‹ Manuel pratique de médecine thermaleChapitre 38 sur 49 · MALADIES CHIRURGICALES · texte numérisé non relu

MALADIES CHIRURGICALES

bonne, Guagno en Corse, en Algérie Hamman-mes- Kontin, les Bains de la Reine, Hamman-R'ira. On traite donc ces affections dans des stations sulfureuses , dans des stations chlorurées sodiques, ou auprès de sources indéterminées, simplement thermales. M. Durand-Fardel ne désigne qu'une classe d'eaux auxquelles il y aurait moins d'avantages à les adresser : ce sont les eaux alcalines. Les maladies chirurgicales que la médecine minérothermale réclame comme étant de son ressort sont, d'un côté les fractures, les luxations anciennes, avec cals volumineux, ankylose, gêne dans les mouvements, de l'autre les plaies ou blessures par armes à feu, armes tranchantes, etc. Les principales indications à remplir sont : de rendre aux articulations leur souplesse; d'amener, à l'aide de moyens bydrolbérapiques appropriés, la diminution d'un tissu osseux de nouvelle formation autour d'une fracture consolidée; de favoriser la cicatrisation des plaies en provoquant la formation de bourgeons de lionne nature, en nettoyant et avivant les surfaces; d'amener la sortie des corps étrangers retenus dans l'épaisseur des tissus, d'esquilles, de fragments d'os nécrosés. Le traitement externe est pour cela le seul qui ait de l'importance, bains, douches sur tout le corps ou sur la partie malade, piscines, etc. Cependant, l'eau en boisson dans quelques stations sert d'utile adjuvant, en ce sens qu'elle exerce une action reconstituante sur un organisme affaibli par une longue maladie, par une abondante suppuration. Outre les stations mentionnées

loti DE LA MÉDECINE THERMALE

plus haut, (m pourrait en énumérer beaucoup d autres, jouissant des mêmes qualités cl apparteaanl aux divers groupes. Telles sont Dax, Néris, Aix-lea- Bains, Aix-en-Savoie, Luchon, Cauterels, Ax, Olette, Bains-en-Vosges, Chaudes-Aigues, Eseaidas, Gréoulx, Uriage, Balaruc, les houes de Barbotan, de Saint- Amand, de Dax, Bourbon-Lancy, Bourbon-TArchambault, etc. On doit généralement entreprendre la cure des maladies chirurgicales aux eaux minérales quelque temps après l'accident et la première période d'inflammation une fois passée ; le Conseil de santé militaire, qui a la haute surveillance des hôpitaux thermaux^ d'ailleurs introduit des règlements formels à ce sujet. Quant au délai, il n'est, pas le même suivant les cas; mais c'est surtout au sujet des fractures que la cure doit être plus éloignée du début du mal. On craint en effet alors d'amener par les bains et les douebes employés trop lût un ramollissement du cal, et dix-huit mois n'ont pas paru un temps trop long avant l'entreprise du traitement thermal. On voit dans un rapport de Dulroulau, au sujet d'un mémoire de M. Patôzon sur le traitement des fractures par les eaux de Bourbonne, (pic cette action dissociante de l'eau commune aussi bien que de l'eau minérale sur le cal, ([ue Dupuytren admettait, n'est pas aussi certaine, aussi prononcée qu'on l'a dit quelquefois. Magistel, déjà, constatait, en 18-28, nue. chez des individus morts pendant l'usage des eaux , les librocarlilages des vertèbres ne présentaient pas la même résistance que dans l'état naturel. Gependanl il ne

reculait pas le traitement au delà de six mois. C'est en effet une limite qui paraît suffisante, mais en agissant avec la prudence la plus minutieuse. Cependant, comme les fractures que l'on envoie aux eaux sont des fractures compliquées, dont la consolidation a souvent demandé beaucoup de temps, qui ont laissé après elles des déformations, des lésions persistantes, des attitudes vicieuses, il faut faire quelques réserves au sujet de celles dans lesquelles un vieux levain d'activité inflammatoire existerait encore , comme aussi de celles dans lesquelles un état diathésique, syphilis, scrofule, entraverait l'amélioration et la guéri son.

