XXX. Légende du tableau inférieur, folio vin
Premier compartiment du tableau inférieur, folio vni* 186
Première inscription du tableau inférieur, folio viii* i8i
Deuxième compartiment du tableau inférieur, folio vin* 1 8ù
Deuxième inscription du tableau inférieur, folio vni* '85
Premier compartiment du tableau inférieur, folio ix* i85
Légende du tableau inférieur, folio ix* 1 ""
Première inscription du tableau inférieur, folio ix* 18b
Deuxième compartiment du tableau inférieur, folio ix* : » 86
Deuxième inscription du tableau inférieur, folio ix* «87
XXXI. Première légende du tableau inférieur, folio x*, faisant suite au folio ix* 187
Tableau inférieur, folio x* "-7
Inscription du tableau inférieur, folio x* » 80
Deuxième légende du tableau inférieur, folio x* 189
XXXII. Explication du premier compartiment, tableau intermédiaire, folio ni* »89
Première inscription du tableau intermédiaire, fol. ni* Mt"
Explication du deuxième compartiment du tableau intermédiaire, folio ni* 190
Deuxième inscription du tableau intermédiaire, folio m* '9'
Légende du tableau intermédiaire, folio m* ' 9 '
Explication du troisième compartiment du tableau intermédiaire, folio m* 191
Troisième inscription du tableau intermédiaire, folio m* '92
P»ges.
XXXIII. Explication des premier et deuxième compartiments, tableau intermédiaire, folio iv* 192
Première inscription du tableau intermédiaire, folio iv* n,3
Légende du tableau intermédiaire, folio iv* iq3
Deuxième inscriplion du tableau intermédiaire du folio iv* ia3
Explication du premier compartiment, tableau intermédiaire, folio v* tqà
Première inscription du tableau intermédiaire, folio v* iq5
Légende du tableau intermédiaire, folio v* 1 oO
Conclusion
Tableau des caractkres phonétiques
SYSTÈME D'INTERPRÉTATION DES SIGNES HIÉROGLYPHIQUES ET DE LECTURE DU MANUSCRIT TROANO.
AU SYSTÈME D'INTERPRÉTATION DES SIGNES HIÉROGLYPHIQUES ET DK LECTIRE Dl MANLSCHIT TUOANO.
(•ai
Après rexpositioii générale du système graphique de la langue maya hI Texpliion particulière des signes dont il se compose, un des moyens les plus propres à jeter de la lumière sur la lecture des inscriptions mystérieuses fin Mamm-nl Troano, c'est d'avoir, avant toute chose, une idée de ce qu'elles peuvent rcnlcun-. Nous avons cht précédemment (tome F, page i ho) quelle était notre ophiion à (^et égard : la lecture attentive des documents mexicains, jointe aux images si rrHp])antes des pages de notre manuscrit, ainsi que des autres documeuls du mèm.genre publiés par lord Kingsborough, nous avait convaincu qu'il s'agissait du cataclysme qui avait séparé l'ancien et le nouveau continent. Aujourd'hui, éclairé |)ar la traduction, en partie terminée, de ïEistoire des Étais de Coihuavnn et de Mexico, que nous avons si souvent citée sous le titre de Codex Chimalpüim-a . nous venons, avec plus de confiance que jamais, témoigner, non d'un cataclysme uniqur. mais de l'histoire des cataclysmes divers qui ont fait le nu)nde actuel. Le Manuscvit Troano ne renferme donc pas le récit d'une simple catastrophe, comme sérail relui que Platon nous a laissé de la ruine de l'Atlantide.
Nous avons aujourd'hui la conviction qu'il contient, sinon en entier peut-étir au moins en grande partie, la même histoire que nous achevons de Iraduin^ (l< kl langue náhuatl. C'est celle des grandes révolutions de la nature, au sortir (l< l'époque glaciaire, des transformations de la terre dnrani les âges lacustres, jus-
i>t)/i SI PPLEMENT
(jn';ui teni|)s de la ('(11181111111011 diilinilive du gloire, en parliculier, pour les C(jles de r \rrl(|ue cl le (^oullueul aiiK-rlrain. Sous les images souvent grossières, en apparence, <|i!l oriieni les tableaux do œ docuinenl, se d(^rol)e la science du monde antique (|U(' Ton croyait perdue : la g(jograpliie, la géologie, l'histoire naturelle y sont cafacl('ris(ies sous des dessins bizarres que l'on a pris trop longtemps pour les prodiiclions capricieuses d'un génie superstitieux. Si quelquefois les vives couleurs dont ils sont ornés se rapportent aux effets du feu et de l'eau, le plus souvent elles ont jiour objet de peindre les roches variées et les diversités de terrains qui s"y sont superposées; de faire connaître à l'initié les végétaux dont se compose le sol, selon les lieux et les régions qui y sont désignés. Les flores particulières, appai'ues aux diverses époques de la formation du globe, depuis que riionime fut (Ml état de les observer, leur répartition, celle des localités ou des contrées qui, l(> plus souvent, en ont piis le nom, tels sont les faits consignés par les lii(érogrammates américains dans le Manuscril Troano, ainsi que dans les différents documents, dits mexicains, existants dans nos bibliothèques.
C'est là, certes, une nouveauté qui étonnera le monde scientifique; mais c'est un fait que tout homme studieux est à même de vérifier. Tous ces documents racontent la même histoire, liien qu'avec des variantes nombreuses^ reposant suides diflerencos de régions et de localités, et dont l'annaliste s'occupe, selon les circonstances, avec plus ou moins de détails, de la même manière que nos auteurs pour les histoires générales. Telle est l'idée que nous avons tenu à établir concernant le Mmmscrit Troano, avant de reprendre le thème de l'interprétation.
(commençons par exposer les observations qu'on nous a faites relativement au système que nous avons développé. N'ayant émis aucune idée arrêtée d'avance, nous sommes tout prêt à réformer les conjectures qu'on nous démontrerait être erronées. On nous a demandé sur quoi nous avions basé la théorie consistant à lire les groupes hiéroglyphiques de bas en haut et de droite à gauche, en nous disant que nous ne nous étions pas suffisamment expliqué à cet ép;ard. L'oIisîtvation était pleine de bleuveillauce et nous comprenons combien il est utile d'y répondre. Kous disons donc que la première raison que nous avons eue pour lire les signes de droite à gauche, c'est que les figures et les profils sont tous tournés dans cette direction; la seconde, c'est que les diverses tentatives que nous avons
AU MANUSCRIT TROANO. 2-25
i'ailos pour lire dans le sens contraire ne nous onl donné aucun résultat salistaisaut; les mêmes raisons nous ont convaincu que la lecture devait se faire de bas en haut, et, après de nombreux essai? toujours infructueux, soit de gauche à droite, soit de haut en bas, nous en sommes revenu à ce que nous avions avancé précédemment.
