CHAPITRE XIX
MARAT FIJT-ÏL ENVIEUX?
SoMMAiRS. — Si Marat fut mû par l'envie, il no mérite aucune considération. " Accusation formulée par M. Micheict. — Conduite de Marat envers les saTtnts Lavoisier, Bailly, Condorcet, Mongo. — Justice qu'il rend à Lafajette. — Son opinion privée sur Barère et Robespierre. — Justice qu'il rend à ses concurrents Loustalot, le Père Duchùne, Frérou et Desmoulins. — II exalte les patriotes et notamment Robespierre. — Comme il répond à ses ennemis. - Lettre à Catnill» Dosmoulins. — Son véritable mobile.
11 est bien vrai de dire que si l'envie finit toujours par se dévorer elle-même, elle puise néanmoins dans sa rage une sorte de vigueur fébrile qui, momentanément, la fortifie e^ apparence et la soutient, comme les liqueurs spiritueus^s semblent réconforter les étiolés de l'ivresse. Si Marat futrécV lement envieux, il est permis d'attribuer à cette passion sem*^ toute son énergie, de nier conséquemment son patriotisme» son ardent amour pour l'humanité; il n'a plus à nos ye"«-^ aucun mérite, il est digne de la répulsion générale dont ^ est encore aujourd'hui Tobjet.
C'est M. Michelet, comme toujours, qui s'est chargé ^^ résumer devant le tribunal de la postérité ce nouvel a^^^^ d'accusation. « Ce qui fait grand tort à Marat dans n»^'* esprit, plus que toutes ses fureurs, c'est qu'il n'est pas tell ^'' ment furieux et monomane qu'il ne se rappelle à merveil'^ ses ennemis personnels... S'il voulait mériter ce grand noflî • d'Ami du peuple, s'il voulait rendre sacré le rôle terrib^® d'accusateur national qu'il s'était donné, il fallait d'abord être
•, désintéressé. jS'avoir point de cupidité ne suffit pas, il t aussi être pur de haine. » {Histoire de la Révolution mmCyi.W, p. 398-99.)
S'il en est ainsi, cette haine, effet de l'envie secrète qui mine, va s'acharner sur ses rivaux: rivaux de science, lux d'honneurs publics, rivaux de métier, rivaux d'in- 'nce patriotique. Examinons.
Quant à ses rivaux de science, nous avons fait justice eurs de cette accusation, quand nous avons considéré at comme savant.
« L'objet principal de cette rage envieuse, c'est naturelentle premier du temps, Lavoisier. » (Michelet, ibidem.) is avons prouvé pourquoi l'accusation d'avoir préparé hafaud de Lavoisier était inique. En y réfléchissant davan- 3, en se demandant quel était le grand pourvoyeur du unal révolutionnaire au 19 floréal an II (8 mai 179â); de Ue manière avait procédé ce tribunal, à partir de Tassas-
t de Marat et de celui de Danton ; en méditant sur le iClère connu du dictateur suprême de 1794, peut-être torien aurait-il trouvé le contraire de ce qu'il a avancé; 5 s'il fallait y regarder de si près, deux années suffiraient îine, rien que pour étudier Marat, la plume à la main. i plus vite fait de s'en fier à ses intuitions : la méthode ilive, essentiellement féminine, a éclairé les jugements I. Michelet à peu près comme elle illumine tous les jours idiciaire des femmes.
Sous avons démontré encore , preuves à l'appui, que l'hisin n'était parvenu à faire extravaguer Marat, à l'égard Avoisier considéré comme savant, qu'en prêtant à l'Ami Peuple les opinions absurdes de ses correspondants. Veut-on que, par deux autres citations, nous coulions à l cette incrimination calomnieuse ? 11 s'agit d'abord de ly, savant et académicien avant 1789; Marat l'envieux ne >as manquer àe préparer Vérliafand de ce rival en matière science; écoutons bien, nous sommes en octobre 1789,
au moment de la plus grande popularité du maire de Pn du président du Jeu de Paume ; ne perdons pas un mot ce que va dire le journaliste : « Assurément, f estime à M. Bailly le savant distingué y et je lui crois toutes les te domestiques; mais c'est avec douleur que je le vois à la de la municipalité. 11 a passé sa vie à étudier les sciei exactes , il est peu versé dans les affaires publiques^ et il i au gouvernanent par des bienfaits dont la délicatesse ordonnait le sacrifice, dès l'instant qu'il a paru se dévoue service de la patrie. » {UAmi du Peuple^ K° 21.) La dist tion est-elle assez nettement établie entre le savant etThor public? M. Michelet a oublié de nous prouver l'émin supériorité administrative du maire. Il est vrai qu'il es point sur lequel l'Ami du peuple et l'historien moderne paraissent différer du tout au tout; c'est que Marat crc qu'on ne peut servir à la fois deux maîtres : la cour € peuple; il pensait qu'il y allait de la dignité du maire renoncer à ses gratifications royales, du moment qu'il ent en fonction municipale; M. Michelet ne pai'tage pas l'opic de Marat, libre à lui; M. Michelet croit que la nature noi donné deux mains pour les tendre à droite et à gauche i feis, libre encore à lui. Nous tenons, néanmoins, pour l'c nion maratiste. Ajoutons, en passant, que c'était pour le m^ motif que TAmi du peuple se défiait de Condorcet.
