ACCIDENTS RÉSULTANT D'INTEMPÉRIES
des fleurs qui tombent sans nouer leur fruit. Ce phénomène est quelquefois le résultat d'une conformation anormale de la fleur de vigne ; on s'en débarrasse alors par une sélection convenable des sarments destinés à servir de boutures ou de greffons. Mais elle est le plus souvent l'effet de circonstances atmosphériques diverses, telles qu'un abaissement sensible de température, une humidité prolongée, des alternatives de rosée et d'insolation ardente ou des vents desséchants au moment de la floraison.
On a proposé contre la coulure l'emploi du pincement et de V incision annulaire, qui possèdent une véritable efficacité dans certains cas, mais qui sont d'une application difficile dans des vignobles étendus, et souvent dangereuses sous le climat méridional. Les soufrages hâtifs, donnés, l'un quelques jours avant l'épanouissement des fleurs (dernière quinzaine de mai), l'autre vers la mi-juin, paraissent constituer le moyen le plus efficace et le plus pratique d'en empêcher la production.
D. Éohaudage. — Véchaudage, qui se manifeste par le flétrissement et l'arrêt de développement des raisins, est presque toujours le résultat des chocs qu'ils ont subis pendant les façons d'été, ou du passage brusque d'un milieu
humide par le fait de la condensation de la rosée ou de l'ombrage, à l'action d'un soleil brûlant. On ne peut, pour s'en préserver, que prendre les précautions indiquées à propos des labours d'été.
E. Pourriture. — Les raisins des variétés à grains aqueux et à peau fine se pourrissent quelquefois lorsqu'ils sont situés dans les terrains bas et que les automnes sont humides.
Les meilleurs moyens à employer pour prévenir ce danger sont : le drainage du sol et la formation d'un tronc élevé pour la souche, et, lorsque ces précautions ne suffisent pas, on pratique Y effeuillage quelques jours avant la vendange. Cette opération consiste à enlever une certaine quantité de feuilles, de manière à faciliter la circulation de l'air ; on l'effectue par un temps couvert et en supprimant, non pas les feuilles qui sont directement interposées entre le soleil et les grappes, mais plutôt celles du dessous. Les fruits sont ainsi soumis à l'action des courants atmosphériques ; ils s'échauffent , en outre , mieux sous l'influence du rayonnement et de la réverbération du sol, ce qui facilite l'achèvement de leur maturation, laquelle est généralement très imparfaite dans les milieux où la pourriture est à redouter.
2° Parasites animaux.
Les parasites animaux qui s'attaquent à la vigne sont fort nombreux, mais nous nous bornerons à indiquer les plus répandus et les plus dangereux dans le Midi, en mentionnant les moyens employés pour les détruire. Sauf le petit Limaçon blanc, ils appartiennent tous à l'embranchement des Insectes ; les principaux d'entre ces derniers sont : YAttelabe, YAltise et le Gribouri, de l'ordre des Coléoptères ; la Pyrale, la Cochylis et la Noctuelle, de l'ordre des Lépidoptères.
A. Limaçons. — Ces Mollusques attaquent, dans les printemps doux et humides, les jeunes feuilles de vignes au moment du débourrement, ou leurs rameaux alors qu'ils sont encore verts et tendres. Ils laissent sur ces derniers des cicatrices quelquefois assez profondes et étendues qui nuisent sensiblement à leur développement ultérieur. On s'en débarrasse, soit en les faisant ramasser à la main, soit en les faisant tomber avec un petit bâton dans un entonnoir évasé (fig, 30) dont l'ouverture inférieure communique dans un sac,
et qui est échancré de manière à ce que Ton
Fig. 30. — e Entonnoir à Altise. — s Sac.
puisse l'avancer sous la souche sans être gêné par le tronc.
B. Attelabe (Rynchites BetuleU). — L'Attelabe est un Goléoptère d'un vert doré, pourvu d'une sorte de rostre allongé , au moyen duquel il pique le pétiole des feuilles, qui se flétrissent alors et deviennent faciles à rouler.
M. Valéry-Mayet, professeur à l'École nationale d'Agriculture de Montpellier, auquel nous empruntons la plupart des indications entomologiques qui vont suivre *, s'exprime ainsi au sujet de cet insecte :
« II cause parfois de bien grands ravages.
