CHAPITRE XXV
BIOGRAPHIE
10 AOOT — !«' OCTOBRE 17 91,
SomuM. ~ BéapparitioD du jdanMl après le mtwm-dii Cbamp^eolCan. — Fkoase paniqua. — Audace da jonmalists. — Meccuiale adreaséa à la nation tout entière. L'Ami du peuple avait desseia de Inir avec la Constituante aa publication quotidiennç. - Bi' fii'nces nets du rédacteur. — Il n'est pas nommé député à la
Lj'gislative. - Ingratitude des patriotes. — Commencement do départ. — Arcideuts surv«inus peudaul la voyage. — Retour à Paris. — Pro^^rammu dé la nouvelle
rédactfon.
Son numéro de réapparition n'est pas moins énergique que celui du 20 juillet; c'est celui-là môme qui, le 21, avait été saisi chez l'imprimeur : « Si le ciel daigne se mêler des choses d'ici-bas, puisf^nt ces monstres deveQir bientôt l'objet de son ire vengeresse ! puisse le peuple, .soulevé à la fois dans tous les coins du royaume, les immoler à sa juste fureur! » (L'Ami du peuple^ N* 530.) Affreux Marat, qui crie vengeance contre ceux qui ont mas.sacré le peuple, qui ne se contente pas de déclarer froidement, impartialement, pijilosophiquement dti fond de son fauteuil qu'en vérité Lafayette a peut-être eu tort, qu'il a été un peu loin, que l'humanité repeusse le sang, mais que le peuple doit pardonner à son égorgeur parce qu*il est toujours beau, noble et généreux d'oublier les injures. Maladroit Marat! que ne prenait-il ce • parti des hommes d*ordre? on Taurwt laissé bien tranquille, peut-être eCit-il eu sa part des largesses royales, et la postérité bénirait sa mémoire. Patience, lecteurs, il n'est pas encore temps d'aborder cette question; mais, je vous, le jure par la honte qui me monte au front en songeant que
m ' JEAN-PAUL MARAT.
voilà le langage des réputés sages, je ne resqaiveral pas.
L'Ami du Peuple continua donc à reparaître, mais ^d'abord avec des iiilerruptions, témoignages des obstacles qu'il ren-% contrait. Marat raconte que le ou 25 août il eut une panique telle qu'il put se croire découvert, c'est-à-dire . massacré sur place, a J'étais à méditer tristement dans mon souterrain sur l'alTreuse situation de la patrie et les horribles persécutions exercées contre ses défenseurs, lorsque mon attention est éveillée par une voix très-aigre qui criait à tuetète : Il est ici, messieurs, le Yci itable Ami du peuple, il est ici. Je cours à mon soupirail, et j'entends distinctement: Le voilà, messieurs, le voilà; c'est le véritable, celui qui ose tout dire» qui n'a peur de rien. Je recule deux pas, puis j*en avance trois, et, à travers ira petit espace net d'un carreau très -sale, je vois un grand colporteur qui tenait une feuille à la main; les passants se pressent autour de lui, et en moins de deux minutes il a vidé son portefeuille. Un rtiouchard se trouvait là, et où n'y en a-t-il pas? perce la [uule, le prend au collet, veut l'arrêter : un coup de poing part comme un éclair, et le mouchard va donner de la tête contre une borne, en criant à la garde. Deux voisins font sauver le colporteur-, la foule augmente, les pousse -culs bleus arrivent... » {L'Ami du pciijAe, 5S8.)
On avait bien sujet de tout craindre, car il n'avait rien retranché de son pro^namuie de journaliste : « Quelque danger qu'il y ait aujourd'hui à s'e.'tldiqucr avec franchise sur le compte des fonctionnaires publics, je ne changerai pas. de ton. Die sachant point capituler avec mes devohrs, ni trahir ma conscience. Pour moi le prince ne sera jamaisf qu'un tyran ; ses ministres» des traîtres atroces ; ses valets faoseura. de décrets, de perfides scélérats; et presque tous les fonction- • naires publics, des fripons prostitués. Atroces légistes, vous prétendez que la censure ne morde pas sur vous î Soyez donc intègres, soyez des ^ens de bien, de vrais amis de la patrie;, c'eait le seul moyen convenable d'imposer silence à la calom-
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nie et (le vous faire respecter même des méchants. » {L'Ami 4u Peuple, iN" 538.)