Ces tentatives nous amenèrent, néanmoins, à examiner plus attentivement chacun des signes hiéroglyphiques que nous avions analysés dans le premier volume, en particulier ceux qui représentent les vingt jours du calendrier. Eclairé par notre vei-sion mexicaine, nous avons cru y découvrir qu'outre la valeur générale qu ils empruntent à leur expression phonétique, ils en ont une autre, toute spédale, que nous allons chercher à expliquer : c'est celle qu'ils dérivent de leur qualité idéographique, en tant que symboles des vingt jours du mois maya : ce que nous avons eu tort de négliger d'abord. Des explications que nous trouvons dans les œuvres de Nufiez de la Yega, évèque de Chiapas ('', il résulte, en effet, que les vingt jours du calendrier étaient regardés comme autant de chefs, et Las Casas, pai'lant de Kukukan, ou Quetzal-Coatl, les désigne connue les compagnons de ce dieu en Amérique : les traditions mexicaines les appellent les vingt grands dieux et nous savons par les commentaires de Rios, dans la Copie Vaticaiie^^\ que les uns périrent au déluge, que les autres furent sauvés. De là donc nous pouvons inférer que les vingt chefs de la race américaine symbolisaient autant de régions, et comme ils sont donnés pour compagnons de Quetzal-Coatl, nous sommes assurés ainsi que c'étaient les vingt régions principales qui existaient, à cette époque, en relation avec le Quetzal-Coatl.
Tous les documents sont unanimes à nous apprendre que Quetzal-Coatl était le roi pontife de ToUan ou Tula. Qu'est-ce que ToUan ? Ce nom-là même nous rapprend, c'était un pays de joncs, des jonquières ou des marécages, tol-laii. D\m antre côté, nous savons maintenant d'une manière certaine par la version mexicaine citée plus haut que, sous le nom de ToUan, les annalistes at^ciens révélaient aux initiés que c'était l'ensemble des régions lacustres qui avaient recouvert une partie du monde à la suite de l'époque glaciaire. Les vingt pays principaux de
'' Constilucioncsdiœccsanas del obispado (kCldiippa,clc. ' -\p. kinyshoi-oiigl,. Mcxinm IííííV/»í7/>í-, ck. vol. V.
in prwamb. n" 3.3, 3.'i et 35. passim.
•2 oc SI PPLKMENT
Tollaii (wprimenl donc mie division do ces régions. L'élude altenlive des documenls mexicains, et surtout celle des divinités qu'on adorait, les fera, nous Vespérons, relrouxer en entier avec le temps, el permettra de reconstituer l'ancien monde lacustre. En attendant, ce C[ue nous pouvons avancer avec confiance, c'est que les vingt noms des jours mayas en sont les symboles. Nous ne travaillerons pas à les identilier tons : cette nouvelle étude nous mènerait trop loin pour le moment; nous nons contenterons d'examiner ceux que représente la page du titre, ainsi que les quatre (jui sont désignés par Lauda comme les caractères initiaux des années. Ces derniers sont : Kdii, Mnlitc, I.v et Cauac, correspondant, dans le mexicain, à ToclilJi. Acatl, Tecpatl et Calli. Ils désignent connnunément les quatre points cardinaux, Kàn, le sud, selon Landa; Mnliic, le levant; Lr ou //?>, le nord, et Cdnac, le couchant. Observons toutefois ici que (logoUudo, suivi par Pio Pei'ez, donne Kan au levant, Muluc au nord, Hix ou /.r au couchant, et Cauac an midi : nous préférons nous en tenir à l'opinion de Landa ; car c'est celle du plus ancien des écrivains yucatèques. Ces mêmes caractères sont généralement désignés comme les (piatrc grands dieux, les supports dn ciel et de la terre, Canoh, et comme les soutiens de l'eau, Bacah. Diverses traditions, celles, entre autres, recueillies à Haïti et aux Antilles, semblent attribue!' exclusivement ces noms aux cpiatre grandes îles, à la Jamaupie, au sud exprimé par Kan; à Porto-Rico, à l'est, par Miiluc;h Haïti, au nord, par /.r; et à Cuba, à l'ouest, par Cauac. D'autres paraissent exclure Porto-Uico, attribuant ][uluc à Haïti, Ix à Cuba et Cauac au Yucatán, jusqu'au Pacilique. Dans les Annales (les Etals de Colhuacan el de Mexico, que nous avons citées précédemment sous le nom de Codex CIt'nnalpopoca. les quatre noms initiaux des années s'ap])liqneraient, non sans une certaine apparence de raison, aux c|uatre parties du monde, reconnues dès les temps primitifs. Kdn ou Tochlli aurait désigné, avec l'Afrique, les régions inférieures du sud, aujourd'hui en grande partie submergées par l'océan Atlantique méridional : Muluc ou Acall, le bassin de la mer Egée, avec l'Asie occidentale; Ix ou Tecpall, les régions septentrionales de l'Europe, et Cauac ou Calli, les régions occidentales, y conqiris l'Amérique. Telles sont les notions diverses que nous avons recueillies au sujet de ces quatre caractères et que nous donnons ici, néanmoins, sons toutes réserves. Bien qu'incomplètes encore, ces notions ne sau-
ATÍ MANUSCRIT TROANO. -in
raiciil maiiquer dVitre iililcs aux savants qui voudronl s'occuper de ces matières (H travailler à l'interprétation du Mainisrn'l, de Dresde.
Dans l'intention de leur faciliter encore la voie à ces travaux, nous ajouterons ici ([uelques explications relatives à la page sommaire du Manuscrit Troano, d'après les renseignements que nous avons recueillis depuis l'impression de notre pi-cmier volume. Diverses observations verbales nous ont été faites également à ce sujet et nous désirons correspondre ici à la bienveillance qui les a dictées. La première concerne le mode de lecture : examen fiñt de notre traduction, on est convenu que les groupes devaient se lire ainsi que nous l'avions indiqué pour l'ensemble du document; mais on nous a demandé si, en ce qui concerne la page d'ensemble du sommaire, il n'y aurait pas lieu à la lire en entier, en remontant de bas en baut, depuis le premier groupe, à droite, exprimant (^HJ^ ^^ ^ , (di hau kánn kal\ c'est-à-dire «le maître de la terre (enfermé dans le) bassin c'est le k\\,^-> jusqu'au caractère ^^, manik, le plus élevé de la colonne à droite. Après avoiifait plusieurs essais, de bas en haut, de droite à gauche, comme de haut en bas et de gauche à droite, nous en sommes revenu à notre première lecture : mais ces tentatives nous ont amené à éclaircir plusieurs points intéressants et dont nous ferons part à mesure des explications présentes.
Sans faire une lecture nouvelle de la page sonnnaire, nous reprendrons tour à tour chacune des lignes c^ui la composent, en ajoutant à notre interprétation précédente ce que nous avons appris depuis. Au premier groupe nous trouvons :
ÊIIÎ3 ^ © %
(di ha-u Ldaii kak
Cfliii (tu jjassin deau do la (erre soulevée c'est le i\'\\.
Contimions :
ca-ban im-ix oc holon
C'est lui ([ui a bouleversé le profond aliinie de la jambe ' (a l'oulé) ueuÎ pa\s.
