clientèle nécessaire soit assurée ; par la suite, elle produit plus de bénéfices que la plupart des autres entreprises.
Les sociétés coopératives ne vendent pas seulement à leurs membres. Les non-sociétaires peuvent également se fournir aux magasins, sans retirer d'autres avantages que certaines réductions de prix sur plusieurs denrées, et la certitude d'avoir des produits de bonne qualité. Ils acquièrent ensuite par cela même l'habitude de payer au comptant tous leurs achats.
A dm inisiration .
La société est administrée par un conseil d'administration, sous la surveillance de commissaires-vérificateurs dont tous les mandats, selon la théorie rigoureuse, devraient être gratuits.
En pratique, ils sont rétribués, soit par des jetons de présence (indemnisation), soit par une part spéciale dans les bénéfices.
Le conseil a tous les pouvoirs qui ne sont pas formellement réservés à l'assemblée générale. Il peut notamment recevoir les fonds et en faire emploi, ordonner toutes les dépenses, vendre et acheter, créer les emplois nécessaires, fixer les traitements y attachés,nommer, surveiller, révoquer les titulaires, représenter la société en justice.
Bilans et bénéfices.
Une fois au moins par an on fait l'inventaire des biens, meubles et immeubles de la société, avec indication des dettes et des engagements; on en dresse le bilan.
Après approbation de chaque bilan par l'assemblée générale, les bénéfices sont répartis comme suit :
a) Un tantième aux fonds de réserve qui doit ordinairement atteindre le cinquième du capital souscrit i);
1) Jusqu'à ce que le dixième du capital soit atteint, le prélèvement est obligatoire à concurrence du vingtième des bénéfices.
b) Un tantième aux fonds de prévision, ceux-ci devant servir à Tembourser les parts, à faire des installations et toutes dépenses favorables au développement de la société ;
c) La somme nécessaire pour donner l'intérêt fixé au capital versé ;
d) Le reste est réparti entre les coopérateurs au prorata de leurs achats 0> d'après l'idée que les associés se font du but de leur coopération : les uns répartissent, les autres font des allocations diverses.
Afin de rendre tangible ce que les notions précédentes peuvent avoir d'obscur et d'abstrait pour une personne peu versée dans les questions de coopération, nous croyons utile de faire connaître deux institutions qui rendent d'inappréciables services à la classe ouvrière; elles sont en même temps l'application de deux types indiqués précédemment : Tun se rattache au type simple, c'est la pharmacie populaire ; le second appartient au type complexe, c'est l'institution de fourneaux économiques. Ce que nous en dirons n'épuisera pas la question, mais suffira pour lever quelques difficultés de détail.
Les pharmacies populaires.
Le système coopératif appliqué aux pharmacies populaires constitue une mine de ressources précieuses pour les mutualités et donne, en même temps, la mesure de ce que peuvent l'union, l'entente, la volonté et la persévérance.
Les pharmacies populaires ont été nécessitées par l'augmentation constante du prix des médicaments ; augmentation qui menaçait de ruiner et même d'anéantir plusieurs sociétés de secours mutuels. Pour obvier à cette pénible situation, des propositions conciliantes furent faites, mais en vain, à divers pharmaciens ; force fut donc de songer à l'établissement d'officines particulières à l'usage des mutuellistes et des membres de leur famille.
Après de longues études, de nombreuses réunions, sans compter la propagande faite en vue de gagner des adhérents, les promoteurs des pharmacies populaires eurent la satisfaction d'ouvrir à Bruxelles,
1) Sans que cela rentre aucunement dans le cadre des coopératives de consommation qui exigent de chacun de leurs membres une part de capital et de responsabilité dans Tentreprise, signalons ici les remises de bons, faites à présent par certains négociants, représentant l'importance de chaque achat effectué et en échange desquels les clients reçoivent, à la fin de Tannée, un pourcentage déterminé (1 1/2 à 2 o/o).
le 1«' janvier 1882, rue Blaes et rue Van Artevelde, les deux premières officines du pays *).
Les services rendus par ces institutions sont des plus considérables. La société coopérative des pharmacies populaires de Bruxelles compte à présent 96 sociétés adhérentes avec un total de 13.000 membres environ, desservies par 9 officines, plus un magasin central, qui contient actuellement pour plus de 40.000 francs de marchandises. Au 1«' janvier 1899, les bénéfices réalisés dépassaient la somme de 1.010,000 francs. Ces résultats, obtenus en quelques années, ont coûté la modeste somme de 1 franc 50 par membre fédéré.