Venons à notre dernière citation : « Un véritable patrii Monge, est signalé à sa haine. » {Histoire delà Révoliii française y t. 11, p. 399.)
Dans les Cliarlatans modernes y ouvrage publié en 17 alors qu il n'y avait encore ni tribunal révolutionnaire, guillotine permanente, Marat, en effet, fait bien peu de c trop peu, ce me semble, de Monge, considéré comme savî Mais il est si vrai qu'il ne prépare pas la guillotine politi pour son rival en matière de science que, deiLX ans plus ta en pleine République, alors que TAmi du peuple, si défi envers tous les hommes en puissance , enti'aînait tous les s
(rages du peuple de Paris par un seul témoignage de confiaoce, Marat demande dans son journal « le portefeuille de la guerre pour le sieur Monge, le plus capable des ministres, sans contredit, et, j'ose croire, le plus patriote. » {Journal delà République y N° 12.) Ah! M. Michelet; ah! Basile, mon ami, si jamais... Passons à un autre motif d'envie.
Choisissons maintenant un homme public, revêtu des plus grands honneurs, jouissant de la plus irrésistible influence, prenons Lafayette. Yoilà, sans contredit, une des plus retentissaiHes renommées qui nous apparaissent au début de la Révolution; l'engouement des patriotes môme n'a pas a-sez d'expressions pour glorifier le héros des deux mondes, le sauveur de la liberté moderne, ce demi-dieu, ce dieu de 1789. C'est, sans aucun doute, à cette grande figure que l'ambitieux politique Marat, que l'envieux Ami du peuple va tout d'abord s'attaquer. Lisons ; le 25 septembre 89, le journaliste
écrit: « L'Assemblée nationale avait offert au commandant
général un traitement de 150,000 livres; ce gcnêrcux citoyen^ ^ut rame n'csi oià^erte quaiix sentiments qui éUvent Vhu- ^f^niiéj a repoussé le vil métal dont on voulait payer son dévouement à la patrie; il a motivé son refus des besoins 'U'gents de l'État et du nombre prodigieux d'infortunés qui Peuplent la capitale : motifs qui relèvent encore le prix de ^o noble sacrifice. Quel exemple pour les administrateurs publics! » [L'Ami du Peuple, IS<> 15.)
Mais, dites- vous, il ne larda pas à le dénoncer. C'est que
P^^t-ètre Lafayette ne tarda pas à trahir. Consultons l'his-
^*fe. Le lieutenant général de la garde nationale n'a-t-il pas
^^nimencé par se composer un état-major auquel il a fait
^^'ouer des appointements énormes pour en faire ses séides?
^^t-il pas incorporé dans la garde citoyenne une garde sol-
*^ pour en composer une cohorte de janissaires? K*a-t-il pas
, *ï^é la division dans les troupes confiées à ses ordres, en y
^CKiant des compagnies de grenadiers et de chasseurs, pour
'^lire germer l'esprit de corps? N'a-t-il pas contribué plus
que personne à faire éliminer le peuple de la garde bourgeoise? S'il feint de négliger les intérêts de la cour, il la'eii est pas moins étroitement lié avec les ministres Montmorin, La Tour- du -Pin, et autres. N'a- 1- il pas secondé BotxîIIé dans les massacres de Nancy ?'N'a-t-il pas fait décréter la loi martiale , favorisé par son inaction suspecte la fuite du roi, commandé en personne les massacres du Champ-de-Mars, mis, enfin, le terme à ses trahisons par la désertion de son armée? Un seul de ces crimes ne suffisait- il pas pour que Marat le dénonçât à la justice du peuple? Et s'il est incontestablement coupable de tous, sera-ce envie que de les lui reprocher ?