''' Oc, la jambe, designo unn contrée, peut-être l'Italie; vÇj^ "c soit l'hieroglyplie (le In ceinture, .toc , ijiii
à moins que ce signe («(o», au lieu d'être une variante d'oc sait l'Italie à l'Afrique par la Sicile ("/).
ËE). ffl © © ©
(ih kdan ah hánn Ldan
Oliii clos s('ci-('lions soulevées, celui des sécrétions soulevées en niasse, a formé une monlagne.
tt^ (groupe composé des signes ^ ^, du ^ éclatant et de |) rt// Ä7?'«/i oZ» (ou boj eu
Celui des sécrétions a éclaté
Œ) (M) (M) ffl
rt/t káan kdan káan
(loliii des séci'étiuns soulevées a formé un double bassin à l'aide de ses sécrétions.
I.o cai'aclèro que nous rendons par les deux premiers káan n'a pas été fondu : il en repi'ésente deux, unis de telle façon qu'ils semblent deux ravins séparés par une liante montagne, puis au-dessus vient un autre ^^, kdan, et l'ensemble du groupe semble exprimer que deux bassins se sont formés, séparés par un barrafe Irès-élevé. Si nous nous en rapportons à ce que nous lisons dans nos Annales, nous serions tenté de penser que ces deux bassins font allusion aux deux grandes perlions de la Méditerranée, qui, durant l'époque lacuslre, aurait été partagée en deux grands lacs, avant d'avoir été réunie à l'Océan. Ces deux lacs auraient formé les deux parties orientales du royaume de Quetzal-Coatl, entre l'Europe et l'Afrique, les autres ayant occupé la contrée actuellement ensevelie sous l'Allautique, dans la direction de l'Amérique : la ceinture ([ui les séparait,. i oc, en mava, Maxtla, en mexicain, aurait été formée de dépôts de toute espèce, ayant au centre une liante montagne désignée sous le nom d'OinblUc, et qui parailrail avoir élé l'Etna (?). (jonlinuons avec le dernier groupe, très-oblitéré, mais où nous croyons lire :
ah )icHU
C'est lui (rOmbiiic) ipii est le maître du bassin (encore fermé par le double lien qui serre le gigot de l'animal . tignranl la terre disparue en ces lieux).
Le caractère c|ui suit ce groupe, en montant, est une sorte d'ampoule rouge, cerclée d'une ligne également rouge c¡ui laisse au-dessus im assez grand vide,
AU MANUSCRIT TROANO. 229
comme indiquant une forle boursouflure : n'ayant malheureusement pas fait fondre
ce caractère, nous l'indiquerons parle suivant (^2), avec lequel il présente une certaine analogie. Nous sommes encore dans le doute sur la signification de ce caractère : nous pensons, toutefois, que sa couleur correspond à celle du signe ^^, káan, argile ou sédiments montés, couleur exprimée par le même vocable dans la langue maya; sa forme boursouflée répondrait, d'aiUeurs, à l'idée que donnent les Annales que nous traduisons, des lieux souterrains d'où s'échappèrent les premières boues volcaniques, vers la fin de l'époque glaciaire. Observons, d'un autre côté, que ce caractère n'apparaît pas dans les pages suivantes.
Le chiffre 18, rendu par trois barres rouges superposées, ^^, portant trois points également rouges, exprime-t-il un nombre égal de terrains volcaniques? c'est ce dont nous ne sommes nullement certain. Toujours guidé par nos Annales, nous avons quelque raison de supposer que ce sont des couches diverses de terrains ou de débris végétaux, qui jouent également un grand rôle dans toute cette histoire : dans ce cas, les trois points rouges pourraient correspondre aux issues formées à la surface du sol et d'où s'écoulèrent les bourbes volcaniques qui auraient si puissamment contribué à changer la face du monde. C'est à quoi paraît répondre ici l'hiéroglyphe suivant, composé de la lettre ii.^, -^'^ flont le son est celui du cli français, et du fond de la lettre ^ , 0, ce qui nous donne xo, sifflement, primitif de aob, siffler, et de xoc, la ceinture, et le verbe répandre ou lancer des sédiments; d'où compter des grains, ainsi que l'énonce figurai ivemenl l'hiéroglyphe par le pointillage qui fait le son de x (ch).
Mais une particularité que nous n'avions pas remarquée précédemment, c'est que ce caractère en renferme un autre, minuscule de la lettre ^, n, faisant ainsi xon (chou) : ce vocable, toutefois, ne répondant à rien, nous croyons devoir lire le groupe .r-tio, c'est-à-dire w celle du nœud ou du fondement, etc., celle qui occupe ff et qui est la maîtresse des nœuds de la terre,"- la terre mère elle-même avec les eaux qu'elle contient, généralement appelée Xnuc au Yucatán, et Oxomoco au Mexique, la mère des dieux et des hommes. Ce nom el le groupe qui en est le symbole nous font penser à l'examiner en détail. Ce qui y attire tout d'abord l'altention, c'est la figure ^^, qui, seule et par elle-même, est l'hiéroglyphe de la lettre m, son qu'expriment les lèvres en profil de cette image; c'est de ces lèvres
que paiientles '■}.., deux lignes de points, signifiant l'épanchement ou le sifflement. Avant d'aller plus loin, remarquons que si le profil, ici, ressemble plus ou moins à celui du nègre, il prend, dans la page sommaire, les aspects d'un orang-outang, comme dans le signe M. Maintenant observons que m, ainsi que l'hiéroglyphe qui en donne le son, rend encore l'idée de la terre mère, sous les trois variantes de son nom, ma, mo et mu : la première, signifiant vulgairement le bras ou la main, mais qui sendjle composée de 'm-a, ^onvum-a, eau tout autour; la seconde, mo, nom de l'ara, syndiole à la fois de l'eau, de la terre et du feu : de la terre par son bec triangulaire, de l'eau par ses plumes bleues, et du feu par ses plumes rouges. Mo, en même temps, a le sens d'une loupe, d'une excroissance de chair et de terre : c'est ce qu'on croit voir dans l'excroissance qui forme le nez de cet hiéroglyphe, remarquable, surtout, dans le vocable wo,^^, que nous trouvons écrit avec une tête d'ara, et où le bec et le nez se confondent. Mo, analysé comme la première variante, donne 'm-o, pour um-o, autour de la surface ou du bassin, c'-est-à-dire le contour de l'eau. Mu, qui est la troisième, et qu'on peut analyser de même, 'm-u, pour um-u, autour du bassin, a gardé, dans le quiche, plus encore c|ue dans le maya, le sens de moisi, d'humide et de détrempé par l'eau. Dans l'hiéroglyphe qui en est le synd)ole, ^S^, je crois retrouver le bassin dans l'œil ouvert; et l'ornement, en forme de canal, qui fait le tour de la tête, divisé, d'ordinaire en divers compartimonls, semble encore faire allusion aux différents bassins remplis d'eau qui recouvrent la terre, tandis que les lignes qui les séparent figureraient les reliefs des montagnes. Ajoutons que le dernier des sept groupes, au lieu de se tenniner à gauche par le signe '•.'•.,. , qui complète les images de mu pour lui donner le son de .r (c/î), finit avec le bassin de la lettre u, ||, qui lui donne précisément le son de mu, la terre mère, la terre molle, dont les bassins semblent remplis par toutes les déjections qu'elle a vomies.