Le montant des ventes effectuées pendant l'exercice 1898, se décompose comme suit :
Vente au comptant : 157.788,53
Mutuellistes : 116.463,29
Familles : 120.692,10
Les bénéfices réalisés pendant cet exercice se sont élevés à fr. 161.691,58 dont 63 °/o ont été répartis entre les sociétés au prorata des factures de médicaments de chacune, ces médicaments étant facturés au même tarif que pour le public qui jouit déjà d'une diminution sensible sur les prix des autres pharmacies.
Chaque officine est gérée par un pharmacien à qui sont alloués des appointements annuels de 8000 francs, et au bout d'un certain nombre d'années 4000 francs, outre le logement, le feu, la lumière et une part dans les bénéfices.
Quant à l'article 2 de la loi du 19 mars 1898, apportant des modifications à la loi du 23 juin 1894,et qui avait,de prime abord, jeté quelque peu la perturbation dans les rangs des sociétés mutualistes reconnues affiliées aux pharmacies populaires, la solution suivante peut, à notre
1) La société VooruU de Gand fut la première à suivre l'exemple donné par les mutuellistes bruxellois, en instituant, en octobre 1885, sa première officine ; elle en possède actuellement quatre.
Le Volksverbond a également institué un service pharmaceutique pour ses adhérents.
La Fédération verviétoise possède deux officines ; Anvers a également son officine populaire ; Liège a trois officines ; les Administrateurs de la boulangerie coopérative de Jolimont ont également annexé une officine à leur œuvre ; la Fédération mutualiste de Charleroi a ouvert, depuis 4 ans, une pharmacie à Charleroi et une deuxième à Jumet.
sens, être proposée sans trop de risques : la société, après avoir prononcé sa dissolution, sollicite à nouveau sa reconnaissance légale avec des statuts n'assurant pas aux membres le service pharmaceutique ; à côté de cette société reconnue, elle instaure une autre société non reconnue et ayant comme seul objectif l'allocation des soins pharmaceutiques en continuant, comme par le passé et conformément à la loi de 1873, à se faire représenter par un membre de l'association.
Les fommeauœ économiques.
Il existe aussi en Belgique, de même qu'à Vienne, Grenoble, Paris, Milan, Luxembourg, des sociétés coopératives ayant des locaux où l'on prépare les aliments et où on les consomme sur place. Bruxelles, Liège, Anvers, Çharleroi, Gand possèdent de ces institutions communément appelées Fourneaux économiques. Le bien que ces institutions peuvent rendre est incalculable. En effet, en opposition à cette nourriture achetée à la charcuterie ou prise dans une gargotte, nécessité parfois désastreuse quand la mère de famille est obligée de louer son travail, les fourneaux économiques livrent une nourriture très substantielle, variée, proprement préparée et servie à un prix très modique.
La première expérience fut tentée à Liège, en 1865. i)
C'est le 12 mars 1868 que s'ouvrit, à Bruxelles, dans les locaux élevés sur un terrain communal dépendant de l'ancienne caserne du Petit-Château, situé à l'angle des rues d'Ophem et du Petit-Château, le premier établissement de ce genre.
Le premier exercice social, qui était de 9 mois 1/2 et dont les recettes s'élevèrent à la somme de fr. 35.463,50, produisit un boni net de fr. 1.174,54.
Le débit de jetons pour ce premier exercice a atteint le chiffre de 320.000.
Actuellement, les Ateliers réunis *),dont le siège social est rue du Midi, 25, possèdent trois établissements similaires : celui précité.
1) La Société coopérative d* alimentation économique de Liège — tel est son titre — rue Libotte, 6, distribue en moyenne 350.000 portions annuellement pour environ 40.000 francs.
<) La société coopérative de consommation Les Ateliers réunis a aifectué, pendant Fexercice 1898, une recette totale de fr. 225.879,03. Le montant des bénéfices a été de fr. 9920,80.
celui du Marché-du-Parc ouvert le 20 mai 1873 et celui de la place du Jeu-de-Balle dont l'ouverture eut lieu le 11 août 1882.
Leur recette globale a été, pour l'année 1898, de fr. 88.402,47, laquelle a été réalisée par la vente de jetons dont nous croyons utile de donner ci-dessous le détail :
Soupe
1/2 id.
Viande
Œuf
Poisson
Hareng
Légumes
Bière
Pain
Café
Prix 0,10 le litre 0,05 l'assiette 0,20 la portion 0,10 pièce 0,20 la portion 0,10 pièce 0,10 la portion 0,07 le verre 0,05 le morceau 0,05 la tasse.