Il n'esi pas rare qu'une diathèse soit la cause première du relard de la consolidation d'une fracture. Les chirurgiens, M. le professeur Verneuil entre autres, ont dans ces derniers temps longuement insisté sur ce point; alors, suivant la nature de la diathèse, on se décidera soit pour les eaux sulfurées, soit pour les eaux chlorurées souques, etc.

Les cniiln'-iiiilicalions dans l'emploi des eaux minérales, tirées de l'étude des maladies en particulier, de la posilion et des fonctions de chaque organe, ont été su lïisamment étudiées dans des articles spéciaux pour qu'il me soit pas nécessaire d'y revenir ici. Mais

il est quelques points de repère plus généraux, quelques considérations <|iii découlent de l'examen de L'ensemble dos maladies chroniques et du moment de leur évolution, ou bien encore des ménagements excessifs, sinon de La prohibition formelle qu'entraînent certaines lésions déterminées. Ce sont ces considérations qui méritent une place à part et sur laquelle nous allons jeter un coup d'oeil rapide.

Toutes les eaux minérales ne sont pas également redoutables dans la période aiguë des maladies chroniques, dans les poussées, dans les redoublements d'activité dont elles sont susceptibles. Cependant on peut, d'une manière à peu près absolue, formuler qu'à ce moment on doit soigneusement s'abstenir de leur usage. Ce n'est que lorsque l'activité a fait place à un état moins tranché que les premières indications apparaissent; mais alors, à cette période de subacuité, les sources douces, sédatives, hyposthênisantes, sont les seules auxquelles on doit songer. Les sources fortes, énergiques, plus profondément modificatrices, doivent encore être écartées. On retrouve cette grande ligne de démarcation à propos de chaque maladie prise à part. La phthisie érêthique, sub-inflammatoire, supportera tout au plus des médications atténuées, qui auront peu de prise sur ce qui en fait le tonds, telles que Le Mont-Dore, Ems, Royal. Le goutteux qui vienl d'avoir son accès sera de préférence dirigé vers les sulfatées calciques, les indéterminées, les bicarbonatées faibles ; mais le phthisique et le goutteux chez lesquels celle contre-indication

n'existe pas, dont le mal chronique est vraiment en puissance, pourront et devront tolérer les eaux qui s'attaquent plus directement, plus immédiatement à leur mal, les sulfurées et les alcalines fortes. Diathèse urique, processus tuberculeux sont alors dégagés de leurs accessoires , des complications qui entravent leur traitement et l'emploi des moyens reconnus comme leur étant plus directement applicables.

A la fin des maladies chroniques, comme au début, la thérapeutique minéro thermale n'offre pas de ressources, ou n'offre que des ressources très-insuffisamment palliatives. Dans le premier cas, il était trop tôt; dans le second, il est trop tard. Ici encore, la seule médication admissible, la seule qui ait des chances d'amener une reconstitution momentanée, est une médication atténuée, imparfaite. Les sources les pluspuissanLes ne feraient que hâter les progrès du mal.

Il existe des dispositions particulières que l'on ne peut constater que pendant le traitement et quelques jours après qu'il a été entrepris, dispositions en vertu desquelles un sujet manifeste une intolérance réelle et que rien ne faisait prévoir. Certaines conditions climatèiïques, d'altitude, de séjour sont également défavorables à quelques malades. Parfois ces circonstances sont dues à des états latents non constatés, que vient réveiller une trop vive stimulation. C'est ainsi qu'une susceptibilité spéciale du cœur, une tendance accentuée du cerveau à se congestionner, certaines affections nerveuses, des antécédents du côté des fonctions mentales pourront contre-indiquer l'em-

|iloi des sources fortement minéralisées des diverses classes.

L'ensemble du système circulatoire est 1res impressionné par l'usage de ces eaux ; aussi doil-on les craindre Lorsque L'on peut soupçonner mie lésion quelconque du côté des vaisseaux, ou même, quand celle lésion n'était pas soupçonnée, doit-on se méfier qu'elle n'existe à, l'état latent, lorsqu'un retentissement insolite a lieu du côté du système sanguin.