En passant du groupe xno au groupe supérieur, nous y retrouvons la boursouflure rouge que nous signalons avec l'hiéroglyphe (^^ , expliqué plus haut , ainsi que deux barres rouges !=!. également expliquées au même endroit. Le lecteur peut ici suppléer le reste à l'aide de notre iiderprétation, page i/i8 du tome I". Dans le groupe noir qui les surmonte se présentent, d'abord, deux caractères ^, l'un au-dessus de l'autre, identiques avec celui que Landa donne
AU MANUSCRIT THOANO. 23j
pour le signe de la lettre c. Nous avons dit précédemment que, dans l'alphabet conservé par cet écrivain, deux signes dilTérenls représentent les deux variantes de cette lettre : ^ pour le son du c joint à Va, c'est-à-dire ca, et ^ pour le son du c joint à u, faisant eu. Nous avons ajouté alors. que le caractère O devait probablement se prendre pour exprimer le son des autres voyelles, unies au c, c'està-dire pour les sons ce {qe), ci (qi) et co. Quant à ce" dernier, nous pensons actuellement qu'il ne saurait guère se représenter que par le caractère 0) de la syllabe eu, le co n'étant, après tout, qu'une variante de eu, dans le sens aussi bien que dans le son. Nous ajoutons que nous avons toute raison de penser que le caractère ^ ne saurait s'appliquer qu'à des vocables composés de ce ou de ci et que le caraclère lui-même n'est que le symbole ordinaire de la glace, énoncée par le vocable ce (qe), primilif, peu usité en maya, de eel {qel), glacé, gelé, froid, etc., mais comnmnément employé avec cette signification dans la langue náhuatl, où eel {sel) se prononce comme en français; de là probablement le latin gelidus.
A l'appui de cette hypothèse, nous avons consulté tous les documents d'origine mexicaine contenus dans la collection de lord Kingsborough , et nous y en avons trouvé la confîrmalion la plus entière. La première image que nous citerons est celle même du dieu de la gelée et de la glace, Itztlaeal-Yuhqui, littéralement rr celui qui est comme bruni avec la glace ou brillant par la glace : 11 elle est à peu de chose près identique dans le Manmerit Letellier^^^ et dans la Copie Vaticane '"^'. Sans entrer dans tous les détails de cette image, contentons-nous de citer ceux qui ont un rapport direct avec notre sujet. Dans le premier de ces deux documents, Itztlacal-Yuhqui apparaît sans visage : le profil ordinaire des divinités mexicaines est remplacé par une série de pointes blanches, en tout semblables à celles qui se trouvent renfermées dans notre caractère ^, et la tête est couronnée d'un ornement identique, légèrement arqué comme une crête de coq. Or Sahagun ^^\ parlant du dieu Centeotl, dit que, dans la fête qui se célébrait en l'honneur de Toci, ce dieu portait un chaperon couronné d'une sorte de crête de coq, et cpie
''' Codex Tell. /<t»¿. dans Kiiigsborough , Me.ricim An- tibriiiy of thc Vatican, vol. II, p. 17. — "' Uistoiia gcn. liquilies, e<e. vol. 1, part. II, p. 18. de las cosas de Nueva España, lib. 11, cap. .\xx, p. 1 .'j 1 .
'"' Kingsborough, Copy of a Mexican Manusciipl aj thc ëdit. de Me.\ico.
rA-2 SUPPLEMENT
ce chaperon était le syml)ole du dieu de la gelée, It'Jlacal-Yuhqui. Dans l'un et dans l'aulre document, le chaperon est traversé par une grande flèche à la pointe rouge, ornée dans toute sa longueur de petites touffes qui semblent deslinées à représenter la neige ; ajoutons c{ue le dieu porte , en outre , une foule de petites stries , également destinées, en apparence, à symboliser quelques-uns des phénomènes du froid. Dans rimage de la Copie Vaticane , le dieu porte encore sur la poilrine le symbole ïïs, (|ne nous avons déjà mentionné comme pouvant être un de ceux de la glace, mais (|ui parait être plutôt celui du sel ou de Teau salée, représentée ailleurs par ce signe dans une position inverse.
Pour continuer cette matière, ajoutons cpie, dans un grand nombre d'autres peintures, les pointes apparaissent avec la même signification de la glace. La plus riMuarcpuible est celle du dieu Cipactli, souvent syndiolisé dans une sinqîle mâchoire de serpent, largement ouverte et béante : qu'on examhie les dénis de cette mâchoire, n'importe dans quelle image, et l'on trouvera qu'elles sont identiques avec les pointes du caractère ^. Or CipactU, dont le nom a été interprété par nous, et ])ar d'autres avant nous, de tant de manières diiTérentes, se découvre, avec sa signilicalion propre, dans l'anagramme YzpatU, qu'en donne l'interprète de la Copie Vaticane ^^\ 1 zpatli ayant le sens «d'emplâtre ou de couche de glace." Dans ses diverses images, le Cipactlia généralement les pointes légèrement teintes de rose; cette coloration ferait peut-être allusion à l'aube matinale rougissant les cimes du glacier; de là, alors, l'identilication de cette divinité avec l'étoile du matin, Tlahuizcalpan-TeHctli, qui est la glace, diiY Histoire des Soleils''-^ Ainsi que toutes les autres images dont les noms renferment la syllabe iz ou itz, le dieu ou la déesse Itzpapalotl présente le même symbole, traduit d'ordinaire par r? lame, rf couteau ou lance d'obsidienne;" de là cde papillon aux couteaux d'obsidienne,^^ lecture ordinaire de ce nom et hiéroglyphe d'une région comme le Cipadli , et signiliant ff une surface entrecoupée ou entremêlée déglaces." On comprend, dès lors, l'assimilation du caractère (^, ezanab, avec le caractère mexicain tecpatl, couteau de pierre, lequel, à sim tour, s'identifie avec le nord, ce rumb, d'ordinaire, étant
''' Códice Messicauo clie .te conserva iiellii hihiiolcca Vu- '"' Hist. des Soleils ou des époques de la nature, appendice
licana, np. Kingsboioiigli , ibiit. vol. V, lav. xmii , 11° (j, à l'Histoire des Etats de Colhuacan et de ñte.rico. Ms. de p. 182. la coll. Botiirini, copie de raa coUeclion.
AU MANUSCUIT THOANO. :?3:î
désigné par le caractère Ce-Tecpatl, un couteau de silex, ou plutôt Cet Ecpatl. :r région de Cet et d'Ecpatl, étendue de glace. îi Ajoutons, pour plus de clarté, un des principaux groupes du Manuscrit Troano qui paraît assez fré([ueniinenl dans les premières pages du document : c'est le groupe ^K, ([ue nous avions considéré jusqu ici comme le symbole d'ime terre surgissant au-dessus de l'eau découlant de ses flancs. Mais les pointes dont il est environné, bien qu'analogues au signe égyptien avw^a, traduit par rceau,^^ sont évidennuent ici le symijole de la glace, telle qu'elle se présente sur le cliaperon du dieu Itztlacal-Yuhqui et des ' autres divinités de la même catégorie. Aussi sommes-nous d'avis maintenant de lire ce groupe ah haan cel, le maître de la terre (c'est) la glace.