Le produit de la vente des jetons n'a pas atteint la somme mentionnée ci-dessus. La différence a été réalisée par la vente de soupe à l'Œuvre du Progrès, à l'Asile de nuit, à la Bouchée de pain et à l'Œuvre des enfants malades.
Des institutions analogues ont également été fondées dans certains grands établissements industriels, et n'ont guère réussi que là où l'administration en était abandonnée aux ouvriers eux-mêmes. La tentative faite, par exemple, à la société de la fabrique de fer d'Ougrée et chez M. De Naeyer à Willebroeck, en fait foi.
L'établissement existant à Liège, pour les ouvriers de la Compagnie générale des conduites d'eau, a mieux réussi. Il a pour but de fournir à ses membres la distribution du repas du midi, sans exclusion de quelques fournitures à emporter, telles que pain, vin, etc. Fondé le 7 septembre 1892, il compte environ 300 membres et a fourni, en 1896, année peu favorable, 98.540 portions qui ont rapporté 9483,31 fr.
Nous avons choisi comme exemples d'associations coopératives les deux formes ci-dessus, d'abord pour étudier deux types bien caractéristiques et ensuite parce que ces associations sont d'application immédiate et utile au premier chef. Avec Vassistance par le travail, en vue »de secourir les misères qui ont pour cause le chômage ou la maladie, elles forment en quelque sorte une trilogie ; nous formons le vœu de voir à bref délai établir ces trois institutions dans chaque centre industriel : ce sera le moyen efficace de soulager un grand nombre de travailleurs. A notre avis, l'assistance par le travail pour-
rait être dégagée, plus qu'elle ne l'est aujourd'hui, de Tinterventiou de la charité. Peut-être les ouvriers d'un même corps de métier trouveraient-ils avantage à annexer à leur caisse de prévoyance un établissement destiné à fournir un travail,moins rétribué sans doute, mais à peu près sûr, à tous ceux d'entre leurs adhérents qui se trouveraient momentanément sans ouvrage. Cette institution déchargerait d'autant la caisse de prévoyance, tout en atteignant un but moral très élevé.
CONDITIONS DE VIABILITÉ
La coopération de consommation a son domaine nettement délimité : l'expérience commencée depuis plus d'un demi-siècle le démontre surabondamment ; elle n'est pas de nature à réussir ordinairement dans les entreprises où le côté commercial présente de véritables difficultés.
Il ne faut cependant pas jeter trop aisément le manche après la cognée, et admettre comme axiomes certains préjugés qui tendent à faire croire que la coopération n'est pas applicable dans tel ou tel domaine.
Prenons par exemple la boucherie qui ne compte guère que 20 sociétés en France et quelques-unes en Belgique.
Il n'y a aucune diflSculté sérieuse à trouver, tout comme pour la boulangerie, un ouvrier connaissant son métier et à même de travailler sérieusement. Il reste, question importante en l'occurence, à considérer l'écoulement avantageux de la viande. Or, les coopérateurs sont en général des ouvriers ou des petits employés dont les ressources sont limitées. Si, d'une part, ils ne peuvent songer à se fournir de morceau de choix — ce qui serait pour eux trop onéreux — d'autre part, ces mêmes coopérateurs ne sont pas réduits à ne s'alimenter que de viande de qualité inférieure : il faut donc rester entre ces deux extrêmes.
La di£BcuIté est plus apparente que réelle. En supposant même tous les coopérateurs dans la situation indiquée, les boucheries ont toujours la ressource de s'entendre, soit avec d'autres coopératives de clientèle plus exigeante, soit avec des bouchers de la ville ; elles peuvent enfin, et ce serait le plus simple, vendre ces morceaux à des personnes étrangères à la coopérative. Ce procédé d'élimination de certains morceaux est couramment employé par les bouchers suivant la clientèle qu'ils ont à satisfaire.
Pour réussir, les sociétés coopératives de consommation ont à
observer certaines règles que nous classerons en deux catégories bien distinctes.
Conditions générales,
i^ Le choix du gérant est particulièrement important. Il faut que celui-ci soit bien au courant des affaires commerciales et qu'il en ait l'esprit. On oublie parfois trop que c'est du gérant que dépend en grande partie le succès de toute entreprise de celle nature. Il faut qu il ait des pouvoirs très étendus, et, pour éviter les abus, qu'il soit soumis à une surveillance librement acceptée. D'autre part, si l'homme de confiance que doit être le gérant est aussi un coopérateur, et c'est presque toujours le cas, il comprend l'esprit de l'entreprise et a souci des intérêts communs.
On ne saurait trop conseiller aux sociétés de porter leur choix sur un homme initié aux affaires et connaissant à l'avance les divers produits que la société se propose de débiter, afin d'éviter ainsi des erreurs sur leur qualité.