Ce que le dénonciateur public a fait pour Lafayette, il Ta fait pour tous : pour Pétion, pour Isnard, pour Barbaroox, pour tous ceux qu'il a poursuivis plus tard, mais qui avaient commencé leur vie politique par de véritables actes de patriotisme. On sent bien que nous ne pouvons ici rappeler les foi^ faits de tous les inculpés; que les innocents réclament, quel^s historiens en rappellent en leurs noms, et nous sommes pi**^ à répondre. 11 y a plus, il s'était fait un cas de conscience <3^
ne jamais juger d'un homme public par pressentiment, m^^^ exclusivement sur les faits ; et pourtant la simple obsenatt <y^ ne le trompait guère. Voyez plutôt ce qu'il dit de Barrère ^^ de Robespierre : « Barrère, Tun des hommes les plus dan^^ reux, politique fin et rusé, habile à nager entre deux eai»- ^» à miner l'édifice de la Révolution au lieu de le saper, e^t i faire échouer toutes les mesures révolutionnaires par Topi^J^ du modérantisme. )> [Le PublicislCy N** 222.) — « Je croîs» messieurs, que jamais l'ambition n'approcha du corps ^^ Robespierre, si ce n'est celle de se déployer à la tribune : ^^ l'accuse d'avoir songé au tribunat, à la dictature? mais il ^^ si peu fait pour être chef de parti, qu'il évite tout groupe ^" il y a du tumulte, et qu'il pâlit à la vue d'un sabre na« » [Ibidem^ N** 221.) Tout le secret du dénoûment de thermidor est dans cette appréciation.
Mais il est une autre sorte d'envie à laquelle les écrivains échappent difficilement, je veux parler de celle qu'ils portent i leurs collègues, à leurs xivaux dans le môme genre d'écrits. Voyons quelle fut la conduite de Marat à l'égard des journalistes patriotes les plus en renom.
Loustalot, le premier rédacteur des Révolutions de Parisy \sL plus grande réputation de publiciste patriote du moment, vient de mourir presque subitement à la nouvelle du massacre de Nancy ; écoutons ce qu'en pense l'Ami du peuple : « Loustalot n'est plus; c'est la pensée du massacre des patriotes de ^ancy qui a porté le trouble dans son imagination, jeté le désordre dans ses frêles organes, qui vient de trancher à la fleur des ans le fil de ses jours. Loustalot n'est plus! Fidèle défenseur de la patrie, il lui consacra ses premières armes l^ï'esque à l'époque de la Révolution ; dès lors, il combattit ^ujours pour elle, et combattit avec succès... 11 saisissait avec , l'un après l'autre, les fils d'une trame odieuse, il la 'Veloppait avec méthode et l'exposait très-bien au grand J^>Ur.., Doué d'un esprit calme, juste, méthodique, mûri par *^ temps, il eût été merveilleusement propre à former à la "^-^erté un peuple nouveau. Chez une nation menacée de la vitude, sa perte est amère et cruelle. Les amis de la liberté souviendront avec attendrissement de Loustalot; leurs Hfants béniront chaque jour sa mémoire... Ombre chère et ! si tu conserves encore quelque souvenir des choses de ^ie dans le séjour des bienheureux, souffre qu'un frère d*a.rraes que tu ne vis jamais arrose de ses pleurs ta dépouille '■ïiortelle et jette quelques fleurs sur ta tombe. » {L'Ami di£ Peuple^ M*» 228.) Mais, dira-t-on, à louer un mort il n'y ^ pas grand sacrifice, car on n'a plus à le craindre; choisissons donc parnfi les vivants les plus en vogue.
C'est d'abord le fameux Père Duchêne qui se présente ; ^® journal se tire quelquefois à deux cent mille exemplaires, ^t-on ; quel concurrent ! (( Le Père DuchCne ne manque pas ^ sens, quoique son ton, plus que grivois, annonce le sapeur
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JRAN-PAUL BÏARAT.
(les journalistes. 11 n'est pas Spartiate au jour de bataill mais il y a loin de là à un trembleur. On dit qu'il ne t'ral pas trop bien l'Ami du peuple, c'est un petit malheur; e pourvu qu'il veille avec soin au salut de la patrie, l'Ami d peuple ne lui en voudra pas moins de bien. » [L'Ami Peuple, N* 287.)
