‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 94 sur 127 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES ALCALIS ET DES SELS QUI El DÉRIVENT.

Ces poisons, qui ont une propriété chimique commune, l'alcalinité , n'offrent pas d'analogie sous \n rapport de l'action qu'ils exercent sur l'économie animale. Ainsi la potasse, la soude et l'ammoniaque ont une action*bien différente de celle que présentent la chaux , la baryte et la strontiane.

(1) Ann. de 3/éd. lég., t. iv, p. 1G6. (?) Joum, de C/wriie méd., vu, p. 460.

C'est ce que nous aurons occasion de constater en cxaminanties symptômes et les lésions auxquels chacun de ces poisons peut donner lieu.

Potasse (hydrate d'oxyde de potassium , potasse caustique , potasse à la chaux , potasse à l'alcool , pierre à cautères). — Substance solide, en masses irrégulières -, ou en plaques blanchâtres translucides , ou en cristaux prismatiques. Elle est inodore, d'une saveur excessivement caustique. Elle attire l'humidité de l'air et se résout en liqueur. La potasse verdit le sirop de violettes, rougit le papier de curcuma et ramène au bleu le papier de tournesol rougi. Elle ne fait point effervescence avec les acides. L'eau la dissout en toute proportion : elle est également soluble dans l'alcool. Sa dissolution limpide , quelque concentrée qu'elle puisse être , ne précipite pas par le carbonate de potasse. Elle donne avec le chlorure de platine un précipité jaune serin grenu , adhérent aux parois du verre si les deux liqueurs sont très concentrées; avec l'acide perchlorique un précipilé blanc, avec l'acide tartrique un précipité incolore et cristallin ; saturée par l'acide sulfurique, elle donne un précipité également cristallin par le sulfate d'alumine. Versée dans du nitrate d'argent , le précipité est olive (oxyde d'argent), soluble complètement dans l'acide azotique. On a conseillé aussi comme réactif de la potasse, l'acide carbazotique qui donne un précipité jaune , cristallin , peu soluble. (Berzélius.)

Appliquée à l'extérieur, la potasse cautérise les tissus et produit une escarre noire. — Introduite dans l'estomac, elle détermine une saveur acre, urineuse et caustique ; une chaleur vive à la gorge, des nausées, des vomissements de matières souvent sanguinolentes , alcalines, verdissant le sirop de violettes; des selles abondantes, une douleur vive a l'épigastre, des coliques atroces, des convulsions, l'altération des facultés intellectuelles ; et si la dose de poison est un peu forte, la mort ne tarde pas à survenir.

L'eau vinaigrée est l'antidote de la potasse : elle agit en saturant cet alcali. Une potion huileuse et les antiphlogistiques devront être ensuite employés.

Pour lésions pathologiques , on trouve un ramollissement considérable des tissus , et les tuniques de l'estomac perforées; le sang est fluide dans les vaisseaux. M. Orfila considère ce poison comme un des plus capables de produire des perforations. C'est à la propriété que possède la potasse de dissoudre la matière animale et de rendre le sang plus fluide, qu'il faut attribuer ces résultats. La potasse peut être absorbée, car M. Orfila l'a retrouvée dans le foie, la rate et les reins de chiens empoisonnés par cette substance (1).

Il résulte d'expériences faites par M. Orfila :

1° Que l'alcool très concentré bouillant dissout une portion notable de la potasse à l'alcool ou à la chaux qui pourrait se trouver dans un mélange organique solide , soit à l'état caustique, soit à l'état de savon, soit dans tout autre état de combinaison avec la matière végéto-animale, et qu'il ne dissout pas sensiblement les sels de potasse naturellement contenus dans ce mélange, ni ceux que l'on aurait accidentellement introduits dans l'estomac comme médicaments, à l'exception toutefois de l'acétate de potasse ;

2° Qu'il dissout également une certaine quantité de carbonate de potasse, probablement à la faveur de la matière organique, car on sait que le carbonate de potasse est complètement insoluble dans l'alcool concentré;

3° Que les liquides animaux ou les matières alimentaires qui contiennent naturellement des g sels de potasse, ne cèdent pas à l'alcool concentré bouillant des proportions de ces sels susceptibles d'être démontrés par les réactifs de la potasse ;

En conséquence, M. Orfila conseille d'évaporer à siccité

(1) Orfu-A, Toxicologie, t. ! , p. 225, 4e édit., 1843,

les matières suspectes, de faire bouillir le résidu à plusieurs reprises avec de l'alcool concentré marquant l\h degrés, puis de filtrer. La liqueur est ensuite évaporée à siccité, et le résidu est incinéré dans un creuset d'argent: la cendre provenant de cette opération est agitée avec de l'alcool à kk degrés froid , puis la liqueur est portée à l'ébullition, filtrée et évaporée à siccité à une douce chaleur. On fait dissoudre le résidu dans un peu d'eau distillée, on constate l'alcalinité de la liqueur à l'aide du papier de tournesol rougi, on concentre la dissolution par la chaleur, et l'on s'assure, en la versant par parties égales dans de petits tubes étroits, qu'elle fournit, avec le chlorure de platine et l'acide perchlorique, des précipités semblables à ceux que donne la potasse.

