‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 59 sur 74 · DES OFETHAOIIES CONSIDEREES SOUS LE POINT DE VUE DE LEUR SPÉCIFICITÉ · texte numérisé non relu

DES OFETHAOIIES CONSIDEREES SOUS LE POINT DE VUE DE LEUR SPÉCIFICITÉ

Avant d'aborder la question délicate que j'ai à traiter dans ce chapitre , j'éprouve le besoin de déclarer hautement que, dans tout ce que je vais dire , les questions personnelles doivent être complètement élaguées. Chacun sait que la science n'a rien à gagner dans des débats de ce genre. Forcé de citer des noms, je n'aurai jamais en vue que les opinions ; mais sur ce point , je dirai franchement toute la pensée de M. Velpeau.

La spécificité des oph thaï mies est une question beaucoup plus importante qu'on ne semble le croire. L'ophthalmologie sera évidemment simplifiée de heaucoup lorsqu'on aura définitivement élagué de ses cadres une foule de variétés prétendues spécifiques pour Tad mission desquelles la nature n'a pas été convenablement consultée.

Lorsqu'on 1838 je publiai, dans le journal Y Expérience, le compte rendu des leçons cliniques de M. Velpeau sur les maladies des yeux, j'insistai si peu sur les ophtlialmies spécifiques , que les idées de ce chirurgien sur ce sujet ne furent pas bien comprises. Depuis lors j'ai revu cette question , j'ai pris des renseignements exacts auprès de M. Velpeau, et je suis autorisé à dire que la discussion dans laquelle nous allons

OPHTHA.LMIES SPECIFIQUES. 585

entrer est l'expression pleine et entière des idées, de ce professeur.

La spécificité des ophthairnies n'a point été entendue de la même manière par tous les écrivains qui en ont traite. Après avoir été étudiées d'après les lois ordinaires de la pathologie générale par Richter , AVare , Wenzel , Scarpa , Demours, les ophthairnies sont devenues Je point de départ d'une théorie toute particulière > ébauchée par Barth , régularisée par Béer et Schmidt, propagée , perfectionnée en Allemagne par MM. AVeller , Benedict , Jiingken r Jœger, Rosas , et introduite parmi nous par M. le docteur Siebel. Quoique étonné depuis longtemps des assertions émises par les adeptes de cette doctrine, M. Velpeau n'a pas cru devoir la rejeter sans l'avoir examinée sous toutes ses faces. Trouvant d'ailleurs quelle appartenait à des hommes justement estimés, à des praticiens distingués, il a jugé convenable de la soumettre à un contrôle minutieux, de consulter avec soin et persévérance l'observation et l'expérience. Cette étude a été faite dans un grand hôpital , au lit même des malades et en présence d'une foule d'élèves et de docteurs; faite sans prévention aucune , sans idée préconçue et sans arrière pensée , cette étude devait bientôt porter ses fruits. M. Velpeau se trouva en effet promptement en mesure de résoudre définitivement , au moins pour ce qui le concerne, la question qui va nous occuper. Depuis lors il a regardé comme un devoir de combattre dans son enseignement et dans sa pratique les principes de l'école de Béer. Il en est résulté que ces principes ont graduellement perdu de leur valeur, et que la plupart des ophthalmolo-

gistos modernes en ont reconnu l'inanité. ïl est donc permis d'annoncer que la fausse voie tracée par Béer, et que quelques uns de ses dissiplcs ont rendue plus vicieuse encore en voulant la perfectionner, sera bientôt abandonnée d'un commun accord par tous les bons observateurs. Néanmoins cette doctrine est encore trop répandue, professée par des hommes d'un trop grand mérite, pour n'avoir pas besoin d'être discutée à fond, d'être combattue en détail.

En disant dans l'introduction de ce livre que M. Veipeau rejette la plupart des ophtlialmics spécifiques, je n'ai eu l'intention que de parler de la spécificité des maladies des yeux, telle que beaucoup d'auteurs l'ont entendue, et surtout telle que les disciples de l'école allemande l'entendent encore de nos jours. Quant à la spécificité des maladies, considérée d'une manière générale , personne n'est plus disposé que M. Veipeau à l'admettre. Je dois, en conséquence, donner quelques explications sur cette double question.

Il existe deux manières fort différentes d'envisager la spécificité des ophthalmies : dans l'une, on fait suivre le nom primitif de l'inflammation de l'épitbète qui se rapporte, soit à la constitution , soit à la maladie générale dont le sujet est affecté. C'est là le genre de spécificité admis à peu près universellement, et que les auteurs français ont à peu près tous adopté. Dans l'autre, la spécificité des ophthalmies serait constituée par certains caractères anatomiques et physiologiques tirés de l'œil malade, et qui serviraient à établir l'existence d'une constitution ou d'une cause morbifique générale. C'est surtout cette doctrine que quelques auteurs mo-

dénies cherchent à répandre et que M. Velpeau croit erronée.

Cette distinction est d'autant plus importante à ne pas oublier, que c'est pour ne l'avoir pas aperçue , ou pour l'avoir négligée , que la nouvelle théorie des ophthalmies spécifiques a bientôt trouvé des partisans parmi les chirurgiens français. Avant d'aller plus loin , je liens donc à ce qu'il soit bien entendu (pie M. Velpeau ne rejette d'une manière absolue, ni la spécificité des ophthalmies tirée, soit de la constitution individuelle, soit de la cause particulière, ni celle qui est puisée dans quelques maladies générales qu'elles compliquent ou qui peuvent ies compliquer; mais que sou opposition porte essentiellement sur la spécificité tirée de l'aspect de l'œil, ou telle qu'elle est présentée dans quelques ouvrages modernes. Ces idées s'éclairciront dans la discussion.

11 résulte de ce qui précède que nous avons à examiner dans ce chapitre les ophthalmies spécifiques sous le point de vue de la doctrine ancienne et sous le point de vue de la doctrine moderne.

Doctrine commune ou ancienne. — Les auteurs qui , partant des opinions médicales générales, ont voulu établir des divisions et des subdivisions multipliées dans l'étude des ophthalmies, ont suivi la même marche q*ie pour toutes les autres maladies du cadre nosologique. C'est ainsi qu'on a admis des ophthalmies sympathiques, métastatiques , dartreuses , psoriques, moi-bilieuses, varioleuses, scarlatineuses, érysipélateuses, scorbutiques, rhumatismales, arthritiques, scrofule us es, syphilitiques, Je dois ajouter, tou-

tefois > t|ue tous les auteurs ne sont pas d'accord à ce sujet. Ainsi , pour Demours, il n'y a que les variétés scrofuleuses , scorbutiques , arthritiques ? dartreuses , syphilitiques, blennorrhagiques, métastatiques et sympatiques, qui puissent entrer dans la classe des ophthaîmies spécifiques. Sans nous arrêter à exprimer l'opinion de chaque auteur à ce sujet , examinons à quel titre de pareilles inflammations peuvent être appelées spécifiques.

Un malade a les voies digestives souffrantes , embarrassées ; il lui survient une inflammation des yeux. L'œil alors n'est pris que par l'influence des dérangements fonctionnels ou organiques du tube digestif. Une personne est atteinte d'une affection quelconque j une ophthalmie survient, et en même temps la maladie primitive disparaît : ce sont là des faits qui rentrent dans le domaine de la pathologie générale «t qui ne peuvent pas même être l'objet d'une discussion ; mais, je le demande, peut-on trouver ià quelque chose de spécifiqu

Pour qu'il y eût de la spécificité dans l'ophthaîmie dartreuse , il faudrait d'abord que la classe de maladies connue sous le nom de dartres fût toujours de même nature et ne constituât qu'une seule et même lésion quant au fond, avec des formes susceptibles de varier. Mais qui ne sait aujourd'hui que le mot dartres est un mot générique qui comprend un nombre considérable de. maladies diverses ? Envisagées de la sorte, les ophthaîmies dartreuses devraient au moins être, tantôt vésiculeuses, tantôt pustuleuses, etc., et ne porter au total que sur la partie tégumentaire des paupières. Je crois que ce serait inutile d'entrer dans des détails à ce sujet.

L'ophthalmie p s crique, semble au premier abord être établie sur des bases plus solides. Cependant il est facile de se convaincre quelle ne doit pas plus être conservée que la précédente. En effet, qui oserait soutenir de nos jours qu'une ophthalmie de ce genre résulte ordinairement d'une gale supprimée , comme l'admet encore M. "YVeller? ( Traité des maladies des yeux , traduc. française, t. 2, p. 172.) Que peut faire sur la production des ophthalmies la destruction des insectes qui causent les vésicules de la gale? Comment s'arrêter à l'idée que des cirons se seront fixés à la racine des cils, quand il n'y en a dans aucune autre région? En outre 9 qui a jamais constaté l'existence de ces insectes sur le bord des paupières des individus affectés de psorophthalmie? Il y a même plus, c'est que les personnes tourmentées de la gale ne sont point affectées de psorophthalmie; si bien que M. Lawrence a déjà fait la remarque que ies galeux étaient peut-être plus rarement affectés d'ophthalmie que les autres sujets. Toujours estil que, sur une infinité de malades affectés de la gale que M. Velpeau a pu suivre attentivement , soit à l'hôpital de Tours, soit à l'hôpital. Saint-Louis , soit partout ailleurs , ce chirurgien n'a pas trouvé une plus forte proportion de' maladies d'yeux que sur les autres sujets, et qu'il n'a rien observé, ni sur l'œil, ni sur les paupières , qui pût justifier l'idée d'une ophthalmie: psorique.

Quant aux ophthalmies morbilleuses , varioleuses, scailatineuses, je crois que, dans l'état actuel de la science, ce serait fastidieux de vouloir démontrer qu'il n'y a là rien de spécifique. On conçoit qu'un malade affecté de ces fièvrei

$90 OPHTHÀLMIÊS SPÉCIFIQUES,

éruptives soit en même temps pris d'inflammation des yeux, comme cela s'observe ordinairement ; on conçoit encore que l'ophthalmie qui survient dans ces cas, et qui occupe plus particulièrement la conjonctive oculaire quand il s'agit de rougeole ou de scarlatine, les paupières ou la cornée dans les cas de variole, soit modifiée par la cause de la maladie générale; mais assurément personne n'oserait soutenir que, sans l'éruption, il serait possible de reconnaître la nature de l'oph-v; thaîmie. Et d'ailleurs, si on ajoute que tous ïei genres d'ophtbalmies dont nous avons parlé" dans les deux premiers chapitres de ce livre peuvent se rencontrer là, c'est-à-dire, que l'ophthalmie qui complique la.rougeole, la variole , la scarlatine , peut se montrer sous les formes et les variétés de la blépharite ou de la conjonctivite , il est facile de se convaincre qu'il n'est pas possible de trouver là des ophthalmics spécifiques.

Est-ce la peine, après cela, de s'arrêter à l'ophthalmie érysipélateuse , et de repousser ce genre d'inflammation de l'œil du cadre des ophthalmies spécifiques? Je ne le pense point. Aussi je passe outre.

Pour que l'ophthalmie scorbutique méritât le titre de spécifique , il faudrait, d'une part, qu'à elle seule et comme premier symptôme elle pût servir à diagnostiquer un état scorbutique général de l'individu , et, d'autre part, que le scorbut proprement dit fût lui-même le résultat d'une cause spéciale , d'un principe particulier morbifique introduit dans l'économie , au lieu% de dépendre d'une dissociation générale des liquides par l'effet d'une alimentation et de conditions hygiéniques particulières Qr; chacun sait

à quoi s'en tenir sur ce point ; ce serait donc inutile de nous y arrêter davantage.

Quant aux ophthalmies rhumatismales , aiv thritiques, scrofuleuscs et syphilitiques , je crois qu'il est nécessaire d'entrer dans plus de détails. Le rhumatisme, la goutte, les scrofules et îa syphilis, ont tellement pris droit de domicile dans la science à titre de maladies spécifiques , qu'il serait bien difficile aujourd'hui de le leur enlever, et qu'il pourra paraître paradoxal d'oser même le contester à la plupart d'entre elle. C'est là pourtant ce que nous allons faire.