Passons à un rival plus sérieux. Nous avons vu ailleu comment il recommande au public la lecture de tOntieur Peuple, comment il le reconnaît pour son héritier direct cas de mort; il va citer de son rival en journalisme le trait plus propre à lui gagner la confiance des patriotes : « Je d dire Ma louange de Tréron, que le garde des sceaux, avec leqi il était lié depuis l'enfance, fait mille démarches pour l'atti chez lui : instances auxquelles il s'est toujours refusé, dan crainte* de laisser soupçonner son patriotisme. Voilà une d catesse de sentiments bien rare. On sent bien, d'après qu'il n'est pas homme à ménager bassement les ennemis la Ré\olution pour procurer un plus grand débit à sa feui ni à trahir la patrie dans l'espoir de se procurer un bon é blissenient. » [Ibidem, K** 358.) On se rappelle les ragements qu'il donne à l'auteur des nérolntions de Fra et de ttrabdut^ comme il le proclame le plus amusant e plus spirituel dos écrivains; au fond, le pauvre Camille n demandait pas davantage. Est-ce assez de citations p prouver qu'il n'est pas envieux des concurrents de son pa c'est-à-dire des plus redoutables? Passons à la demi espèce de rivaux : voyons ce que le patriote Marat dit patriotes les plus en renom.
Certes, s'il est un homme dans la Révolution française jouisse de la plus grande influence que jamais législateur eue sur tout un i)euple, c'est assurément Maximilien Rol^ pierre. On sait combien ses triomphes parlementaires fui^ tardifs. Sous la Constituante, il n'était guère apprécié comme un avocat bien intentionné, mais diffus, louri ennuyeux. Nous ofirons de prouver que c'est à Marat surto
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aMarat qui plaçait le caractère avant le talent, que Maximilien dut de sortir de Tobscurité à laquelle son intelligence politique le condamnait. Dès 90, le bruit court qu'à la fête de la Fédération les députés patriotes seront massacrés. « Au U juillet prochain, écrit l'Ami du peuple, que les patriotes du royaume mettent Bamave, Pétion, Robespierre, sous la garde spéciale du général; il leur répondra, sur sa tête, de la ' moindre égratignure qui leur serait faite. » {LAmiduPettplfj NM51.)
Ailleurs, il propose de faire choix de Robespierre pour gQDvemcur du Dauphin.
En 91, à la clôture de la Constituante, il s'écrie : « 0 Robespierre, Pétion, Grégoire, puissiez-vous recevoir de la main te amis de la liberté la couronne de gloire que la nation ^oîtà ses défenseurs incorruptibles! » {Ibidetn^ N° 562.) Le Peuple a répondu à Tinvitaiion désintéressée de son conseîl- «r, (îar, quelques jours après, le journal rend compte de la teniière séance de cette Assemblée : « Buzot, Grégoire, «ieur, ont été couverts d'applaudissements. Les applaudis- ^«nents ont redoublé dès que Pétion et Robespierre ont paru. ^ ont reçu des mains du peuple la couronne civique; ils iraient été portés en triomphe par leurs concitoj'ens, si
^ modestie ne s'y était opposée. Jouissez à jamais du
"ïomphe des âmes puros, incorruptibles défenseurs du ^upleet de ses droits! » {Ibidem^ N* 565.) On aime à surfoudre ces élans d'enthousiasme qui ne partent jamais que '^cœur : se réjouir du triomphe des autres, c'est le partager, ^ c'est s'en montrer digne.
Sous la Législative, quand Robespierre est confondu dans ^ ftule, Marat n'a pas oublié son civisme; il le propose ^ïOnae maire de Paris, et pourtant il n'est pas fasciné à la *nîère de Camille. « Robespierre a l'intégrité d'un vérî- We homme de bien et le zèle d'un vrai patriote ; mais il ^'^e également et de vues et de l'audace d'un homme ^tot. » {Ibidem, N<» 648.)
Sous la Convention, quand tous les deux rivalisaient de puissance, nous verrons comment Maximilien renia làcberaent celui qui l'avait porté au faîte de la renommée, comment TAmi du peuple, néanmoins, continua à soutenir Robespierre, qu'il croyait utile à la cause révolutionnaire. On pourra juger des deux hommes. Plus tard encore, le président honoraire des Jacobins sacrifiera Marat devant ses séides; et, huit jours avant sa mort, l'Ami du peuple, étendu sur son lit de douleur, écrira : a Que les provinces marchent sur Paris; elles verront Danton,. Robespierre, jsi souvent calomniés, et elles trouveront en eux d'intrépides défenseui*s du peuple. » [U Publicisle, îi' 2U.)