Sulfate de potasse ( tartre vitriolé, sel de Duobus, sel polychreste de Gîazer, arcanum dublicatum). — Ce sel est blanc, cristallisé en prismes à six ou à quatre pans très courts, terminés par des pyramides ayant le même nombre de faces. Sa saveur est amère et un peu désagréable; il est inaltérable à l'air. Projeté sur du charbon ardent, il décrépite et ne fond pas. L'eau à 12 degrés en dissout 1/10 de son poids et 1/Zj. à 100 degrés.

Sa dissolution précipite en blanc l'azotate de baryte; elle n'est pas troublée par le carbonate ou i'antimoniate de potasse, ni par le cyanure de fer et de potassium ; mais la solution concentrée d'acide lartrique y produit un précipité blanc cristallin, et celie de bichlorure de platine, un précipité jaune serin.

Nous avons rapporté (1), M. Chevallier et moi, un cas de mort rapide survenue à la suite de l'administration du sulfate de potasse, à la dose de 40 grammes, chez une femme récemment accouchée. Les auteurs avaient déjà signalé à diverses époques plusieurs phénomènes morbides

(!) Annales d'Hyg. et de Méd. légale, t. xxvn, 2e part.

observés consécutivement à l'ingestion de ce sel, qui est très souvent employé comme purgatif chez les femmes récemment accouchées. Mais il n'est cependant pas permis d'en conclure que le sulfate de potasse ait par lui-même déterminé réellement des symptômes d'empoisonnement.

Oxalate acide de potasse (bi-oxalate de potasse, sel d'oseille). — Ce sel est blanc, cristallisé confusément ; sa saveur est très acide; il est inaltérable à l'air et peu soluble dans l'eau.

Mis sur les charbons ardents, il se décompose, répand une fumée blanche acide et piquante, mais nesecharbonne pas. Le résidu qu'il laisse est formé de sous-carbonate de potasse.

Dissous dans l'eau, il présente, avec les réactifs, tous les caractères de l'acide oxalique ( voyez ce mot ) , et de plus , il précipite le bichlorure de platine en jaune serin.

Nous avons cité (1) un cas d'empoisonnement, à la suite de l'administration, par erreur, de 15 grammes de bi-oxalate de potasse.

Carbonate de potasse. — Substance blanche , translucide, inodore, d'une saveur acre et développant dans la bouche l'odeur de l'ammoniaque, verdissant le sirop de violettes. Ce sel est fixe et très hygrométrique ; il fait effervescence avec tous les acides; il est très soluble dans l'eau, mais insoluble dans l'aicool pur. Sa dissolution forme avec l'eau de chaux et l'eau de baryte des précipités qui se redissolvent avec effervescence dan*s les acides nitrique et sulfurique.

La solution de carbonate de potasse pur, saturée par l'acide nitrique, n'est pas troublée par le nitrate de baryte et le nitrate d'argent : le bichlorure de platine y forme un précipité jaune, et la solution d'acide tartrique un précipité blanc cristallin.

(1) annotés d'Hyrj. et de Mêd. (égale . t. x.wn , 2e part., p. 420.

Ce sel a sur l'économie animale la même action que la potasse, seulement elle est un peu moins énergique.

Les potasses du commerce sont en masses blanchâtres, rougeâtres ou verdâtres intérieurement. Ce sont des mélanges de potasse et de carbonate de potasse avec des sulfates et hydrochlorates de la même base, de la silice, de l'alumine, des oxides de fer et de manganèse, etc.

Azotate de potasse (nitrate de potasse, sel de nitre, salpêtre). — Solide, incolore, inodore, d'une saveur d'abord fraîche, puis piquante, cristallisable en prismes à six pans striés longitudinalement, terminés ordinairement par un biseau ; deux pans sont souvent plus larges que les autres. Il fuse sur les charbons ardents et en augmente vivement la combustion avec scintillation. Chauffé sans le contact de matières combustibles, ce sel fond et donne des gaz contenant beaucoup d'oxigène. Traité par l'acide sulfurique, il dégage des vapeurs blanches piquantes d'acide azotique. Mêlé à de la limaille de cuivre et traité à froid par l'acide sulfurique, il fournit des vapeurs rutilantes par l'acide hypo-azotique.

L'azotate de potasse est soluble dans l'eau , et sa dissolution concentrée donne les réactions des sels de potasse , un précipité jaune avec le chlorure de platine , etc.