Ce ne peut être que dans ces crises de fureur contre i'au* torité qu'il flagorne le peuple pour le mettre de son parti; voyons ce qu*il écrivait, le 27 août 91 : « Hommes lâcbes et corrompus, cessez de vous plaindre dé vos fers, des outrages auxquels vous êtes exposés, de la tyrannie qu'on déploie contre vous; comment pourpez-vous vouloir jouir de vos droits? vous les méconnaissez! comment pourriez -vous les défendre? vous n'en sentîtes jamais le prix! il faut des lumières, du courage, des soins, des combats, pour conquérir la liberté; pour. la conserver, il faut de la constance et une vertu à Tépreuve des fatigues, des privations, de la misère, / -de la faim, des périls, de la douleur. Non, non, elle n'est point faite pour une nation ignare, légère, frivole; pour des citadins élevés dans la crainte, la dissimulation, la fourbu, le mensonge, nourris dans la souplesse, l'intrigue, l'avarice, Tescroquerie, ne subsistant que de friponneries et de rapines, | ne soupirant qu^après les plaisirs, les titres, les décorations, •et toujours prêts à se vendre pour de For... 11 faut aux artistes, aux gens de lettres et aux savants des courtisans à i llaççonier; aux marchands et aux artisans, des riches à servir; j aux intrigants, des capitalistes; aux faiseurs d'allaires et aux fripons, des fils de famille à dépouiller; aux oisifs, des spec- " [: tacles et des jeux; tout le reste ne les intéresse nullement. .« >. Il en est de notre Révolution comme d'ui^ cristallisation f|, troublée par des secousses violentes ; d'abord tous les cristaux disséminés dans le liquide s'agitent, se fuient et se jV mêlent sans ordre ; puis ils se meuvent avec moins de vivacité, V ;
se ra|)prochent par degré, et finissent par reprendre leur première combinaison et par se rejoindre étroitement. » Ibidem, • { 539.) Si le dévouement désintéressé à une cause qu'on
]^ <xoii juste et dont op prévoit le succès est une vertu civique, ; ;
' quel nom faut-il donner à ce même dévouement sans espoir, ? sans autre perspective que le sacrifice de sa propré vie? ^
Comprendrons -nous enfin qu'il est des situations politiques telicnioiit oppressives, tellement dégradanteri , que ce devient un devoir pour quiconque se seul homme de crier avec l'Ami du peuple : u Oui, je le dis dans la sincérité de mon cœur, puisque notre seul espoir est dans fa guerre civile, je fais des vœux pour qu'elle éclate au plus tôt. » {L'Ami du Peuple^ 540.) N'était*ce pas la situation où nous avait rois la royauté au 1& juillet 89?
Un seul argument pourrait confondre Marat; ce fierait de prouver qu'au 29 août 91 la France n'était pas réduite à cette ten ible extrémité; or, le sang des massacrés du Ghampde-Mars fume encore, voilà pour Tintérieur; et avant -hier, ' dans Tentrevue de Pilnitz, Léopold et Frédéric ont juré d'employer les moyens les plus efficaces pour aCTermir les bases- de Tautorité de Louis XVI; voilà l'extérieur. Mais les historiens ne sont jamais que les prôneurs des faits accomplis. Qu'à l'appel de Marat, les Parisiens se soient soulevés au "29 août 91 au lieu d'un an plus tard; qu'ils aient anéanti la royauté : ces apologistes du succès n'auraient pas assez d'éloges; mais parce que Paris ne s'est pas ému à la voix du journaliste, Marat est un anarchiste; ils n'ont pas assez d'opprobres pour en couvrir ce brandon de gûerre civile. Plus indépendants et plus logiques, les Tacites à venir reviendront sur ces décisions de la peur ou de l' inintelligence révolutionnaire.; ils reconnaîtront, ils constateront Turf^ence d'un appel à la révolte; ils rendront plus de justice au grand cito^.en qui croyait qu'on n'épargoe le sang des esclaves qu'en n'épargnant pas celui des tyrans.
Nous entrons en septembre 91; à la Constituante va succéder la Légtsi£(tive. Marat avait lieu d'espérer que ce changement exclusif dans le personnel des représentants ferait surgir d'autres lois plus en rapport avec la déclaration des droits, seule œuvre vraiment révolutionnaire de nos premiers législateurs. C'est pourquoi l'Ami du peuple avait résolu tout d'abord de dore sa publication avec la première Assemblée : c'est du moins ce qu'il annonce dans les premières lignes
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de son numéro da 5 septembre : « Avant de quitter la pluiiie, que j'ai consacrée depuis trois ans à la défense des droits de la nation et de la liberté publique, mou dernier regard sera pour le bonheur du peuple, n Kt trois jours après, prenant un ton tristement goguenard, il Hnissait son numéro 5A9 par cette lettre : « Billet de Vauteur aux pères comcrUs. Mes compliments à l'auguste Assemblée. Grâce à la sublime constitution, messieurs, que vous avez donnée à la France, il n'y a plus d'eau à boire à être homme de bien : et conime il y a les galères à gagner en défendant les droits de la nation, et la corde à craindre en disant leurs tristes vérités à MM. Gapet, l'Ami du peuple a l'honneur de vous donner avis qu'il est sur le point de renoncer à la folle entreprise de s'immoler au salut pnblîc, pour ne plus songer qu'à refaire sa l'oiiune, s'étant réduit à la besace dans la j)oursuite de ce projet insensé, ayant méii]o été dévalisé chez quelques citoyens • auxquels il avait demandé asile. »
Voilà ses comptes rendus au point de vue commercial. Est-ce après les avoir vérifiés, la plume à la main, que M. Michelet a écrit : « Marat gagna beaucoup d'argent par son journal? » Oui, sans doute, VAmi du Peuple se vendit par moments à un grand nombre d'exemplaires et à prix assez élevé, et pourtant l'auteur n'y gagna rien; nous en avons déjà trop répété les raisons" pour les lessasscr ici; mais M. Michelet ne comprend pas rohi, ce qui prouve qu'il est plus habile commerçant en librairie que Marat, et voilà tout.