Si les lésions organiques du cœur ne sont pas une contre-indication absolue à l'usage des eaux minérales forLes, du moins l'emploi de celles-ci en pareil cas doit être entouré des plus grandes précautions, îl peut se faire ou que la lésion soit encore peu prononcée, qu'elle ne se manifeste que par des signes stôlhoscopiques peu perceptibles, ou môme qu'elle ne présente aucun signe à l'auscultation : il peut se faire encore que déjà la lésion soit bien évidente, bien constatée, accompagnée de symptômes fonctionnels el éloignés. En premier lieu, certaines eaux, et au premier rang les eaux sulfureuses qui représentent le summum de la stimulation, produiront parfois des lipothymies, des syncopes, si Tonne le.- a pas administrées avec grande prudence. Elles amèneront aussi parfois l'apparition d'un bruit de souille non perçu jusque-là. Ces accidents d'excitation n'ont pas la gravité que l'on pourrait supposer, pourvu qu'on en discerne rapidement la cause et qu'on sache les calmer à temps. Ils seront une contre-indication, d'ordinaire; mais un pourra passer outre, s'il

v a des motifs sérieux de continuer le traitement pour une affection étrangère. Les personnes sujettes aux palpitations nerveuses décrites par Stokes peuvent éprouver des phénomènes identiques. Il en est de môme de celles qui ont des accès ou des menaces d'angine de poitrine; pour celles-ci. on ne pourrait sans danger faire usage des eaux stimulantes ; on s'exposerait même à provoquer le retour d'un de ces accès. S'il y a lésion confirmée, tout le monde est d'accord, depuis Bordeu, pour admettre qu'il n'y a pas utilité à faire usage des eaux minérales et. que celles-ci sont fréquemment funestes. Quant à une médication sédative, si elle n'offre pas les mêmes inconvénients, elle n'offre pas non plus de grands avantages. Beaucoup de stations situées en pleine montagne, à des altitudes considérables, sont, par le fait même de leur position, également contre-indiquées pour les cardiaques. On a quelquefois prétendu qu'il fallait distinguer parmi les lésions valvulaires du cœur celles qui étaient dues an rbumalisme et celles qui provenaient d'une autre cause ; que les premières s'amélioraient à l'aide des eaux favorables au rhumatisme , tandis que les secondes n'en retiraient aucun avantage; celle dislinclion a toujours paru beaucoup plus théorique que pratique et n'es! pas parvenue à diminuer la portée de la loi établie par Bordeu au sujet des maladies du cirur.

On a vu au sujet des paralysies avec quel soin on s'est toujours occupé à déterminer combien de temps après l'hémorrhagie cérébrale qui a amené une liémi-

plégie il était sage de commencer un traitement thermal. C'esl qu'en effet les maladies du cerveau, comme les maladies du cœur, sont une .source de contre-indication. Dans celles-ci comme dans les précédentes, une accélération circulatoire peu ménagée pourrail être fatale ; aussi ne traite-t-on la lésion du mouvement que lorsque déjà la lésion cérébrale sommeille, et ne conseil le-t-on pas les eaux aux sujets portés à éprouver des congestions, des étourdissements , à moins que ce ne soient des eaux purgatives, amenant une diversion vers le tube intestinal, ou des eaux sédatives; mais on leur interdit les eaux trop excitantes, les bains trop chauds, les douches.

On a cité des cas où l'accès d'épilepsie ou d'aliénation mentale a été provoqué par le traitement auprès de certaines sources. Mais ce sont là des exceptions.

Il n'y a pas de contre-indications tirées de l'âge. Toutes proportions gardées, les enfants supportent fréquemment mieux que les grandes personnes un traitement énergique. On est astreint à beaucoup de ménagements vis-à-vis des vieillards; mais l'âge, quelque avancé qu'il soit, n'est pas un empêchement au traitement par les eaux minérales de leurs affections chroniques, du ealarrhe bronchique par exemple.

Quand une maladie chronique a trop profondément lésé un organe pour qu'on puisse espérer eu enrayer ou en modifier la inarche, quand surtout elle a eu pour résultat l'altération profonde de la rou>titution, le Iraitemenl par les eaux minérales est plus sonvenl nuisible qu'utile.

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