Les observations d'empoisonnement par ce sel sont nombreuses. M. Orfilaen a rapporté plusieurs dans la 4e édition 1843 de sa Toxicologie (1) ; MM. Mérat et Delens y ont ajouté les cas rapportés par Gmelin (2) et par Falconner.

Les symptômes observés ont consisté en cardialgie , nausées, vomissements, évacuations alvines, convulsions, syncopes , affaiblissement du pouls , froid des extrémités , sensation d'un feu dévorant dans l'estomac, douleurs cruelles dans le ventre, puis respiration laborieuse, diminution progressive du pouls ; mort.

(1) Orfila, Toxicologie, t. i, p. 281,4e édit., 1843.

(2) Appar. mèd., t. i, p. 68.

A l'autopsie , on a trouvé une rougeur excessive de la muqueuse gastrique ; injection de tous les vaisseaux qui se rendent à cet organe ; taches brunes ; ecchymoses sousmuqueuses ; exsudations sanguinolentes dans la cavité de l'estomac.

Eau de Javelle ( chlorure de potasse , hypochlorite, chlorite de potasse).

Liqueur incolore, ou présentant une teinte plus ou moins violette due à un peu d'oxide de manganèse. L'eau de Javelle du commerce offre le plus souvent cette coloration. Odeur particulière désagréable, qui tient de celle du chlore ; saveur acre , brûlante. L'eau de Javelle décolore une dissolution sulfurique d'indigo. Traitée par un acide , elle fait effervescence , et dégage du chlore gazeux , reconnaissable à son odeur. Elle donne , par l'azotate d'argent , un précipité blanc de chlorure d'argent insoluble dans l'acide azotique , soluble dans l'ammoniaque. Tous ces caractères servent à démontrer la présence du chlore. Sa dissolution concentrée présente les réactions des sels de potasse. (Voy. Poto.sse.)

Suivant M. Orfiîa (1), l'eau de Javelle exerce sur les animaux une action analogue à celle du chlore, mais plus faible.

Une jeune fille de dix-sept ans ayant bu un verre d'eau de Javelle, une rigidité générale a été la suite immédiate et le symptôme prédominant de cet empoisonnement, qui n'a point eu de résultat funeste" (2). L'eau albumineuse paraît être le contre-poison de cette substance.

Pour les recherches chimiques de cet empoisonnement, M. Devergie a proposé en 1830 un procédé dans l'article Chlore et Chlorure du Dict. deméd. et de chirurgie pratiques. Ce procédé a été l'objet d'une critique de la part de M. Orfila. (Leçons de mèd. lég., IIIe vol., 1832.)

(1) Toxicologie gén., t. i, p. 235 , 4e édit., 1843.

(2) Devergie, Médecine légale, t. m, p. 231, 1840.

Foie de ponfre (sulfure de potasse). — Mélange de quinti-sulfure de potassium et de sulfate de potasse.

Il est solide, brun, couleur de foie, lorsqu'il est récemment préparé ; au contact de l'air, il devient vert , jaunâtre en passant à l'état d'hyposulfite , et , si le contact de l'air est prolongé, il peut même devenir blanchâtre et se transformer en sulfate de potasse. Il répand constamment l'odeur d'hydrogène sulfuré ; sa saveur est acre. Il est très soluble dans l'eau , et il donne une dissolution jaune , qui peut être très foncée , et dont l'odeur et la saveur sont semblables à celle du foie de soufre solide. Un papier imprégné d'acétate de plomb et plongé dans la liqueur devient noir. Quand on y verse un acide , il y a effervescence, dégagement d'hydrogène sulfuré en grande quantité, et précipitation de soufre sous forme d'une poudre blanche, en même temps que la liqueur se décolore. Le dépôt de soufre , lavé et desséché , brûle avec une flamme bleue , en répandant l'odeur d'acide sulfureux. La liqueur qui a filtré, rapprochée par évaporation , donne les réactions des sels de potasse avec le chlorure de platine , par les acides tar trique et perchlorique , et par le sulfate d'alumine.

Même à petite dose , le foie de soufre est un des poisons les plus énergiques. Il paraît avoir deux modes d'action : l'uneiocale et irritante ; la seconde générale et stupéfiante du système nerveux. Son odeur repoussante ne permet pas qu'il soit employé dans des vues criminelles. C'est ordinairement par suite de méprises qu'on a observé des empoisonnements par ce sulfure, par exemple, lorsque de l'eau de Barèges pour bains a été avalée comme de l'eau de Barèges simple. On possède trois exemples d'empoisonnement de ce genre. Deux de ces faits sont dus à Ghantourelle (1) , l'autre est rapporté par M. Lafranque (2).