Nous disions dans notre chapitre XXI qu'il n'y avait jamais eu de parti maratiste, même au moment de la plus grande vogue du journal; en voici une nouvelle preuve : en ce moment des élecfions se préparent, le nombre dei: dcpults est immense, puisque les précédents np sont pas rééligibles; or, à coup sur, personne n'a jusqu'ici (ixé l'attention générale plus que Marat; personne ne s'est plus exclusivement adonné à la chose publique, n'y a plus sacrifié; personne n'a été plus persécuté pour la cause révolutionnaire
radicale; Marat est encore en ce moment obligé de se cacher, l'élection suHkait pour lui ouvrir les portes de son cachot
volontaire, pour le rendre inviolable, pour l'imposer ;l la réaction; personne n'a uiontré plus d' aptitude legi.^latrice ; quelques-uns lui ont reproché un zèle exagéré, mais que craindre de cette exagération dans uoe assemblée, et cà une époque où le défaut contraire serait miUe fois plus à redouter ? personne, en un mot, ne méritait à plus de titres Thonneor d*être élu représ^tant de Paris. £h bien, en 1791, il n'en est pas même question; nous n'avons pu découvrir une seule liste où il eût été porté seulement comme candidat, et nulle part la moindre réclamation; personne n'y pense, il pent mourir dans son coin, je ne suis pas sûr qu'on en fasse mention , à moins qu'un cri de joie, un hurlement d'hyène en délire ne s'échappe de l'antre de la police. 0 peuple, quelle ingratitude! Vous tous, qui voulez embrasser sa cause, apprenez ce qu'elle rapporte en fortune, en honneurs, en gloire, en reconnaissance. Et l'on vient dire que c'est le parti des ambitieux, quand tant de nullités se produisent si facilement dans le parti contraire ; quand il suffît, suivant l'expression de Marat, d'opiner de la culotte pour y recevoir son salaire I Allons donc, le véritable ambitieux sait compter, sait prévoir, sait juger; comment demanderait-il de la fortune au peuple qui n^apas même de quoi manger? des honneurs, au peuple qui n'en dispose pas? de la puissance, au peuple sous le joug? de la gloire, au peuple ignorant et toujours dupe?
Oui, ce dut être un coup terrible pour Marat que cette indifférence, que cette ingratitude publique. Il dut être assailli de réflexions poignantes, et comme homme et comme citoyen. L'homme aurait voulu immortaliser m mémoire, et le voilà enseveli sous l'oubli, le second linceul des morts I Le citoyen aurait voulu confondre à la tiiijune les ennemis de la Révolution, parce que là sa voix aurait été plus puissante et se serait fait entendre à plus d'auditeurs encore. Js'on, rien, rien que rindiilérence. Il nous semble que c'est le moment où il
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dut soaiTrir plus profondément daiis tout son être, corps et âme ; car plus d*espoir! Et qu*on ne croie pas qu'il se répande
ea reproches contre ses ingrats concitoyens; qu'il use de sa feuille pour colporter sa candidature, comme font les éliontés de nos jours: qu'il chante lui-même ses propres louanges.
, Pas un mot. Marat avait l'âme trop hautaine, avait trop de délicatesse pour descendre à ce rôle dégradant de prôner lui-même ses services^ et d*en mendier le prix. Dès il avait exprimé ces sentiments dans ses conseils aux électeurs ;
' en M, quand il pouvait se porter sur les rangs, ,son opinion n'avait pas chnn?:é. Ceux qui feignent aujourd'hui tant de mépiis pour sa mémoire ont-ils plus de dignité d'euxmêmes ?