K Des Insectes ampélophages autres que le Pylloxera : conférence faite le 7 février 1 879 à la préfecture, par M. Valéry- Mayet, professeur d'Entomologie à l'École nationale d'Agriculture de Montpellier. Montpellier, imprimerie Centrale du Midi, Hamelin frères, 1879.
J'ai vu non loin d'ici, dans les environs de Mèze, des vignes complètement dépouillées de leurs feuilles, et cela sur des longueurs de plusieurs kilomètres. Quand un quart ou un tiers seulement des feuilles son' roulées et se dessèchent, le mal n'est pas grand ; mais quand toutes ont disparu, la santé de la plante en souffre. Vous savez que la feuille est l'organe de la respiration chez le végétal ; or, l'organe respiratoire n'est jamais supprimé sans inconvénient. Les feuilles repoussent en partie, il est vrai ; mais le fruit a souffert et a été arrêté dans son développement, et risque fort de se dessécher au lieu de grossir. Le RynchUes place dans chaque feuille, roulée en cigare, de un à sept ou huit œufs. La larve qui en sort ronge la feuille, et a pris au bout de quinze jours tout son accroissement. Elle se laisse alors tomber sur le sol, dans lequel elle s'enfonce à 25 ou 30 centimètres. Là, elle se pratique une loge ovale, où, vers le mois de septembre seulement, elle se transforme en nymphe. L'insecte parfait éclôt en octobre, et, si la saison est exceptionnellement belle, on le voit apparaître sur les feuilles de la vigne, où les premiers froids le trouveront et le tueront bien souvent ; c'est ce qui peut arriver de mieux pour le propriétaire de la vigne. On fait bien, au mois
de juin, ramasser les feuilles roulées ; mais, outre qu'il ne faut pas s'y prendre trop tard et cueillir ainsi des cigares ne renfermant plus de larves, rien ne vaut les intempéries pour la destruction des insectes. Le Rynchites betuleti est appelé Lisette dans le nord et le centre de la France, et ce nom s'étend souvent à tous les Charançons ennemis de l'agriculture. »
C. Altise (Altica ampelophaga). — L'Àltise est un petit Coléoptère vert ou bleuâtre, de m ,005 de long, sautant agilement lorsqu'on veut le saisir.
« L'Altise de la vigne opère en un mois le cycle complet de ses métamorphoses. Les insectes parfaits qui apparaissent au printemps ont passé l'hiver sous les écorces ou dans les murs de pierres sèches. Dès que le soleil d'avril a fait éclore les bourgeons de la vigne, les Altises dévorent les feuilles naissantes et s'attaquent même aux jeunes ^sarments. L'accouplement opéré, une vingtaine d'œufs jaunes sont pondus par chaque femelle et collés au revers de la feuille. Sept à huit jours après, il en sort une petite larve noire ressemblant fort à une chenille. Cette larve broute la feuille, et au bout d'une quinzaine de jours elle est adulte. Elle descend alors le long de la tige et
s'enfonce à 10 centimètres environ dans le sol ; c'est du moins la profondeur à laquelle j'ai trouvé les nymphes dans l'éducation faite dans mon laboratoire de l'École d'Agriculture. Là elle se forme une loge ovale dans laquelle s'opère la métamorphose en nymphe. Celle-ci est blanche les premiers jours ; le quatrième ou cinquième, elle devient brune dans la partie antérieure de son corps, et au bout d'une semaine elle est transformée en insecte parfait. Vingt-quatre heures suffisent pour que les téguments de l'Altise soient assez raffermis et qu'elle puisse gagner la lumière. Nous avons en Languedoc jusqu'à cinq générations par an, et ce nombre doit être dépassé en Espagne et en Algérie, où abonde l'espèce qui nous occupe. Les générations d'été font peu de ravages, Tinsecte se répandant sur des feuilles nombreuses et dont les nervures, devenues solides, sont respectées par ses mandibules. »
On détruit cet insecte en le faisant tomber dans l'entonnoir en fer-blanc (fig. 30, pag. 206) mentionné à propos du Limaçon blanc.
On peut encore le prendre à l'état de larve a:u mois de juin, en enlevant à chaque sarment quatre ou cinq feuilles delà base, sur lesquelles il se trouve habituellement à ce moment. Enfin on lui fait donner la chasse par des troupeaux
de poulets, de dindons ou de canards, qui savent s'en emparer très adroitement.