(1) Journal général de médecine, t. lxyi, p. 346 et t. cil, p. 187.

(2) Annales de la méd. physieL, février 1825.

Les symptômes sont : une odeur d'œufs pourris , se dégageant de la bouche et des narines , un sentiment de brûlure à la gorge et dans l'estomac , des vomissements quelquefois difficiles de matières jaunes-verdâtres ou blanchâtres , contenant de petits grains de couleur citrine , des déjections analogues aux matières vomies. La déglutition est difficile , le pouls irrégulier; il y a quelquefois convulsions , roideur des membres. La mort est souvent précédée de tétanos ou de coma , et de coloration violette de la face et des doigts. — Les altérations morbides senties suivantes : enduit jaune, verdâtre ou citrin à la surface interne de l'estomac et d'une partie des intestins. La membrane muqueuse gastrique est quelquefois ulcérée; mais le plus fréquemment elle est tapissée d'une foule de petits points d'un rouge vif, ou de taches blanches répondant à des taches brunes qui existent entre elles et la membrane musculeuse. En général , les poumons sont peu crépitants , et du sang noir liquide remplit les cavités du cœur.

Alun. — On connaît trois espèces d'aluns : la première est formée de sulfate d'alumine et de sulfate de potasse ; la seconde de sulfate d'alumine et de sulfate d'ammoniaque ; la troisième de sulfate d'alumine , de sulfate de potasse et de sulfate d'ammoniaque. La première espèce est la plus employée; elle sert à la préparation de l'alun calciné, parce que l'alun à base d'ammoniaque serait décomposé à la température nécessaire pour obtenir ce produit.

Valun à base dépotasse est blanc, à cassure ondulée , d'une saveur astringente, acide et comme sucrée; rougissant le tournesol. Il est soluble dans l'eau , mais beaucoup moins à froid qu'à chaud : ainsi, il exige pour se dissoudre quinze fois son poids d'eau froide , tandis qu'il se dissout dans environ son poids d'eau bouillante. Il cristallise ordinairement en octaèdres , qui sont transparents et légèrement efïlorescents. Si la dissolution contient un excès d'alumine , alors il cristallise en cubes , ce qui le faisait

nommer alun cubique. Chauffé un peu au-dessus de 100°, il fond dans son eau de cristallisation , et forme , après son refroidissement, ce que l'on nomme alun de roche; à quelques degrés de plus, il perd son eau , devient opaque, et constitue Yalun calciné. Chauffé au rouge, il dégage de l'oxygène et de l'acide sulfureux; enfin, le résidu formé d'alumine et de sulfate de potasse peut lui-même perdre son acide sulfurique, et donner un aluminate de potasse pour résidu.

La solution aqueuse d'alun forme avec le nitrate de baryte un précipité blanc, insoluble dans les acides nitrique et hydrochlorique; avec l'ammoniaque et la potasse, un précipité gélatineux, soluble dans un excès de cet alcali; avec le chlorure de platine, un précipité jaune serin.

L'alun à base d'ammoniaque , possédant les mômes propriétés que le précédent, s'en distingue en ce que, calciné, tout l'ammoniaque se dégage et il ne reste plus que l'alumine, et en ce que, trituré avec de la chaux, il dégage de l'ammoniaque.

Calciné , l'alun est en masses blanches, poreuses et légères, îl résulte des recherches de MM. Orfila (1) et Devergie (2) sur la constitution chimique de l'alun calciné , 1° que cette substance , telle qu'on la trouve dans le commerce, contient toujours une quantité quelconque de soussulfate d'alumine et de potasse insoluble dans l'eau bouillante; en sorte que la quantité d'alun calciné obtenue ne représente jamais la quantité d'alun qui l'a fourni ; 2° que l'alun calciné peut être assez mal préparé pour perdre ses propriétés délétères et être transformé en une matière probablement inerte; 3° que l'alun calciné que l'on fait bouillir dans une quantité d'eau suffisante , et pendant un temps assez long , reprend toutes les propriétés de l'alun

(1) Orfila, Traité de Chimie, t. i, p. 389, T édit., 1843.

(2) Devergie, Médecine légale-, t. m , p. 334, 1840.

cristallisé , du moins quant à la quantité d'alun soluble non décomposé; k° que l'alun calciné se dissout mieux dans l'eau bouillante que dans l'eau froide.

Ces faits expliquent comment l'alun calciné qui semblerait devoir être , à doses égales , beaucoup plus actif que l'alun cristallisé , l'est cependant moins.