Marat avait résolu non-seulement de cesser son joumalt mm encore de quitter la France* Cette seconde détermination ressort de son numéro du 20 septembre : a Peat-étve emploierai-je un jour à jeter sur le papier le récit historique
de ma captivité, le repos que je vais cbenlier dans une terre étrangère, et que je ne puis espérer dans la patrie asservie, i» Au 21 septembre, son numéro 559 a pour sommaire : Ber^ mers adieux de l'Ami du peuple à la pairie. Il y récapitule tout ce qu'il a souffert pour la cause de la liberté; il termina en ces termes : « Ce genre de vie, dont le simple récit glace les cœurs les plus aguerris, je l'ai mené dix-huit mois entiers sans me plaindre un seul instant, sans regretter ni repos, ni plaisirs, sans tenir aucun compte de la perte de mon état, de ma santé, et sans jamais pâlir à la vue du glaive toujours levé sur mon sein. Que dis-je ? je l'ai préféré à tous les avantages de la corruption, à toutes les délices de la fortune, à tout Téclat d*une couronne. J*aurais été protégé, caressé, i fêté, si favais seulement voulu garder le silence; et que d*or ne m'aurait-on pas prodigué, si j'avais voulu déshonorer ma plume! J'ai repoussé le métal corrupteur, j'ai vécu dans la pauvreté, j'ai conservé mon cœur pur. Je serais millionnaire aujourd'hui si J'avais été moins déllcai, et si je ne m'étai»
pas toujours oublié, kn lieu des richesses que je n'ai pas ,
j'ai quelques dettes, que m'ont endossées les infidèles manipulateurs auxquels j'avais d'abord confié l'impression et le débit de ma feuille. Je vais abandonner à ces créanciers les débris du. peu qui me reste, et je cours sans argent, sans secours, sans ressources, végéter dan3 le seul coin de la terre où U nie soit encore permis de respirer en paix, devancé par les clameurs de la calomnie, diffamé par les fripons publics que j'ai démasqués, chargé des malédictions de tous les ennemis de la patrie, abhorré des grands et des hommes eu placé, et noté dans tous les cabinets ministériels coniuie un monstre à étouffer; peut-être ne taiderai-je pas à être .oublié du peuple, au salut duquel je me suis immolé; heureux si les regrets des patriotes m'y accompagnent; mais j'y porte le témoignage honorable de ma conscience, et j'y serai suivi de l'estime des âmes fortes...
« J'ai combattu sans relâche jusqu'à ce jour, et je n'ai pas quitté la lirèche que la place ne soit (importée. S'il est en France un seul homme instruit et déterminé qui ose me reprocher d'avoir trop tôt désespéré du salut public et de man^ quer de coQstance, qu'il vienne prendre ma place, et qu'illa garde huit seuls jours.
« Citoyens, je ne vous demande ni regrets, ni reconnussance; ne conservez pas même le souvenir de mon nom ; mais si jauiais quelque coup du destin vous rauienait la victoire, souvenez-vous de la iixev en profitant de vos avantages, et n'oubliez jamais, pour assurer votre triomphe, les cpnseils d'un homme qui ne respirait que pour établir parmi vous le règne de la justice et de la liberté. »
C'était son dernier numéro écrit à Paris, et le soir môme il partait pour l'Angleterre. Il fuyait si l'on veut, mais à la manière des Partbes, en combattant encore.
Son numéro du 22 septembre est daté de Clermont en Beauvoisis; il a mis encore son voyage à profit pour le salut public. U raconte qu'il s'est trouvé dans la voiture avec
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cinq émip^rés; il s'est mêlé à la conversation, il s'est attiré leur confiance, il les a sondés, il a soutiré leur secret. 11 a appris et il révèle les moyens qu ont les émigrés d'obtenir des passe-ports, leurs espérances, leurs des eins de prendre leur revanche de Varennes, enfin le parti qu'ils tireront tous les premiers de l'amnistie, de l'ouverture des barrières que Louis XVI vient d'aimoncer à propos de l'acceptation de la Constitution.
Le numéro 558 est daté de Rreteuil. Nouvelles révi^lations sur les émigraats. Le 559 a été rédigé à Amiens; c'est un des plus intéressants; il prouve combien Marat était au-dessus des préjugés vulgaires, coml^n il craignait peu de se dépopula-r riser en combattant parfois l'opinion générale ; il s'agit du fameux décret rendu contre les nobles, à propos de leurs titres de noblesse, de leurs noms pompeux, et l'Ami du peuple en démontre l'injustice et l'inutilité : a Quuîid la justice n'aurait pas interdit au législateur ce coup d'autorité, la sagesse aurait dû lui en faire sentir la folie. » Et il fiait par cette note : « Si j'avais été le législateui;, loin de les avoir dépouillés de leurs titres et de leurs ordres, je leur aurais fait un devoir de les porter continuelleoaeDt en public; par ce moyen le peuple les eût distingués au premier coup d'œil, il eût appris à s'en défier et à les repousser comme ses ennemis. »
Le 27 septembre, retour vers Paris ; il en détaille les circonstances. Et d'abord ne nous étonnons pas qu'il se ravise, et ne prenons pas sa résolution pour une comédie, car il avait écrit textuellement en partant : « On dit que dans quelques jours le roi acceptera la Constitution, et qu'on publiera une amnistie générale : je désire être seul excepté. Au demeurant, si le peuple se relève , je reviens me remettre à mon poste. » {L'Ami du Peuple^ N° 556.)