Ophthalniie rhumatismale . — Tous les praticiens savent, et M. Velpeau est loin de le nier, que les affections rhumatismales ont des caractères tout à fait particuliers, que leurs causes, leur marche, leurs différentes phases enfin , ne ressemblent guère aux autres inflammations • mais on doit savoir aussi, et M. Yelpeau a fortement insisté sur ce point dans ses leçons , que toutes ces particularités s'expliquent tout aussi bien par la nature des tissus affectés que par l'hypothèse d'un principe, d'un virus morbifique particulier. D'ailleurs , comment les praticiens qui prétendent que le rhumatisme n'est pas une maladie inflammatoire consentiraientils à le reconnaître dans l'œil sous la forme d'une inflammation? Il est vrai qu'une ophthalmie qui survient chez un sujet affecté de rhumatisme peut être modifiée par la maladie générale; mais dans ces cas , il n'y a dans l'œil que ce qu'il pourrait y avoir dans la plèvre, dans le poumon, dans l'estomac, dans la vessie , etc. Or, rien de tout cela ne peut constituer une ophthalmie spécifique; car, si le caractère du rhumatisme est

de porter exclusivement son. action sur le tissu fifaro-séreux. ou le tissu musculaire , il est tout -simple que la sclérotique et la cornée des rhumatisants puissent se prendre tout aussi bien que les autres membranes de même nature. D'où une sclérotite ou une kératite chez un individu affecté de rhumatisme, sans qu'il soit nécessaire de songer à une ophthalmie spécifique.

Ophthaimie arthritique.— -Ce que nous venons de dire de l'oplithàîmie rhumatismale s'applique à l'ophthalmie arthritique. Quand on considère que la goutte est une maladie propre aux articulations et que son transport sur les autres organes ou sur toute autre partie du corps est encore nié par une foule de praticiens, il est bien permis d'hésiter à reconnaître une ophthalmie arthritique. Demours, qui prétend que cette ophthalmie ressemble à l'ophthalmie blennorrhagique , avec 3a seule différence qu'il n'y a point de chemosis et quelle est accompagnée de douleurs plus lancinantes , ne savait pas sans doute que d'autres rejeteraient tous ces caractères, et placeraient le siège de l'oplithàîmie arthritique dans l'iris ou la choroïde. D'ailleurs, comment a-t-on pu étudier l'ophthalmie arthritique? La goutte est une maladie assez rare ; et, d'un autre côté, combien y a-t-il de goutteux sur cent qui soient affectés d'opbthalniie? et quel est le praticien qui ait observé cent goutteux dans le cours d'une longue pratique? Envisagée comme dépendance de la goutte, l'ophthalmie arthritique ne repose donc sur aucune base raisonnable.

Ophthalmie scrofuleuse. — Ayant pour point de départ une maladie générale dont personne

n'oserait révoquer en doute l'existence , l'ophtlialmie scrofuleuse présente quelque chose de plus spécieux que les deux variétés précédentes. Aussi a-t-eile été dès longtemps admise et décrite par les auteurs à titre cToplî thaï mie spéciale, et aujourd'hui encore est-ce celle à laquelle les praticiens sont le plus disposés à conserver ce titre. M. Velpean pense qu'il faut s'entendre à ce sujet, et voir si l'on s'est bien rendu compte non seulement de là spécificité de l'ophthalmie scrofuleuse , mais encore de la maladie scrofuleuse elle-même.

Depuis quelques années, j'ai entendu très souvent M.Velpeau émettre dans ses leçons une opinion sur les scrofules tout à fait opposée à celle qui est généralement reçue. C'est ici l'occasion de la faire connaître.

Les auteurs qui attribuent les scrofules à l'existence d'un principe mbrbîfique dans l'économie se sont évidemment fait illusion. Les expériences auxquelles ils se sont livrés pour constater la possibilité de transmettre ce principe d'un individu à un autre n'ont jamais produit que .des résultats négatifs, et nous ne pensons pas qu'on puisse trouver aujourd'hui dans !a science un seul fait authentique de la contagion de cette maladie. Si quelques phénomènes particuliers, certaines preuves tirées de l'analogie, la marche singulière du mal, n'ont pas suffi pour rendre incontestable la spécificité de la goutte et du rhumatisme, aux yeux de tous les pathologisles, comment croire à la spécificité des scrofules, dont tous les caractères et toutes 1rs phases s'expliquent d'ailleurs si naturellement? Qu'observe-t-on, en effet, dans les scrofules ? Des ganglions lymphatiques plus ou moins engorgés,

594 OPHTHÀLMIES SPECIFIQUES,

une peau délicate et blanche, de grosses lèvres, une chevelure blonde, des articulations volumineuses et une grande mollesse des tissus. Or, cet ensemble de symptômes n'est évidemment que le résultat d'une constitution organique donnée. En effet, examinons chacun des caractères attribués à la maladie scrofuleuse, et il nous sera facile de prouver que tous peuvent lui être étrangers.

Il est si vrai que l'engorgement des ganglions lymphatiques n'appartient pas d'une manière spéciale à l'état général des individus appelés scrofuleux, qu'on les observe chez les personnes de toutes les constituions possibles, chez les vieillards comme chez les adultes et chez les enfants, chez les hommes comme chez les femmes. C'est un fait d'observation journalière que de voir dans les hôpitaux comme dans la pratique privée d'énormes glandes sous la mâchoire, dans les régions paroiidiennes ou le long du cou, chez des êtres doués de formes athlétiques , d'une peau et de chair fermes, de tous les caractères enfin d'une constitution sanguine. Nous savons bien que, pour éluder la difficulté, on dit que de tels malades n'en sont pas moins scrofuleux malgré leur air robuste, leur bonne santé apparente. Mais c'est là un faux-fuyant qui ne peut faire illusion à personne, lorsqu'on se rappelle cette autre circonstance, savoir, que l'engorgement des ganglions lymphatiques se rencontre assez souvent aussi, soit au pli de l'aine, soit dans l'aisselle, soit au-dessus du coude, sans qu'on tienne à en faire un symptôme de la maladie scrofuleuse, s'il n'existe pas d'ailleurs d'autres caractères de l'état morbide ainsi désigné. Nous reviendrons bientôt sur ce point.

La peau délicate et blanche , sans la coexistence de ganglions engorgés, ne peut à aucun titre indiquer une maladie spécifique; car, outre qu'on l'observe tout aussi bien chez les personnes d'une constitution nerveuse que chez celles qui sont lymphatiques , elle ne pourrait tout au plus désigner qu'une variété de tempérament. J'en dirai autant du volume des lèvres, car chacun sait qu'il existe chez des nations entières sans distinction de constitution , d'âge et de sexe. On sait en outre que c'est principalement sur la lèvre supérieure qu'on observe ce gonflement; or, qu'on examine avec soin les sujets qui offrent cette disposition , et on trouvera que cet état dépend le plus souvent d'une irritation de la muqueuse nasale. Quant au volume des articulations, tous les praticiens savent que, soit qu'il dépende du peu de développement des muscles , soit qu'il existe réellement, ou l'observe tout aussi bien chez des sujets affectés d'une maladie autre que les scrofules, le rachitisme, par exemple, et que d'ailleurs ce n'est pas un symptôme constant de la maladie qui nous occupe.

Mais, hâtons-nous d'aller au devant d'une objection que le lecteur a déjà faite. La maladie scrofuleuse n'est pas constituée, dit-on , par ces caractères pris isolément, mais bien dans leur ensemble. Or, cette manière de voir ne repose pas sur des bases plus solides. En effet, le volume des lèvres , l'aspect de la peau , l'engorgement des ganglions lymphatiques , se montrent chez une infinité d'enfants, et persistent même jusqu'à l'âge adulte, sans qu'il y ait véritablement ce qu'on appelle la maladie scrofuleuse; tout ce que l'on observe dans ces cas se réduit à prou-

ver que , chez de tels êtres, le système lymphatique et les fluides blancs prédominent sur les autres systèmes organiques ou sur les autres fluides. On trouve là, en d'autres termes, la preuve d'un tempéramment, d'une constitution lymphatique, et nullement les symptômes d'une maladie spéciale. Si l'on dit maintenant que c'est là la doctrine de tout le monde, et que les partisans de la maladie scrofuleuse n'ont jamais parlé de ces caractères qu'à titre de causes prédisposantes , la question change de face. Il ne s'agit plus alors que de voir si avec la prédominance lymphatique dont certaines personnes sont douées il y a lieu d'admettre que l'état pathologique connu sous le nom de maladie scrofuleuse constitue plutôt une affection .spécifique que chacune des maladies qui survienneut de préférence chez les individus de constitution nerveuse, sanguine, bilieuse, etc. C'est précisément dans cette comparaison que M. Velpeau a trouvé la preuve de la non spécificité des scrofules.

Qu'ohserve-t-on, en effet , chez les personnes essentiellement lymphatiques, qui ne se rencontre quelquefois auisi chez les individus de constitution tout à fait opposée? Ce sont, au total, des engorgements séreux ou œdémateux , des phlegmasies lentes ou irrégulières , des suppurations de mauvaise nature, des caries , des nécroses, des foyers tuberculeux, et cela précisément dans les tissus où la vie est naturellement le moins active. Or, on ne peut voir dans tous ces phénomènes que des maladies ordinaires chez un sujet doué d'une constitution particulière. L'observation la plus scrupuleuse n'est-elle pas d'accord avec cette manière de voir? N'est-ce

pas dans l'enfance, et chez les jeunes filles , que les engorgements dits scrofuleux se voient de préférence? Or, l'enfance n'est-elle pas la période essentielle du lempérarnmcnt lymphatique? Les femmes, qui conservent plus généralement cette prédominenec du système vasculaire séreux, ne sont-elles pas la classe des êtres le plus exposés aux scrofules dans l'âge adulte? Et chez les hommes qui de\ ienneut scrofuleux après l'adolescence, tout ne porte-t-il pas à penser que c'est à cause d'une constitution lymphatique qu'ils ont conservée ou qu'ils ont acquise sous l'influence de conditions hygiéniques affaiblissantes ou morbifiques?

Lue dernière considération paraît, au surplus, décider franchement cette question. S'il y avait réellement quelque chose de spécifique, soit dans les causes occasionnelles, soit dans les causes prédisposantes des scrofules, il devrait être impossible de faire naître artificiellement la maladie presque indifféremment chez les individus de toute constitution, à moins d'introduire dans l'économie un principe particulier, qui serait alors l'agent spécifique des scrofules. Hé bien! nous ne craignons pas de le dire, l'observation, l'expérience, viennent ici confirmer de tous points les idées de M. Velpeau. 11 suffit, en effet, d'observer attentivement pour se convaincre bientôt que l'engorgement des ganglions lymphatiques, que presque tous les engorgements et les épanchements qu'on attribue à la maladie scrofuleuse, se développent sous l'influence d'irritations, de maladies qui n'ont rien de spécifique. C'est à l'inflammation plus ou moins manifeste des vaisseaux lymphatiques eux-mêmes qu'il faut rattacher les œdèmes dou-

598 OPHTHALMIES SPECIFIQUES,

loureux, les engorgements blancs ou sub-inflammatoires, dont les personnes lymphatiques sont si souvent affectées. C'est à l'irritation d'une région plus ou moins éloignée qu'il faut attribuer presque tous les engorgements ganglionnaires; et ces engorgements, il n'est pas un praticien qui ne les ai vus s'établir, en quelque sorte , de toutes pièces sous ses yeux. Il n'y a pas d'individus sur lesquels on ne puisse en faire naître artificiellement. La plus légère croûte comme l'inflammation la plus étendue, la plus petite vésicule comme la carie la plus large du pied ou de la jambe , peut amener un engorgement des ganglions sous-inguinaux. Les maladies de l'urètre et de la verge , comme celles des fesses et des parois hypogastriques, retentissent dans les ganglions du pli de l'aine , et ce sont les ganglions lombaires qui se gonflent quand il y a maladie des testicules. Ce que je dis de la partie inférieure du corps, se retrouve avec la même évidence aux membres thoraciques, à la tête et au cou. En effet , qu'on se pique un doigt, et les ganglions sus-épitrocléens ou de l'aisselle s'engorgeront comme s'il y avait à la main ou à l'avant-bras une vaste .phlegmasie. Il en sera de même des ganglions sus-clavicuiaires dans les maladies de l'épaule ou du cou. Hâtons-nous, toutefois, d'ajouter qu'avec ces causes occasionnelles ou déterminantes, l'engorgement ganglionnaire surviendra plus souvent chez des sujets délicats, de constitution lymphatique , que chez les individus doués d'un tempérament sanguin, chez les enfants et les femmes, que chez les vieillards et les hommes adultes. Mais il n'y a là rien que de très naturel, puisqu'il en est de même pour toutes les autres maladies, et que

tout se réduit d'ailleurs à une simple différence de proportion sans aucun changement de nature dans l'état des tissus malades. Or, je le demande, à quel titre établirait-on que de tels engorgements constituent une maladie spécifique chez les personnes lymphatiques plutôt que chez les autres, comment conserver cette idée dans le premier cas, si Ton convient qu'elle n'est pas applicable au second? Mais, allons plus avant.