MM. Orfila (1) et Devergie (2) ont fait chacun de leur côté des expériences sur l'action qu'exerce l'alun sur l'éco nomie animale. Il en résulte : 1° que l'alun calciné est une substance corrosive pour les membranes muqueuses ; 2° que les chiens peuvent supporter d'assez fortes doses d'alun calciné , sans éprouver d'autres accidents que des vomissements et des selles; 3° que si , par suite de la ligature de l'œsophage ou par toute autre cause , une forte dose d'alun calciné n'est pas vomie , la mort arrive au bout de quelques heures ; 4° que l'alun calciné , incorporé à de l'eau froide et en partie suspendu , constitue un mélange beaucoup plus délétère que s'il avait été préparé à l'eau chaude et entièrement dissous; 5° que l'homme adulte peut avaler dans une journée et sans inconvénient plusieurs gros d'alun dissous dans l'eau.

On ne cite que l'exemple d'une dame qui éprouva des accidents après avoir avalé, par méprise, 16 grammes d'alun calciné. Cette dame, qui était atteinte depuis son enfance d'affection d'estomac , éprouva d'abord des nausées , une chaleur vive. Le pouls était fréquent , la face animée , les muscles atteints de petits mouvements convulsifs. Un quart d'heure après, vomissements qui se sont répétés toute la journée : mais on avait fait prendre à la malade trente-deux verres d'eau tiède ; guérison. Ici l'alun a évidemment produit un effet irritant d'autant plus marqué que les voies digestives étaient malades.

(1) Orfila, Médecine légale. 1836, t. m, p. 86.

(2) Devergie, Médecine légule, 1840, t. m, p. 339.

Soude. — Soude caustique (soude à l'alcool , hydrate d'oxide de sodium). — Substance solide, en masses blanches translucides , inodore , caustique , absorbant l'acide carbonique de l'air et se couvrant d'une poudre blanche, à moins qu'il ne soit très humide. Dans ce dernier cas, elle s'humecte et finirait par tomber en déliquium. Elle ne fait point effervescence avec les acides ; elle bleuit le papier rosé de tournesol , et rougit le papier de curcuma. La soude ressemble beaucoup à la potasse par ses caractères chimiques , mais on peut l'en distinguer, en ce que sa solution concentrée ne précipite ni l'acide tartrique , ni le bichlorure de platine comme le fait la solution d'hydrate de potasse, et parce que cette même dissolution fournit un sel qui cristallise aisément en aiguilles prismatiques blanches , efïïorescentes à l'air, tandis que la solution de potasse donne avec le même acide un sel cristallisé en petits feuillets , et qui tombe promptement en déliquescence au contact de l'air.

Enfin, tout récemment , M. Frémy a fait voir que l'antimoniate de potasse forme avec la soude ou les sels de soude , un précipité d'antimoniate de soude. L'antimoniate de potasse détermine cette réaction dans des dissolutions même très affaiblies , au soixantième par exemple ; seulement il faut attendre et agiter assez longtemps. Rien de pareil ne se produit avec la potasse ou ses sels.

Dans une expertise médico-légale relative à un empoisonnement par la soude , il faudrait ne se prononcer qu'avec une grande réserve sur l'origine de la soude dont on aurait démontré l'existence , car plusieurs aliments contiennent naturellement de la soude. Dans un pareil cas , les symptômes éprouvés par le malade et les lésions cadavériques peuvent venir en aide pour lever la difficulté (1).

(1) Oefila, Toxicologie, t, i, p, 234, 4« édit., 1843.

Le mode d'action de la soude , les symptômes et les lésions qu'elle détermine ne diffèrent pas de ceux de la potasse.

Carbonate de soude. — Solide , incolore et cristallisé , ou bien blanc et pulvérulent, ayant la même saveur et les mêmes propriétés que le carbonate de potasse , si ce n'est que le bichlorure de platine , l'acide tartrique , l'acide perchlorique , le sulfate d'alumine, n'y produisent aucun précipité ; l'antimoniate de potasse donne un précipité blanc.

Les soudes du commerce ou soudes brutes , en masses grisâtres ou bleuâtres, extrêmement dures, d'une odeur particulière , d'une saveur acre , calcalescente et saline , difficilement solubles dans l'eau , mais se dissolvant plus rapidement après leur exposition à l'air humide , sont composés de sous-carbonate de soude qui en fait la valeur, de sulfate , de sulfite et d'hyposulfite de la même base , de chlorure de sodium , de sulfure de sodium qui se convertit à l'air en sulfate de sous-carbonate de magnésie , de sulfure de fei% de silice , d'alumine , de sous-phosphates de chaux ou de magnésie et de charbon.

Chlorite de soude (hypochlorite de soude , chlorure d'oxide de sodium, liqueur de Labarraque). — C'est un liquide ordinairement incolore. Il offre toutes les propriétés du chlorure de potasse (eau de Javelle) ; seulement il ne précipite pas par le bichlorure de platine. Décomposé par l'acide sulfurique , il fournit par l'évaporation un sel qui cristallise en aiguilles prismatiques que l'on reconnaît facilement pour du sulfate de soude à ses propriétés physiques et chimiques. ( Pour le reste de son histoire , voyez Eau de Javelle (chlorite de potasse.)