Mais que lui était-il donc arrivé? Un des émigrants dont il avait révélé les menées était mouchard ; Marat faillit être pris, car la police était toujours à sa recherche. Voici comme il raconte l'affaire : « Descendu à l'hôtel d'Angleterre, à
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Amiens, il entend, sur la dénonciation de l'homme de police, un agent dire à ses côtés ; C'est lui, je le recoonais. Sans doute il y avait amnistie, mais TÂmi du peuple savait bien qu'il serait toujours de bonne prise. Il feint donc de ne s'apercevoir de'rien, il se promène à pas lents, et tout à coup disparaît dans la foule et se sauve à travers la campagne, se cache derrière une haie. Un berger passe. Marat lui demande de le reconduire sur Ja roule de Paris par des sentiers détournés. Celui-ci lui donne pour guide un patriote , un ancien garde française. Le brave homme ne demande pas mieux; ^ TAmi du peuple endosse un babit de paysan, et les voilà en route. Le malheur veut que le fugitif fasse un faux pas et se donne une entorse. Force fut de trouver à grand'peîne une charrette et de s'y faire installer. A Ilcaavais, ou le transporte dans un cabriolet, et le lendemain ]ilarat se retrouvait à Paris. » {L'Ami du Peuple^ iN° 5(50.)
Cependant ce voyage ne lui avait pâs été inutile. Il avait pu, le long de la route, se convaincre par lui -môme que les campagnes n'étaient pas aussi abattues, aussi découragées que Paris ; les émigrants et les ofïiciers de l'armée lui avaient appris quel était l'esprit du soldat révolté contre l'oppression des chefs; d'ailleurs, la nouvelle assemblée compterait peutêtre (^uelrpies patriotes; puis l'imprévu si fécond en miracles; enfin le déaion de Socrate; tout lui disait : Reprends ton « poste.
Telles étaient les réflexions que se faisait le voyageur, et, ce disaot, il se traçait un nouveau programme. <i Gomme on
n'a rien négligé pour égarer le peuple, il ne demande qu'à être éclairé. Si la procliaiiie législature n'est pas aussi pourrie que l'Assemblée constituante, il est possible que les patriotes se relèvent, que la liberté s'établisse à certain point. Quoi qu'il en soit, je suivrai la' marche du nouveau Corps législatif, « jusqu'à ce que j'aie pénétré ses projets et que je puisse prévoir la tournure que prendront les alTaires publiques. Pendant le cours de deux années que j'ai combattu pour le salut
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du peuple, j*aî eu trop d'occasions de recoTmattre que nous
n'étions pas mûrs pour la liberté, et de me convaincre que jamais la nation ne saura se prévaloir de ses avantages. Elle pouvait assurer son bonheur au moyen de quelques sacrilices sanglants : les fripons qui Tt^'^araient oiit tout mis en œuvre pour l'en détourner et lui en faire horreur, le ne lui parlerai donc plus de ses justes vengeances contre les ennemis de son repos,- puis/|u'elle est d'humeur assez douce pour laisser égorger impunément ses membres infortunés; mais je continuerai à éclairer les macliinations ténébreuses des scélérats acliarnés à sa perte, et à chercher les moyens de les déjouer. Je ferai plus, je proposerai les moyens de ramener peu à peu les ennemis avec lesquels nous sommes iorcés de vivre, en les amusant par des hochets, après leur avoir ôté la puissance de nous perdre.
« Depuis le massacre du Champ-de-Mars, le voile de l'illusion est déchiré. Au lieu de ce teiople auguste élevé à la* liberté, que nous promettaient nos indiii;nes mandataires, ils ont construit sur le sable un édifice gothique : c'est aux nouveaux députés à tenter la reconstruction, et aux écrivains patriotes à empêcher qu'il ne nous écrase sous se^ ruines. » (L* Ami du Peuple, 660.)
C'était promettre beaucotip plus que son tempérament ne port irait tenir; est-ce qu'on peut, avec de la sensibilité, assister de sang-froid au spectacle de la traliiso!], de l'hypocrisie, des perversités de toutes sortes? Est-ce qu'il pouiTa surprendre, sans crier aux armes, les pièges nouveaux tendus au peuple par ses éternels ennemis? Sans crier vengeance', pourra-t-il voir, au nom de la liberté, les patriotes poursuivis, emprisonnés, écrasés; le ])euple, toujours le peuple sacrifié, comme si le sang des opprimés était moins ;pn''( ieux que celui des oppresseurs? Non, il ne le pourra pas, et je lui eu sais gré; car c'est à cela que je le reconnais; G* est par là qu'il fut, à mes yeux, plus grand que tout autre.
