DU TRAVAIL DES PLANÊTES
ou des mobiliers de création.
Les philosophes et les superstitieux nous ont donné sur Dieu des préventions si absurdes qu'il faut peu s'étonner si notre siècle en est venu à le méconnattre. Loin qu'il ait créé les astres pour la paresse, il les emploie à d'immenses travaux d'harmonie graduée , c'est-à-dire, qu'un astre élabore pour les deux créatures supérieure et inférieure ; il fournit des aromes pour son univers qui est une touche d’un degré plus élevé ; il en fournit aussi pour les hommes de chaque planète, quoique l'homme soit une touche d'un degré inférieur à l'astre; mais tout est lié dans le système du mouvement et les créatures s’y entr’aident en tout sens. Jupiter , Saturne, etc., qui semblent n'avoir aucun rapport avec nous autres hommes, travaillent très activement pour nous. Ils ont en réserve des aromes destinés spécialement au service de notre planète et de nous, aromes dont nous pourrons recueillir le tribut dès qu'il nous plaira de rentrer en commerce sidéral par l’organisation de l'Harmonie.
La partie de ces arômes affectée au service de l’homme se consommera en créations des quatre règnes ; nous n'avons pour l'instant qu'une création dont nous devons être fort ennuyés, car elle nous retient dans une extrême pauvreté, nous oblige à guerroyer sans cesse contre les fléaux atmosphériques , contre les vices de température, contre les bêtes malfaisantes et les herbes parasites. Ce n’est là qu’un mobilier provisoire et tel qu’on a pu le faire avec les aromes grossiers que fournissait la planète dans son origine.
Chaque substance des divers règnes est le produit d'un arome versé pât quelqu'un des astres et combiné avec celui de la planète. Le bœuf est né d’un arome versé par Jupiter ; le cheval, d'un arome versé par Saturne; la rose, d’un arome versé par Mercure; l'œillet, d'un arome versé par Hébé , 8° satellite de Herschell. L'opération est à peu près la même que celle de nos jardiniers : ils sèment des graines qui contiennent un germe à combiner en fermentation avec les sucs de laterre. Ainsi, quand Japiter tous versa des semences de bœuf , il fallut d’abord qu'elles fussent recueillies et élaborées dans le sein dé la planète, pois rejetées sur divers points de sa surface où elles produisirent les premiers troupeaux dé bœufs.
Trente mille végétaux dont nous jouissons furent le produit de trente mille versements ((co-plantations)) (4) faits à la terre par les divers astres. 11 faut du temps à la planète pour recevoir et élaborer les germes. La fable qui prétend que la création fut faiteen six jours aurait beaucoup mieux dit en estimant à six siècles au moins la durée de l'œuvre. Il serait fâcheux pour les planètes que le travail fût abrégé, puisqu'il est pour elles une source de plaisirs, une lutte d’ambition, d’amour-propre où chacune étale son habileté en concours. Chacun de leurs produits est vu et jugé par les autres planètes. Saturne, créateur de la puce, a été, sur cet objet, soumis à la censure, aussi bien que sur le cheval.