CipactU est donc une montagne couverte de glace, dont les livres mexicains déterminent parfaitement la situation : nous aurons ailleurs l'occasion d'en parler. Ce que nous pouvons dire, dès à présent, pour rectifier ce que nous avons avancé précédemment, c'est que ce n'est pas le groupe des petites Antilles; car il y a tout lieu dépenser qu'il faut lui assigner une place beaucoup plus au levant. Ajoutons que cette divinité est la personnification non-seulement d'une localité parfaitement déterminée, mais encore d'un fait géologique très-important; elle est la personnification d'une montagne dont les glaces se fondirent dans les eaux de la mer où elles furent bouleversées par les volcans : c'est à quoi fait allusion le mot - menteurque divers auteurs donnent pour traduction du nom (ÏItztlacal-îiihqiu, d'après l'orthographe iVLrtlacol-ïithqui, -le louche ou le visage à l'envers,- que bii attribuent d'autres écrivains '''.
Nous pourrions multiplier considérablement ces détails, si nous voulions rapporter ici minutieusement les noms et les symboles qui abondent à ce sujet dans les documents mexicains. Mais nous croyons en avoir dit suffisamment pour prouver l'identité du caractère ^, c, avec les divinités symbolisant la glace ou les glaciers. Cette matière, que nous avons eu le temps d'étudier plus à loisir depuis la publication de notre premier volume, nous met maintenant parfaitement à l'aise pour ce qui concerne les deux hgnes si considérables de caraclèros ^, que présente
"> Rios, Cod. Mess. Vaticano, ap. Kingsbon.ugh , ibul. vol. \ . t.v. xxxmi. p. . 83. - Fahrngat. Esposizionolel Codice Mess. Borgia, etc. xMs. de ma collection, passi'wi.
23d SUPPLÉMENT
la page sommaire du Manuscrit Troanu. Nous avions longtemps hésité devant la traduction que nous en avons donnée alors; aussi sommes-nous heureux de pouv(jir aujourd'hui en offrir une qui nous paraît si conforme à Tensemhle des événements dont ce document parait rendre compte.
En effet, si nous examinons les groupes différents de la ligne des ce {qe), et que nous en cherchions l'interprétation, la première chose qui y attire l'attention, c'est la manière particuUère dont ces caractères sont disposés. Au premier groupe, on en voit deux, au second trois, puis quatre, élevés l'un sur l'autre, puis quatre encore à chacun des trois autres groupes. Pourquoi cette différence, pourquoi cette disposition? Elles doivent évidemment avoir une raison d'être : voici donc celle que nous croyons y reconnaître. S'il est vrai qu'à une époque reculée d'immenses glaces aient couvert une partie du monde et que ce soit là ce que les hiérogrammates américains ont voulu symholiser dans ces caractères, ils doivent avoir cherché également le moyen d'en indiquer l'orientation. L'ahsence des caractères initiaux, donnés d'ordinaire, par les auteurs, comme signes des quatre points cardinaux, est un indice suifisant pour prouver que telle n'est pas leur fonction dans la circonstance actuelle. Mais, à la vue des groupes divers de ^, ce, et après l'examen de leurs différences déposition, nous avons pensé qu'ils pouvaient avoir été placés ainsi pour combiner la situation des points cardinaux avec l'image de la glace, d'après le chiffre caractéristique des quatre signes initiaux des années. Ainsi le premier, Kdn, étant au sud, pourrait avoir été remplacé par un seul^; le second, Maine, étant au levant, par deux; le troisième, Lv , au nord, par trois ; et enfin le quatrième, Cauac, qui est au couchant, par quatre de ces mêmes caractères.
Cela une fois admis, l'orientation des groupes signifiant la glace devient facile. Ce système, que nous soumettons à la critique du lecteur, est celui sur lequel nous nous sommes basé pour oi-ienter nos groupes. Une chose remarquable à cet égard, c'est que, ni dans l'une ni dans l'autre des deux lignes indicatives de l'époque glaciaire, dans la page sonmiaire, on ne voit un ^ isolé; cela veut-il dire qu'aux pays africains et atlantiques du sud il n'y eut point de glaces: tout semble autoriser ici cette conjecture? Disons encore, avant de terminer cette digression, que les petites flèches, si caractéristiques dans les inscriptions cunéiformes, nous
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ont frappé plus d'une fois par leur ressemblance avec les glaces du Cipactli, etc., et que l'idée nous est venue souvent que ces inscriptions devaient leur origine aux glaces de l'époque qui nous occupe en ce moment. Voici maintenant, d'après notre lecture actuelle, ce que cet ensemble nous donne :
W Les places au hwaiit. . . . ° ^ les places au nord formèrrut une croule au- ••■•^ ' ©S)
dessus; sur le bassin (?) deux sommels apparurent (?).
^¿ Les glaces amoncelées à l'ouest sont renversées par les terres bouleversées en onze ^¿ pays dilTérenis. (Je suppose que la position verticale des signes numériques in- J^ dique des pays qui se soulevèrent en renversant les glaces qui les couvraient (?j.j
)á¿)^ -^^ A l'ouest, douze pays apparurent au-dessus des glaces. ^©
•O Les glaces amoncelées à l'ouest laissèrent apercevoir rpiatre pouites de montagnes s'éle-
•^ • '^^"'' au-dessus.
ll^y\ Les glaces amoncelées à l'ouest laissèrent voir douze pays se découvrant au-dessus, •||^ en les bouleversant.
W W Sur les daccs amoncelées à l'ouest apparurent deux sommets. y©
Ces interprétations ne sont que des essais et c'est au lecteur à en apprécier la justesse. Quoiqu'il ensoil, nous croyons y voir une représentation idéographique de l'époque glaciaire, à sa première période. Les groupes de la ligne suivante semblent, à première vue, nous donner une idée du commencement de l'époque lacustre qui la suivit et dont Quetzal-Coatl fut le principal symbole. Du premier groupe il n'existe plus que le caractère gj© ah. Passons donc au suivant. Il s<-
compose crun autre Q]\IP), (ih, que surmonte un animal, dont la tête est visible, enveloppant sous son corps un caractère de la terre ou des dépôts soulevés, ^, káan. D'après ce que nous avons pu reconnaître, en parcourant l'ensemble (lu Mamiscrit Troano, cet animal serait une sorte de serpent, propre, peut-être, à la terre dont il est le symbole, terre soulevée au-dessus des îlots, ainsi que semble l'indiquer le caractère Iman, ^^, répété avec une certaine affectation dans le groupe du milieu. Kàau alors se rapporterait, en particulier, à l'Afrique , désignée également sous celui de Clutii dans les documents mexicains, terre célèbre, alors surtout, par ses gigantesques serpents, dont oh croit retrouver encore la mâchoire béante dans le h'àan renversé, (^. C'est la même mâchoire C{ui paraît se présenter dans la porte du palais de la pyramide dite du ce Devin, ^' à Uxmal. Le groupe suivant se compose d'un ^}\lpj, ah, surmonté d'une sorte de calebasse, analogue au signe (^h) , avec cette différence, toutefois, que le plafond intérieur en est lamelle, comme une grotte de stalactites. Nous pensons maintenant que ces lamelles pourraient figurer les masses sahnes qui, durant l'époque lacustre, auraient recouvert de leurs croûtes épaisses une portion considérable de l'Atlantique africain, dans la direction de l'Amérique, aux lieux connus naguère sous le nom de lac Triton et cpie nos Annales désignent sous celui d'Amon.