Peut-être que pour les régions dont je viens de parler les pathologistes accepteront l'interprétation donnée par M. Velpeau, mais il est à craindre qu'il n'en soit pas de même pour les engorgements du cou et delà face. J'ose espérer, toutefois, qu'en y regardant de près les praticiens finiront par modifier leur opinion à cet égard. En effet, qu'on examine attentivement les sujets que tourmentent des engorgements ganglionnaires du cou, qu'on les interroge avec soin sur les antécédents de la maladie, et on se convaincra qu'au moins dans la plupart des cas ces ganglions ne se sont tuméfiés que par suite de quelques maladies, soit passagères, soit de longue durée, soit légères, soit étendues, de quelque partie de la tête. Ainsi, il n'y a pas d'écorchure, d'égratignure, de piqûre, de teigne, d'érithème, d'érysipèle, de plaie, de contusion du cuir chevelu, qui ne puisse amener à sa suite l'engorgement des ganglions parotidiens ou sous-maxiilaires. Les affections herpétiques de l'oreille, de la région mastoïdienne, ou de toute autre partie de la face, peuvent produire le même résultat. Toutes les maladies des paupières, de l'orbite, le moindre coriza, la moindre irritation de la gorge, peuvent eu faire autant. 11 en est de même de toutes les irritations de la bouche

600 OPBTHALMÏES SPÉCIFIQUES,

et des gencives, de celles surtout qu'amènent l'éruption et les maladies des dents. Il faut, dit M. velpeau, avoir suivi avec quelque soin les enfants dans les hôpitaux, ou bien avoir vécu avec eux dans sa propre famille pour comprendre avec quelle facilité ces engorgements surviennent sous l'influence de la moindre cause, même chez ceux qui sont très robustes et fortement constitués. Au surplus, qu'on observe avec soin ce qui survient à beaucoup d'adultes pendant le cours de certains érysipèles, de certaines angines, de quelques stomatites, comme de la plupart des maladies de la tête et de la face, et Ton verra comment ce développement des ganglions lymphatiques s'opère. Il est vrai de dire que beaucoup de malades que le chirurgien est appelé à examiner ne sont plus dans les conditions où il est aisé de constater la liaison qui peut avoir existé entre la maladie primitive et la maladie secondaire. Mais si l'on veut tenir compte de ce qui est évident pour arriver à ce qui est moins clair, et ne point abandonner non plus les ressources de l'analogie, ou verra bientôt qu'il n'y a rien d'exagéré dans l'assertion qui veut que presque tous les ganglions lymphatiques qui s'engorgent au cou ne sont ainsi affectés que par suite d'une irritation de quelque partie de la tête ou de la face. Ce qui peut induire en erreur à cet égard, c'est que l'irritation primordiale ayant complètement disparu, l'engorgement ganglionnaire n'en persiste pas moins assez souvent, de manière à rester comme maladie unique et à continuer son développement. Citons un exemple : Un homme s'écorche très légèrement un des doigts, il en souffre si peu qu'il s'en occupe à peine. Il n'en faut pas davantage

cependant pour occasionner un engorgement d'un ganglion de l'aisselle. Dès lors, la maladie ganglionnaire, l'occupe seul, et la petite blessure du doigt, qui disparaît promptement, est bientôt oubliée. A une époque plus ou moins éloignée, le chirurgien est consulté; il questionne, il s'informe, il demande s'il n'a point existé quelque blessure, quelque irritation au membre du côté malade. La réponse en pareil cas est évidemment négative, et pourtant les ganglions de l'aisselle ne se sont engorgés que par suite de l'écorchure du doigt. C'est là aussi le mécanisme des prétendus bubons idiopathiques, des engorgements sous- inguinaux sans maladie apparente de la jambe ou du pied. Maintenant, qu'on se reporte à la tête, et on comprendra facilement que dans le cuir chevelu il a pu exister à une époque antérieure plus ou moins éloignée , même à l'insu de la personne ou des parents, des croûtes, un léger suintement, capables de servir de point de départ à l'engorgement qu'on observe. Un suintement eczémateux de la région mastoïdienne fait naître l'engorgement des ganglions parctidiens; le suintement s'éteint en quelques semaines, et l'engorgement persiste. Le malade n'a pas même pu saisir la cause de son mal , le plus souvent même il l'a oubliée. Plus tard, le chirurgien qui est consulté, ne trouvant plus la cause de la maladie , croit à un engorgement purement idiopathique. 11 serait inutile, je crois, de pousser plus loin ces citations. Et , qu'on ne dise pas que ce sont là des idées conçues à priori, c'est au lit des malades, c'est après un examen scrupuleux et longtemps prolongé, que M'. Veipeau s'est convaincu de la justesse des idées que je viens d'émettre.

602 OPHTHALMIES SPECIFIQUES.

Ainsi, ce qu'on entend par maladie scrofuleuse appartient en entier aux maladies du système lymphatique et à l'influence que ces maladies exercent ensuite sur le reste de l'économie. Une cause occasionnelle des maladies du système lymphatique peut produire les mêmes lésions chez toute espèce d'individus. La seule différence qu'il y ait à établir, c'est qu'elle produira son effet plus complètement et plus constamment chez les personnes dont la prédominance du système lymphatique est très prononcée que chez les autres. Mais, quant à la lésion en elle-même, quel que soit le tempérament, la constitution du sujet qui en est atteint, elle se montre toujours au fond avec les mêmes caractères physiques sous le point de vue de l'anatomie pathologique. C'est là un fait dont M. Velpeau s'est bien souvent convaincu. Ainsi, pour ne parler que des ganglions sous-maxil- Jaires, qu'on les dissèque avec soin, et l'on verra facilement qu'ils offrent les mêmes caractères sous le scalpel, soit qu'ils proviennent d'un adulte ou d'un vieillard, d'un homme robuste et sanguin ou d'une personne faible de constitution lymphatique. J'ai entendu bien souvent M. Velpeau dire qu'il voudrait embarrasser à ce sujet le plus habile anatomo-pathologiste, en lui présentant quelques ganglions dégénérés provenant de malades pris dans les conditions générales de santé les plus opposées.

Ce sujet comporterait sans doute de plus grands développements, dans lesquels je ne puis entrer ici. Toutefois, je crois en avoir assez dit pour prouver que la spécificité de ce qu'on est convenu d'appeler la maladie scrofuleuse est loin d'être démontrée, et que les, auteurs se sont fait

0PHTHALM1E SYPHILITIQUE. 603

illusion sur ce point. D'où il résulte nécessairement que M. Velpcau a parfaitement raison de rejeter l'ophthalmiescrofuleusc des cadres nosologiques, à moins qu'on ne dise aussi qu'il peut exister des entérites, des gastrites, des cystites, des pneumonies , des pleurésies scrofuleuses ; et dès lors ce ne serait plus qu'une dispute de mots.

Si on se bornait à vouloir dire par là que les individus qui sont affectés de maladie étendue du système lymphatique ou de la goutte, ou du rhumatisme, ou de la variole, ou de la gale, etc., etc. , doivent, quand il leur survient en même temps une inflammation des yeux , être soumis à une thérapeutique en rapport avec la maladie générale, dès lors, toute discussion cesserait. Mais'il n'en est pas ainsi , comme chacun le sait, et c'est pourquoi M. Velpeau a cru devoir combattre cette manière d'envisager les ophthalmies.

Ophthalmie syphilitique. — Si l'on £t bien compris ce que j'ai dit jusqu'ici, on a déjà deviné que M. Yelpeau considère ' l'opiithalmie syphilitique comme une maladie spécifique réelle. Le principe vénérien étant, selon toute apparence, un produit matériel, s'introduit dans les tissus et même dans les fluides de manière à pouvoir se porter partout. De plus, la syphilis imprime généralement aux tissus qu'elle affecte des caractères si tranchés, qu'il ne répugne point de croire qu'elle puisse se fixer dans l'œil de manière à y être facilement reconnue. Ce que l'analogie porte à admettre , l'observation le prouve. Entrons en conséquence dans quelques détails à ce sujet.

On a prétendu, et quelques oculistes sou-

604 OPHTHÂLM1ES SPÉCIFIQUES,

tiennent encore de nos jours, que dans l'œil la syphilis affecte presque exclusivement l'iris. Ce serait une erreur d'admettre cette proposition d'une manière trop générale; il est vrai de dire que cette membrane eslle siège principal del'ophthalmie syphilitique, mais il ne faudrait pas conclure de là que les autres parties de l'œil n'en sont jamais atteintes. M. Velpeau et quelques auteurs avant lui se sont convaincus que les inflammations de la conjonctive, de la cornée et des autres lamelles qui constituent le globe oculaire peuvent également être modifiées par la maladie vénérienne. Nous avons observé à l'hôpital de la Charité plusieurs faits de ce genre.

Nous nous bornerons à dire quelques mots sur l'iritis syphilitique. On a beaucoup écrit dans ces derniers temps sur cette variété de l'iritis; on en a présenté des descriptions très détaillées. Néanmoins, il faut le dire, on a donné à cette affection des caractères qui ne lui appartiennent pas ou qui du moins lui sont communs avec les autres inflammations de l'iris. Sans entrer dans des détails à ce sujet, nous dirons qu'il suffit d'observer attentivement les malades, et surtout de voir un assez grand nombre d'inflammations de l'iris pour se convaincre que de pareils caractères ne sont ni constants, ni propres à l'iritis syphilitique. Les symptômes qui semblent se rapporter spécialement à cette affection sont les suivants : l'iris offre une teinte cuivrée, ayant quelque chose d'analogue aux syphiiides du demie ; son tissu se tuméfie et revêt un aspect tornenteux; sa face antérieure est veloutée et comme inégale; la pupille est irrégulière et prend des formes variées. La petite circonférence de l'iris présente assez souvent de petites franges , de petits flocons

OPHTflALMIE SYPHILITIQUE. 605

de couleur roussatre, nommés condylomes par Béer, et cristagalli par Millier. Quant aux végétations, aux espèces de petits polypes qu'on a observés au fond delà chambre antérieure, ils ne fournissent rien de bien concluant* ce n'est guère que dans l'iritis chronique qu'on les aperçoit, et il n'est pas siir que ce soient des symptômes exclusivement propres à l'iritis syphilitique. Ces petites masses polypiformes pourraient bien n'être, en définitive, que d'anciennes concrétions fibrineuses ou plastiques vascularisées par suite d'une inflammation assez vive. Quoi qu'il en soit , ce sont là les symptômes locaux les plus caractéristiques. A ces signes s'en joignent quelques autres qui appartiennent à l'inflammation de l'iris en général ; je n'y reviendrai pas.

Il résulte de ces courtes considérations que les caractères locaux seuls seraient souvent insuffisants pour reconnaître la maladie qui nous occupe. Je suis persuadé que plus d'un praticien habile ne pourrait pas toujours porter un diagnostic certain d'après ces seules données. Aussi doit on s'assurer silo, sujet n'est pas affecté de syphilis, ou même s'il n'a pas été atteint antérieurement de cette maladie, et, dans ce cas; s'il l'a convenablement soignée. Quaut aux symptômes généraux de la syphilis, je ne crois pas devoir les énumérer ici.

L'iritis syphilitique réclame le traitement antisyphilitique général-, il ne faut pas cependant négliger la maladie locale. Si le sujet est fort et pléthorique, et que l'inflammation soit aiguë , M. Velpeau a d'abord recours aux émissions sanguines générales et locales, aux purgatifs, aux mercuriaux à hautes doses. Quant au

CG6 OPIITHALMIES SPECIFIQUES,

traitement spécifique, il est analogue à celui des autres affections vénériennes. M. Velpeau n'attend pas, pour combattre la maladie interne, que l'inflammation ait cédé; en général, il l'attaque dès le début, et il unit le traitement antiphlogistique au traitement spécifique. C'est ordinairement le proto-iodurc de mercure eu pilules à dose d'un quart de grain, d'un demigrain , d'un grain même par jour, qu'il ordonne en pareille circonstance. Ce traitement est continué pendant six semaines consécutives. En même temps il fait usage des frictions d'onguent mercuriel à la dose d'un ou deux gros chaque jour ou tous les deux jours, aux tempes, sur le front ou sur la face interne des jambes ou des cuisses. Lorsqu'il existe quelques légères adhérences, ou qu'il craint leur apparition , il emploie la belladone.