Je sais bien que ce don si rare et si fatal au bénéficiaire»
de ressentir dans toutes les fibres de ses entrailles les douleurs d' autrui, lui sera dénié; je sais que l'égoïste et l'indifléreut ne peuvent comprendre chez les autres ce qui ne vibre pas en eux; je sais que l'ambitieux donnera pour mobile à tous ses actes» à toutes ses affirmations, celui qui le dirige ' lui-même ; je sais que l'intéressé à combattre -le parti du peuple né peut» quoi qu*on prouve par les faits, par la logique, par le sentiment, rien admettre de ce qui tend à ruiner ses privilèges; je sais enfin qu'un premier appel du jugement inique de l'histoire ne peut être accueilli sans soulever la suspicion ; eli bien, c'est ce que je veux. Oui, je ne demande au lecteur que le doute. Parce que le doute, dans une conscience loyale, appelle la révision de tous les faits avancés, et que je ne crains pas cette révision, que je conjure au contraire le lecteur de ne se prononcer qu'après avoir instruit la catise par lui-même, qu'après s'être convaincu que pas un mot ne peut être retranché de cette déclaration que faisait Marat. en 1792: <( Le jour de l'évasion du roi, dont j'annonçai la fuite, j'aurais pu être nommé tribun du peuple, si j'avais voulu me montirer; mais quand mon éloignement naturel pour toute espèce d'emploi ne m'aurait pas garanti des prestiges de l'ambition, la seule connaissance que j'ai du caractère français aurait suffi pour m'en guérir. Quel insensé pourrait se fier à des hommes cruels et versatiles qui traitent de visionnaire l'observateur pénétrant fjui leur dévoile les complots de leurs ennemis, qui Télèvent aux nues a F instant où ils volent ses présages se réaliser, et qui , le lendemain» oublient le prophète pour se moquer de lui à l'ouïe d'une nouvelle prédiction, ou l'invectiver à l'exemple des ennemis de la liberté. Insensés, qui vous acharnez à ma perte, com-bien vous rougiriez de vos calomnies, si vous pouviez lire dans le cœur de l'Ami dii peuple. Apprenez que le plaisir de . secourir les opprimes et la gloire de concourir au bonheur du genre humain font toute son ambition, et n'oubliez jamais que de la foule immense de citoyens qu'il a arrachés au glaive
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de la tyrannie, il n'en connaît pas yingt personnellement, el qu'il n'a jamais accordé aucune entrevue à ceux qui \m
demandaient la permission de remercier leur i^ieufaiLeur. >* {Journal de la République, N** 40.)
«HAPlTRi: ÏXVL
BIOGBÂPHIE.
le' OCTOBRE — 15 DÉCEMBRE 1791,
SOMMMftB. OnTertttr» de la LégisUitiT*» taux da Marat — La ligislatlva oontinaa U poIiliquA de la Coastitnaota; colftre de Mant. — Il dé«espèi« du salut puUie et M rAbigf e en Anskiem. L'Êeallê du tUme», «mvrage annoiieé de Londna.
Le 1" octobre eut liea l'oavertare de la deuxième législature ; on connaît les dispositions bienveillantes du censeur
public; on sait aussi les conditions; il ne s'en dépariira pas, il n'en a pas le droit. « J'aime àcroireque la plupart des nouveaux députés sont bien convaincus que les droits du peuple sont imprescriptibles, qu'ils ne peuvent être anéantis par aucun décretf et que les représentants de la nation ont toujours plein pouvoir pour assurer la liberté et la félicité publique. Fasse le ciel que ces observations germent dans leurs âmes, et que la France leur doive son repos et son bonheur! « (JJAmi du Peuple, N*» 506.)
Mais voilà que dès sa troisième séance la Législative jure solennellemient de maintenir intacte la Gonstitution votée par la précédente assemblée. « Amis de la patrie, s'écrie Marat, cette pantalonnade est le tombeau de la liberté naissante, les nouveaux pères conscrits ne valent pas mieux que les anciens : Dieu sait combien on comptera parmi eux d'opiné lu s de la culotte; n'attendez d'eux (^uiiiiidelité, misère et désolation. » {Ibidem, N» 568.)
Que penser, en effet, d'une Assemblée qui confirme par son vote les décrets liberticides des constituants : la loi martiale, rînviolabillté des législateurs, les restrictions imposées à la
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presse» «te i Ne présentez-vous pas déjà que tous les tiratUe- «Qents qui vont remplir la session viendront des luttes da
droit contre l'oppression? Qui manque de logique, ?Jarat ou l' Asseiablée? Quel est le premier agresseur? Qui, le premier, replace tous les citoyens sur le pied de gueiTe ? Faudra-t*il donc revenir vingt fois sur le texte môme pour proaver que^fui- . conque viole ma liberté se déclaret par cet-acte même, mon «Diiftim^ Sai-oe le jKNivoîr» qtii n'a droit à mon respect qu'il la cooditioa de remplir son mandat, ^s'^est^indire de veiller au maintien de mon droit?