Baryte (protoxide de baryum hydraté). — Substance grise, caverneuse, inodore, d'une saveur excessivement caustique. Mise en contact avec une petite quantité d'eau, elle s'échauffe beaucoup avec sifflement, s'hydrate et finit par se dissoudre si on en met suffisamment. Elle est plus

soluble à chaud qu'à froid; sa dissolution est incolore, acre , bleuit le papier rouge de tournesol , et rougit celui de curcuma. L'acide sulfurique et la solution des sulfates y produisent un précipité blanc , pulvérulent , tout-à-fait insoluble dans l'eau et les acides : le précipité de sulfate de strontiane s'en distingue en ce qu'il est soluble dans une grande masse d'eau. Un courant d'acide carbonique précipite en blanc la dissolution de baryte : le précipité est du carbonate de baryte , difficilement soluble dans un excès d'acide carbonique , soluble avec effervescence clans l'acide azotique. La solution d'acide chromique pur, ou celle de chromate de potasse précipite la baryte de sa solution à l'état de chromate insoluble d'un jaune citron pâle , tandis que la solution de strontiane n'est point précipité par ces deux réactifs. Enfin , en saturant la solution de baryte par l'acide hydrochlorique et évaporant à siccité , le résidu donne à la flamme de l'alcool une teinte jaunâtre , tandis que le résidu obtenu dans les mêmes circonstances avec la strontiane , donne une teinte rouge pourpre à la flamme de l'alcool.

Carbonate de baryte. — On en connaît un naturel et un artificiel ; le premier diffère du second en ce qu'il est cristallisé.

Ce sel, très dense, est blanc, translucide, d'un aspect gros , ou en poudre blanche et opaque. Il est presque insoluble dans l'eau et sans action sur la teinture de tournesol. S'il est naturel , il fait difficilement effervescence à froid par l'acide azotique. La dissolution obtenue à chaud , par cet acide , étant évaporée , desséchée et calcinée , donne la baryte caustique , qui possède les caractères précités. Le carbonate , dissous par l'acide azotique , donne par l'acide sulfurique et les sulfates solubles un précipité blanc de sulfate de baryte.

Chlorure de baryum (hydrochlorate ou muriate de baryte). — Sel cristallisable en lames hexagonales , incolore ,

inodore , d'une saveur acre très piquante , ne verdissant pas le sirop de violettes. Projeté sur des charbons ardents, il décrépite sans éprouver d'altération. Traité par l'acide sulfurique hydraté , il se décompose même à froid avec effervescence en répandant des vapeurs blanches acides de gaz hydrochlorique. Dissous dans l'eau, il précipite en blanc par le nitrate d'argent, par le carbonate de potasse et par l'acide sulmrique ou un sulfate ; enfin , la solution de chromate de potasse y produit un précipité jaune-citron. Délayé dans une petite quantité d'alcool faible , il communique à la flamme de ce liquide une teinte jaunâtre.

Action des composés de baryum sur V.êconomie animale.

Tous ces composés sont vénéneux. MM. Orfila (1) et Brodie (2) ont fait des expériences , desquelles il résulte : 1° que le chlorure de baryum, injecté dans les veines à la dose de quelques grains , donne la mort dans l'espace de cinq à six minutes; 2° qu'introduit dans l'estomac des chiens ou des lapins à la dose de k grammes (1 gros) , l'œsophage lié ou non lié, il les fait périr en moins d'une heure ; 3° qu'appliqué sur une plaie , ou injecté dans le tissu cellulaire , à la même dose , il donne la mort dans l'espace de deux à trois heures.

Baryte. — La baryte peut être libre; mais aussi elle a pu être décomposée par les carbonates et les sulfates solubles contenus dans les matières organiques auxquelles on l'a associée.

Si elle est libre , après avoir constaté l'alcalinité de la liqueur, on l'évaporera à siccité et on traitera le résidu par de l'acide azotique pur , étendu de cinq à six fois son poids d'eau distillée bouillante ; la liqueur filtrée sera carbonisée,

(1) Toxicologie gén., t. i, p. 245, 4e édit., 1843.

(2) Philosophical Transactions , 1812; further expérimenta, by M, Brodie,

puis le charbon sera incinéré dans un creuset de platine. On fera bouillir la cendre dans de l'eau distillée , on filtrera , et le solutum offrira tous les caractères de l'eau de baryte.