Quant aux topiques , il est évident qu'ils ne peuvent être ici que d'une faible utilité, mais on irait évidemment trop loin en les rejetant d'une manière absolue, en leur attribuant des dangers. Ainsi , j'ai vu M. Velpeau retirer d'assez bons résultats d'un collyre avec un demi-prain ou un grain de sublimé par once d'eau, de lotions avec l'eau de guimauve contenant un gros de calomel par verre. Les collyres laudanisés ou avec le sucre de saturne pourraient encore être utiles. Mais un moyen qui est fort avantageux, et que M. Velpeau ne manque jamais d'employer, consiste à faire des frictions autour de l'orbite ou Sur la tempe avec la pommade mercurielle.

Telles sont les bases de la thérapeutique de l'iritis syphilitique.

Doctrine moderne.

Au lieu de chercher dans l'état général , dans la constitution des sujets , comme l'avaient fait leurs devanciers, l'explication des formes diverses que peuvent revêtir les ophthalmies , Béer et ses disciples se sont efforcés de prouver que, par la seule inspection de l'oeil malade, il est possible de caractériser les ophthalmies spécifiques et constitutionnelles. Le système qu'on a imaginé à ce sujet mérite d'être examiné avec le plus grand soin.

Avant de discuter la valeur relative de chaque ophthalmie spécifique prise isolément, il importe de présenter quelques considérations générales qui nous aideront par la suite à réfuter les opinions erronées qui ont été émises.

Etat anatomique de l'œil. — D'après l'école allemande et ses partisans, chaque ophthalmie spéciale, spécifique ou combiuce, serait caractérisée par un développement, un arrangement particulier des vaisseaux de la partie enflammée; à tel point qu'il y aurait une vascularisation , une coloration scrofuleuse, varioleuse, scarlatineuse, goutteuse, rhumatismale, etc., etc.

INous ne nous engagerons ici dans aucune discussion théorique; suivant nous, les faits parlent assez haut. En effet, qu'on examine avec soin, et sans prévention aucune , l'inflammation d'un des éléments anatomiques de l'œil, et ou se convaincra facilement que si la vascularisation n'est pas la même dans tous les cas , cela tient évidemment du degré , de l'intensité et de l'étendue de la phlegmasie. M. "Velpeau en a

608 OPHTHALM1ES SPECIFIQUES,

donné si souvent des preuves au lit des malades dans son service à l'hôpital de la Charité, qu'il ne nous est pas permis de conserver le moindre doute à cet égard, et que nous sommes étonné que des observateurs , d'ailleurs distingués , n'aient pas craint d'avancer qu'à la vue de telle ou telle vascularisation de l'œil il leur est possible d'annoncer positivement l'existence de telle ou telle ophthalmie spécifique. Nous en sommes d'autant plus surpris, que les descriptions présentées par les partisans eux-mêmes de ce genre de recherches nous donnent gain de cause sur ce point. En effet, rien n'est facile comme de se convaincre, en lisant leurs ouvrages, que la même disposition vasculaire se retrouve sous leur plume quand ils décrivent les inflammations simples d'un tissu déterminé de l'œil, que quand ils parlent d'une ophthalmie spécifique qui porte sur la même partie. Nous croyons en conséquence qu'il serait inutile d'entrer dans plus de détails. C'est là d'ailleurs une question que les praticiens sont à même de vérifier chaque jour, et que tous les bons observateurs ont déjà jugée.

On a dit aussi que chaque ophthalmie spécifique a, pour ainsi dire, son tissu de prédilection. L'analogie a évidemment joué ici le principal rôle; c'est ainsi qu'on a assigné pour siège des ophthaîmies varioleuse, scarlatineuse, la conjonctive; de i'ophthalmie rhumatismale, la sclérotique et la cornée; de l'ophtljalmie catairhale, la membrane muqueuse de l'œil. Dans ces cas, il est vrai , l'observation semble venir en aide à la théorie ; mais, outre que, même pour ces espèces, la phlegmasie est loin de s'arrêter aux tissus qu'on lui assigne > on ne voit pas pourquoi

l'iris serait plutôt le siège de l'ophthalmie syphilitique que les autres membranes de l'œil. D'ailleurs, où trouver l'analogue du système lymphatique dans l'organe de la vision , qui pourtant serait si fréquemment affecté d'ophihalmie scrofuleuse? Qu'on parcoure ce que dirent à ce sujet les auteurs dont M. Velpeau combat les opinions, et on se convaincra facilement que tout se réduit à des assertions plus ou moint hasardées, dépourvues de preuves.

Etat fonctionnel de l'œil. — Ce qui prouve que dans la doctrine moderne des ophthalmies spécifiques les idées théoriques ont joué le prin cipal rôle, et que la nature n'a pas toujours été consultée , ou du moins qu'elle ne l'a pas été convenablement, c'est la prétention qu'on affecte de pouvoir distinguer la nature de la phlegmasie par l'examen des troubles fonctionnels. En effet, dire, par exemple, que des douleurs sourdes et profondes autour de l'orbite dans rophthalmie rhumatismale, qu'une photophobie intense dans l'ophthalmie scrofuleuse , qu'une sécrétion muqueuse plus ou moins abondante dans I'ophtlialmie catarrhale, etc., etc., permettront de reconnaître chacune de ces maladies , n'est-ce pas se payer d'un mot ou avancer une erreur palpable? Nous ne voulons pas dire par là qu'on ait prétendu établir le diagnostic sur ces seules données ; mais toujours est-il que ces signes sont présentés comme caractéristiques, et c'est là l'erreur. L'observation démontre que les inflammations de l'œil, produites n'importe par quelle cause , sont caractérisées par ces symptômes toutes les fois que c'est un tissu plutôt qu'un autre qui est le siège du mal. Si la preuve de ce fait ne se rencontrait pas tous

610 OPHTHALMIES SPECIFIQUES,

les jours au lit des malades, rien ne serait plus facile que de la donner expérimentalement , car il n'est pas un seul des troubles fonctionnels signalés par les auteurs dont nous repoussons en ce moment les doctrines qu'on ne puisse produire artificiellement.

M. Velpeau ne prétend point , et cela ne saurait trop être .répété, que l'état, soit matériel , soit fonctionnel de la conjonctive, de la cornée ou de l'œil tout entier, ne présente pas des caractères particuliers quand il est réellement le produit d'une cause spécifique* mais il soutient que les ophthalmies spécifiques dont l'école allemande et ses partisans font le plus de bruit n'existent pas, qu'on s'est fait grandement illusion sur ce point, en même temps qu'on a négligé celles qui existent réellement. C'est ainsi que l'ophthalmie blennorrhagique , qui est très certainement le produit d'une cause toute spéciale, que l'ophthalmie d'Egypte, l'ophthalmie belge, l'ophthalmie des nouveau-nés et les ophthalmies épidémiques en général, qui sont bien, s'il en fut jamais, des ophthalmies spécifiques, ont toutes été englobées sous le titre vague et insignifiant d'ophthalmie catarrhale ; tandis qu'on a sérieusement piopo é d'établir des ophthalmies cachectique, abdominale, menstruelle, veineuse, érysipélateuse, etc., etc.

Nous n'entrerons pas ici dans plus de détails; nous nous bornerons à dire, en terminant ces courtes réflexions générales, qu'il est évidemment impossible de trouver une vascularisation, une coloration, un siège, des changements fonctionnels spécifiques, dans des ophthalmies dont la cause est empruntée à des maladies générales qui, comme nous l'avons déjà prouvé, n'ont

DOCTRINE MODERNE. f>H

rien de spécifique. C'est, du reste, dans l'analyse de chaque ophlhalmie en particulier que l'on trouvera la dernière preuve de ce que nous avons avancé jusqu'ici.

Ophthalmies spécifiques en particulier.

Un premier inconvénient de la doctrine combattue par M. A' e! peau, inconvénient dont tous les bons esprits ont sans doute compris toute la portée, c'est qu'elle a introduit dans la science une telle confusion dans la distinction des ophthalmies, qu'il est presque impossible de s'y reconnaître , non seulement pour le nombre et les espèces , mais encore pour les caractères attribués à chacune d'elles.

Avant de chercher à régulariser l'interprétation des descriptions données par les auteurs, nous croyons qu'il est indispensable de passer en revue les principales variétés auxquelles ils se sont arrêtés , en ayant soin de montrer successiment l'inutilité de leur distinction. Quoique plusieurs d'entre elles aient déjà été rejetées par tous les bons observateurs, nous pensons devoir nous y arrêter un instant.

Ophthalmie cachectique. — Je croirais abuser de la patience du lecteur que. d'accumuler des raisons pour démontrer que .l'ophthalmic cachectique, encore décrite par M. Siebel ( Lebaudy, thèse de concours), ne peut point constituer une ophlhalmie spéciale. 11 est évident que chez un sujet cachectique toutes les inflammations locales dont il peut êîr e atteint sont des inflammations cachectiques, et .Yophthalmic chez lui ne peut pas plus échapper i\ celte qualifica-

612 OPHTOALMIES SPÉCIFIQUES.

tion générale que l'inflammation des autres organes.

Ophthalmie des vieillards. — Faire une ophthalmie spéciale de l'ophthalmie des vieillards , comme l'admet aussi M. Sichel ( Lebaudy, oper. cit.), serait autoriser à en faire une pour les enfants, une autre pour les adultes, une quatrième pour les femmes , etc., et ce serait en conscience pousser trop loin la puérilité des divisions scolastiques.

Ophthalmie menstruelle. — Si un homme aussi versé dans l'étude des maladies des yeux que M. Sichel n'en avait pas parlé de nouveau , on ne croirait pas qu'il fût venu à l'esprit de personne de créer une ophthalmie menstruelle ou ménopausique. Cette ophthalmie, qui serait caractérisée par delà photophobie, du larmoiement, une injection variqueuse de la conjonctive et de la sclérotique, un cercle veineux, autour de la cornée, est tout simplement une choroïdite, une iritis ou une kératite, compliquée d'un peu de conjonctivite. La seule raison invoquée par M. Sichel en faveur d'une aussi singulière idée, c'est qu'on observe quelquefois l'ophthalmie avec de tels caractères chez les femmes qui n'ont plus leurs règles , ou dont la menstruation est irrégulière ; comme si les femmes mal réglées n'étaient pas sujettes à toutes les espèces d'ophthalmies. Pour conaplément de sa démonstration, M. Sichel ( Traité de V ophthalmie , etc., page 331-335) rapporte deux observations particulières, qu'on est assez étonné de trouver si étrangères à ce qu'il veut faire admettre.

Ophthalmie abdominale. — On est naturellement porté à se dei oauder ce que signifie le titre

Î)0CÎR1NK MÔDÊftftE. SU

d oplithalmie abdominale, et pourquoi dès lors il q y aurait pas aussi des ophlhalmies pectorale, encéphalique. Les symptômes que M. Sicliel rapporte à eette espèce d'ophthalmie sont une injection conjonctivale , composée de gros vaisseaux qui se bifurquent et se subdivisent en avançant de la racine des paupières vers la cornée , etc. Quant à sa spécificité, elle serait basée en entier sur l'existence antérieure d'hémorrhoïdes fluentesj comme si chez les sujets dont les hemorrhoïdes viennent d'être supprimées on n'observait pas comme chez tous les autres individus, tantôt des blépharites , tantôt des conjonctivites, tantôt des iritis, etc.; comme si, d'un autre côté, les caractères qui existaient chez le malade dont parle M. Sicliel (Oper. citât., p. 329), ne s'observaient pas aussi chez les personnes qui n'ont jamais été affectées d'hémorrhoïdes.

Oplithalmie des femmes en couche. — Si l'ophtlialmie des nouvelles accouchées revêt en effet quelques caractères particuliers , cela tient à la surabondance des liquides blancs qui dominent évidemment à cette époque; toutefois on ne peut voir en cela rien de spécifique. Mais dire, avec M. Siebel, que la totalité du globe de l'œil peut se remplir de lait , et que cette oplithalmie porte à la fois sur la conjonctive et les autres membranes de l'organe de la vision , serait émettre une assertion sans preuves suffisantes.