Si les créations étaient achevées en six jours ou en six semaines, les planètes seraient bientôt réduites au plaisir négatif de l'oisiveté, prôné parmi nous. Bella cosa far niente ! disent les Italiens. Ils ont raison en tant que civilisés; il y à plus de plaisir à ne rien faire qu'à s’excéder de peine comme nos paysans et nos artisans, et n'avoir ni pain, ni vin, ni vêtements ; mais les planètes, qui sont des corps constitués eu harmonie, ont dans leurs travaux autant de plaisir et d'ardeur que les groupes déjà décrits, il serait donc très-facheux pour elles de n'avoir rien à faire; mais il y a toujours à créer sur quelques-uns des 32 globes, et notamment sur le soleil intérieur qui ne férie guère en ce genre. Si notre globe est exclu pour le moment de coopération à ce travail, il reste un vaste champ d'industrie dans les autres étoiles, dont les cardinales et mixtes doivent recevoir chacune 24 créations et la pivotale. Quant aux lunes, elles ne comportent que douze créations et la pivotale. Ce nombre doit s'étendre à soixante pour le soleil. On peut donc présumer que les astres ont communément trois ou quatre créations en plein travail, et d'autres en clôture ou initiative. On accélère celles qui sont désagréables comme les deux dont nous voyons les produits sur le globe (je les classerai plus loin), et pour lesquelles il a fallu qüe la cohorte sidérale opérât sur des aromes viciés ou grossiers, mais on ne précipite point celles qui s'exécutent sur des aromes de bonne qualité. De là vient que les créations 3 et #4 qui auront lieu cumulativement sur notre globe, aussitôt après la fondation de l'Harmonie, seront accélérées, tandis que la belle création 5 (transitive majeure) qui commencera environ 400 ans après l’Harmonie, s'opèrera avec plus de lenteur.
(1) Je mesers du mot coplantation pour signifier intervention active de deux créstures animées et d’espèce identique, dont l’une explante et l'autre implante, tandis que, dans nos plantations et cultures , la terre, qui coopère avec nous de surface, et le soleil, qui coopère de rayons, ne sont pas créatures de méme espèce qne nous.
(Vote de Fourier.)
Les créations étant des mobiliers de globe qu’il faut renouveler de temps à autre, et qui ne conviennent plus après un certain laps de siècles, chaque globe, ou pour mieux dire chaque monovers ou genre humain d'un globe est libre d'en conserver les produits qui peuvent s’allier utilement avec le nouveau mobilier ; par exemple, il est bien certain que notre globe conservera le cheval après la création prochaine, qui pourtant donnera de nouveaux porteurs; mais il est douteux s’il conservera l'âne autrement que par curiosité, parce que ladite création donnera pour le même genre de service des porteurs moins vicieux et plus agréables. Celui-ci ; par sa sobriété, peut convenir dans une société de mendiants et de gueusaille comme les civilisés qui disputent lés ossements aux chiens pour en faire la soupe de leurs citadins ; mais dans une société où règnera l'extrême abondance et où les chiens de basse-cour seront mieux nourris que nos artisans, on n’aura pas besoin d'animaux, en qui le mérite inutile de la sobriété ne balancera plus de nombreux défauts. De là je présume que les ânes seront supprimés du service de l'Harmonie, qui, d’ailleurs , conservera de cette création les zèbres qu'elle saura apprivoiser. Du reste, c'est ici un calcul d’aperçu que l’on peut établir sur tous les animaux et végétaux de peu de valeur. Je ne prétends pas, quant aux ânes, que l'horoscope de leur suppression soit un arrêt sans appel, n'ayant nulle intention d’indisposer la confrérie des Anes, que l'on dit nombreuse et puissante en Civilisation.
Au sujet des créations, dissipons quelques-uns des préjugés ridicules que portent les civilisés dans toute étude relative au mouvement. J'ai déjà remarqué l’absurdité de croire que la création ne produisit qu'un seul homme, un seul âne, un seul chou, une seule rave. 1l est une autre niaiserie dans laquelle chacun croit devoir tomber sous peine d'irreligion : c'est d'attribuer à Dieu tout le travail des créations et prétendre qu'il n’aurait laissé rien à faire aux créatures , hommes , planètes, etc. Demandez à un civilisé : Qui est-ce qui a créé les choux ? — Il répondra : C'est Dieu. — Eh ! qui est-ce qui a créé les ânes? — C'est Dieu. — Il a donc tout créé, même les hommes? — Sans doute. Eh! qui donc les aurait créés? — Avec cette stupide réponse, les voilà plus savants qu'on ne sera dans l’'Harmonie après un siècle d’études ; car il faudra au moins ce temps pour débrouiller et classer l’œuvre de la création actuelle, très compliqué , surtout en végétal , où il présente environ trente mille problèmes d'origine. J'en résoudrai quelques-uns à la partie qui traite de l’Application.