Une tête de lapin ^, tfuil, en maya, tochtU, en mexicain, tête peut-être de sarigue, 0(7/, ou tlaqualzin. est le symbole principal du centre de la page : l'hiéroglyphe s'accorde, on ne peut mieux , avec le vocable foch-tli, le lapin , indiquant une région méridionale, et la pose eminente du caractère ^, /.'rtaw, semble bien faite encore une fois pour nous montrer qu'il s'agit de l'Africpie et des pays atlantiques (pii y étaient unis dans la direction de l'Américpie. Mais la tête de l'animal nous parait, en particulier, faire allusion à la grande mediterráneo lacustre du Quetzal- (ioatl, qui s'étendait et croissait sans cesse avec les eaux fondantes des glaces; c'est ce qui s'accorderait encore avec le nom maya du lapin, tîiul, composé de ti-hul, au trou, à l'abîme, indiquant les profondeurs cachées que les eaux continuaient à creuser, comme le lapin son terrier. Ajoutons que l'ensemble des régions lacustres était désigné sous le nom de Tallan ou Tallan, jonquières, pays de joncs, de /((/ ou tullí, le jonc, également creux et qui s'imbibe des eaux où il croît. Pour en finir avec ce groupe , observons que la longueur affectée de l'oeil nous rappelle
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la situation des terres qui, plus tard, unirent l'Afrique à lltalie, par la Sicile, dont le volcan est peut-être désigné par la prunelle de l'animal. Que l<' lecteur ne s'étonne pas trop de voir l'Afrique tenir une telle place dans ce document : c'est que l'histoire des peuples africains, dans nos Annales, s'enchaîne de la manière la plus complète à celle des races rouges, dont la pairie tenait à la fois aux deux mondes.
Psous avons donc lieu de penser que le dernier groupe dont nous venons de nous occuper est le symbole principal des régions lacustres, avant que les deux bassins de la Méditerranée eussent entièrement dessiné leurs contours. Il faudrait donc le lire, en y comprenant le groupe précédent des marais salins : Ah Idab kdan nul, ^ le possesseur des marais salins, (c'est) la terre creusée de Káan. - Continuons. Le groupe qui le suit est composé d'un ma, sans les deux petits ronds qui en sont les appendices, }• . Mais ce ma est debout, appuyé contre le |, u, le vase ou bassin, auquel il sert comme de couvercle ; pour achever le groupe, à gauche vient un autre ma. { , sans appendices, debout contre un autre bassin, u, g, et dont la réunion nous avait conduit précédemment à le prendre pour un Q) , kdan , comme celui qui le surmonte. Or si Ma désigne la terre formant les bords de Teau, c'està-dire l'Océan , il s'ensuit que la position verticale des deux signes de ma, faisant le couvercle sur les u, avec kdan, la terre dessus, à gauche, permettrai! d'interpréter le groupe comme la mer encore fermée et tenue en respect par la terre; on le lirait alors : ma u kdan u-m-a, -ma (ou la mer), sa terre de Káan autour de r l'eau , ^1 ce qui pourrait signifier que la terre de Káan ceignait les eaux enfermées dans ses contours : or, c'est ce qui paraît avoir eu lieu à l'époque lacustre , avant que les mers eussent formé leurs bassins actuels. Le groupe suivant se compose encore d'un ah. 010, surmonté de deux signes que nous avons pris précédenunent poindeux ©, kdan, plus ou moins obhtérés. Aujourd'hui, avec plus d'habitude et
d'expérience, nous croyonsy voirdeux bassins, surmontés du signe de la glace ,
L'animal cpii est étendu au-dessus nous parait un poisson, peut-être un caunan , pour le CiiMctli : mais sur son dos, sans glace, se voit un signe rond, réticulé en quatre parties, à peu près comme le caractère @, ezanab. Le reste de la ligne est trop détérioré pour (pi'il soit possible d'en tirer parti.
Dans le doute, nous nous garderons donc d'en donuer aucune intei'i)rélation
el nous passerons à la ligne supérieure : le groupe, bien que Irès-obliléré, se reconnail aisément, la ligne entière paraissant, à peu de chose ^^rès, formée de groupes identiques. Ainsi qu'on le voit, il est composé d'une sorte de tête de singe, à l'occiput carré et élevé, dont le museau est formé de la section inférieure du caractère @, bren, voie abaissée, descendue : le haut de la tèle renferme l'œil (lu caractère ^\ , meii , avec cette différence qu'en plusieurs des groupes, à droite, une section de la paupière s'élève en forme de phallus,^, avec les gouttelettes , symbole de l'eau, entourant l'œil de ^F) , cimi, mort ou noyé, de la même manière ({ue l'œil de ^, meii. Dans l'enfoncement du museau et du front se voit une sorte de vase ou de bassin, analogue au ^, caractère u, dont les lignes latérales, à gauche, semblent annoncer un bassin fermé, auquel est accolé un double crochet.
Dans notre Iraductiou précédente, nous nous sommes conlenté de reproduii-e ce groupe entier pai' les caractères @ , beeii, et ^) , cimi, c'est-à-dire cr la voie (pi i et a été enfoncée ou abîmée est noyée. 15 Cette traduction, nous la croyons exacte, mais nullement complète. Outre la valeur de leur lecture ordinaire, tous les caractères du Manuscrit Troano, et, en particulier, ceux de la page sommaire, ont de plus une valeur figurative, beaucoup plus considérable que nous ne nous l'étions imaginé d'abord : c'est donc là toute une étude à faire, au développement de laquelle la lecture commune de chaque caractère doit prêter une aide considérable. Pour en faire comprendre rinq)ortance, nous allons chercher à donner, du groupe que nous venons de décrire, l'explication qui nous paraît la plus rationnelle et la plus en rapport avec le sujet de notre document.