Vous dénoncez sa rage envieuse et vindicative ; apprenez comment il se venge des personnalités de ses plus implacables ennemis : « Les députés des Bouches-du-Rhône (les Gb-ondins) vieniient d'afficher contre moi un énorme placard; tant mieux pour le marchand de papier et pour l'imprûneur! Le placard est rempli d'invectives ; tant pis pour les auteurs! Malgi'é leurs insultes, je n'en veux à aucun de ces messieurs personnellement. J'ai eu des liaisons particulières avec Barbaroux dans un temps où il. n'était pas tourmenté de la rage déjouer un rôle; c'était un bon jeune homme qui aimait à s'instruire auprès de moi. J'ai eu le bonheur de rendre service à Duprat et à Pélissier. J'ai toujours regardé Durand- Maillane comme un honnête homme. Granet m'a écrit une lettre d'injures que je ne montrerai pas pour son honneur. Quant aux autres signataires, je ne les connais pas. Au demeurant, camarades, usez de représailles! » (Journal de ui République^ N** 15.)
Pour récompense de ses appuis successifs, Lafayettel* contraint à se cacher deux ans et demi au fond des caves ou il gagna une maladie mortelle, d'où il sortit perclus de douleurs rhumatismales; Robespierre l'a désigné à la fureur d^ patriotes au lendemain de la proclamation de la Républiq^^» et Barbaroux donnera ses dernières instructions à l'assassï^
celui qui avait été son ami, son mentor politique. Comparez jugez !
Eofin, fermons cette réfutation par quelques passages une lettre que Marat adressait à Camille Desmoulins en 91 : « Vous repoussez mes représentations amicales, inille, en les qualifiant d'injures et en les attribuant à Tair iphitique de mon souterrain! (Quelle cruauté! lui faire â tortures qu'il a souiTertes un motif de méfiance ! Cruauté DÎDS rare qu'on ne pense : c'est que toute la sensibilité de mille était dans la tête, celle de Marat était dans le cœur.) ffltrer tant d'humeur quand j'en montre si peu, c'est mal ofiter de vos avantages; vous, que la nature fit si gai, si irituel, si aimable; vous, qui respirez un air si pur, qui ez une si bonne cave ; vous, qui êtes entouré de tant )bjets charmants! (Camille venait d'épouser Lucile qui lui lit apporté aisance, jeunesse, beauté, amour, intelligence, e âme de républicaine, Lucile qui venait de lui donner un
I dont tous les deux raffolaient.) Mais quel effort
générosité ! Quoi ! tant que j'extravaguerais dans le sens la Révolution, vous persisterez à me louer, et, pour faire ïuve de vos dispositions bénévoles, vous dites : « Nous fons défendre la liberté comme la ville de Saint-Malo, nonilement avec des hommes, mais avec des chiens. » Quoique Uosion ne soit pas des plus délicates, vous ne vous doutiez fere, Camille, que vous me faisiez un compliment, et un Qpliment dont je ne suis pas indigne, car les chiens sont symboles de la vigilance et de la fidélité. Si, par un excès politesse, vous ne prétendiez leur accorder que des dispoions féroces, vous pourriez reconnaître à ce qui vous arrive s ces animaux ne mordent que les ennemis de la patrie, ^ant les autres citoyens, bien qu'ils en soient lâchement 'traités; ce qui prouve qu'ils sont moins hargneux et plus séreux que la plupart des écrivains populaires, des compi-
^^ patriotes, et même des conteurs de balivernes qui se
^nt des Romains, Pourquoi sortir des gonds, Camille ? Au
ton que je garde avec vous, vous devez sentir que je ne veux que la paix. » {L'Ami du Peuple^ N** 455.)
En résumé, si Marat n'était animé ni par l'envie, ni par des motifs de haine personnelle, il fallait bien qu'il le fût, comme il le dit lui-même, par l'amour du bien public poussé jusqu'à la passion, car l'amour de la gloire n* aurait pas suffi. Il est bien vrai que nous ne croyons guère à cette passion , que nous ne la concevons même plus ; mais le dévouemen^^ est nié des égoïstes aussi, la générosité fait rire les avares, débauche est incrédule à la moralité ; est-ce à dire qu'il n ait plus au monde d'hommes moraux, généreux ou dévou Nous ne croyons qu'aux vertus dont nous sommes capable c'est vrai; mais, avec plus de justice, nous devrions croire tout ce qui nous est démontré par pièces authentiques; sont justement ces preuves que nous avons accumulées.
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