Oplithalmie scorbutique. — Nous ne chercherons pas à combattre l'ophtlialmie désignée sous ce titre, car les auteurs qui en parlent ne sont pas même d'accord sur son existence. M. Sichcl

dit ne l'avoir jamais observée, et ne semble aucunement disposé à l'admettre. (Oper. citât., p. 470.)

Ophthalmie veineuse. — Sous ce titre, M. Siebel a confondu l'ophtbalmie abdominale et l'ophthalmie arthritique. La variété abdominale, dit cet auteur, est caractérisée par des rameaux vasculaires isolés , d'un calibre très considérable (comparativement aux injections ordinaires), évidemment variqueux, d'un pourpre foncé et presque bleu, remplis d'un sang indubitablement veineux ou carbonisé, parallèles entre eux, etc. ( Oper. citât., p. 307. ) Avouons qu'il faut être bien rempli de son sujet pour écrire de pareilles choses I Et c'est ainsi que l'ophthalmie prend le nom. de veineuse ! Que répondrait M. Sichel à celui qui lui demanderait des preuves de ce qu'il avance quand il dit (page 298) que « !e système veineux en général, et particulièrement celui de la veine-porte, peuvent être le siège de certains désordres , qui tantôt restent fixés dans le centre de la circulation veineuse abdominale et ne se manifestent que par un trouble des fonctions des organes de l'abdomen, et tantôt entraînent à leur suite un état pathologique dans le svsième fibro-séreux , etc.?» Et c'est sur de pareilles bases qu'on s'appuie pour perfectionner l'ophthalmologie !

Ophthalmie érysipélaleuse. — Les symptômes de l'ophthalmie erysipélatcuse sont si peu tranchés , que chaque auteur qui en parle les présente sous une forme différente. M. Mackensie lui donne pour caractères : une rougeur pâle de la conjonctive, une tuméfaction brusque des paupières et quelques vésicules conjouctivales.

D'après M.AVelier, ce. serait l'ophtlialmie arthritique qui se montrerait sous la forme érvsipélateuse; tandis que M. Stœber semble la confondre avec une variété du cbemosis ou de l'ophtlialmie œdémateuse, et que M. Middlemore , qui la caractérise par une teinte jaunâtre et une démangeaison de la conjonctive, en fait aussi un cbemosis œdémateux. M. Siebel, qui a soin d'indiquer qu'elle peut exister en l'absence de tout érysipèle de la face, lui donne pour phénomène tout à fait caractéristique les vésicules signalées par M. Mackensie et quelques autres. Mais cet auteur qui, s'attachant (p. 295 ) à donner une histoire générale de la maladie , dit qu'il n'a jamais observé dans la conjonctive rien d'analogue à la desquammation , qu'il n'a jamais vu l'inflammation s'étendre aux tissus profonds de l'œil, et que l'ophtlialmie érysipélateuse ne laisse presque jamais de suites, oublie sans doute qu'à la page précédente il avoue qu'il n'a observé que trois fois cette oplithalmie dans toute sa pratique, qu'il doit la considérer comme extrêmement rare, et que, par conséquent , ses assertions générales n'ont aucun appui.

M* Velpeau a aussi observé plusieurs fois les vésicules dont je viens de parler; mais il a pu constater de la manière la plus positive, qu'elles n'avaient aucun rapport avec l'érysipèle, et que , fonder sur leur existence une ophthalmie spéciale , ce serait créer de toutes pièces un être qui n'existe pas.

Les auteurs parlent aussi de quelques autres espèces d'ophthalmies spécifiques; mais je crois inutile de m'en occuper. De nos jours , justice a été faite à ce sujet.

616 0PI1THALM1ES SPECIFIQUES.

Je ne suis entré dans si peu de détails sur les ophthalmies spécifiques, précédemment étudiées, que parce qu'elles n'ont trouvé que peu de partisans et qu'elles n'ont été le sujet d'aucune discussion sérieuse parmi les pathologistes. Mais il n'en est pas de même de celles dont il me reste à parler, puisqu'elles semblent maintenant avoir pris droit de domicile dans la science , et qu'elles jouent un grand rôle dans l'ophthahnologie moderne. Il importe donc que nous entrions ici dans des détails minutieux et convenablement circonstanciés.

Ophthalmie catarrhale. — Pour prouver la réalité de l'existence de l'oplithaîmie catarrhale comme maladie spéciale ou spécifique , les auteurs qui l'admettent auraient au moins dû s'entendre sur les caractères de cette ophthalmie. Mais en lisant les descriptions que chacun d'eux en a donnés, il est facile de se convaincre qu'il s'en faut qu'ils soient parfaitement d'accord sur ce point. En effet , pour ne parler d'abord que du siège de la maladie , d'après Béer et une partie de son école , l'oplithaîmie catarrhale n'occupe ordinairement que la conjonctive ; MM. Mackensie et Middlemore disent qu'elle occupe la conjonctive et les follicules de Meïbomius; au dire de M. Weller (t. 2, p. 120), elle se borne le plus souvent aux paupières; M. Carron du Villards (t. 2, p. 27) la considère comme une inflammation de la conjonctive passée aux tissus plus profonds ; et M. Sichel (tableau synopt., p. 732) ne lui accorde d'autre siège que la conjonctive oculo-palpébrale : aucun autre tissu de l'œil , ajoute ce dernier auteur, ne participe à l'affection.

Les oculistes ne s'accordent pas mieux sur le

plus ou moins de fréquence de l'ophthalmie ca-

tairhale. Ainsi, les uns disent, avec M. Sichel, qu'elle est la plus commune de toutes les ophihalmies; tandis que d'autres, au nombre desquels nous citerons Bénédict, Béer, M. Mackensie , sont loin de partager la même opinion , puisque ces trois ophtalmologistes n'hésitent pas à dire que sur cent ophthalmies il y en a au moins quatre-vingts qui sont scrofuleuses. Je dois ajouter que, d'après M. Velpeau , de toutes les inflammations de l'oeil , c'est la kératite que l'on observe le plus souvent.

Mais cette dissidence est surtout frappante quand on examine les descriptions sympiomatologiques présentées par les auteurs. Ici , il faut le dire , on trouve une confusion telle, qu'il n'est plus permis de douter que les idées de M. Velpeau ne soient parfaitement justes, et qu'il ne peut rien y avoir de spécifique dans une maladie dont les caractères pourraient être si différemment interprétés. Qu'on examine avec soin ce que disent les ophthalmologistes à ce sujet , et on se convaincra facilement qu'il n'y a rien d'exagéré dans ce que j'avance. Mais ce n'est pas tout : que l'on compare la description qu'ils donuent des caractères de l'ophthalmie catarrhale avec celle qu'ils présentent sous le titre de conjonctivite simple, et on trouvera, dans moins de mots sans doute , une ressemblance à peu près parfaite.

Or, d'après toutes ces considérations, que je pourrais prolonger beaucoup en faisant des citations, on est en droit de se demander si on a réellement consulté la nature eu spécifiant d'une manière catégorique un état morbide de l'œil, dont nous donnerons plus tard la véritable iuler-

618 OPHTHALMIES SPECIFIQUES,

prétation. Il nous reste donc à examiner la cause occasionnelle de la phlegmasie , qui se trouve, dit-on, dans un refroidissement, dans une variation de température, comme celle des rhumes et des catarrhes en général. Ici encore , l'idée d'une ophthalmie spéciale ne repose sur aucun fondement. Quelle est l'inflammation qu'un refroidissement subit ne puisse pas produire? N'est-ce pas à la suite de causes semblables qu'on est pris tantôt de pleurésie , tantôt de pneumonie, tantôt de péricardite? etc., etc. Et conçoit-on qu'on ait pu trouver la moindre appaparence de spécificité dans une cause aussi générale î Est-ce que les tissus enflammés par cette cause peuvent être autrement vascularisés, autrement altérés , que quand ils s'enflamment sous une tout autre influence? Est-ce que l'inflammation de la conjonctive déterminée par une irritation quelconque ou par une modification passagère des fluides, ne se comporte pas, une fois qu'elle est bien établie, comme celle qui résulte de l'impression du froid ? D'ailleurs , s'il est reconnu que la conjonctivite reconnaît souvent pour causes le froid ou l'humidité , est-il permis de songer à cette étioiogie dans les ophthalmies qui régnent de temps à autre d'une manière épidémique dans différents pays? L'influence du froid peut-elle rendre compte de l'ophthalmie d'Egypte, de l'ophthalmie belge, de toutes les conjonctivites purulentes enfin? Conçoit-on qu'on ait pu s'en contenter pour expliquer la naissance de l'ophthalmie blennorrhagiquc? Ne faut-il pas se faire une illusion bien étrange pour croire qu'on a fait quelque chose d'utile en soutenant que toutes ces ophthalmies sont des ophthalmies ca-

tarrhalcs , qui ne diffèrent que par leur degré d'intensité? Telle est pourtant l'opinion de M. Sichel ; voici ses propres paroles : « Celle-ci ( l'ophthalmieblennorrhapque ) n'est donc pour iicih que le résultat d'un développement extraordinaire de la conjonctivite, catarrhale % et elle comprend les nombreuses variétés admises par les Q pb, thaï molo gis tes , telle que l'ophthalmie d'Egypte, celle des nouveau-nés, etc.; affections identiques, selon nous, et seulement pins ou moins modifiées parles circonstances qui président à leur formation et à leurs progrès, et par l'âge des individus atteints (p. 213).» Est-ce la peine, comme l'a dit M. Velpeau, de réfuter de pareilles assertions? Et ne serait- ou pas tenté de croire que ces variétés d'ophthalmie n'ont guère été observées de près par M. Sichel, ou du moins que cet oculiste en a négligé la description , lorsqu'on examine attentivement ce qu'il en dit? Qu'on lise, en effet, l'ouvrage de cet auteur, et on se convaincra facilement de la justesse de cette remarque. Nous ne pousserons pas plus loin ces réflexions. Nous croyons en avoir assez dit pour prouver qu'au lieu d'ophthalmie catarrhale , il faut s'en tenir au simple titre de conjonctivite, soit simple, soit d'Egypte, soit de Belgique, soit blennorrhagiquc, soit purulente des nouveau-nés.

Ophthalmie scrofuleuse. — Nous trouvons ici les mêmes difficultés et la même confusion que pour l'ophthalmie catarrhale.

Pour ce qui est de la fréquence de l'ophthalmie scrofuleuse , M. Sichel , en disant ( p. 196) que l'ophtalmie catarrhale est la plus commune de toutes les ophthalmies, se trouve évidemment contredit par la plupart des auteurs qui

620 OPilTIIALMIES SPÉCIFIQUES,

ont écrit sur cette matière ; car, Béer, Bénédict, MM. Weller, Carron du Yillards et beaucoup d'autres , soutiennent que l'ophtlialmic scrofuleuse est la plus fréquente de toutes les ophthalniies spécifiques. Le premier de ces auteurs dit même qu'on la rencontre à Vienne quatrevingt-dix fois sur cent.

Mais c'est surtout pour ce qui a trait à la symptomatologie qu'on trouve une telle divergence d'opinions , qu'il ne peut plus rester de doute sur la justesse de l'idée que nous avons déjà émise plusieurs fois dans ce livre, savoir, que dans la doctrine combattue par M. Velpeau les idées théoriques jouent le principal rôle. En effet, qu'on examine avec soiti les descriptions que donnent les auteurs de cette espèce d l'ophthalmic , et on se convaincra sans peine que notre opposition sur ce point est tout à fait rationnelle.

Ce vague, ces contradictions dans l'exposé d'un tableau qui devrait à peine varier s'il s'agissait réellement d'une ophlhalmie spécifique, tiendraient-ils à ce que quelques uns des auteurs qui l'ont tracé se seraient mépris, tandis que d'autres auraient suivi la véritable voie? Nous n'approfondirons pas une pareille question. D'ailleurs , puisque en discutant les principes qui servent de base à la doctrine ancienne des ophthalmies spécifiques, nous avons prouvé que rien ne démontre, que ce qu'on est convenu d'appeler la maladie scrofuleuse soit une affection réellement spécifique , il n'est pas nécessaire de nous arrêter à l'examen des caractères spéciaux de l'ophtlialmic scrofuleuse.