Quant à la portion de la baryte décomposée et transformée en sulfate ou en carbonate, on la recherchera de la manière suivante. Après avoir desséché le mélange organique , on le carbonisera dans une capsule de porcelaine , puis on l'incinérera de manière à décomposer le carbonate et transformer le sulfate en sulfure. On traitera la cendre par de l'acide azotique pur affaibli , qui dégagera du gaz suif hydrique, précipitera du soufre, et donnera de l'azotate de baryte soluble, lequel , calciné, laissera la baryte caustique.

Quant à la baryte , elle a été donnée aux animaux à l'état solide et à la dose de 2 à k grammes (1/2 gros à 1 gros). Elle a produit les mêmes accidents , en agissant toutefois plus directement sur l'estomac , en vertu de ses propriétés caustiques. Le carbonate de baryte paraît produire les mêmes effets malgré son insolubilité.

On ne connaît qu'un seul exemple d'empoisonnement par le chlorure de baryum (1). Sentiment de brûlure, vomissements, convulsions, céphalalgie, surdité, mort au bout d'une heure, tels ont été les effets de ce poison qu'une jeune fille avala à la dose d'une once, croyant prendre du sulfate de soude.

Les symptômes observés par MM. Orfila et Brodie dans leurs opérations sont les suivants : nausées, vomissements, vertiges, insensibilité, état d'affaissement, puis mouvements convulsifs partiels ou généraux. Les battements du cœur sont fréquents ; la respiration est momentanément suspendue ; les pupilles sont dilatées ; l'animal tombe dans un état d'immobilité etd'insensibilité, puis il succombe.

(I) Journal of sciences and the ans, 1818, p. 312.

La partie avec laquelle ce poison a été mis en contact présentait des traces d'une vive inflammation ,mais pas de lésions annonçant une action caustique. On peut donc conclure de ces recherches que les composés de baryum agissent comme irritants de la partie sur laquelle ils sont appliqués ; qu'ils sont absorbés, et qu'ils exercent une action excitante extrêmement vive sur le cerveau et la moelle épinière.

Ammoniaque liquide (alcali volatil). — On donne ce nom à de l'eau saturée de gaz ammoniac. Cette solution, dans son plus grand état de concentration, en contient au moins le tiers de son poids; il est incolore, d'une odeur suffocante, semblable à celle du gaz lui-même, d'une saveur forte et caustique. Elle répand des vapeurs blanches lorsqu'on en approche une baguette de verre mouillée d'acide chlorhydrique ; elle bleuit la teinture de tournesol rougie par un acide et rougit le papier de curcuma. Versée dans une dissolution peu concentrée de sulfate de cuivre, l'ammoniaque y produit d'abord un précipité bleu-verdâtre d'hydrate d'oxide de cuivre qui peut être redissous dans un excès du réactif, et donner naissance à une liqueur limpide d'un beau bleu de saphir. Elle ne donne de précipité avec aucun des sels de potasse et de soude, ni avec les sels de magnésie et d'argent. Elle précipite en jaune par le chlorure de platine et par l'acide carbazotique ; ce dernier précipité est très soluble dans l'eau.

L'ammoniaque liquide exerce une action très énergique sur l'économie lorsqu'on l'injecte dans les veines ou qu'on l'introduit dans l'estomac ; elle occasionne presque toujours la mort, tantôt en agissant sur le système nerveux, et particulièrement sur la colonne vertébrale, tantôt en produisant une inflammation plus ou moins considérable des diverses parties du canal digestif, dont l'irritation détermine sympathiquement la lésion du cerveau.

M. Orfila a fait sur les chiens un certain nombre d'expériences qui prouvent que l'ammoniaque est un poison

énergique (1). On a cité aussi (2) l'exemple d'un médecin mort à la suite d'administration involontaire de U à 8 grammes d'ammoniaque. Elle détermina un sentiment de brûlure à la gorge et dans la région épigastrique, une soif vive, une déglutition difficile, des vomissements de matières sanguinolentes, une toux presque continuelle, accompagnée de convulsions. La mort fut précédée d'une insensibilité complète. •

On trouva des escarres noires aux lèvres et à la langue ; les membranes muqueuses buccale, pharyngienne , bronchique, œsophagienne et gastrique étaient d'un rouge vif; le cerveau était gorgé de sang. — Les antidotes et le traitement sont les mêmes que pour la potasse.

S esqui-carbonate d'ammoniaque (sel volatil d'Angleterre, sel volatil de corne de cerf, alcali volatil concret). — Solide, blanc, ayant l'odeur vive du gaz ammoniac, un saveur acre et piquante. Il verdit fortement le sirop de violettes et se vaporise peu à peu à l'air libre. Par son exposition à l'air il perd d'abord une portion d'ammoniaque, absorbe de la vapeur d'eau et passe à l'état de bicarbonate. Projeté sur les charbons ardents, ce sel s'évapore sans résidu, en exhalant une forte odeur d'ammoniaque. Il fait effervescence avec les acides en dégageant un gaz piquant et inodore ; dissous, il précipite en bleu le sulfate de cuivre ; mais il peut redissoudre ce précipité en donnant une liqueur d'un bleu d'azur : il précipite le bichlorure de platine en jaune.