Aux qualités du gérant vient s'ajouter une condition presque indispensable de succès durable pour l'entreprise : la solidarité des coopérateurs. 11 faut qu'entre eux règne une entente parfaite et que tous, cliaque fois que l'occasion s'en présente, concourent à améliorer la situation de l'entreprise.
2<* La bonne proportion du capital. Trop d'argent et trop peu d'argent sont deux causes de ruine.
Chaque société doit examiner sa situation de manière à proportionner les capitaux aux besoins : avoir assez pour acheter en gros et au comptant.
Un grand écueil à éviter est l'emprunt d'argent pour payer les fournisseurs, le bénéfice devant alors passer dans le paiement des intérêts.
Il est aussi contraire aux intérêts d'une société d'acheter à terme, c'est-à-dire à crédit ; ce genre d'opération fait perdre la remise généralement accordée sur les paiements au comptant, et les fournitures peuvent s'en ressentir quant à la qualité.
Une société ne doit pas non plus avoir de l'argent dormant. Il faut qu'à part l'argent qui lui est nécessaire, le surplus disponible soit employé à un placement avantageux.
30 Diminution des frais généraux. Une société coopérative doit veiller à ce que les frais de premier établissement ne soient pas trop importants. Un grand nombre de sociétés de consommation ont
débuté dans les conditions les plus modestes, même celles qui aujourd'hui sont très puissantes. Le luxe est l'ennemi du confort,
Il ne faut pas non plus, sous aucun prétexte, avoir un personnel trop nombreux. Des gens consciencieux, suffisamment rémunérés et intéressés dans les bénéfices, feront ordinairement énormément de bonne besogne.
4° De la prudence dans les immobilisations. L'achat des marchandises sujettes à fluctuation constitue un danger ; tels sont le café, le sucre, la farine, le blé, etc. Sans doute, un gérant bien au courant de la partie saura acheter avec beaucoup de chances de succès à l'approche d'une hausse, mais encore faut-il éviter de trop grands emmagasinements, les produits pouvant subir certaines avaries.
Il en est de même de quelques articles de mercerie et d'aunages. Certaines coopératives achètent parfois de grandes quantités de marchandises, sans consulter par avance le goût des acheteurs, — grand point à observer et qui fait actuellement la force des Allemands sur le marché. Ces marchandises, restant en magasin, perdent de leur valeur et ne trouvent plus même d'écoulement. Les pertes su])ies de ce chef sont parfois très sensibles.
Conditions spéciales.
Elles varient selon le système adopté.
Pour le premier système, qui vend au prix coûtant i) avec un tantième destiné à couvrir les frais et les pertes éventuelles, il faut que les prix soient faits d'après les achats avec une juste majoration destinée à couvrir les frais généraux, et en vue de constituer une réserve relative aux pertes éventuelles ; dans le caa où cette éventualité ne se produit pas, on partage à la fin de l'exercice le montant de la réserve.
Pour le deuxième système, il faut que la fixation du prix de vente soit réglée d'après le marché du jour, tantôt avec pertes et tantôt avec de plus grands bénéfices.
On fait ensuite la capitalisation des bénéfices par périodes.
Nous devons également recommander un échange de vues constant entre les clients-coopérateurs et la direction.
Ainsi il sera très utile d'insérer dans les statuts ou dans le règlement d'ordre intérieur, l'obligation pour les associés de visiter person-
On ne compte guère en Belgique que 12 sociétés importantes ayant adopté ce système. (Voir à ce sujet la Statistique des associations coopératives de divers pays, 1898.)
nellemeiit, un certain nombre de fois par an, les locaux et magasins^ afin d'exposer leurs vues, de s'intéresser aux affaires, etc.
De cette façon, toutes les réclamations ont l'occasion de se produire et suppriment périodiquement les mécontentements, d'autant plus dangereux qu'ils ne se manifestent qu'après avoir longtemps indisposé les esprits. Ils se produisent au jour brusquement, avec toute la force de passions comprimées et le trouble qu'ils engendrent ne permet plus de discuter avec calme les questions soumises à l'assemblée.
Lorsque l'association prend de l'extension, il est encore indispensable que le magasin et ses succursales se trouvent à proximité des. membres, afin de leur permettre de se fournir aisément et sans perdre trop de temps. On sait, en effet, que les coopérateurs n'ont généralement pas les moyens de se fournir par grandes quantités, et il faut que le bénéfice réalisé à la coopérative ne soit pas balancé par la perte de temps qui résulte d'une trop longue distance à franchir pour se rendre au magasin.