Raisonnons sur cette bizarre prévention : Dieu a tout créé. D'où il résulterait que Dieu est un Desposte, et que les Astres sont des légions de paresseux. Je vais, selon mon usage en pareille matière, disposer les esprits par une comparaison.
Sapposons-nous placés dans une campagne à cent lieues de la résidence du Roi, et ayant avec un laboureur le colloque suivant : Qui estce qui a soin de ces blés ? — C'est le Roi. — Bah! eh! qui est-ce qui a planté ces vignes ? — C’est le Roi. — Vous vous moquez! le Roi fait donc ici toute la besogne à lui seul. Est-ce lui encore qui a planté ce verger ? ce jardin? — Sans doute. Eh! qui donc ? — Qui! les cultivateurs, vous et vos pareils. C’est leur ouvrage. — Ah ! quelle audace ! vous ne reconnaissez donc pas l'autorité du Roi? —Si vraiment, mais je ne confonds pas son autorité avec ses fonctions , qui sont de surveiller et diriger l’ensemble des travaux du royaume et de les faire distribuer par gradation des ministres aux gouverneurs, et ainsi de suite jusqu'aux laboureurs.-— Mais le Roi a tout pouvoir ! — D'accord, cependant, s’il peut tout, il ne fait pas tout , il laisse une portion d'ouvrage à chacun de ses sujets, il se borne à régir l’ensemble et à occuper tout le monde autant que possible, et quoiqu'il ait bien ke droit de semer et de planter , ce n’est pas lui qui est venu planter vos choux. — Comment ! vous niez la toute-puissance du roi! vous êtes un conspirateur. — Et vous un pauvre d'esprit. Adieu.
L'ineptie de ce laboureur serait la même que celle des civilisés qui prétendent que Dieu a tout créé. Que resterait-il donc à faire aux planètes, si Dieu fait tout ? Pourquoi ne vient-il pas labourer et ensemencer nos terres et enserrer nos moissons ? L'acte par lequel trentedeux familles ensemencent et cultivent leur canton est le même , en échelle de mouvement, que celui par lequel trente-deux planètes élaborent et meublent ane d’entre elles de germes aromaux, d'où naît une création. Les laboureurs, chaque année, recommencent l’opération et la varient en divers sens, et de mème les planètes , après quelque intervalle , comme £# ou 5,000 ans pour notre globe, réitèrent et varient l'œuvre de création, qui leur fournit des germes de récoltes aussi bien qu'aux hommes : car les aromes de comestibles et autres que verse un globe aux diverses planètes sont d’une qualité proportionnée à la perfection des germes dont il est meublé , tant en règne aromal qu'en rèÿne animal, végétal et minéral. Tout est lié dans le système du mouvemént. Une planète mal organisée en ses quatre règnes (4) est pour les antres ce qu'est pour nous un arbre sauvage, dont le fruit n’est pas imangeable ; elle est comme un carreau de jardin jonché de mauvaises
(1) On doit se rappeler que le pivot ne sè compte jamais en mouvement. C'est pourquoi Fon ne compte que 4 rêgnes, sans faire mention du pivotal où passionne, qui est supérieut ; commMe6 en ne cotnpte que 22 planètes , sans purler du soleil, qui est la principale, (Note de Fourier.)
CORMOGONIE. 6
herbes et nul pour le produit. Telle est noire planète, membre fantile à ls suhaistance aromale ei eu sonmerce hermenique des autres. Elles brülent d'impatience de pouvoir remettre la nâtre ex culture et ia remeubler d’une nouvelle création (plus profitable] pour elles et nour sous: effet qui n’a pas pu avoir lieu Lors de la première création, où les aromes du globe, encore tout viciés, obligèrent à adopter le système sub versif ou eréation coatre-moulée, qui ne donne les produits utiles qu'en exception infiniment petite.