D. Gribouri (Adoxus vitis). — Le Gribouri, appelé souvent écrivain, à cause des traces qu'il laisse sur les feuilles, est Pun des ennemis les plus dangereux de la vigne : c'est un petit Coléoptère à élytres et corselet marron ; il vole, sans sauter comme l'Altise, « Sa larve, d'après M. Valéry-Mayet, est souterraine, elle ressemble en petit à une larve de hanneton, courbée comme elle en forme de croissant. Elle attaque la racine de la vigne, sur laquelle elle trace des sillons longitudinaux dans lesquels elle reste enchâssée, ce qui la rend très difficile à découvrir. Elle est parfois si abondante qu'elle fait périr les souches qu'elle attaque, en produisant au milieu des vignobles des taches circulaires que l'on aperçoit de loin et que Ton a prises maintes fois pour la tache d'huile du Phylloxéra.
« Quand l'époque de la transformation en nymphe est arrivée, c'est-à-dire vers les premiers jours de mai, elle se creuse dans le sol une loge ovale dont elle lasse les parois et où elle subit sa métamorphose. La nymphe est blanche et remarquable surtout par les épines en éperons recourbés qui arment le bout de
l'abdomen ainsi que l'extrémité des cuisses antérieures et postérieures. Ces épines facilitent beaucoup les mouvements. La nymphe, placée sur une table, change de place en s'accrochant avec ces appendices, et je ne serais pas étonné que, dérangée dans sa loge souterraine par la pioche ou la charrue, elle ne puisse parvenir à s'enterrer de nouveau à une certaine profondeur.
d L'insecte parfait apparaît au mois de juin et se met de suite à ronger les feuilles de la vigne. Il les attaque vers le milieu, en y traçant de petites entailles allongées qui ressemblent aux caractères cunéiformes de récriture des anciens Assyriens ; de là, le nom vulgaire d'écrivain donné à cet insecte. On l'appelle aussi bête à café dans certains villages de l'arrondissement de Béziers, par allusion à la couleur de ses élytres. Cet insecte est difficile à approcher : au moindre bruit, il contracte ses pattes et se laisse tomber sur le sol en faisant le mort. On arrive pourtant, avec un peu d'habitude, à le chasser comme les Altises, de bon matin, au moyen de l'entonnoir échancré terminé par un sac (fig. 30, pag. 206). A Florensac (Hérault), j'ai vu, l'anné dernière, des paysans rentrer à la ville à huit heures du matin avec des sacs qui renfermaient bien chacun 500 grammes de ces
insectes. Comme remède contre la larve, on ne connaît d'efficace que les tourteaux de colza et de moutarde. M. le baron Thénard, en 1854, les a recommandés dans un mémoire à l'Académie des Sciences. Le principe insecticide de ces tourteaux paraît être dans l'essence de moutarde, qui se dégage assez longtemps pour avoir une action prolongée qui tue les larves de Gribouri. »
E. Pyrale (Pyralis Pilleriana). — La Pyrale peut être considérée comme l'ennemi le plus dangereux de la vigne après le Phylloxéra ; elle a exercé des ravages très considérables en Bourgogne, et depuis en Languedoc et dans tout le Midi : nous donnerons, d'après l'auteur précédemment cité, les indications suivantes sur sa biologie :
ce La Pyrale n'a qu'une génération par an.
Les œufs, au nombre d'une vingtaine, sont pondus en août sur la feuille. La petite chenille éclôt en septembre ; longue à peine de 2 millimètres, elle hiverne sous les écorces, après s'être préalablement entourée d'une coque de soie blanche. Fin avril ou les premiers jours de mai, elle quitte sa retraite et monte sur les jeunes pousses. Elle réunit plusieurs feuilles ensemble au moyen de fils de soie,
et se forme ainsi un fourreau où elle aura le vivre et le couvert. Quand, au bout de quelques jours, les feuilles à moitié rongées se sont fanées, la chenille va former un nouveau fourreau ; ainsi de suite, jusqu'à ce qu'elle ait pris tout son développement. Très souvent les grappes sont englobées dans ces paquets de feuilles, et il est facile de comprendre combien est compromise une souche qui porte parfois une cinquantaine de ces ennemis. Cette chenille est relativement grosse, verdâtre , avec la tête noire. Fin juin, elle est adulte, et la métamorphose en nymphe a lieu. Longue d'un peu plus d'un centimètre, cette chrysalide est pendue par l'extrémité de l'abdomen dans l'intérieur du dernier fourreau de feuilles construit par la chenille. L'insecte parfait se montre en juillet. C'est un petit papillon d'un gris doré, avec trois bandes transversales d'un brun rougeàtre sur les ailes supérieures ; les inférieures sont noirâtres, un peu plus claires vers leur base. Vers le milieu du mois d'août, toutes les pontes sont terminées. »
Les principaux procédés proposés pour détruire la Pyrale sont les suivants :
1° Véchaudage des souches avec de l'eaij bouillante. On fait bouillir l'eau dans de petites
