‹ Manuscrits de Mr Necker, publiés par sa filleChapitre 41 sur 74 · G. LA LOUANGE · texte numérisé non relu

G. LA LOUANGE

On dit qu’il faut user sobrement de la louange avec les gens d’esprit ; on a raison , mais ne concluons pas de là que les gens d’esprit soient indiffërens à la louange.

Ils l’aiment aussi. Ils l’aiment plus que d’autres, et c’est naturel, car ils ne se contentent pas de leur suffrage , ils ne se payent pas eux mêmes comme les sots , et ils ne

sont

sont pas affranchis des inquiétudes de rimagination, comme les gens médiocres. La louange leur est donc bonne, elle s’amalgame parfaitement avec leur nature. Pourquoi donc fautil en user sobrement avec eux ?

C’est qu’ils aperçoivent plus vite que d’autres le moment où l’on exagère sa pensée , le moment où l’on se fie à leur amour propre , où l’on se permet de les traiter en enfans crédules. Il se fâchent alors, mais ce n’est pas contre la louange, c’est contre l’homme mafradroit ou moqueur qui la distribue.

Louez donc les gens d’esprit, mais que ce soit avec art et avec mesure, que ce soit l’expression de votre pensée avec quelque chose de plus , mais peu , très peu , et pour votre honneur , et pour remplir le but que vous vous proposez.

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