J'ai suffisamment fait entrevoir qu’une création est un ouvrage d'intervention générale pour toutes les planètes , chacune selon ses titres, dont je donnerai plus loin le détail. J'enseignerai par quelle méthode on discerne l’œuvre de chacune. Jusque-là , si on demande aux civilisés : Qui est-ce qui a créé les choux ? qui est-ce qui a créé les prunes ? ils doivent répondre : Je n’en sais rien, je ne connais pas les lois du mouvement Aromal , de l'origine et de la distribution des germes primitifs. On doit se garder de répondre : C’est Dieu qui a créé les prunes. Il a sans doute créé les germes on aromes originaires ; il furent distribués aux touches suprêmes, aux millivers, qui les répartirent aux centivers, ceux-ci aux décivers, nonivers, oetivers , jusqu'aux trivers ou univers, lesquels en ont fait la répartition aux bivers ou planètes , celles-ei aux monovers où hommes, qui les cultivent; mais si tout vient de Dieu, ne s'ensuit pas que Dieu fasse tout, et quand nous voyons sur une affiche de par le Roi , il ne s'ensuit pas que le Roi ait fait le papier et la colle, qu'il ait composé la teneur, imprimé et posé l'affiche, mais seulement que tout acte se fait sous sa surveillance et au nem des mandataires du Roi. Il en est ainsi de toute propriété et fonction départie aux planètes, le tout émane de Dieu et des échelons de fonctionnaires supérieurs , qui régissent la manœuvre harmonique selon les instruetions et volontés primordiales de Dieu , mais il faut rapporter chaque opéra. tion subalterne à celui qui l’a exécutée. Si l'on vous dit : Qui est-æ qui a créé les choux ? Répondez : C'est Herschell. Et qui est ce qui a créé les prunes ? Ce sont les satellites d'Hersehell, moulant chacun selon sa dominante passionnelle.
Je ne m’arrêterai pas à donner en ce genre ua catéchisme aromal, qui nous mènerait bien loin, puisque le seul règne végétal fournirait 80,000 questions d’origine et mille fois plus, 30 millions de questions sur les propriétés et modifications de chaque espèce végétale. Que serait-ce des autres règnes ? Chacane de ces questions exige des études, recherches sur lesquelles j'échoue très-souvent après un long travail , quoique je possède la elé de cette science. J'ai cherché vainement quel Astre nous à fait présent du crapaud; mes soupçons portent sur Mars. Toutefois jeme suis borné à quelques problèmes des plas remarquables
qui suffiront à mettre sur la voie les naturalistes et les personnages compétents, et leur ouvrir une carrière aussi nouvelle qu'immense, l’explication des causes et règles de création dont ils n’ont jusqu'ici étudié que les effets.
Donnons-en un indice, tiré des choux ou des prunes, puisque ce sont les végétaux dont les Français aiment à gloser. Je continue le catéchisme Aromal, dont j'extrais un quatuor d’hiéroglyphes amoureux :
; Qui est-ce qui a créé la Prune Reine-Claude ?
C'est Hébé, 8° satellite d'Herschell ((versant d’arome en dominante de fidélité. }) Qui est-ce qui a créé la Prune Drap-d’or?
C'est Cléopâtre, satellite d'Herschell ((versant d’arome en dominante de
coquetterie )).
Qui est-ce qui a créé l’Abricot, fruit pivotal des Prunes ?
C’est Herschell, Cardinale d'Amour (versant d’arome pivotal de matronage.)
| Qui est-ce qui a créé la Prune-Pêche, dite Brugnon?
C'est Sapho, ambiguë du Clavier d'Amour ({versant d'arome mixte à dominante de Saphisme et de Pruderie.))