214 VIGNE9 A«ÉRIGAmES.
chaudières portatives que Ton installe au milieu des vignes; l'eau chaude est ensuite prise dans des espèces de cafetières à bec et versée sur les vieux bois de la vigne, de manière à ébouillanter les petites chenilles réfugiées sous Técorce. Ce moyen offre l'inconvénient d'exiger l'emploi d'eau très chaude (90° au moins), ce qu'il n'est pas toujours possible d'obtenir à cause de la nécessité de la transporter à une certaine distance pour l'appliquer; il ne permet pas non plus d'atteindre toujours suffisamment le dessous des bras de souches presque horizontaux, de sorte qu'un certain nombre d'insectes échappent souvent à son action.
V Sulfurisation. — Les souches sont recouvertes, après la taille, d'une cloche en zinc ou d'un demi-baril à pétrole, sous lequel on fait brûler du soufre dans une assiette, ou deux ou trois mèches à soufrer. L'opération doit durer cinq minutes au moins, pour que l'atmosphère soit bien saturée d'acide sulfureux, et dix minutes tout au plus, dans la crainte de désorganiser les bourgeons, qui sont facilement altérés par une action trop prolongée de ce gaz. Les résultats de ce système ont été généralement satisfaisants dans les environs de Montpellier, en 1B73 et 1874.
3° Le badigeonnage des souches avec le mélange suivant, imaginé par M. Gaston Bazille et employé par lui dans son domaine de Saint- Sauveur, qui est très sujet aux attaques de la Pyrale, peut être également recommandé :
Urine de vache 100 kil.
Huiles lourdes du gaz... 6 —
L'huile est émulsionnée au fnoyen d'une certaine quantité de savon vert que l'on introduit dans l'urine. On applique le liquide ainsi obtenu sur les souches avec un gros pinceau.
Ces divers procédés doivent être employés en hiver, pendant le repos de la végétation.
F. Coohylis (Cochylis Roserana). — M. V. -May et donne sur cet insecte les indications suivantes : « Ce petit papillon est, lui encore, un terrible ennemi du viticulteur. Ses ravages n'ont jamais atteint ceux de la Pyrale, mais il est peut-être plus difficile à détruire qu'elle. La Cochylis a deux générations par an; elle hiverne sous les écorces à l'état de chrysalide, enfermée dans un cocon de soie grise. Au mois d'avril, Tinsecte parfait éclôt, s'accouple et pond ses œufs. On le voit pendant le jour voltiger d'une souche à une autre sous forme d'un petit papillon d'un blanc jaunâtre brillant, avec les ailes su-
périeures traversées par une large bande d'un brun lilas. La chenille de la première génération est verdâtre ; elle se forme un fourreau avec des feuilles et des grappes réunies par des fils de soie. La métamorphose en chrysalide a lieu en juin, et le papillon éclôt en juillet. En août et septembre paraissent les chenilles de la seconde génération; elles sont rougeâtres. Bien plus terribles que celles du printemps, elles attaquent uniquement le raisin. Elles percent le grain pour se nourrir de sa pulpe, et, passant de l'un à l'autre, la grappe entière est bientôt desséchée. Quand, à la fin du mois d'août, on voit ses vignes attaquées par la Cochylis, il n'y a pas à hésiter : il faut vendanger vert. Si l'on attendait, ce ne serait pas un cinquième ou un quart de la récolte que l'on perdrait, mais les quatre cinquièmes et peut-être la totalité. Cette méthode a de plus l'avantage de détruire presque toutes les chenilles. La Cochylis s'abat surtout sur les cépages à vins blancs communs, tels que le picpoul et le terret bourret de nos pays, et l'inconvénient de faire des vins blancs avec des raisins verts n'est pas considérable. On gagne en acides utiles à la conservation du vin ce que l'on perd en alcool. »
G. Noctuelle {Noctua Aquilina). ~ La che-
