Ceux que réfute l'auteur des Philosophumena
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en venaient à un panthéisme pur. L'auteur du roman pseudo-clémentin, malgré sa théologie bizarre, est un déiste. Hermogène ± se débattait gauchement au milieu des insolubles questions soulevées par la doctrine de l'incarnation. Apelle *, dont les idées se rapprochent parfois beaucoup de celles du faux Clément, cherche de même à échapper aux subtilités de la gnose, en maintenant avec force les principes de ce qu'on peut appeler la théologie du bon sens.
L'unité absolue de Dieu est le dogme fondamental d'Apelle. Dieu est la bonté parfaite ; le monde ne reflétant pas suffisamment cette bonté, le monde ne saurait être son œuvre. Le vrai monde créé par Dieu
4. Théophile d'Antioche, dans Eus., IV, xxiv, 4; Clém. d'Alex, ou Théodote, Ed. ex proph., 56; Tertullien, Adv. Hermogenem entier; Philos. ,YUl, 17; Théodoret, Philastre, Pseudo- Aug., Praed., Isid., Paul, Honor. (QEhler, Corp. hœr., 1).
2. Rhodon, dans Eus., V, xm; Tertullien, Prœscr., 6, 7, 40, 30, 33, 34, 37, [54] ; Adv. Marc, III, 4 4 ; IV, 47; De carne Chris ti, 4, 6-9, 24; De resurr. carnis, 2, 5; De anima, 23, 36; Origène, Contre Celse, V, 54; In Gen., nom. il, 2 ; In Matth. comm. séries, 43, 46, 47; Pamph. et Rufin, dans Delarue, append. au t. IV, p. 22, 52; Philos., VII, 42, 38; X, 20; Eus., V, 43; Epiph., Hœr., xliv; Théodoret, I, 25 ; saint Ambroise, De parad., V, 28 ; Pseudo- Tertull., De hœr., 49; Philastre, 47; Pseudo-Aug., 23 (cf. 24 édition OEhler); Praedest., 22; Pseudo-Jérôme, 47; Paul, 25; Honoré d'Autun, 27; Isid., 42 (QEhler, Corp. hœr., I); saint Jérôme, In Gai., i, 8; In Matth., proœm. ; Jean de Damas, De hœr., c. 44; Zonaras, dans Gotelier, Eccl. gr. monum., III, p. 470-474.
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est un monde supérieur, peuplé d'anges. Le principal de ces anges est l'ange glorieux, sorte de démiurge ou de Logos créé, créateur à son tour du monde visible; celui-ci n'est qu'une imitation manquée du monde supérieur. Apelle évitait ainsi le dualisme de Marcion et se plaçait dans une situation intermédiaire entre le catholicisme et la gnose. Il corrigeait réellement le système de Marcion et donnait à ce système une certaine conséquence ; mais il tombait dans bien d'autres difficultés. Les âmes humaines, selon Apelle, faisaient partie de la création supérieure, dont elles étaient déchues par la concupiscence. Pour les ramener à lui, Dieu a envoyé son Christ dans la création inférieure. Christ est venu ainsi améliorer l'œuvre manquée et tyrannique du démiurge. Apelle rentrait ici dans la doctrine classique du marcionisme et du gnosticisme, selon laquelle l'œuvre essentielle du Christ a été de détruire le culte du démiurge, c'està-dire le judaïsme. L'Ancien Testament et le Nouveau lui paraissent deux ennemis. Le Dieu des juifs, comme le Dieu des catholiques (aux yeux d' Apelle, ces derniers étaient des judaïsants), est un dieu pervers, auteur du péché ot de la chair. L'histoire juive est l'histoire du mal ; les prophètes eux-mêmes sont des inspirés de l'esprit mauvais. Le Dieu du bien ne s'est pas révélé avant Jésus. Apelle accordait à Jésus un
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corps céleste élémentaire, en dehors des lois ordinaires de la physique, bien que doué d'une pleine réalité.
A diverses reprises, Apelle paraît avoir senti que cette doctrine de l'opposition radicale des deux Testaments avait quelque chose de trop absolu, et. comme ce n'était pas un esprit obstiné, peu à peu il en vint à des idées que saint Paul n'eût peut-être point repoussées. En certains moments, l'Ancien Testament lui semblait plutôt incohérent et contradictoire que décidément mauvais; si bien que l'œuvre du Christ aurait été d'y faire le discernement du bien et du mal, conformément à ce mot si souvent cité par les gnostiques : « Soyez de bons trapézites1. » De même que Marcion avait écrit ses Antithèses pour montrer l'incompatibilité des deux Testaments, Apelle écrivit ses Syllogismes, vaste compilation des passages faibles du Pentateuque, destinée surtout à montrer l'inconstance de l'ancien législateur et son peu de philosophie2. Apelle y déploya une critique très subtile, rappelant parfois celle des incrédules du xvnr3 siècle. Les difficultés quz présentent les premiers chapitres de la Genèse> quand on s'interdit l'explication my-
1 . Sur le sens qu'on y donnait à cette époque, voir Denys d'Alexandrie, dans Eus., VII, vu, 3.
2. Saint Ambroise (De parad., V, 28) en cite le tome XXXVIIIe.
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thique, étaient relevées avec beaucoup de sagacité l. Son livre fut considéré comme une réfutation de la Bible et repoussé comme blasphématoire*.
Esprit trop juste pour le monde sectaire où il s'était engagé, Apelle était condamné à changer toujours. Sur la fin de sa vie, il désespéra tout à fait des Écritures. Même son idée fondamentale de l'unité divine vacilla devant lui, et il arriva, sans s'en douter, à la parfaite sagesse, c'est-à-dire au dégoût des systèmes et au bon sens. Rhodon, son adversaire, nous a raconté une conversation qu'il eut avec lui à Rome vers 180. « Le vieil Apelle, dit-il ', s'étant abouché avec nous, nous lui montrâmes qu'il se trompait en beaucoup de choses, si bien qu'il fut réduit à dire qu'il ne fallait pas si fort examiner les matières de la religion, que chacun devait demeurer dans sa croyance, que ceux-là seraient sauvés qui espéraient dans le crucifié, pourvu qu'ils fussent trouvés gens de bien. Il avouait que le point le plus obscur pour lui était ce qui concernait Dieu. 11 n'admettait comme nous qu'un seul principe... « Où est