Les questions de causes rouleront d’abord sur le plan général adopté avant de créer les prunes et toutes les autres qui sont l'ouvrage des divers satellites d'Herschell. Comment classa-t-on les caractères et fonctions de l'Amour à représenter allégoriquement par les Abricots et Prunes? Comment distribua-t-on entre les 40 planètes du clavier d'Amour les différents rôles? Comment régla-t-on la compétence de chacune pour représenter tel tableau des effets de l'Amour? Pourquoi fut-il arrêté que le fruit d'Hébé serait vert et saupoudré ? Que le fruit de Cléopâtre serait jaune, coloré d’une tache pourprée ? Comment peuton s'assurer que ces dispositions étaient des emblèmes réguliers de tel genre d'Amour ? Enfin quels furent les débats et calculs d’après lesquels on statua sur les formes , couleurs, saveurs, propriétés bonnes ou mauvaises, à distribuer à ces divers fruits de manière à représenter fidèlement les effets de l'Amour chez l'espèce humaine, dont tout objet créé doit peindre les passions ?
Là-dessus, nos naturalistes répondront qu’ils n’ont pas assisté au conseil d’allégories amoureuses tenu par ces planètes galantes, avant la création des prunes, et que c’est à moi à rendre compte de leurs délibérations si j'y ai assisté. Assurément je n’y étais pas; mais comme inventeur de la science par laquelle on détermine les causes et règles de création , je pourrais répondre à ces diverses questions. Il me suffit de faire entrevoir l’immensité de cette nouvelle science, qui va donner une âme à toute la nature en nous montrant les portraits de nos passions, de nos caractères, de nos perfidies et de nos duperies dans toutes les
œuvres de cette nature, dont chaque produit nous semblait une énigme indéchiffrable. Tous les voiles seront levés , sauf le travail à faire, et tous les hommes studieux auront une ample moisson à recueillir.
Nous n’en sommes qu'à préluder sur ce sujet, et à combattre le préjugé honteux qui suppose les univers et leurs astres plongés dans l’oisiveté; de toutes les injures qu'on peut faire à Dieu, il n’en est pas de plus grande que de le supposer ami et protecteur de la paresse. L'auteur du mouvement n'aurait donc su créer que des mondes oisifs! et c'est là l'opinion d’un siècle qui se vante d’avoir perfectionné la raison ! O dix-neuvième siècle, si le royaume des cieux appartient aux pauvres d'esprit, quel rang éminent tu dois y occuper en récompense de ton stupide bel esprit, si éloigné du bon esprit !
. Le préjugé qui suppose que Dieu a tout créé justifie de fait les athées et matérialistes ; car une création si vicieuse en produits, et qui n’engendre que des sociétés si favorables au vice, donne lieu à tant de récriminations contre Dieu, que les hommes sont pardonnables de douter de son existence plutôt que de lui attribuer ce honteux ouvrage ; mais si l'on admet que les créatures peuvent créer comme Dieu, en employant les germes originairement distribués par lui, elles peuvent commettre des fautes, et les univers dans leurs opérations se trompent quelquefois, comme nos architectes et laboureurs. Croit-on que notre univers , qui est jeune encore, n’en ait commis aucune? Je les indiquerai, et l’on verra que ce n'est pas la faute de Dieu si notre globe est meublé d’une si désastreuse création et affligé de tant de misères. Ce n’est pas non plus la faute de nos 34 planètes, qui ont opéré aussi bien que possible, mais c'est la faute de notre univers, qui a opéré précipitamment et mal assuré l’organisation de son tourbillon foyer. On verra plus loin que cette étourderie a causé la perte d’une cardinale d'amitié qui siégeait avant notre globe, et en même orbite. Son remplacement par notre globe a donné lieu à d'autres fautes ; car il est d'usage qu’une bévue en entraîne une autre. Les erreurs sont difficiles et lentes à réparer. Les opérations de voûte sidérale exigeant plusieurs mille ans, on travaille depuis 4800 ans à l'opération qui doit tout réparer, j'en parlerai au Chapitre spécial.
