PERSONNALITÉ
On dit communément qu’il est permis aux grands hommes d’étre personnels, qu’on doit au moins le leur pardonner. Oui, dans les petites choses de la vie $ mais s’ils étoient
personnels en gloire, comme il esf trop ordinaire , il y auroit un grand reproche à leur faire ; ils voudroient détruire toutes les distinctions sur leur foute ; et cette route , selon leur vaste itinéraire , c’est l’infini ; carils espèrent vivre dans la postérité la plus reculée. L’homme personnel en gloire, s’il avoit en mains la toutepuissance , frapperoit à jamais de stérilité l’esprit et le génie, et les éiémens même en seraient perdus; mais la nature ne se laisse pas vaincre. Elle dit h son fils ingrat : je vous ai beaucoup donné, mais il est un honneur dont je suis jalouse, c’est la^lplendeur du monde, et je ne permets à personne de me le ravir. Laissez donc aux autres l’occasion de paraître , vous à qui j’ai donné si richement le moyen de briller : voyez ces étoiles semées dans le firmament , elles sont magnifiques et pourtant innombrables ;
c’est la loi de mon empire , je ne la changerai point pour vous plaire.
$. io3. LES GENEVOIS.
Les Genevois sont bien moins superficiels que les François, et pourtant je me sens moins d’encouragement à leur parler. On s’aperçoit à peine de l’impression qu’on leur fait; et par forme de calembour, je disois d’eux il y a peu de terns:
ils raisonnent mieux que les François, mais les François raisonnent davantage.
$. io4. LES GENEVOIS.
Singularité , que nonobstant la conquête , nonobstant la fusion de la petite nation dans la grande et la grandissime , on continue à dire les Geuevois et les François. Tout cela changera sans doute , mais il
y a quelque honneur k la résistance et au noble souvenir de ce qu’on étoit. Cependaut, lors de la réduction de Genève par surprise , on partait de ses accens de joie en devenant Françoise, c’étoit le langage des papiers publics. Quels matériaux pour l’histoire, que ces papiers-lk et tant d’autres !
§. io5. ÉCONOMIE POLITIQUE.
Pauvre économie politique ! On y tourne comme dans un jeu de bague. Les sujets y rentrent tellement les uns dans les autres, qu’on y passe et repasse sans jamais distinguer le commencement et la fin.