nille de la Noctuelle (ver gris) est polyphage ; aussi ne s'attaque-t-elle pastoujoursà la vigne : elle la délaisse, par exemple, souvent lorsque cette dernière est envahie par les mauvaises herbes. Maislorsque les circonstances ramènent à chercher sa nourriture sur cet arbuste, elle exerce des ravages d'autant plus considérables qu'elle arrive au moment de sa première végétation. Non contente d'en ronger les feuilles, elle en coupe souvent les jeunes rameaux, ce qui détermine non seulement la perte de la récolte, mais encore des troubles généralement graves dans la végétation ; les greffes de Tannée souffrent particulièrement de ses attaques. Le ver gris, comme son papillon, est nocturne ; il passe la journée enfoncé dans les fissures du sol, d'où il sort seulement la nuit pour aller manger. On se débarrasse de cet insecte en le faisant chercher à la main au pied des vignes, dont il s'éloigne peu ; on le trouve d'ordinaire dans un rayon d'environ m ,50 et à 0, m 02 ou m ,03 de profondeur. On peut encore creuser autour des souches trois ou quatre trous au moyen d'un piquet en bois à pointe un peu obtuse ; les chenilles viennent s'y accumuler lorsqu'elles quittent les vignes, vers le matin, et on les écrase en y enfonçant simplement le piquet qui a servi à creuser ces petites fosses.
3° Parasites végétaux.
Les principaux parasites végétaux qui s'attaquent aux vignes sous notre climat sont : V Oïdium, YAnthracnose, le Mildew et le Pourridié.
A. Oïdium (Twkeri ou Érysiphe Tuckeri). — L'Oïdium manifeste son action sur les vignes qu'il attaque, de la manière suivante :
Les parties vertes sont couvertes d'une poussière blanchâtre qui exhale une odeur spéciale de moisissure ; au bout de quelque temps, des taches grises apparaissent sur les parties envahies ; puis, si Ton n'y porte remède, on constate bientôt le rabougrissement des sarments, l'altération et la chute prématurée des feuilles, enfin le crevassement et le dessèchement des raisins, qui perdent toute leur valeur. Certaines espèces et variétés de vignes semblent plus accessibles que d'autres aux attaques de ce parasite. Ainsi, tandis que le V. Labrusca échappe complètement à son action et que le V. jEstivalis en est peu impressionné, le V. Vinifera en* souffre au contraire beaucoup , surtout dans certaines de ses variétés, telles que la Carignane et les Piquepouls ; le Grenache ou Âlicante et. le Morrastel résistent un peu mieux.
Les temps chauds et humides sont ceux qui favorisent le plus le développement de Y Oïdium. Les vignes conduites en treilles hautes sont aussi les plus fortement atteintes, parce qu'elles arrêtent au passage, mieux que les autres, les semences de ces Cryptogames, transportées par le vent.
Le moyen aujourd'hui généralement adopté pour combattre V Oïdium est l'emploi du soufre. On ne faisait usage, au début, que du soufre sublimé; on se sert surtout actuellement du soufre trituré et bluté, qui est meilleur marché, se fixe mieux sur les feuilles, et fatigue moins les yeux des ouvriers qui rappliquent.
Les outils au moyen desquels on pratique le soufrage sont les suivants : i ° Le sablier (fig.31),
Fig. 31. — Sablier pour le soufrage.
sorte de c$ne en fer-blanc percé de trous à sa base inférieure, que l'on remplit de soufre et au moyen duquel l'on saupoudre les feuilles et les fruits, Cet appareil offre rinconv&Heat de
220 TttSfiS AMÉRICAINES.
dépenser beaucoup de soufre (trois fois plus que le soufflet) et de mal le répartir ; 2° Le soufflet à soufrer (fig. 32), qui est l'instrument le plus
Fig. 32. — Soufflet h soufrer.
répandu, est un soufflet ordinaire, sans soupape à sa partie inférieure et portant à la face supérieure une ouverture munie d'un entonnoir e pour l'introduction du soufre ; une tuyère t> pourvue d'un grillage, permet de diriger le jet. Une fois l'instrument chargé et le trou d'alimentation fermé au moyen d'un bouchon G, chaque mouvement d'aspiration détermine le soulèvement d'une certaine quantité de poussière de soufre, qui est expulsée ensuite à l'expiration. La dissémination du soufre est suffisamment bonne au moyen de cet outil.