Jusque-là, concevons que les désordres de l'univers ne doivent pas être attribués à Dieu, mais aux créatures usant mal de leur libre arbitre, et dans l’objet qui nous occupe c’est toute la voûte sidérale, tout l'Aréopage des étoiles fixes, qui a commis une faute à l'égard de notre tourbillon et de notre globe ; mais si vous supposez que Dieu ait tout créé, ce sera Dieu seul qu’il faudra accuser, et ses univers ne seront plus que des monuments de despotisme, de fatalisme et d’oisiveté. Nous supposons Dieu semblable au lion de la fable, qui fait du butin quatre parts
pour les associés, et qui les mange toutes qeaire. Cependant, s'il y a unité dans sen systèree , pourquoi aurait-il destiné l'homme seul k travailler, tandis que les créatures supérieures, Isa bivers , dis planètes , les trivers , dits univers, couleraient dens loisiveté touts leur carrière ?
Cette hypothèse nous jette dans une foule d'inconséquences; et d'abord, si les planètes ne font rien, ne ceultivent rien, ne prodiwssent rien l'une pour l'autre, de quoi se nourrissent-elles, et quels seront leurs liens d'harmonie ? Quels appâts les retiendront par attraction dens plan où nous les voyons fixées”? Pour trancher la difficulté, nos savants décident que nos planètes ne mangent pas; mais si elles ne travaillent, ni ne mangent, nine copulent, si elles n'ont pas l'usage des passions, tant des sens que de l’âme, leurs fonctions sont donc rédaites aux promenades ! Ce sont donc des automates privées du libre arbitre et machinales en opérations quelconques! Dans ce cas, la régie de l'univers n'est qu’un acte de despotisme de La part de Dieu. Il se prive lui-même des chances de variété qui peuvent répandre le charme sur cette [domination]. Il imite un Roi qui, jouant avec son ministre, exigerait le choix des cartes, et ne laisserait au sort aucune chance ; il n'en résulterait que de l'ennui pour l’un et pour l’autre, et peut-on présumer que Dieu, iafiniment sage, commette pareille faute en réduisant au rôle d'automates les-créatures qu’il régit ? Nos dogmes philosophiques et religieux, en refusant aux astres des fonctions mdustrielles et créatrices, ont infecté de fatalisme toutes les théories de mouvement, et jusqu'à présent notre ineptie en ce genre est égale à celle des bons simples qui ne sauraient casser un pot sans s'écrier : C’est Dieu qui l’a voulu. Ils en ont menti, Dieu ne veut ni la maladresse ni l’oisiveté ; en sage distributeur, il veut que les eréatures de tous degrés participent aux travaux et aux jouissances , réservant à lui seul l'impulsion ou attraction, afin qu’elle soif distribuée unitairement, et laisse aux créatures le hbre arhitre, la faculté d'opérer harmoniquement pour leur bonheur ou incohéremment pour leur malheur; puis, des subdivisions de l'Harmonie et de l'ordre subversif, naissent les innombrables chances qui forment le stimulant des créatures et de Dieu même.
Nos planètes, fidèles à ses intentions, poursuivent leurs travaux har-moniques de création ; tandis que nous les croyons oisives , elles sont prêtes à nous donner un brillant mobilier en remplacement de nos 430 serpents et autres ordures écloses des doux premières créations. faut toute l'impudeur des naturalistes pour flagorner la nature sur une œuvre aussi dégoûtante.
Je n’ai rien dit des autres fonctions des planètes: il me suffit d’avoir commencé à dissiper le préjugé sur une seule {de ces fonctions], sur ia production. Dans d’autres chapitres , nous traiterons de oe qui touche à
}e consommation, à la copulation et au mécanisme passionnel de ces astres, plemement identique avec le nôtre, malgré la variété des méthodés et des procédés. C’est toujours, quüänt au fond, le développement des 49 passions, sujet, quant aux formes, à d'innombrables différences, ainsi que je l'ai remarqué au sujet de la reproduction des animaux.