Puis donc que c'est la gueiTe, guerre motivée, ne nous étonnons plus de voir l'Ami du peuple user des nu ines arme-s de lire dans son numéro du 16 novemlMre 91, par •eiemple : « Serait-il pessible que voos fussiez encore la dupe des impostears ! Avez-vous oublié que Duport (ministre) était le protégé des traîtres BaiUy et Motier? avez-vous oublié que Delessart (autre ministre) est l'élève do l'agioteur genevois qui vous affama si longtemps, tout en vous bcrraiit de rêves dorés? avez-vous oublié que leur maître est ce prince infidèle qui s'enfuit maintenant comme un voleur, pour se rendre chez vos ennemis et revenir à vous le fer et le feu à la main, b Ce n'est pas seulement an pouvoir exécutif qu'il s'en prend, mais aux législateurs : « La seconde législatore n'est pas moins pourrie que la première. » [L'Atni du Peuple, N° G08.)
Ne demandez plus ce que veut cet éternel agitateur. Ne l'a-t-il pas répété cent foL»? Faut-il qu'il se résume une dernière, afin qu'entre lui et ses ennemis le i^oint de séparation sait bien marqué; afin que nous soyons forcés de nous pro- ' ooncer? car, entre les deux camps, il n'y a pas de neutres ; il n'y a que des traîtres; entre la liberté et l'oppression, pas de terme moyen ; c'est la loi de Salon qui régit. Donc, le mercredi 30 novembre 91, voici en quels termes l'Ami du peuple résumait la question de principes : « Je ne vois qu'un moyen 4q rétablir l'ordrede TJÊtat ; c'est que la nation, soulevée à la
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fois dans toils les coins du royaume, fasse maîn-basse sur
tous les meneurs des ennemis publics, passe l'éponge sur tous les décrets des pères conscrits, expulse le cU'spole avec tous les siens, arme tous les membres de l'État, et charge quelque téte saine de lui proposer une constitution dont la déclaration des droits soit la base, où la souver^neté da peuple so}t consacrée de même que la juridiction des commettants sur les commis, la permanence des assemblées civiques, Tautorisation des citoyens à résister, les armes à la main, à tout ordre arbitraire et à courir sur les ennemis de la pairie, la parfaite séparation des pouvoirs, la restriction des prérogatives du prince, enfin la précaution de n'exiger des citoyens et des fonctionnaires publics queJe serment de défendre la liberté et d*étre fidèles à la patine, m {VAmi du Peuple, N* 61S).
Cette fois encore son appel fut vain. Le peuple s'était un instant réveillé de sa léthargie à l'ouverture de la Lép^islative : mais, voyant les nouveaux représentants suivre la marciie de leurs prédécesseurs, il s'était alîaissé sur lui-même, comme un corps inerte; le cadavre ne semblait plus galvanisable. Le 13 décembre, un correspondant écrivait à TAmi du peuple : « Finissez-en, cher Marat, il en est temps. Qu*avez-vous gagné depuis que vous tous êtes déclaré le défenseur d*un peuple corrompu , toujours prêt à fermer l'oreille aux avis salutaires que vous n'avez cessé de lui donner sur les machinations de ses infâmes mandataires et de ses perlides agens ?
« Vos prédictions, sans avoir quelquefois ce degré de vraisemblance qui force à agir, ne devaient-elles pas le mettre sur ses gardes en les voyant toutes se réaliser^ ne devaientelles pas vous assurer repos et liberté? Maïs il semble que plus vous accumuliez les preuves, moins vous persuadiez... Depuis deux ans ils n'ont cessé de crier que l'Ami du peuple est uu incendiaire, ils verront les torrents de sang qui vont couler... » {Ibidem, M** 02i.)
Bt quels défenseurs k peuple avait^il à opposer à ses
BIOGRAPHIE. m
enaemis conjurés? « Une cohue de clubistcs, de bavards et de vaniteux pétitionnaires qui se cachent dans les moments de crise, laissent lâchement égorger leurs concitoyens et .viennent ensuite en bravache à la barre du Sénat afficher leur sottise» et assurer graveinent les pères conscrits que bientôt la liberté rmtlem dans la poussière tous les tyrans de l'univers. Peuples, to I i 1( s héros qui doivent prendre votre défense et vous faire triompher; comme s'il suflisait de quelques phrases ridicules pour écraser les armées innombrahîps des ennemis de la liberté. 0 nation insensée I que n'as-tu renoncé à ton vain babil pour suivre les conseils de ton ami I » [VAmi du Peuple^ 625.]