Ophthahnie arthritique. — Cette espèce d'oph-

DOCTRINE MODERNE. 62t

thahnic spécifique est une de celles auxquelles les auteurs tiennent pour ainsi dire le moins. INous devons dire toutefois que M. Sichel, qui en t'ait une variété de l'oplithalmic veineuse, la décrit assez longuement. TsTous ne nous arrêterons pas à réfuter les opinions émises par cet auteur à ce sujet , car nous sommes loin de penser avec lui (p. 305) qu'il n'y a rien de plus naturel que la sympathie qui unit la choroïde au foie, à la rate et aux organes liés au système de la veine porte', et « qu'on peut rapporter l'injection à L'origine arthritique toutes les fois qu'elle présente les caractères suivants : on voit dans la sclérotique une zone de vaisseaux d'un carmin un peu plus foncé que celui de la sclérotique rhumatismale ; ils commencent à deux ou trois lignes de distance du bord de la cornée , et se rendent vers ce dernier, d'abord en direction parallèle et rectiiigne 5 avant de l'atteindre , ils se bifurquent et s'anastomosent les uns avec les autres par leurs bouts voisins de la circonférence cornéale. Ces vaisseaux , au lieu de franchir un peu la circonférence cornéale , comme cela a lieu dans la «sclérotite rhumatismale, en sont, au contraire, constamment séparés par un cercle bleuâtre ou blanchâtre , partiel ou total, qu'ils ne dépassent point, et au bord duquel ils disparaissent ou pénètrent dans l'intérieur de l'œil.» Nous le demandons, est-il nécessaire après cela d'entrer en discussion ; et de pareilles assertions ne montrent-elles pas évidemment jusqu'à quel point on peut se faire illusion , lorsqu'on se laisse dominer par des idées préconçues? Si, après des données aussi vagues , M. Sichel invoquait au moins à l'appui de son opinion quelques observations concluantes , on pourrait ,

622 0PHTIÎALM1ES SPECIFIQUES,

pour me servir de l'expression de M. Velpeau , prendre sa description au sérieux. Mais, nous sommes forcés de le dire , on ne trouve rien de pius probant dans les faits qu'il donne comme modèles. On va en juger :

Première observation (page 321 ). Il s'agit d'une couturière âgée de vmgt-quatre ans. Après avoir exposé les symptômes de la maladie , M. Sichel passe, pour confirmer son diagnostic, à l'examen verbal et à la recherche des antécédents , et voici ce qu'il écrit à ce sujet : «La malade est habituellement constipée; plusieurs fois déjà elle a été atteinte de douleurs, peu intenses à la vérité , mais de quelque durée, dans différentes articulations. Ses menstrues ont toujours été peu abondantes et irrégulières ; elle nous dit qu'elle ne les pas eues depuis trois mois , et convint qu'il était possible qu'elle fût enceinte. Même avant la suppression des menstrues, cette personne, si jeune encore, avait déjà plusieurs fois perdu de petites quantités de sang par l'anus, circonstance extraordinaire chez les personnes du sexe, et donnant toujours de fortes présomptions pour le développement futur d'affections arthritiques. Il faut remarquer encore que cette malade se nourrissait presque exclusivement de viande et de pain, et buvait du vin pur assez fréquemment. Le diagnostic, ajoute M. Sichel , fut donc pleinement confirmé par toutes ces données.» Le lecteur a sans doute apprécié ces raisons à leur juste valeur; nous ne nous y arrêterons pas.

Deuxième observation (p. 324). Le sujet est un coiffeur, âgé de vingt-huit ans , qui donné pour signe commémoratif de son ophthalmie arthritique , qu'il est depuis longtemps sujet à des

DOCTRINE MODERNE. 6ft3

douleurs dans les articulations , qu'il a des liémorrhoïdes non iluentes et qu'il éprouve des maux de reins.

Troisième observation (p. 326). Il s'agit d'un marchand colporteur, âgé de 59 ans, qui est sujet à des douleurs dans les membres, et dont les genoux et les coudes offrent depuis dix ans des croûtes nombreuses de psoriasis.

f£ Quatrième observation (p. 328). C'est ici une blanchisseuse de 57 ans, qui donne à l'appui de son ophthalmie arthritique des douleurs rhumatismales accompagnées de douleurs lancinantes dans la tête, des hémorrhoïdes non fluentes, et (ce qui est plus remarquable) l'absence de ses menstrues depuis Tâge de quarante-cinq ans.

Avouons-le en terminant : c'est là une logique on ne peut plus élastique, et l'on ne doit plus être étonné qu'en raisonnant ainsi on puisse trouver partout des ophthalmies spécifiques. En vérité on ne conçoit pas comment un observateur aussi distingué que M. Sichel a pu se faire une si grande illusion.

Ophthalmie rhumatismale. — L'ophthalinie rhumatismale est généralement mieux caractérisée quant au siège et aux symptômes qui la distinguent, d'après les auteurs qui en ont parlé. Toutefois elle se montre avec des couleurs assezdiverses dans les descriptions qui en ont été données pour embarrasser ceux qui voudraient s'en faire une idée nette.

D'après M. Weller, le premier degré de l'ophthalmie rhumatismale est caractérisé par les symptômes suivants : douleurs déchirantes et pongitives dans l'œil et les parties voisines, augmentant par la chaleur du lit; larmoiement

624 Ôï>ttf HÀLtÉÏËS SPÉCIFIQUES,

acre et abondant ; photophobie très intense; rougeur de la conjonctive oculaire et de la sclérotique. Les membranes externes du globe oculaire et quelquefois l'iris sont le siège de la maladie. Dans la seconde période, les faisceaux vasculaires de la conjonctive deviennent plus ■distincts; la photophobie diminue considérablement ; on observe des phlyctènes sur la cornée ou sur la sclérotique; ces vésicules s'ouvrent et se transforment en ulcères qui laissent rarement après eux des cicatrices. Cette espèce d'ophthalmie sciait assez souvent compliquée de scrofules.

M. Lawrence, qui dans sa description confond évidemment l'ophthalmie rhumatismale avec le début de l'oplithalmie purulente, avec la kératite et l'iritis, ajoute que ce sont les malades affectés de rhumatisme ou d'arthropathie blennorrhagique qui lui ont offert le plus souvent l'occasion d'observer l'ophthalmie dite rhumatismale. Il est d'ailleurs facile de se convaincre ■qu'il n'existe pas la moindre analogie entre l'inflammation décrite par M. Lawrence et celle dont parle M. Weller.

Le tableau qu'en trace M. Mackensie est manifestement plus clair. D'après cet auteur, la sclérotique, qui est le siège à peu près exclusif de l'oplithalmie rhumatismale, rougit alors et se pénètre d'une zonevasculaire, radiée, profonde, en même temps que des douleurs pulsatives occupent tout l'orbite. Du reste, M. Mackensie ayant senti combien il serait difficile de maintenir le titre d'ophtbalmie à cette inflammation, se demande s'il ne vaudrait pas mieux l'appeler Scier otite atmosp h èrique.

Quant à M. Siebel, il en donne une descrip-»

doctiuni modkrni-:. fâS

lion trop confuse et trop compliquée pour qu'il soit possible de bien saisir sa pensée sur ce point.

En cherchant les motifs qui ont porté les auteurs à créer de toutes pièces une ophthalmie rhumatismale, on ne tarde pas à se convaincre qu'il n'eu existe aucun qui puisse être sérieusement discuté. On distingue néanmoins dans leur raisonnement que, encore dominés par les doctrines vaporeuses qui régnaient en médecine dans les siècles passés, ils ont pris pour base de prétendus faits qui n'ont plus cours aujourd'hui dans la science, et qui d'ailleurs ne justifieraient en aucune manière ce qu'ils entendent par ophtalmie rhumatismale. Ainsi, l'irritation qui porte le nom de rhumatisme est, selon M. Siebel (pag. 254), différente de l'inflammation, ce qui n'empêche pas cet oculiste de décrire l'ophthalmie rhumatismale comme une inflammation.

Les auteurs dont nous combattons en ce moment les idées admettent, comme tout le monde, du reste, que le rhumatisme est très fugace, qu'il passe facilement d'une partie sur l'autre, et cependant rien n'est plus tenace, plus difficile à déplacer que leur ophthalmie rhumatismale. Le rhumatisme a pour siège unique le tissu fibro-musculaire, et dans les descriptions qu'on donne de l'ophlhalmie rhumatismale, les muscles de l'œil n'occupent qu'une place très secondaire, plusieurs auteurs n'en parlent même pas ; tandis qu'on lui donne pour siège, soit l'iris, soit, la membrane hyaloïde, soit la membrane de Descemet.

ISous avons encore ici à faire un examen rapide des observations rapportées par M. Siebel, car elles montrent jusqu'à l'évidence que cette

626 0PHTHALM1ES SPECIFIQUES.

espèce d'ophthalmie n'est que le résultat d'une

pure supposition.

Première observation (p. 283). — Ophthalmie catliarro-rhumatismale double avec tendance à l' 'ophtliabno-b lennorrliée . — Nous ferons d'abord observer qu'a défaut d'autres preuves, ce titre constituerait à lui seul la réfutation pleine et entière de Ja doctrine combaitue par M. Velpeau. Nous reviendrons bientôt sur ce sujet. M. Sichcl dit dans cette observation qu'après avoir constaté par l'examen de l'œil l'existence de l'ophthalmie rhumatismale, il put démontrer la justesse de son diagnostic en apprenant que le malade presque rétabli était allé dans la cour au milieu de la nuit, et qu'il avait de suite éprouvé de légers frissons, de la toux, une légère douleur dans les muscles j comme si un simple refroidissement devait nécessairement produire un rhumatisme et ne pouvait pas donner lieu à toute autre affection.

Le sujet de la seconde observation est une jeune fille âgée de 15 ans. Après avoir diagnostiqué une ophthalmie catharro-rhumatismale, M. Sichel qui , il faut en convenir, n'est pas très difficile en fait de preuves, démontre la justesse de son opinion en ajoutant que « la malade est affectée de coryza depuis quelque temps , qu'elle s'est exposée à un courant d'air, après avoir déjà eu l'œil rouge depuis plusieurs jours.» En admettant que ces deux malades n'eussent jamais été affectés de rhumatisme, et il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque M. Sichel n'en dit rien , on est forcé d'avouer que c'est inventer des êtres pour le seul plaisir d'en créer, que de trouver chez ces malades une ophthalmie rhumatismale.

Dans la troisième observation, M. Sichel diagnostique une iritis rhumatismale, parce que le sujet attribue son ophthalmie a un refroidissement. Tl est d'autant plus inconcevable que M. Sichel se fasse illusion à ce sujet, qu'il a lui-même établi, d'un autre côté, que ce qui distingue les inflammations catarrhales de l'œil, c'est leur développement sous l'influence du froid. Comment ne s'est il pas aperçu en raisonnant ainsi que Pophthalmie catarrhale et l'oplithalmie rhumatique se confondaient complètement, et que, ne différant plus alors entre elles que par le siège, il aurait fallu, pour être conséquent, se borner à établir une conjonctivite, une kératite, une sclérotite, une iritis rhumatismales, ou bien une conjonctivite, une kératite, une sclérotite , une iritis catarrhales.

En disant que les causes prédisposantes de l'oplithalmie rhumatismale se trouvent dans le sexe féminin, chez les enfants, les boulangers, les blanchisseuses, M. Sichel oublie sans doute que les enfants sont très rarement affectés de rhumatisme, et que les femmes, les boulangers, les blanchisseuses , qui en sont moins souvent atteints qu'il ne pense, sont tout aussi fréquemment affectés de ce qu'il appelle lui-même ophthalmie scrofuleuse. Est-il nécessaire d'ajouter que le refroidissement et les autres causes du rhumatisme sur lesquelles il insiste tant, n'ont absolument rien de spécifique , et que ce sont là des causes générales qui produisent chaque jour toute sorte de phlegmasie, tout aussi bien que l'oplithalmie dite rhumatique?

M. Velpeau conclut de ce qui précède, qu'il ne pense pas que, en y regardant de près, aucun

628 OPHTHÀLMIES SPECIFIQUES,

pathologiste puisse trouver dans le groupe de symptômes, soit anatomiques , soit physiologiques , qui caractérisent la prétendue ophthalmie rhumatismale de l'école allemande , la moindre circonstance capable de justifier une semblable dénomination. Aussi n'hésite-t-il pas à rejeter encore l'ophthalmie rhumatismale du cadre des ophthalmies spécifiques.

Il me resterait à parler maintenant de l'ophthalrnie syphilitique; mais ayant déjà exprimé l'opinion de M. Velpeau sur cette ophthalmie spécifique, je n'y reviendrai pas.