Trituré avec la potasse ou la chaux, il dégage une forte odeur ammoniacale.

L'action de ce sel sur l'économie est analogue à celle de l'ammoniaque, mais plus faible.

Chlorhydrate d'ammoniaque (hydrochlorate ou muriate d'ammoniaque, sel ammoniac). — Sel incolore ou coloré

(1) Orfila, Toxicol. gén., p. 257, 4e édit., 1843.

(2) Gazette de Santé, 21 mai 1816.

en brun, inodore ou ayant une odeur d'huile empyreumatique qui Jui est étrangère; d'une saveur acre et piquante très désagréable. Il est souvent en masses, ayant la forme d'une calotte sphérique, mince sur les bords et percée au milieu. Ce sel offre une cristallisation à fibres parallèles ; il se réduit difficilement en poudre, parce qu'il est élastique. Chauffé, il disparaît entièrement ; en poudre et mêlé à la chaux vive ou à la potasse caustique, il dégage de l'ammoniaque. Il est soluble dans l'eau, et sa dissolution concentrée donne un précipité jaune par le chlorure de platine, indice de l'ammoniaque, et un précipité blanc par le nitrate d'argent : ce précipité est du chlorure d'argent insoluble dans l'acide nitrique et dans l'ammoniaque.

Ce sel existe dans un grand nombre de fluides ou solides animaux ; il paraît se former pendant la décomposition de certaines matières animales par le feu (Devergie) , et pendant la putréfaction de ces matières (Chevallier). Voy. acide chlorhydrique.

Il résulte des expériences de MM. Orfîla et Smith, que le chlorhydrate d'ammoniaque est un irritant des parties avec lesquelles il est en contact, et qu'il agit, déplus, avec beaucoup d'énergie sur le système nerveux et sur l'estomac, en vertu de son absorption rapide. Six grammes (1 gros 1/2) placés dans une plaie faite à la cuisse d'un chien, l'ont fait périr en douze heures. Deux expériences faites par M. Orfila, en introduisant le poison dans l'estomac et en liant l'œsophage, ont amené une mort encore plus prompte : la dose était de 8 grammes (2 gros) dans 625 grammes d'eau (20 onces) (1).

Un exemple d'empoisonnement par ce sel a été signalé dans le Journal de Leroux, tome XIX, p. 155.

Chaux (chaux vive, chaux calcinée, protoxide de calcium). — La chaux est solide, blanche, ou d'un blanc

(1) Orfila, Toxicol. yen,, 1. 1, p. 2G5, 4e cdit., 1843.

grisâtre, d'une saveur caustique et légèrement solable dans l'eau. Exposée à l'air, elle se délite peu à peu en entraînant d'abord l'humidité, se réduit en hydrate, et attire ensuite l'acide carbonique de l'air. Humectée avec un peu d'eau, elle se dissout en poudre qui, délayée dans l'eau, se dissout en partie.

Sa dissolution ramène au bleu le papier de tournesol rougi , et précipite en blanc par les acides carbonique et oxalique. Le carbonate se dissout facilement dans un excès d'acide carbonique, tandis que l'oxalate est insoluble dans un excès d'acide oxalique et soluble dans l'acide azotique. L'acide sulfurique pur ne précipite point l'eau de chaux.

La chaux est un poison irritant.

Il résulte des expériences de M. Orfila (1) sur cette matière , que lorsqu'il s'agira de déceler la chaux vive dans un cas d'empoisonnement, on devra, après avoir constaté l'alcalinité de la matière suspecte, faire évaporer celle-ci à siccité si elle n'est pas solide, traiter par l'eau distillée froide et précipiter la liqueur refroidie par un excès d'acide carbonique. Le précipité lavé, desséché et calciné dans un creuset de platine , laissera de la chaux ou du carbonate de chaux. Il n'existe en effet aucun liquide alimentaire ni aucun produit de vomissement qui donne un précipité de carbonate de chaux lorsqu'on le traite par l'acide carbonique, à moins qu'il n'ait été mélangé de chaux.

Mais , comme le fait observer M. Orfila , le gaz acide carbonique peut ne pas précipiter la totalité de la chaux vive introduite dans l'estomac, parce qu'une portion de cet alcali s'est transformée, aux dépens des acides, des liquides alimentaires et du canal digestif, en un sel calcaire que l'acide carbonique ne peut pas décomposer. En pareil circonstance, l'expert devrait avoir surtout égard au commémoratif, aux symptômes, aux altérations cadavériques, etc.

(1) Orfila, Toxicologie, t. i, p. 244, 4e édit., 1843,

Page 1