On doit le préférer au sablier.
3° La hotte à soufrer ou hotte Pinsard (fig.
33) est formée d'un grand récipient en ferblanc, en forme d'entonnoir R, qui est suffisant pour renfermer de 12 à 15 kilogrammes de soufre et qui peut être fixée sur le dos, au moyen de courroies b passant sur les épaules; la
partie inférieure de l'entonnoir se prolonge par un large tuyau en caoutchouc c aboutissant à un petit réservoir r surmonté d'un soufflet cylindrique s et terminé par une tuyère allongée t; un ressort à boudin fixé vers la partie supérieure du grand récipient R et dans le petit réservoir r sert à attirer le soufre dans ce dernier
Fig. 33. — Hotte à soufrer. — R. Grand récipient, c tuyau de raccord en caoutchouc, r réservoir, t tuyau, s soufflet, b bretelles.
à chaque mouvement de flexion imprimé au conduit en caoutchouc.
On manœuvre l'appareil de la manière suivante : L'ouvrier marche parallèlement à une rangée de souches ; il soulève et abaisse brusquement de la main droite la tuyère à chaque pas ; puis, par un coup de soufflet donné de la main gauche, il expulse le soufre, quke répand
en nuage très fin sur les vignes environnantes.
En somme, la hotte à soufrer présente les avantages suivants : elle permet en premier lieu une économie sensible dans la maind'œuvre et une exécution rapide : un ouvrier peut, en effet, avec cet appareil, faire deux hectares dans une demi-journée. Elle réalise en outre une économie notable dans la quantité de soufre employée, par suite de la suppression des chargements fréquents, qui se font toujours avec perte, et de l'excellente diffusion de ce produit. On peut donc considérer cet instrument comme le plus parfait de ceux qui ont été employés jusqu'ici dans le Midi.
On donne habituellement trois soufrages aux vignes dans le courant de Tannée. Le premier se pratique au mois de mai, au moment de la floraison de la vigne : il nécessite environ f 5 kilos de soufre (appliqué au soufflet) par hectare ; le second a lieu du 15 au 30 juin, à la dose de 30 kil. ; enfin, le troisième s'effectue en juillet, à raison de 40 à 50 kil., ce qui représente, en totalité, de 95 à 100 kil. par hectare et par an.
Les conditions favorables à la bonne exécution des soufrages sont : un temps sec et chaud, des feuilles dépourvues d'humidité, un léger
vent qui facilite la dispersion du soufre, enfin une température atteignant dans la journée de 25° à 3 5° centigrades *.
B. Anthraonose. — L'anthracnose est une maladie causée, comme la précédente, par un champignon microscopique. Elle manifeste habituellement sa présence par des taches ou pustules qui apparaissent sur les parties vertes (jeunes rameaux, nervures des feuilles, raisins verts); ces taches sont, les unes aréolées et entièrement noires (anthracnose ponctuée de Dunal), les autres plus ou moins allongées, irrégulières et bordées de noir (anthracnose maculée du même botaniste) ; d'abord petites, ces dernières s'étendent peu à peu et se creusent. Les altérations qu'elles produisent peuvent déterminer le rabougrissement des sarments, qui sont arrêtés comme par une série de pincements successifs, le recoquillement des feuilles, la cessation de croissance du raisin, dont la récelte est quelquefois complètement perdue, et probablement d'autres phénomènes mal connus jusqu'ici.
C'est surtout dans les années humides, dans
1 Voir l'excellent Traité de M. H. Mares (Soufrage des vignes malades, etc. — Montpellier, 1856. F. Seguin, libr.édit.), qui est devenu classique, quant à ces questions, dans U Midi.
les sols bas et les climats brumeux, que l'anthracnose exerce ses ravages. Les vignes qui en sont le plus fréquemment atteintes sont la Carignane, la Clairette, le Brun fourca et le Teoulier chez les V. Vinifera ; la Pauline, qui Ta pour ainsi dire à l'état endémique et sous une forme particulière, et le Jacquez, parmi les Y. iEsTivALis ; enfin le Solonis parmi les V. Riparia.