S'il est vrai de dire que les descriptions des ophthalmies spécifiques, prises isolément, sont vagues, confuses, souvent même inintelligibles, que serait-ce si nous passions en revue l'amalgame qu'on en a fait eu les combinant les unes avec les autres? Nous aurions alors à examiner les ophthalmies dites calarrho-rhumatismale , catarrho-ah domina le , catarrho-lympliadque , calarrho-scro fuleuse , rhwnatismo-scrofiileus.e, etc.j etc. De là aussi les titres pompeux ^ophthalmie c atarrho- rhumatismale , avec tendance à V ophthalmo-hlennorrhée (M. Sichel, p. 283), A3 ophthalmie catarrhale avec tendance blennorrhéïque (id. , p. 286). Mais une pareille discussion ne rendrait guère plus évident le vice de la doctrine combattue par M. Velpeau, et ce serait abuser par trop de la patience du lecteur. 11 suffit de mentionner de pareilles idées pour montrer toute la confusion qu'elles doivent répandre sur l'ophthalmoîogie, confusion au milieu de laquelle , ou peut le dire sans crainte d'être démenti, les praticiens consommés, les auteurs eux-mêmes, se reconnaissent à peine.

En démontrant que les ophthalmies spéci-

DOCTRINE ANATOMO-PATHOLOGlQUr'.. 629 fiques dont nous venons de parler n'existent, point, M. Yelpeau n'a pas eu l'intention de dire que les auteurs ont inventé les phénomènes qu'ils décrivent. Ce chirurgien admet, au contraire, tous les faits matériels qu'ils si gnalent, et il les a lui-même observés comme eux. Ce n'est que sur L'interprétation de ces faits que porte son opposition. Nous allons donc maintenant tâcher de traduire leurs des criptions, et de les ramener à ce qui existe réellement d'après la doctrine auatomo-pathologique; après quoi nous nous occuperons du traitement.

Interprétation du langage des auteurs concernant les ophthalmies spécifiques.

Pour éviter dans ce paragraphe des répétitions longues et fastidieuses, je me bornerai à exprimer les idées de M. Velpeau sous forme de propositions. Je suis persuadé que le lecteur en saisira facilement la justesse, d'après ce que j'ai dit dans les précédents paragraphes , et surtout en examinant attentivement les caractères de chacune des ophthalmies spécifiques décrites par les auteurs , et en les comparant avec ceux que nous avons étudiés dans les deux premiers chapitres de ce livre.

On peut évidemment rapporter à la blépharite diphtéritique, à la kératite ou à la rétinite, l'ophthalmie décrite par M. Middlemore sous le titre iVophthalniie irritable.

L'ophthalmie érysipélaùeuse est une conjonctivite oculo-palpébrale, ou bien un éiythème cutané des paupières.

L'ophthalmie morbilleuse n'est qu'une con-

630 OPHTHALMIES SPECIFIQUES,

jonctivite oculaire ; tandis que l'ophthalmie scarlatineuse devient assez souvent une kératite, et même une kératite ulcéreuse.

L'ophthalmie varioleuse est tantôt une blcpharite , tantôt une conjonctivite, tantôt une kératite • quelquefois même elle peut comprendre ces trois phlegmasies à la fois.

L'ophthalmie dartreuse se rapporte tantôt à une blépharite cilaire ou glanduleuse, tantôt à une conjonctivite.

L'ophthalmie des femmes en couche est une conjonctivite oculo-palpébrale , avec tendance à l'ophthalmite.

Les ophthaîmies menstruelle, abdominale, hémorroïdale, veineuse, sont des nuances de la choroïditeoudel'iritis, ou des accompagnements de quelque autre affection profonde de l'œil.

Les symptômes de l'ophthalmie arthritique ne se rapportent pas toujours à la même espèce de phîegmasie : ainsi le mucus écumenx appartient à la blépharite glanduleuse diphtéritique ; le cercle gris qui entoure la cornée et la zone radiée de la sclérotique, sont les symptômes de l'iritis; l'état bleuâtre de la sclérotique et variqueux de la conjonctive indique une maladie de la choroïde.

L'ophthalmie rhumatismale rentrerait en entier dans la sclérotite; mais nous avons déjà démontré que l'inflammation ainsi désignée par les ophlhaimologistes ne peut point être conservée sous ce titre, que ce n'est là qu'une variété, soit de la kératite, soit de l'iritis. L'ophthalmie rhumatismale est donc , pour M. Yelpeau, une iritis simple, quand il y a dans la sclérotique une zone vasculaire radiée autour de la cor-

DOCTRINE ANATOMO-PATHOLOGIQUE. 63* née, sans larmoiement ni photophobie intenses. Lorsqu'au contraire ces deux derniers symptômes sont très-prononcés, il y a kératite, et même kératite ulcéreuse.

L'oplithaîmie scrofuleuse est une conjonctivite , soit partielle, soit angulaire, soit papuleuse, lorsque cette prétendue ophthaimie spécifique iiY*t accompagnée ni de photophobie , ni de larmoiement , ni de blépharo-spasme. Toutes les fois au contraire qu'on observe ces trois symptômes , on peut être sûr qu'il s'agit d'une kératite ou d'une iritis; mais principalement d'une kératite ulcéreuse. Si les praticiens, frappés de ces phénomènes, n'ont aperçu qu'une inflammation de la sclérotique, ou qu'une conjonctivite partielle, s'ils ont cru devoir les rapporter à une constitution spéciale , c'est que la difficulté d'examiner convenablement, dans ces cas, le devant de l'œil ne leur aura pas permis de constater les altérations dont la cornée est alors constamment le siège. Cette méprise est d'autant plus excusable, que chez les enfants, sur les yeux desquels on croit si souvent rencontrer l'oplithaîmie scrofuleuse, les ulcères de la cornée, de quelque nature qu'ils soient, échappent très facilement à l'attention des observateurs.

On trouve tous les caractères de l'oplithaîmie catarrhale dans la conjonctivite, et ses différents degrés ou variétés. Ainsi la conjonctivite angulaire constitue le taraxis de M. Weller et de quelques autres oculistes allemands; tandis que c'est le premier degré de la conjonctivite diffuse qui constitue le taraxis des anciens et de plusieurs modernes. L'oplithaîmie catarrhale ordinaire est représentée par la conjonctivite du secoud et du troisième degré. Les ophthalmies

632 OPHTHALMIES SPECIFIQUES,

catarrhales intenses de toute l'école allemande sont aussi des conjonctivites, mais des conjonctivites réellement spécifiques, dont la cause intime est encore cachée. On a ainsi une conjonctivite purulente des nouveau-nés , qui a son point de départ dans la conjonctive palpébrale; une coujonctivite purulente épidémique , dont le principe est entièrement ignoré; une conjonctivite purulente et granuleuse des armées belges; une conjonctivite purulente d'Egypte, et une conjonctivite purulente blennorrhagique.

Non seulement on peut réduire ainsi à leurs éléments rationnels les ophthalmies spécifiques simples, mais encore les ophthalmies spécifiques composées. En effet , la conjonctivite unie à la choroïdite , constituera l'ophthalmie catarrhoabdominale ; l'iritis jointe à la choroïdite, constituera l'ophthalmie rhumatismo-arthirtique; la conjonctivite unie à la kératite simple , produira l'ophthalmie catarrho -rhumatismale ; la conjonctivite jointe à la kératite ulcéreuse, constituera l'ophthalmie catarrho-scrofuleuse. Je crois qu'il serait inutile de pousser plus loin ces citations; le lecteur pourra facilement faire luimême toutes ces substitutions.

Maintenant, je le demande, cette manière d'envisager les ophthalmies n'est-elle pas infiniment plus rationnelle , plus simple, plus utile que celle qu'on trouve dans certains ouvrages? Certes , il ne s'ensuit pas de là qu'on doive négliger, dans l'étude des inflammations de l'œil, les causes qui leur donnent naissance, et la constitution des sujets; mais, on ne saurait trop le répéter, tout se passe ici comme dans les autres organes, et il serait tout aussi absurde d'admettre la doctrine de l'école allemande dans

l'étude des maladies des yeux, qu'd le serait d'eu faire L'application aux différentes phlegmasics des autres organes.

Traitement des ophthalmies spécifiques.

Eu établissant des ophthalmies spécifiques, on n'avait pas seulement en vue d'obtenir un diagnostic plus précis des inflammations de l'oeil * on prétendait, en outre, arriver par là à une thérapeutique plus rationnelle : mais sur ce point comme sur tout le reste, la science n'a rien gagné aux travaux des modernes, et les partisans de la spécificité des ophthalmies n'ont pas été très heureux dans leur traitement particulier. Nons verrons dailleurs que , sur ce point, ils ne sont pas plus d'accord que sur les autres.

Ophthalrnie catarrliale. — D'après M. Lawrence, cette espèce d'ophthalmie ne réclame pas ordinairement les émissions sanguines; dans les cas ordinaires, les ventouses et les sangsues suffisent. Cependant, lorsque le sujet est jeune, vigoureux et pléthorique, il est avantageux de pratiquer une saignée et d'administrer ensuite un émétique. Le meilleur topique est l'eau tiède ou les fomentations avec la décoction de pavot. Il est inutile de couvrir l'œil , si ce n'est pour le protéger contre une lumière trop vive.

La thérapeutique de M. Wellerest plus compliquée, puisque cet auteur emploie, selon les cas et successivement, les sangsues, l'eau froide, les sachets aromatiques , les solutions de pierre divine, d'opium, de sublimé, de sulfate de zinc, et les pommades astringentes , en même temps

634 OPHTHALMIES SPECIFIQUES,

qu'il ordonne le calomel , qu'il fait appliquer des vésicatoires derrière les oreilles, et qu'il tient le malade à un régime doux.

M. Mackensie , qui repousse les remèdes généraux énergiques, mais qui admet l'utilité des laxatifs , des sudorifiques , des vésicatoires , vante, comme Béer, les collyres stimulants , le collyre au sublimé ou au nitrate d'argent, par exemple; mais il regarde comme nuisibles l'acétate de plomb et le sulfate de zinc.

Pour M. Sicliel, le traitement des ophthalmies catarrhales se compose des indications suivantes : 1° indication antiphlogistique qui le plus souvent est remplie par l'action répercussive des collyres astringents; 2° indication résultant de la suppression momentanée de la transpiration cutanée, indication à laquelle répond l'usage des sudorifiques; 3° lorsque l'oplithalmie catarrhale est rebelle à ce traitement, déplacement de l'irritation sécrétive sur d'autres parties du système muqueux ( purgatifs) , ou sur la peau (vésicatoires). (Oper. citât. Tableau synopt., pag. 740.)

Je ne pousserai pas plus loin ces citations. J'en ai dit assez, je crois, pour montrer le peu d'accord qui règne sur ce point de thérapeutique, et il est évident que cette confusion dépend de ce que, au lieu de traiter tous la même maladie, comme ils semblent l'avoir cru, les auteurs adressent leur médication à des inflammations de tissus différents. Aussi rien n'est plus difficile que de se faire des idées nettes à ce sujet. Mais si, mettant de côté toutes les idées vaporeuses de l'école allemande , on revient aux vrais principes de pathologie , tout s'explique avec clarté. En effet,

on n'a plus dès lors à traiter ici que la conjonctivite et ses différentes variétés. Ainsi, puisque ce qu'on appelle l'ophthalniie catarrhale simple n'est autre chose que la conjonctivite, il est évident que les mcrcuriaux, les purgatifs, les sudorifiques , les vésicatoires eux-mêmes ne sont nullement indiqués, comme nous l'avons démontré ailleurs. Si l'inflammation est intense, la solution de nitrate d'argent , aidée des émissions sanguines, suffit presque toujours. Lorsque la phlegmasie est modérée et purement locale, la solution de nitrate d'argent à elle seule eu triomphe constamment. Les purgatifs ne sont indiqués que si les voies digestives paraissent embarrassées, et les exutoires ne conviennent que pour les conjonctivites, ou très anciennes, ou qui tendent sans cesse à se reproduire. Quant aux conjonctivites purulentes, qu'on a englobées aussi sous le titre d'ophthalmie catarrhale, il est évident que ce ne serait ni avec des sudorifiques, ni avec des vésicatoires, ni avec de simples collyres astringents, qu'on en triompherait. On peut voir d'ailleurs ce que nous avons dit à ce sujet en traitant des différentes variétés de la conjonctivite.