D'après les Annales mexicaines que nous traduisons, l'époque glaciaire, ainsi que nous l'indiquons plus haut, aurait été suivie d'une épocjue lacustre, durant laquelle il se serait formé, du fond de notre mediterráneo européenne jusque vers les Acores, une mer d'eau douce, en ligure de serpent, qui, dans la langue náhuatl, porte le nom de Quetzal-Coall, et en maya, de Kukukan. Cette mer était partagée par des barrages en quatre portions fort distinctes : l'une avait pour point d'intersection la Sicile, signalée comme la terre volcaniqu(^ à trois angles et représentée, dans la gueule même du serpent Quetzal-Coatl , par un corps d'homme, en partie avalé, dont le tronc, un bras et les deux jand)es offrent, à peu de chose
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près, dans le Mdimseril Letellier^^\ l'image si souvenl donnée par les anciens e( par les modernes comme le symliole de la Sicile. Ceci nons amènerait à penser que le groupe en question serait le symbole des grands lacs réunis du Quelzal- Coatl. De là l'image de la terre dans la section inférieure du groupe ^, been, la voie sous l'eau, dont l'inondation nous paraît caractérisée ¡lar l'œil du ^f), cimi, celui qui est mort, qui s'est bu ou noyé ou bien qui s'est fait eau. Si nous ne nous Irompons pas, le phallus, ^, caractère de la lettre a. serait un symbole de l'Etna (?). Pour achever d'interpréter le groupe, ajoutons que le grand lac salé atlantique, avec ses masses salines, serait représenté par la section gauche du groupe, en forme de bassin, devant laquelle s'étendent les deux crochets, hiéroglyphes, peut-être, des deux parties de la région appelée f-la Corne d'Amon. " Ajoutons, pour terminer ce qui concerne cette ligne curieuse, que c'est du mélange du grand lac salé d'Amon avec les eaux douces du Quetzal-Coatl (jne se serait formée en partie l'Atlantique.
En prenant la ligne suivante, nous arrivons, ce semble, à une seconde période glaciaire, ou à la suite de la précédente; les glaces ici paraissent avoir surtout recouvert les régions du levant et du nord. Lisons :
. . . glaces qui se sont amoncelées au levant. Dix-neut teri'es se sont levées et s'en P^ sont débarrassées, (¡uaire sommets ont a])parii (?).
*,. y^ \ii nord, amoncellement de f>iaces, deux sommets sesontdéi)aiTassés, en se sonlevanl.
P^ Amoncellement des glaces au levant, (piinze pays s'en sont débarrassés, en se soulevant.
.—. ,v..,.„icellemenl des glaces au levant, neuf pays s'en sont débarrassés, en se soulevant.
III^D Amoncellement des glaces au levant, seize pays s'en sont débarrassés en se souli'vaut 'lll^ au-dessus.
• ^) Amoncellement de glaces au nord, deux sommets sen sont débarrassés, en se souteè© vaut.
": Codex Tri/. Ikni. p.-iit. II, l'ol. ai. A]). Kingsljorougli. Mmain Anli'piiUcs, etc. vol. I.
2/i0 SUPPLEMENT
^J Anioncellcnient de glaces au levant, quinze pays s'en sont débarrassés, en se soulevant.
Telle est l'interprétation que nous oH'rons au lecteur, non avec la certitude (Favoir réussi complètement, mais avec l'espoir de nous être rapproché de la vérité, beaucoup plus que dans notre premier essai. En arrivant à la ligne suivante, se présente le groupe S ^ ^^, dont le premier caractère, bien qu'oblitéré, peut se suppléer ici : nous lisons donc ca ti maiiik, c'est-à-dire : rr c'est ici le lieu sans force, 'fsans vie, dont le souffle est passé, i^ man-ik, ou bien rr qui a perdu sa puissance, rf sa prospérité , 11 mn-nik. De quelle région s'agit-il? Peut-être de celle qui est, descendue sous les flots, et que le caractère ^ semble indiquer comme le centre de la terre atlantique; ou bien, s'agit-il simplement de l'extinction des volcans qui agitaient cette région? C'est à cela que peuvent faire allusion les deux points rouges, surplombant le groupe et écrasés, ce semble, par les deux barres rouges qui les surmontent. Le groupe suivant se lit :
S © S Êim
be ca-ban p (e) /
voie qui est tassée u)iique
En apparence , ces mots ne signifient rien : mais nous pouvons observer que cnhan entraîne l'idée de ce qui est tassé, amoncelé, bouleversé; ou bien encore cab-nn, lave, sédiments volcaniques en avant. S'agirait-il ici d'une voie, c'est-àdire d'une surface allongée, d'un lieu de passage qui aurait été laissé sur l'océan Atlantique après sa formation? c'est ([u'en effet, suivant nos Annales, à la suite du lac d'Amon, il serait resté sur la mer, après le cataclysme, une sorte de longue lie, désignée en mexicain sous un nom que le maya traduit par Pel, c'est-à-dire la membrane allongée, par allusion à sa forme; c'est par cette île et plusieurs autres, laissées après l'époque lacustre entre les deux continents, que les populations auraient continué à passer d'Afrique en Amérique et vice versa. Nous appelons sur ce |)oint raltention des philologues; car pel est la racine du Peieg de la Bible, au temps duquel, dit le récit mosaïque, eut lieu la séparation, comme aussi du nom des Pélasges, ces peuples navigateurs auxquels la Méditerranée dut la plu-
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pari de ses étal)lissements. S'agil-ii de la ruine de cette Ierre avec celle du volcan qui l'aurait soutenue? c'est encore ce (ju'on j)ourrait inférer du point rouge, surmontant le groupe, mais renverse sous la barre rouge qui le suit. Dans le groupe suivant, nous retrouvons les caractères ^ ^, be caban, mais les autres sont malheureusement trop oblitérés pour (|u'on puisse les reconnaître. Le groupe du milieu, qui vient après, nous montre, bien cju'à demi effacés, les caractères ^^ f^, m-u, la terre molle et inondée, sans doute celle qui a disparu sous les Ilots de l'Atlantique, ce c{ue nous sommes tenté d'inférer de la situation intermédiaire de ce groupe placé, en quelque sorte, entre les deux continents.
Le groupe suivant § ^ Q^^^, ca-ti mniiik, "c'est ici le lieu sans vie, sans ff force , ^1 présente ceci de particulier, que le niditik noiïre plus aucune des traces de l'eau, ni les lignes ondulées, ni la petite tête de tigre ou de chacal, symbole de la vague de l'Océan. Ce groupe, ainsi que le premier delà même ligne, nous paraît représenter une région péninsulaire, et nous serions tenté de voir dans celle-ci le Yucatán, lequel est relativement à gauche, par rapport à l'Espagne, terre péninsulaire également. Le groupe suivant, dont celui-ci, *^, se rapproche, semble, par sa conformation, rappeler encore un pays allongé. C'est une sorte de citrouille gonllée à l'intérieur et dont le germe reste contenu dans des lignes qui, peutêtre, sont le symbole des masses végétales ensevelies sous le sol. Dans la page originale de notre document, le signe a-^, ma, qui le surmonte a un caractère fort particulier : la portion centrale en est tellement allongée, qu'on pourrait la prendre pour une autre membrane (h Ma, peut-être une autre terre allongée sur l'Océan, soit de l'Amérique vers le levant : les deux appendices ronds, remplis de petits traits, rappellent les petites pelotes de germes ou de neige qu'on trouve dans le Manuscrit Letellier et dans la Copie Vaticane, réunies à toutes les divinités qui ont la glace pour objet. En passant de ce groupe au dernier de la hgne, nous trouvons les caractères ^ ^ [^ , ca ti aliau, c'est ici le lieu du maître du bassin. Gela s'applique-t-il à quelque pays situé à l'autre bord de l'Atlantique et à l'existence des feux volcaniques américains? c'est ce que nous n'oserions décider; mais les points rouges qu'on voit sur les deux groupes nous permettraient jusqu'à un certain point de le supposer.