Les remèdes usités sont la chaux fusée répandue en poudre, à plusieurs reprises, sur les vignes pendant Tété ; le soufre, que Ton doit employer dès la première apparition du mal et dont il faut répéter les applications à de courts intervalles (huit à dix jours) jusqu'à sa cessation ; enfin des mélanges par parties égales de chaux fusée et de soufre. On a également proposé de badigeonner les souches à la fin de l'automne ou pendant l'hiver, avec une dissolution de sulfate de fer (vitriol vert), — 2 ou 3 kil. , dilués à chaud dans 6 ou 8 litres d'eau ; cette quantité serait suffisante pour mille souches.
C. Mildew (Peronospora viticola). — Cette Cryptogame, qui exerce des ravages très considérables aux États-Unis, est probablement récente en Europe. Elle apparaît sous la forme
de taches blanches ayant l'aspect d'une concrétion saline, fixées à la face inférieure des feuilles *. Le parenchyme de ces dernières jaunit et se désorganise bientôt, et elles tombent ■ quelquefois elles-mêmes, ce qui entraîne l'arrêt de la végétation ; les bois, alors, s'aoûtent mal et les fruits cessent de se développer-
G'est sur les feuilles tendres des jeunes plants, sur les vignes venues dans les endroits bas et humides ou exposées aux vents marins, que la maladie se manifeste avec le plus d'intensité. Les pluies, les brouillards et le3 vents humides constituent les conditions atmosphériques les plus favorables à son développement. Les coups de vent secs du Nord-Ouest en arrêtent au contraire subitement l'extension.
Les cépages qui sont las plus atteints sont : parmi les V. Vinifera, la Carignane, le Grenache et diverses races de l'extrême Orient; chez les V. iEsTivALis, le Jacquez; enfin, dans le groupe des V. Riparia, les variétés à feuilles lisses. Celle qui résiste le mieux parmi les vignes méridionales est le Petit-Bouschet.
Le pâturage des feuilles par les troupeaux, qui détruit les spores renfermées dans ces
1 On ne doit pas confondre ces taches avec l'intérieur feutré des galles de VErineum ; ces dernières sont gaufrées et forment bosse à la face supérieure de la feuille.
organes, et les badigeonnages avec des dissolutions concentrées de sulfate de fer qui désorganisent celles disséminées sur le tronc et les branches, sont les préservatifs les plus efficaces contre la réinvasion de ce parasite. Les soufrages exécutés avec les précautions usitées pour l'oïdium et les chaulages , comme ceux que Ton emploie contre l'anthracnose, n'ont pas réussi. U m% Ponsot a proposé l'emploi, sur les feuilles atteintes du mildew, d'un mélange de sulfate de fer en poudre et de sulfate de chaux (4 kil. sulfate de fer et 20 kil. sulfate de chaux 4 ). M. Laure, ingénieur des soufrières des Tapets, à Apt(Vaucluse), a également composé un mélange de soufre d' Apt et de sulfate de fer trituré très finement, auquel il a donné le nom de Fungivore, et qui a été expérimenté sur un grand nombre de points pendant Tété do 1883. Ces produits ont donné quelques résultats, mais pourtant ne se sont pas montrés suffisants lorsqu'on les a employés en grand : ils sont difficiles à appliquer sur le revers des feuilles où apparaissent les filaments conidifères du Peronospora, et lorsqu'on est parvenu à leur faire atteindre cette région, ils s'en détachent promptement. Néanmoins et en atten-
* Voir à l'Appendice, note VII.
dant d'avoir trouvé mieux, on ne peut que conseiller d'en faire usage. La hotte à soufrer que nous nous avons décrite (pag. 221, fig. 33) est l'instrument qui nous a donné les meilleurs résultats pour l'application du fungivore : en enfonçant la tuyère au milieu de la souche à traiter et en donnant un ou deux coups de soufflet un peu brusques, on obtient un nuage de poussière qui se dépose à peu près partout sur les feuilles.