Ophthalmie scrofuleuse. — Quoique cette espèce d'ophthalmie soit une de celles que les oculistes sont le plus disposés à admettre à titre de maladie spécifique, il s'en faut qu'ils soient tous d'accord sur ies moyens thérapeutiques à l'aide desquels on doit la combattre. Il est même facile de se convaincre par ce qu'ils en disent qu'ils éprouvent sur ce point un véritable embarras. Ainsi, les uns l'attaquent, avec Bénédict, par les émissions sanguines générales et locales ; .d'autres, avec MM. Jungken et Dieffenback, lui

opposent les topiques froids. M. Weller, au contraire, n'a que peu de confiance aux antiphîogistiques ; le traitement del'ophtbalTniescrofuleuse, suivant lui, repose presque en entier sur les laxatifs mercuriels accommodés à la constitution des sujets. Les principaux moyens à employer, dit cet auteur, sont la dissolution d'acétate de potasse, le tartrate de potasse, l'infusion de séné composée , les préparations antimoniales , l'éthiops antimonié, le tartre stibié à petites doses, lemuriate de baryte, le gaïac, plusieurs préparations de soufre.

M. JVlackensie préconise une thérapeutique différente. Cet auteur, qui vante les vomitifs, les purgatifs, le sulfate de quinine, les vésicatoires et la pommade stibiée , mais qui n'admet qu'avec réserve les émissions sanguines générales et locales, recommande le collyre au nitrate d'argent, l'extrait de belladone, quand l'irritation est un peu calmée, le vin d'opium en topique, et les ponctions de la cornée, lorsque l'ophthalmie est très intense.

M. Middlemore n'a aucune confiance aux émissions sanguines; les émétiques , les diaphoniques, sont, à son avis, plus nuisibles qu'utiles • les préparations d'iode ne lui ont procuré aucun résultat avantageux : ce sont les purgatifs qui lui ont le mieux réussi. Il recommande aussi l'usage du mercure à petite dose dans les cas ordinaires, et à hautes doses lorsque la maladie a envahi les tissus profonds. Les vésicatoires, les sétons, les cautères, sont pour lui des moyens qu'on ne doit pas négliger dans la pratique. Il préconise, en outre, le vin d'opium et la solution au nitrate d'argent.

M. Lawrence pense que le traitement de

l'oplitlialmic scrofulcusc doit avoir pour base une médication générale; les topiques, n'ont, d'après lui . qu'une action très secondaire.

Quant à M. Sichei , nous sommes forcés d'avouer que tout ce qu'il dit sur le traitement de l'oplithalmie scrofuleuse est encore plus vague. Après les émissions sanguines, les purgatifs, les mercuriaux et les révulsifs cutanés, ce praticien insiste pour qu'on ait recours à ce qu'il appelle des anti-lymphatiques. C'est aux antimoniaux, aux préparations de mercure, de barvte, d'iode, aux alcalins et aux toniques qu'il applique cette dénomination. D'après lui , les collyres astringents a peuvent être de quelque utilité dans les cas fort légers et dans le début de la conjonctivite scrofuleuse; mais ils nuisent sans contredit lorsque cette dernière est tant soit peu accompagnée d'irritation sclérotidienne, de pliotophobie ou de kératite. Ce que noys venons de dire, ajoutc-t-il, s'applique à tous les topiques, quels que soient leur nom et leur action ; la sclérotite les exclut, tous et d'une manière absolue (p. 392). »

Il est aisé de voir, au milieu de cette dissidence d'opinions , que la théorie a perverti la pratique. Qu'on considère les faits sous leur véritable point de vue, et dès lors on suivra une route rationnelle, et la thérapeutique en éprouvera infailliblement une influence heureuse.

Le traitement des ophthalmies dites scrofuleuses est le même que celui de la conjonctivite^ de la kératite ou de l'iritis , et doit par conséquent varier selon le tissu enflammé, milieu d"ètre administré d'une manière générale d'après un principe qui manque de base. C'est ainsi

638 OPHTHALMIES SPECIFIQUES,

que, lorsque la conjonctivite est seule affectée, le nitrate d'argent en solution suffit pour en triompher; tandis que si la cornée et l'iris se trouvent pris, il faut avoir recours aux moyens généraux dont nous avons parlé en traitant de ces deux affections. Doit-on conclure de là que la constitution lymphatique du sujet, ou, si on l'aime mieux, la maladie scrofuleuse, ne mérite aucune attention de la part du chirurgien ? Ce n'est pas là l'opinion de M. Velpeau ; ce chirurgien pense, au contraire, qu'on doit diriger vers ce but toutes les ressources de l'art ; mais il est convaincu qu'avant tout il faut faire disparaître Tophthalmie, et que pour obtenir ce résultat ce serait en vain qu'on auraitrecours à l'iode, à la baryte, à l'antimoine, aux alcalins et à toutes les autres médications réputées anti-scrofuleuses. Et qu'on ne dise point que ce sont là des idées formulées à priori'y les élèves et les jeunes chirurgiens qui assistent aux visites de M. Velpeau, à l'hôpital de la Charité, ont été bien souvent à même de se convaincre au lit des malades de la justesse des idés de ce chirurgien sur ce point.

Ophihalmie arthritique. — Cette espèce d'ophthalmie spécifique est une de celles dont la thérapeutique est sans contredit le moins avancée. Convaincus de la gravité de cette affection , les auteurs proposent en général de la traiter d'une manière énergique. C'est ainsi qu'on les voit conseiller les émissions sanguines abondantes, les purgatifs, les sinapismes aux pieds, le laudanum de Sydenham, le quinquina à l'intérieur, et les cautères énergiques. D'après M. Sichel, ces différents moyens remplissent une première indication; mais il en est une autre qui est tout aussi importante. «Celle-ci (je cite tes-

tuellement) exige des moyens qui exercent une action spéciale sur le système veineux et la circulation veineuse de l'abdomen. Le système veineux abdominal est, dans ces cas , à l'état de pléthore ; la circulation s'y fait lentement, incomplètement ; les sécrétions des viscères de

cette cavité sont insuffisantes De là l'usage

des saignées révulsives, des préparations d'aloës et de soufre, des'emménagogues.» Conçoit-on, je le demande, qu'un praticien aussi éclairé que M. Sichel , ait pu s'arrêter a de pareilles hypothèses, et n'est-il pas évident que c'est tomber dans le vague des suppositions les plus hasardées et diriger des moyens médicamenteux contre un fantôme?

Si l'ophtlialmie dite arthritique existait chez un goutteux, nul doute qu'il ne fallût combattre la goutte elle-même pendant qu'on attaquerait l'inflammation de l'œil. Mais comme la phlegmasie oculaire en question est ordinairement la seule raison qu'on invoque en faveur d'une constitution arthritique, et qu'il est d'ailleurs malheureusement reconnu aujourd'hui que le remède efficace contre la goutte est encore à trouver , on ne voit pas trop ce qu'il y aurait à faire de particulier dans le traitement de l'ophthalmie compliquée de l'affection goutteuse.

Envisagée sous le point de vue anaiomique, l'ophtlialmie arthritique qui, ainsi que je l'ai dit plus haut, n'est en général qu'une choroïdite, <u une iritis . ou l'indice d'une affection profonde de l'œil, ne réclame pas d'autres médications que celles que nous avons indiquées en traitant de ces différentes maladies.

Ophihalmie rhumatismale. — C'est ici une

640 OPllTHALMlEo SPECIFIQUES,

des oplitbalmies spécifiques qui ont le plus influé sur les déterminations de la pratique, sous le point de vue de la spécificité du mal. M. Lawrence , qui repousse à ce sujet les médications vantées eu Allemagne, n'en propose pas moins à titre de spécifique les préparations de colchique. <c Un médicament introduit dans la matière médicale, dit cet auteur, et qui pourrait assez bien mériter le titre à' anti- rhumatismal, est le colchique, qui réussit parfaitement bien dans les inflammations goutteuses et rhumatismales des articulations. Peut-être serait-il avantageux de remployer dans l'ophthalmie rhumatismale. Je n'émets ici qu'une conjecture, parce que je ne l'ai pas encore vu mettre en usage. » ( P. 203)

La thérapeutique de M. Weller est beaucoup plus compliquée , puisque ce praticien conseille successivement la saignée générale , les sangsues* au grand angle de l'œil , les sudoriftques, l'acétate d'ammoniaque, l'hvdrochlorate d'ammoniaque, le tartre stibié, les laxatifs, le calomel uni au soufre doré d'antimoine, le gaïac, l'aconit, le camphre, l'arnica, le polygala senega, la ciguë et la douce-amère; en môme temps qu'il prescrit des pédiluves sinapisés , des vésicatoires à la nuque, ou derrière les oreilles, et des frictions, au dessus des sourcils, avec l'opium en poudre et la salive. Lorsque l'ophthalmie est accompagnée d'ulcères, il conseille un collyre composé de pierre divine et d'une forte proportion de laudanum liquide.

M. Mackensie préconise contre l'oplithalmie qui nous occupe le calomel uni à l'opium à la dose de deux grains chaque matin , les frictions opiacées sur le front, les vésicatoires, la belladone, les purgatifs et les sudorificmes; mais

il regarde le nitrate d'urgent et tous les autres topiques comme nuisibles. C'est là aussi l'opinion dcM. Stocber, qui soutient que, dans l'ophthalmic rhumatismale , toutes les substances liquides doivent être mises de côté. Quant à M. Sicliel , qui tient le même langage que M. Mackensie, il conseille en outre les préparations antimoniales et de colchique.

Il est facile de voir que les auteurs se sont encore laissé dominer ici par des idées théoriques. M. Vclpeau ne craint pas de le dire, puisqu'il en donne chaque jour la preuve dans son service à l'hôpital de la Charité : l'ophthalmic rhumatismale ne réclame pas d'autres médications que celles que nous avons indiquées en traitant de la kératite et de l'iritis.

Ophthalmie syphilitique. • — Nous avons déjà dit que cette ophthalmie est la seule qui mérite réellement le titre d'ophthalmie spécifique ; aussi voyons-nous que le traitement est le même pour tous les praticiens. Les émissions sanguines , la pommade mcrcurielle autour de l'orbite, et les remèdes spécifiques à l'intérieur en constituent la base.

Quant aux autres variétés d'ophthalmies prétendues spécifiques, il est, je pense, complètement inutile d'en examinera part le traitement. Cautériser les pustules du bord libre des paupières ou de la conjonctive oculaire dans l'ophthalmic dite varioleu.se; employer les pommades anti-ophthalmiques dans l'ophthalmie herpétique; avoir recours aux collyres stvptiques, en même temps qu'on s'occupe de la maladie générale, dans les ophthalmies morbilleuse , scarlntineuse, c'est là tout ce qu'on peut dire d'utile sur ce point.

En résumé, voici comment M. Vel peau entend la médication des ophthalmies spécifiques.

1° Pour les ophthalmies qui sont réellement spécifiques, l'ophthalmie syphilitique par exemple, M. Velpeau partage complètement les idées émises sur ce point : attaquer l'état inflammatoire par les moyens antiphlogistiques généraux et locaux avec une énergie proportionnée à l'intensité du mal et à la constitution des sujets , recourir en même temps au remèdes pécifique s'il est connu, ou à ceux dont l'efficacité a été le mieux constatée par l'expérience : telle est la pratique que !a raison indique. C'est ainsi que, dans 1 ophthalmie vénérienne, M. Velpeau fait usage des émissions sanguines 9 de quelques opiacés, si les douleurs sont vives, tandis qu'en môme temps il a recours au traitement mereuriel , comme s'il s'agiseait de chancres au gland ou de bubons dans l'aine.

2° Pour les ophthalmies qui tirent leur nom de la constitution présumée eu sujet, il faut s'y prendre d'une autre façon. Ici la maladie de l'œil doit être traitée d'après le tissu enflammé, le degré, l'étendue, l'intensité de la phlegmasie, abstraction faite de la constitution géncrale du sujet. Puis, s'il existe une affection générale, si la constitution est viciée ou détériorée, il est évident qu'il faut chercher à la modifier, à l'améliorer; en d'autres termes, M. Velpeau a toujours à traiter dans ces ophthalmies, ou des blépharites, ou des conjonctivites, ou des kératiies, ou des iritis, ou quelque autre inflammation des tissus plus profonds de l'œil, et il associe au traitement de chacune de ces affections les movens généraux que semblent réclamer l'état de santé et la constitution particulière des

Page 1