En prenant la ligne supérieure, la dernière par le haut de notre page som-
maire, nous n'y Iroiuons plus que des caractères isolés, sepl caractères des jours, ceux probablement qui symbolisaient les sept grands dienx, venant à la suite des (jualre ])lus anciens, dans la mythologie maya. S'il est possible d'émettre une théorie à leur égard , nous dirons que ces sept nous paraissent les sept régions principales du monde, après sa constitution définitive : nous n'avançons, toutefois, cette idée que sous toutes réserves. Dans cette supposition, de quelle contrée l'hiéroglyphe ^^, maiiik, serait-il le symbole"? Pour répondre à cette question, il convient, d'abord, d'observer que l'image est encore une fois différente de celles ([ue nous av(ms vues précédemment : dans celle de dessous, la tête de tigre ou de chacal, représentant la vague, est tournée de gauche à droite et, dans ce cas, nous indi- (juant, ce semble, le Ilot partant du côté américain. Dans le cas actuel, la tête, indiquant le îlot, est tournée de droite à gauche et alors désignerait la vague partant du côté africain (?). Le sens des mots, ffsans force, ^' fait-il allusion à la terre d'Afrique, privée de volcans, Ténériffe et l'Etna se trouvant au milieu des flots? c'est là ce qui restera à vérifier dans la suite? Dans le caractère cimi, il s'est bu, il est mort, doit-on reconnaître les terres disparues sous l'Atlanticpie? Cette fois, nous ne voulons pas essayer de reconstituer ici les deux caractères oblitérés au miheu de la ligne. Nous passons au caractère (^), akhal, que nous avons plus d'une raison pour adjuger à l'océan Glacial. D'abord c'est la surface . — . de l'eau du bassin que l'on distingue, surtout lorsqu'on lui donne sa vraie position ^p: puis c'est la signification du vocable même, akhal pour akahhal, rrle lieu où se ff fait la nuit. ^^ Le caractère (tí), il\ le souille, se rapporte-t-il au souille du volcan, au Cotopaxi . donné par nos Anuales comme la source des courants volcaniques, en rapport avec l'Etna? c'est ce que nous ne déterminerons pas davantage. Le suivant, C¿¿), imir, présentant six pointes, se rapporte, peut-être, aux six petites Antilles intérieures du bassin des Caraïbes, mais nous nous abstiendrons encore cette fois de rien formuler à leur égard.
Pour terminer notre supplément, nous chercherons à éclaircir encore quelquesuns des hiéroglyphes du fol, i* ánMmmsmt Troano, hiéroglyphes au sujet desquels ânous craignons aujourd'hui de nous être plus ou moins trompé. Dans l'image ci-contre, où le génie frappe l'abeille de sa hache, nous serions tenté maintenant de penser que cette abeille vermeille, si elle n'est pas la
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désignation d'inu' localilé paiiiculière, doit être regardée comme le svndîole des dépôts variés accnmulés par le temps dans les bassins, (roù ils se répandirent snr nne partie dn globe; la couleur jaune vermeil serait toujours celle qui convieni aux amas de sédiments divers. Les stries noires, verticalement suspendues au jda- Ibnd de la cage où le génie est renfermé, seraient des débris végétaux, peut-être d'une espèce de grands bambous, dont il est question fort souvent dans les Annales. Au-dessus, le signe (^^'v?^ serait une écorce du sol, recouvert encore, dans l'image susdite, de couches diverses de terrain. Le signe ^M?, qui foi-me l;i coiffure du génie, serait le symbole de certains végétaux amalgamés, ou, pent-ètre. des végétaux mêlés à des sables mouvants, ce à quoi le lien qni les nuit et les gouttelettes d'eau qui apparaissent à gauche correspondraient beauconp mieux qu'à notre interprétation précédente. Ajoutons que les torches vermeilles, portées par les trois génies du tableau supérieur, ne sont pr(>bal)lement elles-n)èmes ({ue des débris végétaux en voyage. L'hiéroglyphe ^W^ , tout en étant jusqu'à nu certain point une nuance du caractère (^), ezanab, serait, dans notre manière de voir actuelle, le symbole d'une terre couverte d'eau, marécageuse .-c'est à quoi correspondrait encore le caractère ^È,ch ¡celta ii. que nous avons quelque raison d'attribuer à l'Afrique, peut-être même aux Syrtes,dônt il serait, enparticnlier, le symbole. Chie-ehan, que nous avons interprété conune une terre rtqui s'élève et se -' manifeste de nouveau , •" pourrait encore se traduire, - ce qni reste on se manifeste 'fde Chan,ii nom donné à l'Afrique dans nos Annales, d'après lesquelles dhan on Cham serait la région des noirs, en grande partie engloutie dans les divers cataclysmes. D'un autre côté, comme les mouvements des Syrtes sont comparés à ceux d'un serpent se mouvant dans l'eau, il n'y aurait rien d'impossible à ce que chic-chan, rrce qui encore d'en bas monte en haut,^^ en fût le symbole.
Pour conclure, nous ajouterons ici que de grandes dithcultés restent à \ainci'e pour interpréter correctement le Manuscrit Troano, ainsi que le Manuscrit de Dresde. Lune d'elles sera de fixer d'une manière exacte les chapitres divers dont se compose chaque partie et de retrouver tous les points d'arrêt, séparant les groupes dans le sens de la lecture. Nous continuons à penser, toutefois, que les colonnes composées des caractères des jours sont des séparations destinées à distinguer les petits chapitres de ce docuineni : ces caractères ainsi disposés
semblent, d'un aiilre colé, donner à entendre, d'une manière spéciale, qu'il esl question dans telle ou telle page, à laquelle on les voit accolés, des régions ou des localités dont ils sont les symboles et dont ils furent les dieux, dans l'esprit des populations anciennes. INous soidiaitons vivement que ces éclaircissements puissent venir en aide à ceux de nos lecteurs qui auront le désir de s'occuper de ces matières. Ajoutons, en terminaut, cpie l'interprétation des documents mexicains semble, de prime abord, devoir donner la main à toutes les sciences, à toutes les découvertes bistoriques'et philologiques des tenips modernes : de même que tes travaux des égyptologues et des assyriologues nous ont servi plus d'une l'ois à ileviner le sens et la valeur de certains caractères mayas, nos études, à leur tour, nous l'espérons, ne seront pas inutiles aux travaux inaugurés, d'un côté, par Cihampollion, de Tautre, par Oppert d RawTmson. etc.
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