M. Gazotti, viticulteur italien, a employé pour combattre le Peronospora une dissolution de soude (2 kil. de soude pour 1 hectol. d'eau) ; il affirme en avoir obtenu mn bon résultat. Il serait important de savoir si son expérience n'a pas coïncidé avec un coup de vent du Nord ou toute autre cause de disparition spontanée du mal : en effet, les essais de ce procédé faits à l'École d'Agriculture de Montpellier n'ont rien donné de décisif 1 .
D. Pourridié. — Cette maladie est causée par le développement d'un champignon sur la détermination duquel les botanistes ne sont pas absolument d'accord : d'après MM. Hartig, PlanchonetMillardet, ce serait le Rhizomorpha
1 Voir à l'Appendice, note VIII.
fragiliSy dont VAgaricus melleus serait la forme fructifère, et d'après d'autres auteurs le Rœsleria hypogea.
Le pourridié procède par taches comme le Phylloxéra, et les vignes qui en sont atteintes présentent une grande analogie avec celles qui sont attaquées par cet insecte : les feuilles jaunissent et les rameaux se rabougrissent, seulement la marche du mal est généralement beaucoup plus rapide. On voit fréquemment en été des souches périr en quelques jours, mais la plupart du temps ce n'est que la seconde année que les vignes succombent. Les pieds malades depuis quelque temps s'arrachent facilement ; on y remarque sur les racines principales, sur le collet et quelquefois même sur la partie inférieure du tronc, des filaments blanchâtres qui dégagent une odeur caractéristique de moisissure ; ces filaments pénètrent le plus souvent sous l'écorce, qui alors se détache et laisse voir une sorte de lacis épais, irrégulier, tlanc et feutré qui s'étend sur toute la surface du bois de la tige et des racines. La présence de ces filaments est quelquefois accompagnée de celle d'un petit champignon (Rœsleria hypogea). Les couches génératrices du bois s'altèrent par larges plaques dans la région envahie, et bientôt les racines meurent et se pourrissent.
Le powridié se développe de préférence dans les sols humides, dans les plaines basses et les pépinières arrosées, par exemple. On doit user, pour s'en préserver dans ces milieux, d'amendements diviseurs tels que la chaux et la marne (si le terrain n'est pas calcaire), ou le mâchefer, le sable siliceux dans le cas contraire; enfin le drainage est presque toujours indiqué dans les lieux où cette maladie se produit.
On a proposé, pour détruire la cryptogame qui nous préoccupe, de déchausser fortement les souches attaquées dès que l'on s'aperçoit de l'invasion du mal, et de badigeonner les principales racines et le collet avec une dissolution concentrée de sulfate de fer ou de sulfure de potassium avec laquelle on arrose ensuite la terre autour du pied. Malheureusement ce traitement,pour être efficace, doit être effectué tout à fait au début, avant que les racines soient atteintes à une profondeur telle qu'il serait difficile de faire arriver les dissolutions jusqu'à elles, et avant que leur désorganisation ait fait de trop grands progrès ; or, il est bien rare que l'on se rende compte de la nature du mal à ce moment, surtout quand il présente la forme presque foudroyante qu'il revêt fréquemment en été, dans le Midi. Les moyens préven-
tifs indiqués en premier lieu sont donc ceux sur lesquels on doit le plus compter.
4° Maladies.
Chlorose. — La chlorose se manifeste par le jaunissement et la décoloration des feuilles, par suite d'une formation insuffisante de la chlorophylle ; c'est généralement dans les terrains humides en hiver, s'échauffant tardivement au printemps ou perdant une forte proportion d'eau en été, ou dans ceux qui manquent complètement de certains éléments utiles à la végétation de la vigne, qu'elle se produit avec le plus d'intensité.
Les variétés qui en sont le plus facilement atteintes sont : YHerbemont, le Norton' s Virginia et VHermann chez les V. jEstivalis ; le Marion } le Clinton et les types sauvages à petites feuilles chez les V. Riparia ; enfin un très grand nombre de V. Labrusga, le Concord entre autres. Bien que l'état chlorotique d'un porte-greffe puisse être considéré comme fâcheux pour la bonne végétation de la greffe qu'on lui donne, il arrive souvent, néanmoins, que si cette dernière est par elle-même peu sujette à la chlorose, elle se maintienne parfaitement verte. Ce fait a été fréquemment ob-