‹ Manuel républicainChapitre 7 sur 38 · QU* EST-CE QUE L'ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

QU* EST-CE QUE L'ÉGALITÉ

La liberté qui attribue à Thomme le gouvernement de lui-môme et constitue sa personnalité, n'est pas un privilège, mais elle est Tapanage de l'humanité ellemême. A ce titre, toutes les créatures humaines sont égales : elles ont les mêmes droits innés et inviolables. Pierre a beau être moins fort, ou moins habile, ou moins riche que Jacques ; il n'en est pas moins, comme homme, c'est-à-dire comme être libre, l'égal de Jacques, et celui-ci abuserait de sa force, de son habileté ou de sa richesse en l'opprimant, ou en le traitant comme une créature inférieur.e.

L'égalité découle donc nécessairement de la liberté. Dire que les hommes sont libres, c'est dire qu'ils sont égaux, puisqu'en vertu de cette liberté chacun doit être son propre maître, et que nul ne peut se faire le maître des autres que par usurpation.

Considérée dans l'ordre civil ou politique, cette égalité devient celle des citoyens. Ils doivent être égaux devant la loi, en ce sens qu'ils doivent être tous indistinctement soumis à la même loi : c'est ce que l'on nomme plus particulièrement l'égalité civile; et ils doivent aussi être égaux dans la loi, en ce sens qu'ils

qu'est-ce que l'égalité. 5

doivent tous participer à la formation des pouvoirs chargés de la faire ou de l'exécuter : c'est ce que l'on appelle spécialement V égalité politique. Sans cette double égalité, les membres de la société, au lieu de former^ comme il est juste et conforme à l'intérêt général, un seul et même corps, sont divisés en classes distinctes et nécessairement- hostiles : la loi n'étant pas la môme pour tous, on a une classe de privilégiés en face du reste de la nation ; et tous ne participant pas au gouvernement de la chose publique, d'un côté sont les gouvernants et de l'autre les gouvernés.

Plus de privilèges, plus de distinctions de castes ou de classes, tous citoyens au même titre, telle est l'égalité dans l'État. Elle n'existe pleinement que dans la république.

Peut-elle aller jusqu'au nivellemetit de toutes les fortunes sous un môme cordeau? Non, car ce nivellement serait la ruine de la liberté. Mais ce doit être l'etTet de la liberté même, éclairée par une solide instruction, et de lois habilement combinées en vue de l'intérêt public, d'éteindre dans la société la misère, de développer le bien-être général et de rapprocher de plus en plus les conditions sociales.

Ceci nous conduit au troisième terme de la devise républicaine : la fraternité.

qu'est-ce QUE LA FRATERNITÉ?

I n'est que juste de respecter dans tout homme, par conséquent dans tout citoyen, la liberté qui lui est inhérente. Agir autrement, ce serait violer en lui un droit imprescriptible.

II n'est que juste aussi de traiter tous les citoyens comme des égaux. Tout privilège, toute distinction de classes est contraire au droit humain, dont le droit civil et le droit politique ne doivent être que la consécration et le développement.

La liberté et l'égalité sont donc de droit strict, et la Révolution française, en les inscrivant dans sa devise, n'a fait que se conformer à la simple justice.

Mais le respect du droit strict ne suffit pas dans la société. 11 ne suffit pas de ne pas' attenter à la liberté d'autrui et de ne pas blesser l'égalité qui dérive du principe même de la liberté; pour qu'une société d'hommes soit vraiment humaine, il faut qu'ils se, regardent comme faisant partie, à titre d'hommes, d'une seule et même famille, et qu'ils s'aiment comme des frères.

Ce nouvel élément, qui forme entre eux un lien, non pas seulement de respect, mais d'affection réciproque, est ce que l'on nomme la fraternité.

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