À la vérité, nous ne voyons rien de tout ce mécanisme des astres, #mais l'arome n’est pas visible pour nous. Si nous pouvions l’apercevoir, nous verrions toute l'aire planétaire obstruée d'une foule de colonnes aromales qui la parcourent en tout sens. Nous ne voyons pas le fluide magnétique dont la circulation autoar de notre globe est bien constatée par le mouvement de l'aiguille qu'il dirige. Nous ne voyons pas non plus les 7 couleurs qui existent dans le rayon solaire, avant que le prisme lait divisé. Nous ne voyons pas non plus certains aromes, entre autres ceux du tonnerre et de l'électricité qui se font si bien sentir : faut-il s'étonner si nous.ne voyons pas les agents de communication des planètes ? et les versements de substance aromale et d'autres qui s'opèrent habituellement dans leur société dont notre planète est exclue. La grande aire planétaire est toute sillonnée de ces colonnes d’aromes qui la traversent de toutes parts, s'y croisent comme les boulets sur un champ de bataille. Les planètes absorbent et résorbent ces aromes en divers sens ; un arome de copulation est absorbé par les pôles, un arome de manducation par l’Équateur, un de plantation ou semaille par les diverses latitudes qui le développent , et ainsi des autres, car la planète a des points spécialement affectés à l'exercice de chaque sens. Tout ce mécanisme invisible pour nous n’en existe pas moins, et c’est le cas de rappeler pour la centième fois qu'on juge bien faussement la nature quand on la croit limitée aux moyens connus, aux effets et aux phénomènes qui tombent sous nos sens.
Faut-il s'étonner qu'on ait tardé si long-temps à connaître le mécahisme intérieur dês planètes? Nous ne connaissons'qué d'hier celui des objets contigus à nous : la circulation du sang, les fonctions sexuelles des plantes. Nous avons cru pendant 25 siècles savants que rien, à part les aliments, ne circulait dans notre corps; quelle sang, les humeurs et fluides corporels étaient stationnaires ; que les veines, artères ét glandes étaient en léthargie, condamnées à l’inaction. N’avons-nous pas cru encore que les feuilles des végétaux étaient sans fonctions ? L’on ignorait que la feuille travaille aussi bien que la racine , qu’elle absorbe les sucs pour les porter au tronc, qui les renvoie dans le bois et le fruit, après élaboration. Or, si nous n'avons su, en 25 siècles, juger ni le mécanisme de notre corps , ni celui des plantes que nous avons sous la main, sera-t-on surpris que nous ayons erré sur le mécanisme du grand corps planétaire, qui est comme nous et nos végétaux, un [assemblage] de ressorts
et de canaux où circulent une foule de fluides aspirés et mis en œuvre par l’astre, pour être ensuite résorbés et distribués aux autres astres. Mais comment des astres si éloignés entre eux se parlent-ils ? s'écrivent-ils ? se concertent-ils? Comment peuvent-ils , à si grande distance , procéder à la copulation qui exige un contact des corps ? Comment ceci? Comment cela? On remplirait bien vite une page de ces questions ; mais veut-on que j'explique tout dans un seul chapitre ? Et n'est-il pas temps de terminer celui-ci ? Le point important était de dissiper le plus grossier des préjugés, celui qui établit l’inertie des astres. Nos savants raisonnent sans cesse d'unité et d’analogie sans jamais vouloir y subordonner leurs calculs spéculatifs, puisqu'ils ne connaissent en clavier polyversel que trois créatures, l’homme ou monovers, la planète ou bivers, et l’univers ou trivers. Si on veut supposer l'unité, accordons à ces créatures des passions et des travaux comme à nous. Qu'on se trompe dans la détermination de ces travaux, cela peut arriver, mais du moins qu'on se rallie au principe, sauf à disputer sur les détails, sur le mode le plus probable des relations passionnelles et industrielles des astres. Nous en examinerons successivement les divers problèmes. Continuons d’abord sur l’industrie aromale avant de passer aux autres fonctions planétaires. ;