L'homme qui s'exprimait ainsi, qui se faisait si peu illusion, qui voyait hi justu, élaiL-ii un anarchiste daub le sens qu'on attache ordinairement à ce mot? Personne n'avait pris la chose publique plus au sérieux, et c'est justement ce caractère de gravité qui attache à sa polémique, et c'est à cause dç cela même qu*on a cherché depuis, et par toutes les calomnies possibles, à détourner le peuple de la lecture des' œuvres politiques de Harat. Pourquoi faut-il, hélas ! que toute accusation soit accueillie sans preuve et si vite, tandis que l'on exige pour la réhabilitation tant de pièces à Tappul? Pourquoi faiit-il que, les pièces produites, on recule d'eÛVoi devant l'examen de tant de preuves demandées ?
Cette atonie publique avait été à Marat tout espoir; aussi tout à coup annonce-t-il une détermination à laquelle on ne s'attendait guère d'un homme qui avait tenu téte aux ennemis du peuple tant qu'il avait été harcelé par eux, et qui allait quitter son [ujste au moment où l'amnistie l'avait rendu plus libre. Mais à quoi bon le médecin, quand l' application du moxa n'a plus d'eilet?
« 0 ma patrie ! s'écrie-t-il le 1& décembre, quel sort épouvantable l'avenir te réserve... Que n*ai je pas fait pour te dessiller 1^ yeux ! Aujourd'hui il ne reste aucun moyen de provenir ta ruine, et ton fidèle ami n'a plus d*auti'e devoir à
lEAN-PAUL HARAT.
te rendre que celai de déplorer tes tristes destioéeSi* fue celui de verser sur tes trop longs déaastresi des larmes de saog; »
Oi!i pttt croire que ce n'était qa'uae figure, on moyen de
secouer rindiflerence des patriotes; mais le lendemain, sans avertissement, comme s'il n'eût pas voulu éveiller la police sur sa résolution, Mai*at terminait lat àche qu'il s'était imposée au naméro fi2d, da 15 décembre 1791, et se relirait à Londres. #
I9ous sommes en mesure de proorer qn'ea s'éloignant aussi subitement il ne cédait pas à quelque suggestion, contre-révolutionnaire , que son silence n'était pas acheté, car c'est ici le moment de parler d'un ouvrai^e qu'il prépara dans son exil volontaire, travail propre à éclairer le peuple qu'il m pouvait oublier; il s' agit, du livre qui devait avoir pour titre VEcole du citoyen.
Le 12 mars 9^ le dub des GordeHers nommait une coinmis^oD chaire de fake passer à toutes les sociétés patrlotl^ ^ufs du'royaame le prospectus delà nouvelle publication de Marat. Le club agissait ainsi à la sollicitation de Fauteur qui l'avait prié, par lettre, de concourir à lever les obstacles qui s'of^osaient à la propagati(m de ses écrits; ks Gordeiiers- ' s'engageaient, en conséquence, à surveiller If ^voi aux souscripteurs.
L'onvrage çompteé de deux Tolumes chacun d'environ quatre cents pages, devait être livré atK souscripteurs dans le courant d'août de la môme année, au prix de sbc livres dix sous. Le pr()S')ectus de quatre paj^fs d'impresslon, imprimé à Paris, s'exprimait en ces termes ; « Les lecteur^ qui n'ont pu se procurer l'Ami du Peuple seront flattés d'en trouver les morceaux les plus saillants fondus dans TÈeoïe du citoyen,,. C'est donc un livre indispensable à tous les Français qui aiment à s^inslroîre de leurs droits et à connaître les ressorts qu'tHi ;i fait jouer pour égarer le peuple et l'asservir coatiaueliemcnt, pour le réduire à la niisèi'e, le
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tourmenter sans cesse par la iamine, pour écraser les amis de
la liberté, assurer rimpiinrté aux conspirateurs, souffler le feu de la discorde, livrer le royaume aux désordres de l'anarchie, et allumer dans tous ses points les torches de la guerre civile. » • .
Donc, le nouveau livre devait être le résumé de la politique maratiste, extraite du journal VAmi du Peuple, Nous n'insisterons pas sur son utilité ; comment convaincre les lecteurs (lui ue le sont pas par tout ce qui précède? Quand on sait que les intrigues des agents du pouvoir se succèdent toujours les mêmes, on confiprend quô dévoiler ce qui s'est fait dans le passé c*est révéler ce qui se fera à ravenir. Et, en effet, pour ne parler que de l'époque qui fait le sujet de ce livre, les menées des Girondins contre les Montagnards ne diffè* rent en rien, pour le fond, de celles des Constituants contre les patriotes. Si l'aveuglement des peuples est toujours le même, la tactique des gouvernants n'a guère change: et, de fait, pourquoi s'évertueraient-ils à trouver d'autres moyens, quand les anciens sont toujours de mise?